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Rapport annuel des évêques

Année: 1924
Pays: Inde
Mission: Kumbakonam
Rédacteur:Mgr Sovignet

IV. — Kumbakonam

Population catholique 105.488
Baptêmes d’adultes 419
Baptêmes d’enfants de païens 3.320
Conversions d’hérétiques 35


M. Sovignet, Vicaire Général de Mgr Chapuis, nous écrit : « En janvier dernier, les missionnaires de Kumbakonam célébraient le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de leur Mission. Mais leur joie n’était pas sans mélange de tristesse : tous connaissaient les grandes difficultés dans lesquelles se débat notre pauvre Mission, et l’état misérable de santé de leur Evêque vénéré. Néanmoins, les exercices de la retraite annuelle et ces fêtes du jubilé avaient donné du courage à tous et, le lendemain de ce beau jour, chacun reprenait le chemin de son district, animé d’une nouvelle ardeur pour reprendre les mêmes luttes à travers les mêmes difficultés.
« Les fêtes du jubilé terminées, Mgr Chapuis, complètement épuisé par un labeur incessant et des soucis sans nombre, noue quittait pour aller à Yercaud, sur les montagnes, prendre un repos nécessaire. Nous pensions que ce séjour sur les montagnes lui rendrait la santé ; mais après plusieurs mois passés à Yercaud d’abord, à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore ensuite, son état ne faisant qu’empirer, Sa Grandeur dut se résigner enfin, mais bien tard, à partir pour la France. Que Dieu daigne exaucer nos vœux et ramener au milieu de nous, complètement guéri, notre Pasteur bien-aimé
En cette année d’anniversaire, il est bon, je crois, de jeter un regard en arrière et de récapituler les travaux accomplis et les résultats obtenus dans notre Mission, durant ces vingt-cinq premières années de son existence. Voici d’abord l’état de la nouvelle Mission à sa fondation. Quand, dans les premiers jours de septembre 1899, Mgr Bottero, le premier Evêque de Kumbakonam, vint prendre possession de son siège, la nouvelle Mission comptait 83.073 catholiques. Aucune œuvre n’existait, si ce n’est un petit hospice fondé quelques années avant par M. Barralon, alors curé de Kumbakonam, et où une douzaine de vieillards trouvaient refuge et assistance. A Kumbakonam, siège de son évêché, le nouvel évêque trouvait une petite église, mal commode et sans style, n’ayant de remarquable que sa solidité. Cette misérable église a servi de cathédrale pendant vingt-cinq ans. Le presbytère était assez vaste mais absolument insuffisant pour un évêché. La Mission comptait alors vingt-neuf districts, les vins possédant une église solide, les autres une église en chaume. Le nombre des écoles était tout à fait restreint ; les écoles de filles n’existaient pour ainsi dire pas. Et Mgr Bottero arrivait à Kumbakonam dépourvu de toute ressource pécuniaire. Mais, ce qui vaut encore mieux, il avait de l’enthousiasme et une confiance inébranlable dans la Providence, et la poignée de missionnaires qu’il amenait avec lui étaient de bonne trempe.
« Aussitôt tous se mettent à l’œuvre, quelques aumônes arrivent mais ne suffisent pas ; il faut avoir recours aux moyens désespérés : on s’endette. En peu de temps la résidence épiscopale est entreprise et achevée. Dès sa nomination, Mgr Bottero avait fait appel au dévouement des Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie-Immaculée : cinq de ces religieuses arrivèrent dans le courant de l’année 1900. A l’exemple de l’évêque, elles s’installent comme elles peuvent, ouvrent un dispensaire, prennent la charge de l’hospice des vieillards, et inaugurent bientôt leurs visites à domicile des femmes païennes.
« Pendant près de quatorze ans, Mgr Bottero déploya ses talents remarquables d’organisateur. Sous son impulsion, de nouveaux districts sont créés ; le recrutement du Clergé indigène est encouragé ; des œuvres d’apostolat et d’assistance sont fondées ; de nouvelles écoles de garçons et de filles sont ouvertes ; les fidèles, grâce à la multiplication des centres d’administration, reçoivent une instruction mieux suivie et le nombre des confessions et des communions s’accroît dans des grandes proportions. Au zèle et aux encouragements de leur évêque, répondent les efforts des missionnaires et des prêtres indigènes : c’est la vie, la joie, l’union la plus parfaite. Quand, en 1913, Mgr Bottero meurt, la Mission compte 98.600 catholiques répartis en quarante districts et le nombre des élèves dans les écoles a doublé ; trois dispensaires ont été ouverts : à Kumbakonam, à Tranquebar et à Mayavaram ; la Mission compte encore 5 orphelinats avec 150 orphelins ; Kumbakonam, le chef-lieu même de la Mission, ne possède pas encore d’œuvres, mais le terrain est déjà préparé peur leur fondation.
« Mgr Chapuis succède à Mgr Bottero ; le développement des œuvres continue : C’est d’abord l’ouverture d’un nouveau dispensaire à Ayampeth ; puis, au début de la guerre et malgré les difficultés qu’elle fait surgir, une école professionnelle est commencée dont la prospérité est aujourd’hui constatée dans le dernier rapport très élogieux du Directeur des Ecoles Industrielles, et nous fait espérer des progrès plus grands encore pour un avenir prochain. En pleine guerre (1916), Mgr Chapuis bénit solennellement la Léproserie commencée depuis plusieurs années, mais dont l’ouverture avait été retardée par l’hostilité des brahmes. Il faut signaler encore la fondation de l’Hôpital Sainte-Anne, œuvre importante, qui nous attire la sympathie des païens de haute caste, des brahmes eux-mêmes.
« On remarquera peut-être que nos œuvres sont plutôt des œuvres de charité que d’éducation. C’est vrai ; et ce n’est pas que nous méconnaissions l’importance de celles-ci. Notre grand désir est d’avoir un collège ou au moins une école primaire supérieure à Kumbakonam et d’autres ailleurs ; mais nous sommes venus trop tard à Kumbakonam et nos ressources ont été trop modiques.
« La guerre et ses suites ont porté un rude coup à notre Mission et retardé ses progrès. Avec notre petit nombre, nous avons toutes les peines du monde à administrer convenablement nos chrétientés. La Mission compte actuellement près de 106.000 chrétiens ; quatre ou cinq missionnaires sont exclusivement employés aux œuvres générales du diocèse, et il ne reste que 34 prêtres valides pour le ministère paroissial ce qui donne pour chaque prêtre une moyenne de 3.117 âmes.
« Pour apprécier à leur juste valeur les progrès accomplis durant ces vingt-cinq années, il faut mettre en regard des résultats acquis, notre petit nombre d’ouvriers apostoliques, la modicité de nos ressources, l’hostilité tenace et sectaire des Brahmes qui s’opposent de toutes leurs forces à toutes nos entreprises ; le climat terrible de Kumbakonam, vraie fournaise, qui débilite si vite les santés et rend le travail si pénible ; enfin l’émigration causée par la misère qui tient éloignés de notre bercail plus de 10.000 de nos chrétiens, à Kandy, Penang, Rangoon. Le chiffre total de nos chrétiens est de 106.000 ; il devrait être de 116.000, si l’on comptait ces émigrés.

