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Rapport annuel des évêques

Année: 1925
Pays: Inde
Mission: Mysore
Rédacteur:Mgr Studer

II. — Mysore

Population catholique 61.347
Baptêmes d’adultes 1.064
Baptêmes d’enfants de païens 1.935
Conversions d’hérétiques 126


M. Studer, Vicaire Général de Mgr Despatures, nous écrit : « L’année s’est écoulée sans bruit, dans un travail féconde, parfois difficile mais allégrement accompli. Les résultats, bien qu’inférieurs, à nos désirs, représentent une grande somme de sacrifices et de dévouement, tant de la part du personnel missionnaire que du clergé indigène.

Bangalore. — Après vingt-huit ans d’un ministère signalé par la reconstruction de la cathédrale et son ornementation, celle d’un orphelinat pour garçons, la création d’œuvres variées, M. Tabard a quitté la cathédrale, vaincu par la maladie, et a été remplacé par le Vicaire Général qui est aidé très efficacement par M. Lobo Dominique.
Notre vénéré doyen, M. Rautureau, chargé de la paroisse de Blackpully, attire l’attention sur les œuvres et les confréries où se forme et se maintient une élite. Le nombre des enfants a augmenté à l’école des garçons comme à celle des filles.
La population catholique de Saint-François-Xavier va toujours croissant depuis une douzaine d’années ; elle a passé de 6.000 à 9.000 âmes. Les 74.600 communions de dévotion obtenues cette année prouvent que le côté spirituel de la paroisse est à un bon niveau. Lorsque la grande église sera terminée, le pasteur ayant plus de loisirs à donner à ses ouailles, ce niveau spirituel s’élèvera encore. Les principales œuvres de la paroisse sont un club et une bibliothèque pour les jeunes gens — ils sont deux cents environ — une école pour les filles indiennes de basses castes, comptant un personnel enseignant de 10 maîtresses diplômées et 250 élèves, enfin deux écoles pour les garçons parias, avec 133 élèves.
M. Laurent voit augmenter chaque année le nombre des chrétiens dans le nouveau centre que nous appelons « la colonie du Railway ». Il sent déjà la nécessité d’agrandir son église. Par son entremise, une maîtresse catholique a été nommée à l’école du Railway ; chaque matin elle fait le catéchisme aux enfants. Malheureusement, l’assistance quotidienne à la messe laisse à désirer.

Anepaleam. — M. Feuga administre cette petite mais très difficile paroisse dans les faubourgs de Mysore. Les chrétiens, sans prêtre titulaire pendant de longues années ne sont guère en main et se querellent fréquemment. Il ne semble pas pour le moment que les espoirs de conversions qu’on avait conçus en donnant un titulaire à cette paroisse soient près de se réaliser : le mauvais exemple de certains chrétiens y est certainement un obstacle.

Begur et Taipaleam. — M. Albert se félicite de voir le nombre des confessions et communions augmenter et l’assistance à la messe du dimanche plus régulière, grâce aux mesures énergiques qu’il a prises pour faire cesser le commerce qui empêchait l’observation du troisième commandement. Les chrétiens de la caste Tigala sont connus pour leur caractère frondeur et leurs querelles incessantes ; mais l’harmonie semble enfin régner chez eux avec le détrônement du chef de leur caste et leur adoption, comme ils disent, « du régime parlementaire ».


Champion Reefs. — La construction de son presbytère n’a pas laissé à M. Veysseyre le temps de nous décrire ses travaux et leurs résultats. Le nombre de ses chrétiens s’élève à 9.000 et il n’a pour l’aider qu’un seul vicaire, excellent d’ailleurs, M. de Souza.

Coromandel. — M. Picot, titulaire de ce district, donne un travail au-dessus de ses forces car la maladie l’éprouve beaucoup. « D’après les chiffres que m’a rapportés le catéchiste, écrit notre confrère, la population catholique s’est encore accrue de deux cents âmes. Un autre progrès est constaté dans l’Apostolat de la Prière. Le nombre des Apôtres de la Prière a augmenté considérablement, je veux dire suffisamment pour me permettre de donner des cadres à l’Association. »

Dornhally. — Dornhally a été visité par un cyclone, chose rare ici vu notre éloignement de la mer. A huit heures du soir, le 28 avril, il éclata soudainement dans un ciel calme et pur jusque-là. En vingt minutes il détruisit aux trois quarts la résidence de M. de Silva, complètement cinq maisons de chrétiens, enleva la toiture de l’église, causa des dégâts dans toutes les maisons du village et tua un nouveau converti.

