| Année: |
1922 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Kumbakonam |
| Rédacteur: | Mgr Chapuis |
IV. ─ Kumbakonam.
Population catholique 103.870
Baptêmes d’adultes 498
Baptêmes d’enfants de païens 2.888
Conversions d’hérétiques 32
L’Inde est le pays du monde, écrit Mgr Chapuis, où les maladies épidémiques, choléra, variole, fièvres de toutes sortes, sont, je pense, le plus fréquentes et le plus meurtrières. Il faut sans doute en attribuer les causes, à la pauvreté des familles nombreuses, à l’insuffisance de la nourriture et au manque d’hygiène des habitations. Il y a trois ans, la grippe espagnole avait moissonné 7.000.000 d’hommes, soit 2% de la population totale. Les derniers mois de 1921 et les premiers de 1922 nous ont ramené une recrudescence de cette terrible fièvre, qui ne nous a pas enlevé, selon toute probabilité, dans la Mission de Kumbakonam, moins de 1.500 chrétiens. Ce sont les parias, parce que plus pauvres et plus mal logés, qui ont été surtout la proie du fléau. Les forces des confrères ont été mises à une rude épreuve par suite de l’administration des Sacrements aux malades. On peut en juger par le chiffre total des extrêmes-onctions administrées au cours du présent exercice : 2.562 ; plusieurs fois nos confrères sont arrivés trop tard auprès des malades et le nombre de leurs pérégrinations dépasse encore ce chiffre. Durant l’épidémie, ils ont passé plus de temps sur leurs bicyclettes ou dans les charrettes à bœufs que dans leurs presbytères. De divers côtés, je reçois des nouvelles présageant le retour du fléau. Que Dieu daigne nous en préserver !
Le 7 juin, j’ai eu la grande joie de bénir notre hôpital Sainte-Anne pour femmes et enfants. Il est tout entier l’œuvre de nos chères et dévouées Sœurs Catéchistes de Marie-Immaculée. C’est vraiment un modèle du genre, par ses constructions bien comprises : Maison centrale avec étage pour les Sœurs et la « doctoresse » ; deux autres grands bâtiments destinés aux malades ; un autre encore où se trouvent le dispensaire, la salle d’opérations et les appartements des infirmières, sans compter les multiples dépendances que nécessite une pareille institution. Il y a présentement 40 lits. Personne n’ignore que dans l’Inde, les femmes ont une répugnance invincible à se laisser traiter par des hommes. Nous avons donc tout lieu d’espérer qu’elles viendront nombreuses à notre hôpital où, par leur dévouement, les Sœurs gagneront leur confiance et leur feront aimer notre Sainte Religion. La municipalité de Kumbakonam, à qui le catholicisme donne des cauchemars, s’est vite empressée d’ouvrir dans son hôpital une salle pour femmes et enfants. Ce qui lui manquera, c’est le dévouement de nos bonnes Sœurs. A part quelques fanatiques, nous aurons sûrement la clientèle de la masse.
220 lépreux ont passé l’an dernier par notre léproserie, et 59 vieillards de l’un et l’autre sexe ont été admis dans notre hospice. Un bon nombre d’entr’eux ont eu le bonheur d’y être baptisés, d’autres se préparent à les imiter.
Nos divers orphelinats ont racheté plus de 100 enfants de païens, la plupart dans un état de santé déplorable ; les neufs dixièmes de ces enfants meurent, en général, quelques mois après avoir reçu le baptême.
Léproserie, hospice, dispensaires sont, comme l’hôpital, confiés aux Sœurs Catéchistes de Marie-Immaculée, et sont en grande partie leur œuvre. C’est à leur zèle que nous devons encore presque tous les baptêmes d’adultes et d’enfants de païens in articulo mortis. Elles soutiennent aussi plusieurs autres œuvres extrêmement utiles, dont j’ai eu l’occasion de parler dans mes précédents comptes rendus. Pour mener à bien tant d’entreprises charitables, elles se sont privées parfois, même du nécessaire. Ainsi, la maison, construite au début pour huit sœurs, en abrite maintenant une trentaine et près de quarante à certains moments. La situation était devenue intolérable. Une jolie chapelle sera terminée vers la fin de l’année, et le local qui en tient lieu et occupe la moitié du rez-de-chaussée, deviendra disponible. Même alors, ce sera encore loin d’être suffisant.
Sous la direction de MM. Michotte et Malfrayt, notre école professionnelle Saint-Marie va de progrès en progrès. Le nombre des élèves est monté à 62, dont 24 internes. Quatre professeurs les forment aux diverses professions : menuiserie, forge, dessin, vernissage, sculpture, etc. De nouvelles machines et appareils sont venus s’ajouter aux anciens. La chapelle, dont j’ai parlé l’an dernier, est terminée, sauf quelques petits détails. Le 21 novembre j’en ai consacré solennellement le maître-autel ; ce fut une grande joie pour tous, père et enfants. L’école professionnelle a pu offrir à Notre-Seigneur un bouquet de 4.700 communions.
Nous avons commencé une œuvre nouvelle : celle des Frères indiens, et déjà quatre jeunes gens sont entrés au noviciat de Palamcotta, dans le diocèse de Trichinopoly. J’ai à remercier ici les Pères Jésuites de la grande charité avec laquelle ils ont bien voulu les recevoir avec leurs novices. Ces Frères nous rendront plus tard de grands services dans la direction de nos écoles. Puisse leur nombre augmenter. Toutefois, il y a un point noir : comment trouverons-nous des ressources pour les entretenir ?
Notre œuvre principale, celle du clergé indigène, est toujours au premier rang de nos préoccupations et de nos efforts. Nous avons 12 grands et 27 petits séminaristes.
