| Année: |
1922 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr Roy |
III. – Coïmbatour.
Population catholique 45.235
Baptêmes d’adultes 380
Baptêmes d’enfants de païens 1.373
Conversions d’hérétiques 70
Mgr Roy commence par signaler un certain esprit d’indépendance, qui se manifeste dans quelques milieux catholiques de son diocèse. La voix des pasteurs est moins écoutée, et les décisions de l’autorité sont parfois discutées. Il faut sans doute en chercher la cause, dans cette vague de nationalisme qui a envahi toute l’Inde, mais aussi et conjointement, dans une sorte d’intellectualisme primaire puisé dans les programmes officiels d’enseignement. En outre, quelques catholiques sont fonctionnaires ou employés, pendant de longues années, dans des milieux exclusivement païens, et il ne faut pas s’étonner si la contagion des idées nouvelles les a plus ou moins atteints. « Nous espérons, conclut Mgr de Coïmbatour, qu’avec de la vigilance, ces mouvements, comme certaines maladies contagieuses, ne feront que passer sans laisser de traces. »
« Toutes nos œuvres sont prospères, continue le vénéré prélat, grâce au grand dévouement de ceux qui en sont chargés : missionnaires, prêtres indigènes, Frères de Saint-Patrice et religieuses de différents ordres.
Dans les districts, le clergé n’a pas moins bien travaillé et mérite tous les éloges. A Gudalur, M. Tournier exerce son zèle au milieu d’une population très changeante et non des plus faciles à diriger. La plupart de ses chrétiens sont de pauvres « coolies » dans les plantations de café. Ils ont eu quelques alertes pendant la révolte des musulmans Moplahs, mais le calme est revenu. Notre confrère regrette que, malgré ses exhortations, il ne soit pas toujours appelé auprès des mourants, dont quelques-uns meurent ainsi sans les secours de la religion. Les distances sont considérables et les planteurs sont presque tous protestants, au moins de nom.
Notre glorieux mutilé de la guerre, M. Crayssac, traîne sa jambe artificielle sur tous les chemins où le réclame son ministère, dans une paroisse qui ne compte guère moins de 4.000 catholiques. Il est vrai que son activité est bien secondée par le P. André Belevandiran, dont il apprécie beaucoup de dévouement. « Les dévotions à la Sainte Eucharistie et au Sacré-Cœur, écrit M. Crayssac, sont ici en très grand honneur. Le jour de la fête du Sacré-Cœur, le Saint-Sacrement fut exposé toute la journée et il y eut grande affluence d’adorateurs. Le soir, au Salut du Très Saint-Sacrement, toute ma paroisse a été consacrée au Sacré-Cœur. L’association des jeunes gens catholiques est des plus florissantes : elle se compose de 150 membres. Leur bon esprit est incontestable. Avec un peu de doigté, on peut obtenir beaucoup d’eux. J’espère pouvoir, sans tarder, établir une association des Enfants de Marie pour les jeunes filles. Je crois qu’elles aideront à former une élite, dont on pourra tirer un très grand bien. Les écoles se maintiennent, et si l’on avait tous les loisirs de s’en occuper, elles pourraient devenir très florissantes. Les baptêmes de païens ne sont pas nombreux : 29 ; mais la moisson s’annonce meilleure pour l’année prochaine ; plusieurs familles se montrent bien disposées. Ces derniers temps, j’ai baptisé une païenne qui, depuis huit ans, m’a-t-elle assuré, récitait tous les jours un « Ave Maria » . La Sainte Vierge ne pouvait la laisser sous l’empire du démon. Cette néophyte s’appelle aujourd’hui « Lourdes Mariammal » . Elle m’a déjà amené une dizaine de ses parents païens qui aujourd’hui sont enfants de Dieu et de l’Eglise. »
De Wellington, M. Morin m’écrit que le voisinage du cantonnement militaire et surtout l’arrivée de soldats indiens n’aident pas au relèvement de la morale dans le pays. Il y a cependant parmi ces chrétiens, ajoute-t-il, quelques groupes excellents.
A Gundri, M. Petit, assisté de M. Kohler, travaille à la fondation d’une nouvelle chrétienté, tout en administrant le district de Kodiveri. « L’œuvre de Gundri, écrit ce confrère, prospère tout doucement, trop lentement, au gré de mes désirs ; mais il faut tenir compte que l’élément sur lequel j’ai à travailler est composé de gens des bois, à peu près sans idéal, et c’est une tâche très ardue de les former à la pratique des vertus chrétiennes. Malgré tout, je suis satisfait des résultats obtenus. Pour assurer la persévérance de ces nouveaux chrétiens, il faut les attacher au sol et leur inculquer l’amour du travail qui ennoblit. C’est ce que je fais, et j’ai la consolation de constater qu’ils prennent de plus en plus goût au travail et qu’ils se débarrassent de plus en plus de leurs vilains défauts. »
De Pallapalayam, M. Castanié m’écrit : « Mes chrétiens me donnent satisfaction. Très réguliers à remplir leurs devoirs religieux, très assidus à la fréquentation des Sacrements, ils espèrent en récompense, obtenir de Dieu, sinon la richesse, du moins la modeste aisance qui leur assure un honnête entretien.
