| Année: |
1927 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatore |
| Rédacteur: | Mgr Roy |
III. ― Coïmbatore.
Population catholique 48.238
Baptêmes d’adultes 451
Baptêmes d’enfants de païens 1.345
Conversions d’hérétiques 56
Mgr Roy nous écrit : « Cette année, pendant quatre semaines, en août et septembre, les ouvriers et ouvrières de quatre manufactures de Coimbatore se sont mis en grève, et parmi eux plus de mille catholiques furent sans travail, obligés de subir la loi du plus grand nombre. Pauvres gens, ils ne savaient même pas pour-quoi ils faisaient grève. Un jour, le président de l’Union ouvrière, un brave avocat, leur disait ceci : « Vous autres catholiques obéissez à vos prêtres dans les choses de religion ; mais dans cette affaire, tenez bon avec vos frères les Hindous. Vos prêtres n’ont rien à y voir. »
Le 6 janvier, les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie ont fêté le cinquantième anniversaire de leur arrivée à Coimbatore. C’est à Ootacamund qu’elles s’installèrent d’abord ; les débuts furent humbles et difficiles. Aujourd’hui, à considérer les œuvres qu’elles ont essaimé dans ce diocèse, on ne peut que répéter avec notre vétéran. M. Biolley, qui avait tenu à assister à leur fête : « C’est un miracle de la Providence. »
« Si leur école européenne à Ootacamud, écrit M. Perrié leur aumônier, a subi un déclin, la cause en est que, même à Ootacamund, l’élément européen a diminué et les familles anglaises se font un point d’honneur d’envoyer leurs enfants poursuivre leurs études en Angleterre. Mais d’un autre côté il est consolant de noter que les œuvres purement indiennes deviennent de plus en plus prospères. A l’ouvroir, nombre de femmes et de jeunes filles trouvent un abri contre l’oisiveté et ses conséquences.
A la crèche, les paniers servant de berceaux ne restent jamais vides. Assez nombreux sont les petits oiseaux qui quittent prémarément leur nid pour s’envoler au Ciel ; toutefois, le plus grand nombre reste pour peupler les orphelinats.
De nombreux baptêmes in articulo mortis sont administrés par les bonnes Sœurs, soit dans les dispensaires soit dans les villages.
Les quatre écoles indiennes sous leur direction jouissent d’une renommée bien méritée, et soutiennent avec succès la concurrence que nous font celles des protestants. »
Dans la ville de Coimbatore elles dirigent aussi une école angloindienne et un orphelinat ; elles ont l’administration de l’hôpital et du dispensaire de la Mission, où de nombreux baptêmes de moribonds sont administrés.
Le vent est partout aux écoles. Il nous en faut dans tous les districts pour préserver nos catholiques de l’enseignement neutre ou protestant. Tous les missionnaires et prêtres du diocèse le comprennent et travaillent de tous leurs moyens à cette grande œuvre. Mais hélas ! nos ressources sont limitées.
Toutes les œuvres du district Sainte-Marie d’Octacamund se maintiennent prospères. « J’ai, cette année, bâti deux nouvelles écoles primaires, écrit M. Crayssac, l’une à Lovedale et l’autre à Hosatti. Cette dernière compte actuellement une soixantaine d’élèves, la plupart de la caste des Badagas. Elle sème le bon grain en terre païenne. »
M. Boissière, du district du Sacré-Cœur qui compte 1.500 chrétiens, tout en constatant que les joies sont moins nombreuses que les douleurs dans la vie, note un vrai sujet de joie pour lui dans l’union de ses chrétiens entre eux et leur docilité à l’égard de leur pasteur.
M. Petit administre 4.500 chrétiens dans le district de Coonoor. Il est aidé dans cette dure tâche par le P. Saverimuttu. « Je constate, écrit-il, une amélioration sensible parmi mes chrétiens. Certes, il y a encore du progrès à faire, mais il y a tout lieu d’espérer qu’ils le feront.
Il nous faudrait une école supérieure complète et plusieurs autres petites écoles primaires dans différents postes éloignés du centre.