« Durant cet exercice, un désastre, l’inondation, a éprouvé notre pauvre Mission. Le Cavéry dont les eaux apportent d’habitude la prospérité dans la région du Tanjore, ne nous a amené cette année que ravages et misères. Une douzaine de districts de la Mission ont été durement éprouvés ; des villages entiers ont été emportés par les eaux et un grand nombre d’autres ont été en partie détruits ; plusieurs milliers de nos chrétiens, surtout de pauvres parias, se sont trouvés sans abri et dans le plus grand dénuement. Les brèches des digues n’ayant pu être réparées à temps, les rizières ensemencées après les inondations manquent maintenant d’eau et se dessèchent. C’est donc une année de famine en perspective.
« La plupart des confrères ne m’ont guère envoyé que des chiffres. Je transcris ici la relation intéressante de la conversion d’un ministre protestant : « Le Révérend Israël d’Irungalur, écrit le P. Xavier, curé de Puratacoody, était le Supérintendant de la Mission S. P. G. dans ces parages. Né à Tanjore de parents de basse origine, il était arrivé à ce poste par ses propres moyens. Doué de qualités intellectuelles remarquables, il avait acquis le diplôme de Maître ès-Arts et était très estimé des Anglais. Il passa quelque temps en Angleterre et, pendant la guerre, fut envoyé comme chapelain militaire en Mésopotamie, d’où il vint à Irungabur comme « Superintending Missionary ». Son activité s’exerça surtout dans les œuvres protestantes, école et hôpital, qui me donnèrent beaucoup de soucis : Naturellement, je dus préserver mes chrétiens de son influence hérétique ; je mis sur un bon pied mes écoles de garçons et de filles et j’ouvris un dispensaire. Nous étions deux adversaires luttant d’influence uniquement par nos œuvres ; nos rapports ne furent jamais discourtois. C’est peut-être dans cette lutte de bonne foi que le Révérend Israël entrevit ce qui lui manquait pour rendre son action vraiment féconde, le levain de la foi catholique. Il tomba gravement malade ; l’évêque anglican de Dornakul, étant venu à Irungalur, l’engagea à aller à l’Hôpital de Trichinopoly. C’est là que la grâce de Dieu l’attendait. Le Docteur ayant déclaré qu’il n’y avait plus d’espoir de le sauver, le malade déclara aux Sœurs de la Croix d’Annecy qui le soignaient qu’il désirait mourir dans le sein de l’Eglise catholique, apostolique et romaine. Et son désir fut exaucé. »
A Tranquebar, les Sœurs Cathéchistes Missionnaires ont pu remplacer les institutrices laïques de leur école par des religieuses « qui enseignent mieux et se préoccupent surtout de former le cœur des enfants » écrit M. Bertail. C’est l’école la mieux tenue ; les Inspectrices du Gouvernement n’ont que des éloges à lui adresser. Très élogieux aussi sont les rapports de ces Inspectrices sur les trois écoles de filles de Kumbakonam, tenues par les Religieuses indigènes du Sacré-Cœur de Marie.
« Cette année, deux nouveaux prêtres indiens, l’un venant du Séminaire Papal de Kandy, l’autre du Séminaire provincial de Pondichéry, ont renforcé nos rangs. A l’heure actuelle, nous avons 14 grands séminaristes, 5 latinistes qui entreront au Grand Séminaire en janvier 1925, 30 petits séminaristes.
« Nous avons donc l’espoir fondé de voir augmenter le nombre de nos prêtres indigènes. »


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