| Année: |
1926 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mysore |
| Rédacteur: | Mgr Despatures |
II — Mysore.
Population catholique 60.377
Baptêmes d’adultes 507
Baptêmes d’enfants de païens 185
Conversions d’hérétiques 99
Mgr Despatures nous écrit : « Après mon voyage à Rome pendant l’année jubilaire et après ma visite à Lourdes, à Paray-le-Monial, à Ars et à Lisieux, je suis rentré dans mon diocèse pour l’Epiphanie, au moment où mes prêtres se mettaient en retraite.
C’était le moment aussi où le Visiteur Apostolique terminait sa longue tournée dans l’Inde et regagnait Bangalore pour se préparer à partir et nous faire ses adieux. Il nous quitta le 7 février pour aller s’embarquer à Bombay. Nos meilleurs vœux l’ont accompagné, son souvenir restera longtemps gravé dans nos cœurs.
Le Saint Père nous a envoyé à sa place un nouveau Délégué Apostolique dans la personne de Son Excellence Mgr E. Mooney. Comme ses prédécesseurs, Mgr Mooney a fixé sa résidence à Bangalore, nous continuant ainsi l’heureux privilège d’avoir au milieu de nous le Représentant du Pape.
Le diocèse de Mysore a tenu à montrer sa filiale dévotion au Saint Père et à son Représentant. Des délégués des six paroisses de Bangalore ont présenté les respects et les vœux des fidèles à Son Excellence, à la Cathédrale Saint-Patrick. Dans sa réponse Mgr le Délégué nous a transmis le message du Saint Père : « Je vous répète ce que j’ai dit à Bombay et à Danaum : je veux que ma première parole à votre adresse soit le dernier mot du Saint Père quand je l’ai quitté. Dans l’audience d’adieu dont j’ai été favorisé par le Souverain Pontife, avant de m’éloigner de Rome, je demandai au Saint Père un message que je puisse transmettre à ses enfants dévoués sur cette terre lointaine : Volontiers, répliqua Sa Sainteté, je vous confie un pareil message : ce n’est autre que le mot de notre Béni Seigneur à ses disciples, lorsqu’il les envoya prêcher en son nom : « En quelque maison que vous entriez, dites d’abord : Paix à cette maison. » Dites-leur, ajouta-t-il, que mon plus grand souhait pour eux est exprimé en ces mots : « La paix du Christ dans le règne du Christ. »
Après quelques développements de haut enseignement pratique, Mgr Mooney concluait ainsi : « C’est donc avec la pensée de ses multiples applications possibles au sujet desquelles je ne suis pas encore instruit, et, particulièrement avec la pensée de cette première générale application à l’unité et au zèle apostolique, que je vous apporte le souhait de notre Père commun dans le Christ : « La paix du Christ dans le règne du Christ. » On verra du premier coup que l’esprit et le cœur avec lesquels il envoie ce vœu ont quelque chose du sens de l’exhortation de saint Paul aux Philippiens : « Que votre vie soit digne de l’Evangile du Christ, de sorte que, soit que je vienne à vous et vous voie, soit qu’absent j’entende parler de vous, j’apprenne que vous vous tenez fermement dans un même esprit et que vous travaillez ensemble avec une même pensée pour la Foi de l’Evangile. »
Ces paroles sont d’une doctrine et d’une direction si nourries qu’elles feront la joie des confrères quand ils les trouveront imprimées à cette place.
Cette année, j’ai reçu un faible total de rapports. J’en suis un peu la cause car j’ai dû procéder à un grand nombre de changements vers le mois d’août. Je dois une grande reconnaissance à tous les confrères pour le zèle avec lequel ils se sont serrés autour de leur Evêque pour partager ses peines et ses joies, et pour l’obéissance dont ils ont fait preuve quand il a fallu procéder à des remaniements nécessaires.
Nous avons perdu M. Tabard. Il est mort le 2 juillet, après une longue maladie qui l’avait forcé à résigner la cure de la Cathédrale où il a travaillé avec tant de succès pendant trente-trois ans. Il repose dans sa chère Cathédrale, au centre de sa paroisse pour laquelle il s’est tant dépensé.
Grosse perte encore que celle du P. Lazarus, décédé en novembre 1925. Il était le doyen de notre clergé indigène. Né en 1862, prêtre en 1895, il a fourni une carrière de trente deux ans de sacerdoce, et une féconde carrière, certes. Prêtre très digne, il a laissé à ses confrères tant européens qu’indiens, l’exemple d’une grande humilité. Le Diocèse lui doit le développement du gros village chrétien d’Harobally et la fondation de nouvelles stations dans le district.
M. Servanton, curé de Saint-François Xavier a écrit de bonnes pages que je résume : Sa population, autant qu’on a pu la dénombrer, contient 9.179 catholiques. Deux prêtres seulement pour la desservir. Aussi combien M. Servanton soupire après une division évidemment nécessaire, mais non moins évidemment impossible pendant quelque temps encore ! Nous n’avons pas de prêtres en nombre suffisant. Trois écoles indiennes prospèrent, mais que c’est peu pour 5.674 tamouls ! Et combien d’infidèles viendraient se ranger au catéchuménat si les ressources le permettaient !
Ces remarques de M. Servanton s’appliquent à toutes les autres grandes paroisses de la ville : Blackpally, Sacré-Cœur, Saint-Joseph. Tous ces centres appellent des décentralisations. Il faut partout multiplier les églises, multiplier les écoles, multiplier les catéchuménats. Tout cela serait facile s’il ne fallait auparavant multiplier le clergé et les économies.
