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Rapport annuel des évêques

Année: 1926
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Gayet

CHAPITRE VIII
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Groupe des Missions de l’Inde

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I. — Pondichéry.

Population catholique 142.738
Baptêmes d’adultes 355
Baptêmes d’enfants de païens 1.468
Conversions d’hérétiques 29


Nous n’avons à enregistrer ni de grands succès ni de grands échecs, écrit M. Gayet, Vicaire Général. Pour nous lancer à de nouvelles conquêtes, il nous faudrait des renforts en hommes et en munitions. En attendant, nous ne pouvons que garder et organiser le terrain conquis, tout en cueillant, par ci par là, dans le champ immense du paganisme, quelques épis mûrs. Chacun s’emploie de son mieux à cette tâche dans la sphère qui lui est assignée, et il y a peu de Missions au monde, je crois, où les ouvriers apostoliques aient un labeur plus intense que ceux de Pondichéry ; car chacun a sous sa houlette une moyenne de trois à quatre mille chrétiens.
Tous nos confrères ont tenu à faire gagner le Jubilé à leurs ouailles et leur ont procuré à cette occasion le bienfait d’une mission de quatre jours. La cathédrale a donné le mouvement dès le mois de mars, et son zélé curé M. Combes, a été amplement récompensé des grands efforts qu’il avait faits pour en assurer le succès par les fruits de salut qu’il en a récoltés. Les autres paroisses ont suivi l’exemple et les nouvelles qui nous arrivent de différents côtés nous font espérer que l’année jubilaire sera vraiment pour le diocèse une année de grâces et de bénédictions.

Mais nos joies n’ont pas été sans mélange : C’est d’abord l’émigration qui nous fait perdre des centaines de chrétiens tous les ans. De Ravattanallur à l’extrême nord de la Mission, M. Gabillet écrit : « La sécheresse favorise joliment les « marchands d’hommes » ; ils raflent non seulement mes parias, mais mes choutras eux-mêmes. Afin de toucher la prime de 10 et 15 piastres qu’on leur promet pour chaque personne embauchée, ils courent le pays, font boire les pauvres gens, les trompent, leur promettent monts et merveilles, et quand ils ont fait un certain nombre de dupes, ils disparaissent avec elles au milieu de la nuit, et les conduisent directement au port d’embarquement, où le bateau les attend. Lorsque les parents arrivent pour empêcher leur fuite, il est trop tard. Ces pauvres gens sont malheureux dans les plantations de Malacca ; ils meurent comme des mouches et ceux qui reviennent sont minés par la fièvre et autres maladies. Je viens de perdre plus de 200 chrétiens de cette façon. »
Ces émigrations se reproduisent un peu partout malheureusement, aux années de disette ; elles expliquent pourquoi le nombre de nos chrétiens augmente à peine malgré les conversions et les naissances.
M. Boyer, à Vellantangal, a vu son troupeau menacé un moment par les entreprises des protestants. Profitant de la révolte de quelques fortes têtes condamnées à une forte amende par les chefs de leur caste, un ministre protestant voulut essayer de pêcher en eau trouble : il envoya un catéchiste pour tâter le terrain et faire quelques prêches ; puis il vint lui-même à Narasampattu. Résister à leur curé, lui désobéir, le brimer même parfois, c’est de bonne guerre, et l’on ne s’en prive pas à Vellantangal ; mais permettre à un hérétique, fût-il Américain, de venir se mêler de leurs affaires, cela n’était plus tolérable. Gesticulant, vociférant, comme on sait le faire ici quand on est en colère, les catholiques de Vellantangal se portèrent à la rencontre du ministre qui n’attendit pas leur arrivée ; et oncques plus on ne le vit. Nos braves rentrèrent au village et depuis, leur curé les aime encore un peu plus qu’avant.
A l’autre extrémité de la Mission, tout au Sud, c’est une question de caste qui est venue troubler la paix et amener la fermeture de la nouvelle église. Il faut connaître la puissance sociale et tyrannique de la Caste dans l’Inde pour comprendre l’impuissance du missionnaire à prévenir et corriger les abus comme ceux de Kanrayapattou. Là comme presque partout, la communauté chrétienne est composée de choutras et de parias. Tant que dura la construction de la nouvelle église, tant que les offices furent célébrés sous un hangar, il n’y eut aucun incident : les choutras prenaient les premières places, les parias se tenaient derrière à une distance assez respectable. L’église terminée, les troubles commencèrent. Tous les dimanches, dès les premiers sons des cloches, les jeunes gens de caste allaient se poster dans la nef réservée aux parias et leur en interdisaient l’entrée. Le bon P. Saverinader, qui a construit l’église et se dépense corps et âme pour ses chrétiens depuis des années, a eu beau parlementer, prêcher, supplier, menacer, rien n’y a fait. Sur ordre supérieur, le prêtre a quitté le village et l’église est abandonnée ; mais soyez sûr que là-bas tout le monde croit que c’est l’autorité qui a tort. Voilà où nous en sommes encore après tant d’efforts pour atténuer ces distinctions de caste parmi nos chrétiens. Pour être juste, je dois ajouter que c’est le seul quartier de la Mission où la caste soit si vivante et pousse ses partisans à de pareils excès.