Hünsur. — Ce nouveau district, pris sur celui de Dornhally, est de fondation récente ; il est situé au sud-ouest du Mysore, dans les jungles fiévreuses très peu peuplées d’humains mais par contre infestées de tigres, d’éléphants et de tous les héros du « Jungle book de Kipling ». Les bambous y étant arrivés à maturité cette année ont donné leur graine, laquelle les pauvres gens ont recueillie comme une manne céleste ; mais elle leur a valu plusieurs épidémies et la multiplication des rats qui ont semé à leur tour la peste. Le prêtre indien de Hünsur, qu’on disait immunisé contre la malaria, a dû plusieurs fois s’absenter à cause de la fièvre. Mais comme ses pauvres chrétiens des bois sont heureux d’avoir maintenant ses fréquentes visites !

Mudigere. — Plus de cinquante stations à visiter deux fois par an, dans un pays malsain, n’arrivent pas à enlever le sourire à M. Kœhl. La construction de deux chapelles-abris s’impose ici.

Settihalli. — « Ma population chrétienne diminue, écrit M. Meyniel, titulaire de ce district. La diminution était l’an dernier de 63 personnes ; elle est cette année de 78. Les décès ont dépassé les naissances de 36 unités ; les autres ont émigré surtout vers Shimoga et Bangalore... Je crois que le grand mal de Settihalli est : 1º l’ignorance religieuse ; 2º les injustices qui en sont peut-être la conséquence.
Le 1er septembre j’ai ouvert une école à Muddugoudenkopel spécialement, pour les Holeyroos, mais quelques Vokkaligas y viennent aussi. J’attribue la régularité des élèves à ce qu’on ne fait la classe que de sept heures à midi ; le soir, les enfants peuvent aller garder le bétail. Cette école jusqu’ici marche très bien et me permettra d’enseigner la religion aux enfants.
Les confrères se maintiennent petitement. L’Apostolat de la Prière n’a pas fait de progrès. Espérons que le « Messager du Sacré Cœur » canara, qui est lu par presque tous ceux qui savent lire, les réveillera un peu, leur donnera l’Amour de Notre-Seigneur et leur inspirera la fréquentation des sacrements.
La Propagation de la Foi, grâce au zèle de quatre chrétiens, semble établie dans les villages de Settihalli, Arubalekopel et Doddakopel. »

Siluvepura. — « Les conversions sont rares et difficiles, l’esprit païen domine dans le pays, gémit M. Gouarin. Les païens ne souffrent pas qu’on leur parle de conversion, qu’on fasse mention de la vie future ou même qu’on leur rappelle le souvenir de leurs aïeux ; ils se montrent offensés des allusions que l’on fait au salut de leurs âmes : un jour, un bonhomme que je connaissais particulièrement et que j’invitais à penser à son âme dont le salut m’était cher, me demanda inopinément pourquoi je l’insultais en l’engageant ainsi à changer de religion, ce qui à ses yeux consistait à renier sa caste et ses aïeux. Un autre à qui je disais qu’il n’y a qu’un chemin pour aller au ciel et pour être heureux dans l’autre monde, que ce chemin est l’observation des commandements de Dieu dont l’explication se trouve dans les commandements de la vraie, unique et sainte Eglise... « Est-ce que je marche sur les épines de la route ? me répondit-il, est-ce que je mets les pieds sur les pierres ou dans les ornières ?... » Quel est donc le moyen de faire entendre raison à de pareilles gens obstinés dans leurs préjugés et qui ne pensent qu’à la matière ? Les réflexions de ces deux individus sont le résumé des idées et des sentiments des païens de nos environs et de tout le pays. Aussi se gardent-ils bien d’assister à aucune de nos cérémonies, même en passant. C’est l’indifférence, le mépris même et chez quelques-uns c’est la malveillance à tel point qu’ils reprennent sérieu-sement ceux de leurs enfants qui, fréquentant l’école du village, viennent par curiosité à la porte de l’église. Cet esprit d’opposition va en se fortifiant par les conférences qui se donnent plus ou moins ouvertement dans le village ; sous prétexte de patriotisme ou de nationalisme on pénètre les esprits de l’idée que l’Inde doit être aux Indiens, que l’hindouisme doit être exclusivement pratiqué dans tout le pays, que les étrangers, leur religion et même leur éducation doivent être bannis, ignorés et détestés de tout Indien digne de ce nom. »