Il y a, pour cet exercice, 48 conversions de païens et protestants. Notre temps est trop pris avec nos chrétiens très disséminés, pour que nous puissions nous occuper suffisamment des païens. Il faudrait au moins un prêtre de plus dans ce district.
De Kaity, M. Tignous écrit : « La petite mission des Badagas, dont le centre est à Kaity, se développe encore lentement. En dehors des centres d’Ooty, de Coonoor, de Wellington et de Kotagiri, les protestants nous ont devancés. Ils occupent le terrain depuis près de quatre-vingt-dix ans. Ils se sont constitué une sorte de monopole avec leurs 25 écoles, sur les points les plus avantageux dese Nilgiris. En dehors des familles de leur centaine d’agents rétribués, évangélistes, catéchistes ou maîtres d’écoles, leur progrès sur la masse des païens est nul. Dans certains vilages, ils ont maintenu des écoles dispendieuses pendant cinquante ou soixante ans sans parvenir à gagner un païen, un seul. Mais ils ont empoisonné les esprits des Badagas pour qui conversion est devenu synonyme de transaction. Se convertir signifie hypothéquer ou vendre maison et terrains aux « Révérends » et s’affilier à une société coopérative ...
La glace semble se rompre dans le village de Kerchada. Quelques jeunes gens païens se sont décidés à se faire chrétiens sans prime d’encouragement. Quelques-uns sont devenus catholiques qui semblent solides. D’autres, malgré les tracasseries et même une vraie persécution, se disposent à faire le pas final.
Un puissant moyen de progrès parmi les païens serait la création de petites écoles où l’instruction religieuse doit occuper le premier rang. Nous n’avons jusqu’ici qu’une école de filles et une école de garçons. Dans celle-ci toute récente, tous les enfants, la plupart païens, savent leurs prières et les récitent tous les jours. Ils chantent des cantiques et s’imbibent tous les jours de l’esprit catholique. Quand quelqu’un d’entre eux oublie de retirer sa coiffure ou de joindre les mains au moment de la prière, il est aussitôt rappelé à la bonne tenue par une taloche d’un des nombreux païens d’âge mûr qui prennent part au pieux exercice. Multiplier, dans la mesure du possible, ces petites pépinières, c’est assurer l’avenir de la plantation.
Le travail du missionnaire est grandement aidé par le concours actif et zélé des Frères Missionnaires de Saint-François que Votre Grandeur a invités cette année à faire un essai sur ces montagnes. Le résultat de l’action de ces Frères catéchistes commence à se faire sentir. Ils ont ouvert, au mois de juin, un orphelinat qui compte maintenant 15 enfants. Ceux-ci ont déjà fait de remarquables progrès. Quelques-uns qui étaient notés comme intraitables, se sont assouplis et donnent toute satisfaction par leur piété et leur conduite. Cet orphelinat est le complément nécessaire de l’orphelinat de filles tenu par les Franciscaines Missionnaires de Marie.
Nos bons voisins, les Wesleyens, qui ont succédé aux rudes agents de la Mission de Bâle, ont recouru à diverses « méthodes » qu’ils jugeaient efficaces pour se débarrasser de la Mission catholique, des Sœurs et des Frères. Leur offensive a échoué et a provoqué une réaction qui semble devoir amener à la Sainte Eglise un certain nombre d’âmes de bonne foi. Plusieurs jeunes gens intelligents parmi les Wesleyens de fraîche étiquette nous posent beaucoup de questions. Ils se rendent compte que nous ne sommes pas des « idolâtres ». Ils se risquent, à l’occasion, dans « l’église des idoles ». C’est la gentille expression par laquelle les missionnaires de Bâle avaient coutume de désigner notre chapelle. Rien ne les y scandalise, tout, au contraire, les édifie et leur donne à penser... »
Le P. Marie-Louis, prêtre indigène qui s’occupe des catéchumènes de Gundri, district de Kodiveri, m’écrit de son côté : « J’ai passé quatre semaines a Gundri pour la préparation immédiate au baptême. Le 15 mai, j’ai eu le plaisir de baptiser 47 personnes. J’ai aussi reçu 30 nouvelles familles demandant à se convertir... Gundri est actuellement une paroisse de 500 âmes et il nous est permis d’avoir de grands espoirs... »
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