Les confrères des paroisses m’ont envoyé peu de rapport ; ils travaillent plus qu’ils n’écrivent, et cette année l’épidémie dont j’ai parlé a considérablement aggravé leur tâche, déjà si lourde cependant par le fait de notre petit nombre. La population catholique de la plupart de nos districts, exigerait un personnel au moins deux fois plus nombreux. Ainsi, à Michalpatti, le P. Guanadicam seul a entendu plus de 17.000 confessions. C’est très consolant sans doute, mais c’est trop pour un seul, ou bien il faudrait qu’il n’ait guère que cela à faire.
A Vadagarai, M. Massol a eu la tristesse de voir ses chrétiens, presque tous parias, se diviser en deux factions rivales. La cause en a été la nomination d’un nouveau catéchiste. Il faut savoir que ces parias appartiennent les uns au groupe des « appons », les autres à celui des « agas ». Le catéchiste ayant été choisi dans ce dernier groupe, les « appons » n’en ont pas voulu et ont fait un petit schisme qui dure encore.
A Michelpatti, M.Vachon s’applique plus spécialement au développement de l’instruction religieuse dans ses chrétientés. En plus de ses instructions du dimanche, il fait quatre fois le catéchisme par semaine, et cela durant toute l’année. Afin de mieux atteindre ses chrétiens, il choisit l’époque où les travaux sont moins pressants, pour aller dans les principaux villages réunir les chrétiens, les quatre premiers jours de la semaine, et leur enseigner le catéchisme. Encore quelques années, et la paroisse de Michelpatti sera parmi les mieux instruites. Déjà, en un an, les communions ont augmenté de 3.000.
M. Brun m’écrit de Gabrielburam : « Valady est un gros village presque entièrement païen, à un mille de ma résidence. Il compte une vingtaine de familles catholiques de caste paller, pauvres gens au service de riches païens. Jusqu’à ces derniers temps, ils n’avaient pas d’oratoire pour la prière en commun. S’étant concertés, ils construisirent une petite chapelle en pisé, avec toit de chaume ; c’était parfait. Mais voici qu’un soir, je les vois arriver, la figure consternée, et ils me racontent que les païens avaient envahi la chapelle, arraché la porte et endommagé l’autel. Je les engageai à porter plainte devant les tribunaux. Ils le firent et sous la menace d’un jugement plus sévère, les païens furent condamnés à s’entendre avec les chrétiens pour la réparation des dommages. L’entente a eu lieu, et les païens ont signé un écrit s’engageant à ne plus molester les chrétiens et à laisser leurs processions passer tranquillement à travers les rues du village. »
Le district de Tranquebar est celui qui compte la plus forte population protestante. C’est la seule de nos paroisses, où le nombre des protestants l’emporte sur celui des catholiques. La petite ville a été comme la porte par où le luthérianisme a pénétré dans l’Inde. Tranquebar, en effet, a été longtemps une colonie danoise et c’est ainsi que l’évangile selon Luther y fut apporté de bonne heure. Les œuvres protestantes y sont nombreuses et importantes : école de garçons et de filles, dispensaire, imprimerie, séminaire de théologie, etc. Nos Sœurs catéchistes de Marie-Immaculée et nos Sœurs indiennes y ont deux écoles et font leur possible pour lutter d’influence. Mais la tâche est difficile : l’école protestante a un « standard » de plus que les leurs et la directrice de l’école luthérienne distribue des largesses aux familles qui lui envoient leurs enfants. Un bon catéchiste pour les parias serait bien nécessaire à M. Bertail, chargé de l’administration de la paroisse, mais il lui faudrait des ressources qu’il n’a pas.
Après Tranquebar, c’est Prattacudi qui a le plus à lutter contre les protestants. Le projet, formé depuis des années d’y établir un dispensaire, sera bientôt réalisé ; nous espérons l’ouvrir dès l’année prochaine. Depuis plusieurs années, nous avons donné çà et là des retraites fermées. Celle que le P. Xavier Senior vient de procurer à son troupeau de Tranquebar a été suivie par 180 personnes et a produit les plus heureux fruits. Je pourrais citer tel pécheur public qui, venu comme par hasard assister au sermons, a été tellement touché par la grâce qu’il est aujourd’hui pour tous un sujet d’admiration.
Une nouvelle église a été inaugurée, cette année, dans un des villages du district d’Ayampett Sud confié à M. Playoust. Si l’on comptait toutes églises que ce confrère à construites, on dépasserait la douzaine, et je ne parle pas des nombreux presbytères dont il a tracé les plans et de son superbe dispensaire.
La pénurie du personnel s’est fait encore plus durement sentir, durant cet exercice. Nous avons eu un jeune prêtre en décembre, mais deux confrères, MM. Sovignet, Vicaire général, et Rabardelle ont dû rentrer en France. Que d’œuvres en souffrance ! et quel surcroît de fatigues pour ceux qui restent ! M. Huysman n’a pas moins de 7.500 chrétiens à administrer. Ce chiffre se passe de commentaires. Est-il étonnant que beaucoup de missionnaires tombent de fatigue ? Quel est le missionnaire qui peut s’adonner à la conversion des païens, alors qu’il ne peut venir à bout du travail ordinaire que réclame le soin de sa paroisse ?
L’agitation politique semble avoir diminué. Dans toutes les provinces, le nouveau système de gouvernement appelé « Diarchy », où les divers ministères sont partagés entre Anglais et Indiens, fonctionne régulièrement et sans trop de heurts. On pousse beaucoup à l’instruction et elle est devenue obligatoire dans certaines villes, du moins pour l’instruction élémentaire. Nos écoles sont prospères et le seront, tant que le gouvernement n’aura pas décrété un monopole d’enseignement, et retiré les allocations qu’il nous donne. Que le Bon Dieu nous continue son aide.
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