| Année: |
1924 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
CHAPITRE VIII
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Groupe des Missions de l’Inde
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I. — Pondichéry
Population catholique 142.738
Baptêmes d’adultes 257
Baptêmes d’enfants de païens 1.210
Conversions d’hérétiques 50
Monseigneur l’Archevêque de Pondichéry jette le même appel de détresse qui nous arrive de tant de Missions : Mitte Operarios !
« La mort nous a enlevé deux missionnaires et deux prêtres indiens durant les neuf premiers mois de 1924. Au mois de janvier, le P. Alphonse, quarante-neuf ans, nous quittait après quinze mois de maladie. Pour le remplacer, j’ai pris M. Noël à Akravaram, en rattachant ce poste à Salem. Au mois de février, mon Vicaire général, M. Prudent, soixante-huit ans, mourait après trois ou quatre jours de maladie ; mais grâce au retour de France de M. Boudoul, j’ai pu le remplacer, sans être obligé de supprimer un district. M. Bayol est mort en juillet ; le bon vieux était en retraite depuis plusieurs années. Au mois d’août, le P. André, soixante-sept ans, était emporté quand il semblait être en convalescence ; le remède habituel a été appliqué : suppression d’un district dont les trois voisins ont hérité. Au commencement d’octobre, le P. Antoine, soixante-deux ans, a reçu les derniers sacrements. Il va mieux, mais pour lui laisser prendre le long repos prescrit, j’ai dû donner son poste à M. Maylin, et il n’y a personne à Kallakurchi, les deux districts voisins (5.014 et 4.454 chrétiens respectivement) ne pouvant pas s’en charger. »
« La crise du personnel, arrivée à un état suraigu, continue Mgr Morel, doit nécessairement amener un fléchissement dans l’administration des chrétiens. Dans quelques paroisses, on me dit que la visite annuelle de certains villages n’a pu être faite.
« Les comptes rendus ont un trait commun : Presque tous les confrères déplorent la misère qui règne chez eux et qui a produit un redoublement dans l’émigration. Nos chrétiens s’en sont allés dans les plantations de café, vers Ceylan, Penang, Singapore, plusieurs même, dit-on, jusqu’au Japon. Resteront-ils chrétiens ? Oui, s’ils trouvent un prêtre à qui ils puissent s’adresser. Reviendront-ils au pays ? Ils n’en savent rien eux-mêmes. S’ils arrivent à payer les avances qu’ils ont reçues, et si les temps redeviennent normaux, il y a quelque chance pour les survivants de réapparaître, à une date plus ou moins éloignée.
« C’est déjà la deuxième année et, pour le Nord et l’Ouest la troisième, où la pluie fait défaut. L’an dernier à l’automne, dans un des villages que je visitais, les gens me disaient en me montrant leur étang : « Voilà trois ans et demi qu’il n’y a pas d’eau et que nos terres sont incultes. » Ça a été d’abord la misère ; la misère est allée en s’accentuant et a dégénéré en une vraie famine. On peut imaginer dans ces circonstances ce qu’est la vie du missionnaire, et quelles difficultés il rencontre dans la visite des chrétiens, la préparation à la première communion, l’administration des malades, etc. Il doit avoir sans cesse la main à la poche, pour en extraire ce que son extrême pénurie a pu y laisser et le donner à ceux qui l’implorent.
« Naturellement, l’assistance des enfants à l’école a diminué considérablement, quand elle n’est pas tombée à zéro ; l’inspection survenant a constaté le fait et voyant que les résultats ne répondaient pas aux dépenses, la direction a décidé la suppression d’un certain nombre d’écoles. Peut-être pourront-elles revivre grâce au zèle des Maîtres qui nous seront dorénavant fournis par notre Ecole normale.
« Je suis heureux de constater que le chiffre total des confessions est supérieur de 18.000 à celui du dernier exercice ; pour les communions, l’augmentation est de 7.000. C’est une preuve que les ouvriers apostoliques ont fait leur possible pour faire face à un travail parfois écrasant. Je note que de nombreuses missions ont été données à l’occasion des neuvaines qui précèdent les fêtes patronales.
