| Année: |
1925 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Kumbakonam |
| Rédacteur: | Mgr Souvignet |
IV. — Kumbakonam
Population catholique 105.591
Baptêmes d’adultes 494
Baptêmes d’enfants de païens 5.587
Conversions d’hérétiques 30
La Visite Apostolique du diocèse de Kumbakonam par Son Excellence Mgr Lépicier, a été l’occasion pour le clergé et les chrétiens des mêmes fêtes, des mêmes démonstrations enthousiastes dont le rapport de la Mission de Pondichéry nous a donné un aperçu : « Seule, l’absence de notre évêque bien-aimé, Mgr Chapuis, écrit M. Souvignet son Provicaire Général, jeta une ombre sur notre bonheur. »
« Le passage de Mgr le Visiteur Apostolique, continue notre confrère, eut pour la Mission de Kumbakonam un résultat pratique immédiat : il fut l’occasion de la soumission à l’autorité ecclésiastique de quelques parias qui avaient abandonné toute pratique religieuse depuis quatre ans.
Délégué par Mgr Chapuis, j’ai fait cette année deux tournées de confirmation : Dans la première, du 11 février au 24 mars, j’ai visité cinq districts qui comptent en tout 17.000 catholiques, et j’ai confirmé 3.039 personnes ; dans la seconde, j’ai visité quatre districts beaucoup plus considérables comme étendue, mais dont le chiffre de la population catholique est moins élevé (7.400). Dans le compte rendu de cette année, je me propose de donner un aperçu des districts visités.
Mikelpatti Nord. — Ce poste est de date assez récente. Détaché de Vadhavicam quelques années seulement avant la guerre, il fut de nouveau uni à l’ancien chef-lieu, et ce ne fut qu’au retour de nos confrères démobilisés qu’un prêtre put de nouveau s’y établir. Durant son court séjour dans ce poste, le titulaire d’avant-guerre, M. Devin, put bâtir un presbytère bien convenable ; l’église manque encore et la messe se dit sous une des vérandas du presbytère. M. Vachon, le titulaire actuel, s’est beaucoup occupé de l’instruction de ses chrétiens, des enfants surtout, et j’ai été très agréablement surpris de voir un bon nombre d’enfants et de jeunes gens parfaitement instruits de leur Religion.
La seule station secondaire de ce district est Naduvalur, située à quatre milles du chef-lieu. Ce village possède une assez grande église bâtie par les chrétiens eux-mêmes mais non encore terminée.
Mikelpatti contient 1.745 catholiques ; le nombre des confirmations fut de 413.
Tennur. — Ce fut avec grande joie que je revis Tennur, mon ancien district que j’avais quitté en 1919, mais où j’avais laissé une partie de mon cœur. Tennur compte 4.476 catholiques ; j’y administrai le sacrement de Confirmation à 553 personnes dont une bonne moitié avaient reçu la première Communion de ma main, durant les cinq années de mon séjour dans cette paroisse. Il y a à Tennur une assez jolie église et un presbytère convenable. L’école de garçons est prospère et cette année, M. Lourdes, le titulaire du district a pu ouvrir une école de filles qui compte 88 élèves et dont les Religieuses du Saint et Immaculé Cœur de Marie ont pris la direction.
A Arantangui, une des stations secondaires de Tennur, il y a cinq cents chrétiens. Jusqu’à présent ceux-ci n’avaient qu’une misérable paillote pour chapelle ; une nouvelle chapelle en briques est commencée et j’espère que bientôt elle sera achevée.
Mannargudi, autre station de Tennur, est un centre de parias, où les chrétiens de nombreux centres environnants viennent recevoir les sacrements lors des visites du missionnaire. Ces deux stations Arantangui et Mannargudi devraient être détachées de Tennur et suffiraient à l’activité d’un missionnaire.
Varadarajampettai. — C’est un des plus populeux districts de la Mission : 4.548 catholiques, dont près de 3.000 sont dans le village même. Deux prêtres ne seraient pas de trop, mais… il faudrait les avoir. Les gens de ces parages sont orgueilleux, turbulents ; il faut une grande prudence pour les gouverner ; je dois dire que le jeune prêtre indigène, M. Antoni Joseph, réussit à les maintenir dans l’ordre. Une grande église commencée par M. Michotte, continuée par M. Huysman, attend encore sa voûte ; mais M. Antoni Joseph va se mettre à l’œuvre, et bientôt elle sera achevée. Et ce sera heureux car c’est pitié de voir les fidèles entassés dans la petite église actuelle, tandis qu’un bon nombre d’autres sont assis au soleil. Dans ce district, nous avons trois écoles de garçons et une de filles. Le nombre de confirmations fut de 723.