Solur. — M. Noronha a remplacé M. Meyniel dans cette station « ad paganos ». Ses nouveaux convertis ont abandonné sincèrement les superstitions, mais leur zèle excessif, par ses manifestations imprudentes au moment des fêtes païennes, est une cause d’anxiété pour le pasteur. Ce beau zèle uni à une foi neuve ne les a pas cependant régénérés complètement : l’usage de la liqueur fermentée du pays, leur ignorance, leur extrême pauvreté et leur caractère provocateur n’en font pas des modèles.
M. Noronha surveille aussi à Mandya, à cent milles de Solur, un mouvement sérieux contre l’ostracisme dans lequel sont tenus les parias, mouvement qui pourrait tourner en faveur du christianisme. Mais ce n’est encore qu’une lueur.

Thumboochettyiur. — Le district de Thumboochettyiur compte actuellement 736 catholiques dispersés dans vingt villages ; c’est une augmentation de 80 sur l’exercice précédent : elle est due à l’excédent des naissances (33) sur les décès (14) et à l’immigration de fidèles venant surtout de Bangalore et de Vellore.
M. Laval, titulaire du district de la conversion d’un vieillard européen qu’il attribue à l’intercession de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus : « Un prêtre de Mylapure qui le connaissait bien, écrit notre confrère, m’écrivait l’an dernier, quelque temps avant sa mort, qu’il considé-rait la conversion comme impossible, à moins d’un miracle de la grâce. Le malade en effet ne voulut pas se rendre à mes exhortations ; un matin, après un long entretien fort amical du reste, je me disposai à lui donner l’Extrême-Onction, mais je dus quitter la chambre devant l’obstination du moribond. Je savais qu’au Carmel de Hanoï une carmélite portant le nom de Thérèse de l’Enfant Jésus était spécialement intéressée à cette conversion. Je pris mon chapelet et faisant les cent pas sous la vérandah, je m’adressai moi aussi à la « Petite Fleur ». Après un certain temps, je rentrai dans la chambre du malade. O merveille ! Je le trouvai enfin pour la première fois suffisamment disposé pour recevoir les derniers sacrements qu’il reçut en effet, séance tenante. Un peu plus tard il reçut aussi le saint Viatique. Il vécut encore quelques semaines et durant mes visites je pus constater quel changement s’opérait en lui.. Il mourut le 8 septembre en paix avec Dieu après m’avoir remercié de tout ce que j’avais fait pour lui.»

Nos écoles et collèges, dirigés soit par les missionnaires, soit par les religieuses, ne nous ont pas fait part de leurs succès aux examens ni de leurs agrandissements continus. Cette modestie cache les plus brillants succès. Nos cours d’Université, lettres et sciences, auront bientôt, nous l’espérons, le couronnement du B. A qui termine les études supérieures anglaises.
Les œuvres de charité, orphelinats, hospices, hôpitaux, refuges, fermes, continuent leur mission qui est de gagner des âmes à Jésus-Christ, comme le prouve le chiffre de 2.000 baptêmes d’enfants de païens et 565 d’adultes à l’article de la mort.
L’Association catholique de Mysore groupe la majorité des catholiques adultes dans chaque centre paroissial. Son activité dans le domaine social, politique et religieux est dirigée par d’éminents catholiques sous le contrôle demandé et accepté des autorités religieuses. Grâce à elle, nous avons pu introduire nos représentants au Conseil législatif et à l’Assemblée des Représentants, aussi bien que dans diverses municipalités.
Avec le retour de Mgr Despatures, nous espérons reprendre avec un succès plus grand la marche de nos travaux qu’il a fait bénir par le Saint Père. »


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