M. Laurent, à la petite congrégation de la gare de « Bangalore City », se dépense sans compter, malgré son âge. Il doit biner tous les dimanches pour procurer à plus de monde le bienfait de la messe. Après la dernière messe, il retient les enfants pour le catéchisme. Sur semaine, il a une école élémentaire privée, où viennent païens et protestants avec les catholiques. C’est là une œuvre excellente qui promet pour l’avenir. Avec cela fonctionne l’école officielle pour les enfants de la gare. En ce moment la maîtresse est catholique, et il y a facilité d’enseigner le catéchisme vingt-cinq minutes avant la classe.
De Bangalore, passons aux Mines d’or du district de Kolar. M. Veysseyre écrit de Champion Reefs : « L’événement sans contredit le plus important de l’année qui vient de s’écouler fut la visite officielle de Son Excellence Mgr Lépicier, Visiteur Apostolique de l’Inde. Monseigneur parut charmé de la bonne tenue, de la piété et de l’affection filiale envers le Saint-Siège de mes paroissiens.
Un autre événement fut l’achèvement du presbytère en lieu et place de l’ancien qui menaçait ruine. La nouvelle bâtisse est grande, confortable et contribuera à maintenir la santé du curé et de son vicaire.
Il y a un léger fléchissement dans la population, mais le nombre des confessions et communions s’est maintenu sensiblement le même, ce qui prouve que la vie spirituelle n’est pas en décroissance. Le nombre des baptêmes d’adultes ne répond pas aux espérances que m’avaient fait concevoir mes conférences publiques avec projections. »
M. Picot, curé de Coromandel, relate aussi la Visite Apostolique de Mgr Lépicier et les heureux effets qu’elle a produits sur l’enthousiasme, la piété et l’attachement au Saint-Siège de ses paroissiens.
Nous rapprochant de Bangalore, nous allons être témoins des épreuves des villages et aussi des perplexités de la ville au moment critique où l’eau est venue à manquer. De Silvépura, M. Gouarin écrit : « L’année qui finit a été bien triste au point de vue matériel. C’est la disette et la famine en perspective, à moins que le Bon Dieu n’ait pitié de nous. Peu de récolte de riz l’an dernier ; peu de récolte de mangues et les revenus d’autres valeurs sont nuls ici. Cette année cela va être pire encore, car le riz semé dans de bonnes conditions a séché sur pied, faute d’eau. Au bout de six semaines, on a mis le « ragi » à la place, et la pluie ne vient pas. Les bestiaux n’ont que la peau sur les os et les paillers sont vides. » C’est près de Silvépura que se trouve le grand réservoir d’Hesergata qui approvisionne d’eau la ville de Bangalore. Cette année, pour la première fois depuis vingt-huit ans qu’il a été construit, ce réservoir s’est trouvé complètement à sec ; il a fallu à grands frais faire venir l’eau d’une autre direction.
De son côté, M. Laval écrit de Thumboochettyur : « L’an dernier, 40 à 50 catholiques, venus surtout de Bangalore et des environs pour cultiver de petits jardins entre Whitefield et Hoskoté, ont dû repartir à cause du manque d’eau. La ville de Bangalore elle-même se trouva menacée : L’étang de Mallappahchetty, tout près de Thunmboochettyur, fut d’abord réservé, mais on vit bien vite que la réserve serait insuffisante. L’étang d’Hoskoté, beaucoup plus grand fut à son tour retenu pour les besoins de la grande ville. Mes petits jardiniers qui utilisaient le surplus de l’étang d’Hoskoté furent du même coup condamnés à mourir de faim. N’ayant pas encore envie de mourir, ils sont allés chercher fortune ailleurs. »
Autre genre d’épreuves au pays de la pluie, à l’Ouest du diocèse, M. Meyniel écrit de Settihally : « Le fait dominant de l’année a été l’épidémie de la peste. Successivement elle a passé dans tous les villages qui ont été évacués quelque temps. Depuis deux ou trois mois on croyait en être débarrassé, mais voilà que les rats crèvent et la peste recommence dans quatre villages à la fois. Jusqu’ici il y a eu beaucoup plus de morts parmi les païens que parmi les chrétiens. » M. Meyniel a obtenu un subside du Gouvernement pour la construction d’un puits ; la santé est bonne maintenant et il a confiance dans l’avenir.
Je résume le tableau très intéressant que M. Poulnais fait de son district de Hassan. Ce district comprend cinq centres dont les unes offrent des consolations, les autres demandent des sacrifices. Le Père met son dévouement à la disposition de tous et se multiplie dans les villages qui présentent plus de difficultés. Ce district, voisin de Settihally, a été aussi visité par la peste.
Au Nord de Hassan se trouve Chickmagalur dont est chargé le P. Texeira. Très actif et très zélé, le bon petit Père Texeira a pu continuer la construction de l’église de son chef-lieu ; la toiture ayant été posée, il est possible d’y dire la messe. Cette entreprise matérielle ne l’a pas empêché de visiter son immense district. Il s’est arrêté dans 40 centres et a fait une deuxième apparition dans les stations plus importantes. Il a donné 12 baptêmes d’adultes et reçu l’abjuration de deux protestants.
Si l’année qui vient de s’écouler a été des plus pénibles, nous espérons qu’elle aura été aussi des plus méritoires. C’est la Croix qui sauve et non pas le Thabor. Cette considération très consolante nous fait prévoir une bonne récolte après le violent orage. »
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