Palayamkottai. — Ce district, dans sa très grande majorité, est composé de chrétiens parias. C’est un des plus difficiles à gouverner car ces parias ne sont pas toujours dociles. Ils manquent surtout d’instruction religieuse, et à cela rien d’étonnant : Beaucoup d’entre eux sont éloignés du centre et ils sont tellement tenus par leur travail auprès des maîtres païens, qu’ils ont bien peu de facilités pour venir à l’église. Il y a, dans le district trois écoles de garçons ; il faudrait aussi une école de filles. L’église bien qu’inachevée peut cependant servir au culte. M. Doraisami est chargé de ce district qui compte 2.879 catholiques. Je donnai 493 confirmations.
Vadhavicam. — Mgr Chapuis fut le premier titulaire de ce poste, il y a vingt-six ans. Il jeta les fondations d’une église qui attendent encore le bâtiment. M. Bulliard, titulaire actuel, a préparé tous les matériaux et les travaux vont être menés rondement et à bonne fin. En attendant, notre confrère dit la messe dans un grand hangar dont les colonnes sont des troncs de cocotier et le toit est couvert en feuilles du même arbre. Ce district compte 3.710 catholiques. Le nombre des confirmations fut de 853.
Tondamandurai. — Nous voici au village des radjahs. C’était autrefois un pays de forêts et les rois du Puducottah y venaient faire leurs parties de chasse. Aujourd’hui, les forêts ont disparu pour faire place à de bonnes cultures, dont les habitants assez nombreux tirent de non moins bonnes récoltes. Les chrétiens y sont relativement peu nombreux (1721), quoique le district soit assez étendu. Ils sont groupés en deux grands villages : Tondamandurai et Annamangalam ; ils sont moins religieux ou plus tièdes qu’ailleurs et, sans doute faut-il attribuer cela au voisinage des protestants qui sont nombreux et influents dans ces parages. M. Ignatius, titulaire de ce district, prêtre indigène actif et travailleur, se dépense beaucoup pour les fortifier dans la foi ; il a écrit plusieurs opuscules pour démontrer les erreurs des protestants, en préserver ses ouailles et éclairer leur foi.
Le nombre des confirmations a été de 264. L’église du chef-lieu n’est pas tout à fait terminée et ce qui sert d’église à Annamangalam n’est qu’une bien pauvre chapelle en chaume. Les écoles sont assez peu fréquentées.
Atur. — Le district d’Atur, qui touche la Mission de Pondichéry à l’ouest, ne fut rattaché à la Mission de Kumbakonam qu’en 1910. Ses mille catholiques sont en majorité des néophytes. Ils donnent beaucoup de soucis à leur pasteur car leurs parents restés païens sont toujours aux aguets pour les attirer au paganisme. Le dévouement de M. Ligeon les garde de ce danger et il est certain qu’ils ont fait de grands progrès dans la foi. J’ai eu la joie de procéder à Atur à la bénédiction d’un couvent et à l’inauguration d’un dispensaire. M. Ligeon fut ce jour-là à l’honneur après avoir été à la peine. La fête de l’ouverture du dispensaire fut très réussie ; une foule de païens, de Turcs, ainsi que les autorités du gouvernement y assistèrent ; plusieurs discours glorifiant la charité des Religieuses et des prêtres catholiques furent prononcés et applaudis. Ce sont les Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie-Immaculée qui ont la direction du dispensaire ; depuis l’ouverture, 150 à 200 malades se présentent chaque jour pour demander des remèdes. Dans cette région toute païenne, nous espérons une moisson abondante. A Atur, j’ai donné 197 confirmations. Il faudrait de bonnes écoles dans plusieurs villages et aussi des chapelles..
