| Année: |
1926 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Kumbakonam |
| Rédacteur: | Mgr Sovignet |
IV. — Kumbakonam.
Population catholique 102.548
Baptêmes d’adultes 486
Baptêmes d’enfants de païens 3.501
Conversions d’hérétiques 52
M. Sovignet, Vicaire Général nous écrit : « La Providence n’a pas exaucé nos vœux et ne nous a rendu aucun de nos malades de France ; elle ne nous a pas rendu surtout notre Evêque dont nous attendions le retour cependant avec grande impatience. Bien plus, la maladie a encore frappé plusieurs de nos confrères : M. Chassain, bien éprouvé, a dû aller demander à l’air du pays natal une guérison que nous espérons prochaine ; M. Toublanc a fait un long stage à l’hôpital Sainte-Marthe à Bengalore ; M. Cabiran, dans ce même hôpital depuis près de six ans, continue de souffrir des douleurs atroces avec une patience bien édifiante, qui attire sûrement sur notre Mission les bénédictions de Dieu,
Dans ce chapitre de nos épreuves, je dois signaler la mort de la Supérieure de notre couvent indigène de Kumbakonam, Mère Alexis Marie. Elle avait passé trente-sept ans de sa vie religieuse au couvent de Kumbakonam et s’était dévouée à l’éducation des petites filles, surtout des filles païennes, dans l’école de Cadalangadi, dite Ecole des Brahmines. Par son tact, son savoir-faire et son dévouement, elle s’était attiré l’affection de ces enfants et des parents. A sa mort, ces Brahmines, ses anciennes élèves aujourd’hui mariées et mères de famille, se cotisèrent et firent célébrer un service funèbre pour le repos de son âme. Que Dieu nous envoie beaucoup de religieuses indigènes de la valeur de Mère Alexis Marie pour la prospérité de nos écoles !
Comme par le passé, les missionnaires de Kumbakonam se sont adonnés à leur travail avec zèle et énergie. Les difficultés n’ont pas manqué, mais le Bon Dieu a donné à chacun le courage d’accomplir sa tâche.
Les exercices du Jubilé ont été faits non seulement dans tous les chefs-lieux de district, mais encore dans un grand nombre de stations secondaires. Nos chrétiens sont venus avec un grand empressement suivre les instructions, matin et soir et gagner le jubilé.
Au point de vue matériel, des travaux considérables ont été faits. M. Bulliard a mené rondement la construction de l’église de Vadhavicam ; des fondations où elle se trouvait l’an passé, elle est maintenant à la corniche et M. Bulliard espère la terminer l’an prochain. M. Depigny à Periavalarsili s’est démené beaucoup aussi et a poussé activement les travaux de son église. M. Brun, grâce à quelques secours venus de France, à son esprit d’économie et à ses privations, a pu enfin terminer les fondations de son église de Gabrielpuram ; mais longtemps encore il sera obligé de célébrer la messe sous la vérandah de son presbytère.
Dans toute l’étendue du diocèse, tous nos chrétiens ont continué à faire preuve d’un excellent esprit. Pleins d’affection et de respect pour leurs prêtres, ils leur témoignent l’obéissance la plus absolue. Ceux qui disent que les catholiques de l’Inde n’aiment pas leurs missionnaires se trompent ou sont trompés par quelques rares catholiques en rupture de ban.
C’est plutôt l’animosité des païens qui augmente contre la religion catholique. Voici un fait que me cite M. Xavier, de Puratacody : « Dernièrement un nouvel Inspecteur des Ecoles, brahme orgueilleux et ennemi des catholiques, a été nommé à Salgudi. Sitôt installé, il commença par ordonner d’enlever le crucifix et les images des saints, même dans les écoles où les maîtres et la majorité des élèves étaient catholiques. Je fis quelques réclamations au Président du Taluk Board et j’allai voir chez lui cet inspecteur, le priant de ne pas molester ainsi les maîtres d’école catholiques. Il me répondit que, d’après les règlements du gouvernement, on ne peut mettre dans une école des images ou figures qui peuvent blesser les convictions religieuses d’une partie des élèves, comme c’est le cas pour les Hindous ; à moins, ajouta-t-il, qu’on ne mette l’image de Sarasvadi (déesse païenne) à côté du crucifix. Mes protestations ne purent le convaincre, ou plutôt il ne voulut rien entendre. Depuis lors il se montre très sévère à mon égard et cherche à trouver en faute mes maîtres d’école pour supprimer ou au moins éliminer les allocations que nous donne le gouvernement ! Et M. Xavier ajoute très justement : « S’il en est déjà ainsi sous le gouvernement anglais, que sera-ce plus tard sous le self-gouvernement, quand les brahmes et autres auront toute facilité de fouler aux pieds les catholiques ? »
Cette année, j’ai fait une petite tournée dans les deux districts de Toloorpatty et de Kakavéry. De Toloorpatty, pas grand’chose à dire, sinon que la population catholique diminue chaque jour, à cause de l’émigration causée par la famine. C’est aussi, hélas ! dans l’ensemble de la Mission que nous constatons cette diminution : Nous comptons cette année 3.000 catholiques de moins que l’année dernière.
Kakavéry appartient au district civil de Salem et c’est, je crois, le poste le plus éloigné du centre de la Mission. C’est là qu’a travaillé pendant quarante-cinq ans notre vénéré doyen, M. Bricaud. Durant ces années de dur labeur, notre confrère a su mettre son district, sur un bon pied ; et c’est peut-être là que nous trouvons les chrétiens les mieux instruits, les mieux formés, les plus fervents. L’église du chef-lieu est petite et menace ruine, mais déjà les fondations d’une nouvelle église sont posées. Dans les sept stations secondaires, nous trouvons des chapelles spacieuses et solides, toutes construites sur le même plan, et toutes, nous les devons à M. Bricaud. Depuis cinq ans, un remplaçant a été donné à notre doyen, et lui-même s’est retiré dans un de ses villages préféré, où il continue de donner ses soins aux 300 catholiques qui l’habitent.
Le nombre de nos séminaristes a encore augmenté cette année de quelques unités. Si nous ne comptions sur les secours promis par l’Œuvre de Saint-Pierre, nous serions obligés désormais de restreindre le nombre des admissions.
Malgré la maladie qui retient un certain nombre de nos confrères en France, nous sommes assez nombreux pour les postes fondés ; mais des divisions de districts s’imposent. En outre, les païens nous réclament et il est de notre devoir d’envoyer deux ou trois confrères « ad gentes » où ils n’auront qu’à s’occuper d’eux. Toute la jeunesse de notre Mission et même ceux d’un âge mûr sont animés d’un vrai esprit de prosélytisme. Qu’on nous donne seulement les moyens de travailler à la conversion des païens ; le zèle, l’esprit de sacrifice ne nous manquent pas. »
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