A côté de ces volcans minuscules, qui font beaucoup plus de bruit que de mal, à côté de ces petites révoltes qui disparaissent bientôt sans laisser de traces, que de jolies parterres à admirer dans cette partie du diocèse habitée par les anciens chrétiens à la foi robuste et à la piété expansive ! Si un étranger, ne connaissant des Indiens que leurs défauts, s’était trouvé à Eraiyur le 28 mai dernier, il aurait pu s’étonner de l’attachement et de la reconnaissance de nos chrétiens à l’égard du missionnaire. C’est dans ce village que notre regretté M Leroy avait dépensé sans compter durant plus de vingt ans ses forces et sa vie ; il y avait contracté, pendant l’épidémie d’influenza, la maladie de poitrine dont il mourut à l’hôpital de Bengalore. Ses enfants d’Eraiyur voulurent ramener sa dépouille mortelle au milieu d’eux et la translation se fit le 28 mai. Ce jour-là plus de 3.000 personnes accoururent des environs. Le lendemain, à la messe de requiem plus de 500 communions furent distribuées. Depuis, tous les soirs après l’angelus, c’est une vraie procession autour de la tombe ; les brebis que le pasteur avait tant aidées et consolées de son vivant viennent prier pour lui et aussi le supplier de les protéger encore car, pour elles, le Père Leroy est un saint.