« Le chiffre de nos baptêmes d’adultes, 257, y compris 62 baptêmes in articulo mortis, est bien peu élevé, mais il ne faut pas oublier que chaque prêtre a à s’occuper de 3.000 chrétiens en moyenne, chrétiens dispersés dans un grand nombre de villages. A propos de prédications aux infidèles, un confrère m’écrit : « Je crois qu’inviter les païens à venir entendre une prédication serait les éloigner de nous. Ils viendront volontiers écouter un sermon auquel ils n’ont pas été convoqués ; ils viendront par curiosité ; mais s’ils voient qu’on cherche à les convertir, ils ne viendront pas. » Et j’incline à croire que c’est la vérité, à en juger par la mentalité de nos Indiens. Si nos fidèles avaient l’esprit de prosélytisme, ils feraient beaucoup pour amener leurs frères à la vraie religion ; c’est ce que m’écrit le P. Marie Ignace : « Un « reddi » de Karadisittur m’a fait appeler pour lui donner le baptême. Dans sa famille, plus de quinze personnes l’ont reçu à l’article de la mort, après avoir vécu en chrétiens de leur mieux. Sentant sa fin approcher, lui aussi m’a fait venir. Je l’ai baptisé le lendemain de la fête de saint François Xavier. Il est mort deux mois après. Sa fille a fait dire une messe pour lui ; elle aussi, malgré sa famille païenne, veut mourir baptisée. C’est le contact de nos chrétiens avec ces « reddis » qui leur donne l’idée de se faire baptiser.
« Un autre païen a voulu également recevoir le baptême avant de mourir. « Ma mère, m’a-t-il dit, est morte chrétienne ; je veux aller la rejoindre au ciel. » Après l’avoir instruit, je l’ai baptisé, lui ai donné la communion, puis l’extrême-onction. Il a été enterré chrétiennement auprès de sa mère.
« Un jeune Vannier s’est fait baptiser à la fête de l’Epiphanie. Sa mère s’était opposée de tout son pouvoir à sa conversion ; aujourd’hui elle étudie les prières ainsi que son mari. »
« Je viens d’achever la visite du diocèse ; elle a duré quatre ans. Un peu partout j’ai constaté que nos pauvres chrétiens parias cherchent à obtenir des terres du Gouvernement ; c’est même là leur grande préoccupation. Un nouveau village a été fondé par le P. Paul dans la circonscription de Wandiwash ; il y a une quarantaine de familles catholiques et cinq ou six familles païennes. Ce village a été baptisé Thérésapur en témoignage de reconnaissance à Petite Sœur Thérèse de Lisieux. Dans la circonscription de Guddalore, la P. Amandu a lui aussi obtenu des terres pour plusieurs villages. Mais il faut travailler, défricher la forêt, peiner, suer, ce qui est beaucoup plus difficile que de se dire : Je suis l’heureux propriétaire de quelques acres de terrain. La famille qui a reçu un lot ne peut ni l’hypothéquer, ni le vendre ; elle doit le cultiver ou l’abandonner. Si nos parias pouvaient vivre sur un lopin de terre leur appartenant, ils seraient plus indépendants et ainsi plus à même de remplir leurs devoirs de chrétiens.
« Il y a actuellement cinq grandes églises en voie d’achèvement : à Tindivanam, à Cheyur, à Kourayapettai, à Salem et à Ellataghiri.
« Nos fières de Saint-Gabriel ont achevé le collège Montfort à Yercaud ; c’est une magnifique bâtisse qui pourra loger plus de cent pensionnaires. Je l’ai bénit le jour de la fête de saint Pierre et saint Paul. Leur orphelinat de Tindivanam est au complet avec l’Ecole Industrielle pour former les jeunes gens à la menuiserie. L’Ecole Sainte-Anne prépare à l’Ecole normale.
Les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont une grande école à Pondichéry, un refuge, un orphelinat et un hospice pour les vieillards. Dans cinq districts elles ont orphelinat, école et dispensaire ; à Yercaud et à Chandernagor, grand pensionnat.
« Nos congrégations de Sœurs indigènes, Carmélites, Sœurs du Saint-Cœur de Marie, Religieuses de Saint-Louis de Gonzague, continuent, sans bruit et avec succès, leur vie de prière, de mortification et de dévouement. »
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