| Année: |
1924 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Maïssour |
| Rédacteur: | Mgr Despatures |
II. — Maïssour
Population catholique 58.191
Baptêmes d’adultes 1.035
Baptêmes d’enfants de païens 3.511
Conversions d’hérétiques 58
« L’an dernier, à la suite de la cession des deux districts du Wynaad à la Mission de Calicut, écrit Mgr Despatures, notre population catholique a diminué de 1.800 âmes. Cette année, la grande paroisse de Kolar a perdu 1.111 chrétiens, ce qui porte le nombre de nos catholiques à 58.191.
« La raison de cette diminution de la paroisse de Kolar est que les Mines d’or sont moins prospères que jadis ; un grand nombre d’ouvriers et d’employés ont été renvoyés et beaucoup de nos chrétiens, sans travail et dans la misère, ont dû chercher fortune ailleurs.
« A Coromandel, seconde paroisse des mines, M. Picot, se plaît à rappeler les belles fêtes de la bénédiction d’une grotte de Lourdes. A cette cérémonie, présidée par Mgr Despatures, ont assisté en foule tous les catholiques de Coromandel et de Champion Reefs, ainsi que de nombreux protestants, païens et mahométans. M. Servanton donna à cette assemblée de hauts et pratiques enseignements en anglais et en tamoul. Après la fête, la maladie imposa à. M. Picot un long séjour à l’hôpital et il est resté trois mois éloigné de son poste ; mais le voilà de nouveau dans son champ d’action « prêt à travailler comme un jeune homme, écrit-il ; il me semble qu’il n’y a que mes jambes à avoir soixante ans. »
M. Laurent est chargé à Bangalore de l’église de l’Immaculée-Conception qui se trouve dans un faubourg de la ville, entre les services du Chemin de fer et une sorte de camp d’isolement pour les maladies contagieuses. « A l’hôpital des contagieux et incurables, écrit ce confrère, se trouvent actuellement cinq lépreux catholiques qui y sont très bien soignés. L’un des chirurgiens assistants ainsi que trois infirmières sont des chrétiens pratiquants ; aussi, dès qu’un catholique est conduit à l’hôpital, j’en suis immédiatement informé et les enfants païens en danger de mort sont, au besoin, baptisés par le bon docteur lui-même. Pour les enfants des serviteurs des employés du chemin de fer, dont l’éducation laisse fort à désirer, personne ne s’occupant d’eux, je viens d’ouvrir une petite école avec deux maîtres ; 18 enfants catholiques filles et garçons et 11 enfants païens y apprennent à lire, à écrire et à réciter les prières ; et à la récitation de ces prières, les petits païens mettent autant d’ardeur que les chrétiens. Cela promet des fruits de conversion pour l’avenir. L’Ecole mixte, établie par la Compagnie du Chemin de fer pour les enfants de ses employés, me préoccupe beaucoup ; sur 55 élèves qui fréquentent cette école, 32 sont catholiques et les quatre maîtresses sont toutes protestantes. J’en avais écrit à l’administration mais sans succès, car la Compagnie, m’a-t-on répondu, ne s’occupe pas de religion. J’ai donc eu recours au dévouement d’une jeune fille catholique qui, chaque matin, avant la classe, va enseigner le catéchisme et les prières aux enfants catholiques. Cette jeune fille va se marier vers la fin de l’année et j’ai bien du souci pour lui trouver une remplaçante. »
M. Gouarin, chargé de la paroisse agricole de Silvépura, se plaint de la sécheresse, de la faiblesse des récoltes et des saignées à fond que sa bourse a subies. Cependant, même de ce point de vue matériel il conserve son optimisme et assure que... « l’avenir promet ».
Ses chrétiens sont en grande partie des néophytes. « On ne peut exiger d’eux, écrit-il, la perfection des vieux chrétiens ; et cependant, plus que ceux-ci ils sont dociles et assidus à la réception des sacrements ; ils ont la ferveur des novices. Les vieux chrétiens sont restés fidèles à leurs prières quotidiennes et à la pratique essentielle de leur loi qui est profonde.