Le point noir, le coin de la Mission qui a coûté tant de déboires à Mgr Gandy et à son successeur Mgr Morel, est le Nord-Ouest, le North-Arcot. Là se trouvent les néophytes baptisés par le P. Darras et ses compagnons, il y a quarante ans et plus. Pauvres jusqu’au dénûment, amenés à la foi par la famine et l’auréole de sainteté qui donnait tant d’attrait aux prédications du P. Darras, dispersés dans de nombreux villages, ne voyant le prêtre qu’à de rares intervalles, beaucoup sont retournés au paganisme et les autres hélas ! oublient les devoirs de leur baptême. L’œuvre du missionnaire dans cette région est de rechercher ces brebis égarées, de les amener peu à peu et doucement au bercail. M. Chaler s’y emploie et non sans succès : « Les chiffres des mariages et des extrêmes-onctions, écrit ce confrère, doivent leur excédent sur ceux des années précédentes à la présence des maîtres d’écoles et des catéchistes ambulants dans les villages extérieurs où ils prennent tout doucement racine. Grâce à eux, les malades ont pu recevoir la visite du prêtre et les jeunes époux être unis devant Dieu. Sans ces auxiliaires précieux, nos pauvres néophytes trop peu instruits dans la foi auraient laissé mourir leurs parents vieux sans une dernière absolution, et le prêtre païen, qui habite à côté, aurait encore et toujours présidé au mariage des jeunes comme il présida de tout temps à ceux des générations précédentes.
Pendant ses visites annuelles, le missionnaire est bien reçu par ces chrétiens qui le comblent de compliments et encore plus de demandes d’aumônes ; ils font baptiser leurs enfants, mais une fois le missionnaire reparti, ils reprennent leurs coutumes païennes, font leurs offrandes aux divinités locales et ne manquent aucune fête du calendrier hindou. Le seul remède est d’avoir dans chaque village un maître d’école ou un catéchiste à demeure.
Jusqu’à mon retour de la guerre, le district de Pattiavaram ne possédait que l’école du chef-lieu. En 1921, Tironmalai avait la sienne et dès qu’elle fût reconnue et subventionnée par le Gouvernement, d’autres furent ouvertes à Madaiyour et à Mouroumanpalam : l’an dernier ce fut le tour de deux nouvelles et cette année autant. Celle de Devikapouram mérite une mention, à l’adresse de l’élève instituteur qui en fut l’initiateur : Pendant ses grandes vacances, le voyant inoccupé au presbytère, je lui proposai d’aller passer quelques jours chez sa grand’mère à Devikapouram, et d’essayer de préparer quelques enfants à la première communion, lui promettant une récompense s’il réussissait. J’avais des doutes car je connaissais ces néophytes : ils ne pratiquaient guère ; mes zélés prédécesseurs avaient employé tous les moyens possibles, je les avais imités et mes résultats n’étaient pas meilleurs que les leurs.
Donc Seminaden — c’est le nom de mon jeune instituteur — s’en alla chez sa grand’mère ; il raconta à ses petits camarades ce qu’il faisait à l’école normale de Tindivanam, leur parla de religion, leur apprit les prières et un peu de catéchisme. Dès le premier dimanche, il m’amena trois ou quatre enfants à la messe au chef-lieu ; le dimanche suivant, une douzaine, et chaque semaine le troupeau conduit par mon petit berger était augmenté. Les parents eux-mêmes étaient intéressés et, à la fin des vacances, j’avais la joie de donner la première communion à une quarantaine d’enfants et de baptiser 70 bébés qu’on avait refusé de m’apporter précédemment.
En ce moment, le même retour s’opère dans le village de Sadanpéri où, après trois essais infructueux, mon catéchiste a fini par prendre racine et a décidé les néophytes à construire eux-mêmes une école pour les 27 enfants qui étudient les prières depuis la fin d’avril. Au lieu d’une école que j’avais en 1921, j’en ai 10 maintenant, dont 6 bien installées, et 4 sous des abris de fortune. »
Ce ne sont pas seulement les nouveaux chrétiens qui ont besoin d’écoles ; c’est toute la jeunesse catholique qui doit être instruite et formée par des maîtres chrétiens, si nous voulons préparer l’avenir. Aussi est-ce là la grande préoccupation de notre vénéré Archevêque. Grâce au zèle infatigable de M. Gavan Duffy, le Bureau des Ecoles Diocésaines a pu en fonder 15 nouvelles dans le courant de l’année. Pour la partie du diocèse qui se trouve en territoire anglais, les enfants élevés par nos maîtres chrétiens atteignent le chiffre de 6.835, dont 5.250 garçons et 1.585 filles ; en territoire français, ils sont à peu près un millier.
Avec nos Collègues de Cuddalore et de Pondichéry, nous avions depuis longtemps pourvu aux besoins des enfants qui veulent faire des études secondaires et se destinent aux carrières libérales. Les écoles primaires manquaient encore dans bien des endroits ; c’est une lacune qui est en train de se combler et c’est d’autant plus heureux que le Gouvernement indien est décidé à établir des écoles neutres dans tous les villages de 500 habitants qui en sont dépourvus.
Pour fournir des maîtres à nos écoliers, nous avons une Ecole Normale reconnue par le Gouvernement, avec 122 élèves, dont la moitié pour le Diocèse. 43 autres enfants plus jeunes suivent les cours préparatoires à l’Ecole Normale.


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