Coneiripatti. — C’est un centre de nouveaux, chrétiens, baptisés pour la plupart par Mgr Gandy et le regretté M Teyssèdre lors de la famine de 1878 et les années suivantes. Mgr Gandy, alors missionnaire dans ces parages, acquit de vastes terrains et y installa les néophytes venus de différents villages. Coneiripatti est aujourd’hui un beau village de sept cents chrétiens. Grâce à la résidence du missionnaire parmi eux, ils ont reçu une excellente formation et on peut dire qu’ils valent les anciens chrétiens.
Sandarapatti, station secondaire du district, est un grand village excessivement peuplé. Il y a là un bon nombre de néophytes parias très simples et de bonne volonté ; mais ils sont tellement tenus en servitude par les gros richards de l’endroit qu’ils ont toutes les peines du monde à pratiquer leur religion. L’église de cette station est en bon état et l’école est prospère.
J’ai donné dans ce district la confirmation à 265 personnes. La population catholique de Coneiripatti est de 2.000 âmes.
Cottapalayam. — Nous voici arrivés au terme de ma première tournée de confirmation. Cottapalayam est situé au pied du Collimalei ou montagne de la mort. Il y eut jadis sur ces montagnes quelques Maléolis baptisés ; mais l’insalubrité de la région ne permit pas de continuer l’œuvre, il est cependant certain que, avec les précautions nécessaires, les Européens peuvent très bien vivre sur ces montagnes. Si nous avions quelques prêtres de plus et des ressources, nous pourrions nous lancer à la conversion de ces montagnards qui sont simples et bien disposés.
M. Hourmant, titulaire du district, a assez à faire avec ses 2.600 chrétiens. Au chef-lieu, la communauté chrétienne est très pratiquante ; les écoles de garçons et de filles sont bien fréquentées ; l’église, commencée par M. Didier, terminée par M. Bulliard, est belle et spacieuse. La fête patronale de Sainte-Marie-Madeleine attire une grande foule de pèlerins.
Cottapalayam a trois stations secondaires, éloignées de huit ou neuf milles du chef-lieu. Il faudrait un prêtre en résidence dans l’une d’elles. Il serait bon aussi de nous établir dans la petite ville de Turrayur. Un missionnaire ayant là un pied-à-terre aurait des chances d’attirer beaucoup d’âmes à notre sainte Religion.
Dans le district de Cottapalayam, nous avons quatre écoles de garçons et une de filles. C’est le district qui fournit le plus de vocations sacerdotales et religieuses.
Dans les quatre districts que j’ai visités dans ma seconde tournée, la vie de nos chrétiens est devenue bien dure. Depuis deux ans les pluies ont manqué, les récoltes ont été insignifiantes ; beaucoup de personnes ont quitté leur village pour aller à Ceylan, Penang, chercher du travail. A Sikitambur par exemple, sur cent familles chrétiennes, une bonne moitié est partie. Il ne faut donc pas s’étonner si le chiffre total de notre population catholique reste stationnaire.
Pour le présent exercice, nos chiffres d’administration sont à peu près les mêmes que ceux de l’année précédente. Quelques-uns cependant marquent une progression sensible entre autres celui des baptêmes d’enfants in articulo mortis et celui des communions de dévotion.
Comme par 1e passé, nos Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie-Immaculée et nos Sœurs Indigènes du Saint-Cœur de Marie nous ont donné leur concours dévoué. Nous faisons notre possible pour maintenir et augmenter le nombre de nos écoles de garçons et de filles ; mais la tâche devient tous les jours plus ardue. Le Gouvernement verse l’argent à pleines mains pour multiplier ses écoles où de simples maîtres non diplômés sont payés de quinze à vingt roupies, tandis que nous, pauvres missionnaires, nous ne pouvons leur donner que de maigres salaires.
La future cathédrale de Kumbakonam est enfin commencée. Les fondations sont terminées et les murs sont sortis de terre. Ce fut un rude et peu intéressant travail que la pose de ces fondations ; il fut mené avec méthode et énergie, pendant vingt semaines sans discontinuer, par M. Prunier aidé de M. Laplace.
Cette cathédrale s’imposait, car la petite église qui en tenait lieu était vraiment trop misérable et insuffisante ; et il était convenable que dans la ville de Kumbakonam, aux cinq cents pagodes, s’élevât un monument faisant honneur à notre sainte Religion. Elle est donc commencée notre cathédrale tant désirée, mais quand pourrons-nous la finir ? Adjuva nos, Domine. »
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