« Dernièrement, voyageant de nuit sur une charrette à bœufs, je méditais sur les inconvénients d’un district trop étendu. Bien avant le lever du soleil, nous passions dans un village païen quand tout à coup mon conducteur arrête ses bœufs et attire mon attention sur un chant qui sortait d’une maison bordant la route à la sortie du village. Un homme y chantait la prière du matin. Très étonné, je fais descendre mon conducteur, chrétien aussi, et l’envoie s’informer. Quelles ne furent pas la surprise et la joie du chanteur et de toute sa famille ! Forgeron et charron de son métier, il habitait ce village païen depuis plusieurs années ; sa mère se mourait de la fièvre et un enfant de quelques mois était aussi très malade. Mon arrivée fut une joie pour tous. »
M. Gouarin cite un autre fait, qu’il ne donne pas comme exemple à suivre, mais qui montre combien solide est la foi de nos vieux chrétiens, et comment ils savent la défendre, au besoin, jusqu’à la limite extrême de la légitime défense et même quelque peu au-delà : « Un jour de marché à Madugondahally, un ministre protestant, accompagné de son catéchiste, voulut faire de la propagande biblique à côté de l’église catholique. Il ouvrit ses caisses remplies de tracts et de brochures et se mit à les distribuer en criant et répétant qu’elles indiquaient la voie pour aller au ciel, sans prière ni sacrifice, sans messe ni chapelet, à l’inverse de ce qui se pratiquait dans l’église voisine. Leurs denrées vendues, les catholiques s’assemblent devant la porte de l’église, y déposent leurs paniers et se dirigent vers l’orateur. Sans mot dire, ils se saisissent des livres et opuscules, les font voltiger de tous côtés, pendant que deux ou trois s’emparent du ministre et de son catéchiste et les mettant, en leur montrant la direction, sur la voie par où ils sont venus. »
« M. Meyniel, chargé du district de Settihally, continue Mgr de Bangalore, me paraît, dans son compte rendu écrit avec méthode, rassembler toutes les observations faites par les autres confrères. Il montre combien sont variés les soucis du missionnaire et de quelles peines se payent les résultats : « Il manque quelque chose d’important à la perfection des chrétiens de Settihally : la distinction du mien et du tien dont ils ne se montrent pas assez soucieux, et l’instruction religieuse, surtout parmi les chrétiens qui sont à plusieurs milles de l’église. Pour y remédier un peu, j’ai établi dans trois villages un chrétien avec le titre de catéchiste. Ces trois catéchistes bénévoles réunissent les enfants dans la petite chapelle du village et leur apprennent les prières et le catéchisme. Jusqu’ici, ce n’est pas bien en train, la force d’inertie toujours..., mais j’espère tout de même arriver à un résultat.
« Settihally a une école de garçons avec deux professeurs, mais je dois lutter contre indifférence des parents sur l’éducation de leurs enfants. A Doddacopelu, le chrétien qui avait ouvert une école a dû la fermer devant l’indifférence des chrétiens et il est allé en ouvrir une nouvelle dans un village païen à côté, où quelques enfants catholiques l’ont suivi.
« Au couvent de Settihally, les Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie-Immaculée donnent tout leur dévouement aux œuvres qu’elles ont entreprises. Elles ont envoyé au ciel, dans le courant de l’année, 34 adultes et 345 enfants, tous baptisés in articulo mortis. Au dispensaire qui leur donne bien du tracas, elles ont soigné 15.035 malades ; 9 bébés ont été reçus à la Crèche et il y en a encore actuellement 6. Les bonnes Sœurs s’occupent tout spécialement de l’Ecole des filles dans l’espoir d’en faire de bonnes mères de famille.
« Bien des misères physiques et morales trouvent refuge et guérison au Couvent ou à l’Hôpital. Hier c’était un pauvre païen malade qu’on a trouvé étendu sur le bord de la rivière ; il y avait passé la nuit. Il y a quelques mois, on trouvait, sous un arbre près du village, une pauvre femme dont la poitrine était rongée par un cancer. Pendant la nuit, d’une distance de quinze milles, ses parents païens l’avaient portée là et l’avaient abandonnée, sachant bien que, dès le matin, les bonnes Religieuses, averties de sa présence et de sa misère, la recueilleraient. La pauvre femme vécut encore huit jours, et, régénérée dans les eaux du baptême, les yeux ouverts à l’espérance du Paradis, elle vit arriver avec joie le ferme de ses souffrances. »
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