« A mon arrivée en septembre dernier, j’ai trouvé le village divisé en deux partis, sans que cela cependant portât trop de préjudice aux pratiques religieuses. Cette division venait de quelques niaiseries de caste et de village. Ils avaient renié leur chef de caste, et chacun voulait avoir raison et faire à sa tête... Les inconvénients pouvaient s’aggraver et il était temps de chercher un remède. Je crus que le temps était passé de faire nommer des chefs de caste qui, au lieu de maintenir la concorde, donnent trop souvent lieu aux jalousies et par suite aux disputes, souvent difficiles à apaiser. J’ai donc fait nommer un conseil de village, composé de cinq membres et élu au scrutin secret par les chrétiens eux-mêmes. Ce conseil se choisit lui-même son président pour un an. Depuis, l’union est revenue et jusqu’ici ce conseil est pour moi un auxiliaire précieux.
Dans un autre village du district, à Pudur, dernièrement, les chrétiens, après des libations copieuses, se sont disputés et battus. Les plus maltraités ont porté plainte à la police. Le chef de la police, chrétien lui-même, a mis le rotin en jeu et en a distribué une volée à peu près à tous, sans distinction d’accusateur ou d’accusé pour sauvegarder la justice distributive. Le remède a été merveilleux, à en juger par ses effets : le calme est revenu complet, à Pudur. Je prie Dieu de maintenir mes chrétiens dans le bon esprit qui les anime et dans le respect qu’ils ont pour leurs pasteurs. »
M. C. Petite à Podamur a eu de bons résultats ; mais ils seraient meilleurs, dit-il, s’il n’était pas si âgé, ou s’il avait un assistant. Ce zélé confrère est atteint de la cataracte. Il a enregistré 4 conversions de protestants et 28 baptêmes de païens.
M. Béchu, Vicaire général et curé de la cathédrale, après avoir décrit en quelques mots l’agitation dont j’ai parlé plus haut, ajoute : « L’atmosphère, assombrie depuis plusieurs mois, commence à s’éclaircir. Cette petite agitation politico-religieuse n’a pas diminué le nombre des communions de dévotion ; celui des communions pascales a cependant fléchi un peu.
« Les écoles vont bien, malgré la difficulté de trouver des maîtres. L’école du Bon-Pasteur compte maintenant 200 élèves, dont 130 catholiques. On parle d’éducation primaire gratuite et obligatoire pour la municipalité de Coïmbatour, dans un avenir prochain, et aussi d’instruction professionnelle, dans les écoles primaires. Tout ceci va créer des difficultés nouvelles pour nos œuvres d’enseignement. »
« L’enseignement du catéchisme se fait régulièrement et méthodiquement dans toutes nos écoles, et il y a un concours annuel interscolaire d’instruction religieuse. Une vingtaine de jeunes filles, qui étudient au « High school » du Gouvernement sont malheureusement en dehors de mon contrôle sous le rapport du catéchisme.
« Le « Catholic club » est en état de léthargie. Le « Catholic Union » a tenu malgré de nombreuses péripéties, mais n’a pas progressé. En revanche, la confrérie des Enfants de Marie, établie l’an dernier, est en plein prospérité. La solidarité du Sacré-Cœur marche bien. La petite ligue de tempérance, dite de la Croix, fondée aussi l’année dernière à la Chapelle de Saint-François-Xavier, donne satisfaction. Dans l’intention d’établir plus tard une confrérie des Mères Chrétiennes, des réunions mensuelles des mères de famille ont été organisées depuis quatre mois, à titre d’essai. Ces réunions ont été jusqu’ici assez bien suivies. »
Le dernier dimanche de mai le collège Saint-Joseph de Coonoor a eu la douleur de perdre son dévoué chapelain. M. François Briand. Tombé pendant la cérémonie de la Confirmation au moment où il essuyait le Saint Chrême sur le front des enfants, il est mort quelques minutes plus tard à la sacristie, administré par M. Rivière et assisté de deux docteurs et de trois religieuses. Il avait de grandes qualités, un grand zèle, une piété très délicate. Il a beaucoup travaillé, au delà même des forces que lui mesurait une santé trop faible. Je regrette que ses dernières volontés défendent de faire de lui l’éloge complet qu’il mérite. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|