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Rapport annuel des évêques

Année: 1982
Pays: Indonésie
Mission: Indonésie

Groupe missionnaire d’Indonésie


I. L’INDONÉSIE
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE, ÉCONOMIE


a) Quelques chiffres

L’Indonésie, c’est deux millions de km2 de terre divisés en plus de 13.000 îles, elles-mêmes éparpillées sur plus de 5.000 km d’est en ouest, à cheval sur l’équateur. Des paysages le plus souvent exubérants, parfois merveilleux ; d’immenses zones encore presque désertes et d’autres surpeuplées ; des montagnes, de l’eau, des rizières, des marécages et cent volcans en activité ; de la chaleur, de l’humidité, des orchidées et... de la malaria. Un pays avec des îles et des rivages célèbres où malheureusement les touristes s’entassent comme sur la côte d’Azur au plus fort de l’été ; mais aussi, bien d’autres secteurs peu ou pas connus et autrement poétiques ! D’un côté, un sol qui pourrait combler les plus exigeants des jardiniers, des paysans ou des bûcherons ; et, par ailleurs, un sous-sol qui, même pour la part minime déjà prospectée, renferme d’immenses richesses naturelles, pétrole entre autres. Le gouvernement et quelques familles bien placées, généreusement épaulées par la Banque Mondiale et quelques multinationales, ont déjà créé et continuent d’ouvrir de très vastes plantations : hévéas, palmiers à huile, épices bien sûr.
Sur cette terre riche de mille potentialités vivent 150 millions d’habitants. Un vrai monde qui frappe de prime abord par sa jeunesse ; 33 % des habitants, soit 50 millions, n’ont pas 10 ans, alors que 9 % d’entre eux seulement ont plus de 50 ans. Cela fait de la vie, du mouvement, du bruit… mais crée aussi un problème de taille, 3 millions de nouvelles bouches chaque année qui réclament leur part du gâteau. Bien entendu le gouvernement fait d’immenses efforts, surtout depuis une dizaine d’années, pour limiter cette explosion démographique. Bureaux et unités itinérantes se multiplient, les contraceptifs sont largement et gratuitement mis à la disposition de la population, et l’ensemble des mass media est savamment mis à contribution pour généraliser le contrôle des naissances. Tous ces efforts ne trouvent cependant pas un écho spontané dans le peuple : l’atavisme, les traditions culturelles, les motivations religieuses et nombre d’autres facteurs expliquent ces réticences.

b) Un peu d’histoire

Ce n’est que le 17 août 1945 que l’Indonésie agglomérat de peuples, artificiellement réunis sous la coupe hollandaise pendant trois siècles, s’est proclamée indépendante. Des chrétiens, et les catholiques en particulier, bien que minoritaires, furent particulièrement nombreux dans cet effort de lutte pour l’indépendance. Après 4 ans d’infructueux efforts pour rester à la barre, les Pays-Bas ont été forcés de reconnaître formellement la « République fédérale d’Indonésie », le 2 novembre 1949. « République fédérale » bien éphémère, puisque dès 1950, Sukarno proclamait la « République Unitaire ». Il faut avouer que c’était une gageure que de vouloir fédérer des centaines d’ethnies qui n’avaient aucune affinité et s’égrenaient sur d’énormes distances. Leurs rencontres, rares et difficiles, étaient plus souvent des combats que des agapes.
Trois siècles de présence coloniale n’avaient réussi que par la force à faire entrer toutes ces diversités rivales sous le même chapeau, dans une unité administrative au cadre lâche. Et cela se comprend ! Souder en une seule patrie cette invraisemblable mosaïque de couleurs, de coutumes et de langues si disparates, cela ne va pas de soi. L’origine des divers groupes ethniques est encore mal connue : aux hommes bruns foncé et aux cheveux crépus qui occupent l’Indonésie de l’Est, s’opposent ceux, brun clair, de l’Indonésie de l’Ouest. Certains en sont encore à l’âge de la cueillette, d’autres utilisent déjà les derniers gadgets électroniques. Enfin le cloisonnement géographique de groupes dispersés sur des milliers d’îles entraîne leur évolution autonome ; ce qui accentue encore les différences. Même dans les grandes îles, comme Sumatra, des forêts ou des marécages immenses séparent des types humains différents et maintiennent leurs particularités.
De plus, depuis 2000 ans, sont venues se superposer différentes civilisations, parmi les plus riches : la chinoise, d’une façon sporadique, tout au long de ces vingt siècles ; puis l’indienne, suivie par l’arabe ; enfin l’européenne ; et naturellement, ces civilisations étaient portées ou accompagnées par les quatre plus grandes religions : l’Hindouisme d’abord, pendant les six premiers siècles, surtout à Java, puis le Bouddhisme pendant six autres siècles, spécialement à Java central (cf. temple de Borobodur) et à Sumatra méridional ; puis suit l’Islam, arrivé plus massivement à partir du XVe siècle, au moment où le christianisme commençait à prendre pied en quelques points précis et avec des fortunes diverses. Tous ces courants se sont infiltrés lentement, le plus souvent dans certains centres vitaux ; ils semblent tout autant avoir été informés par les cultures locales qu’avoir eux-mêmes impressionné celles-ci. Des islamologues venus d’occident se sont trouvés déroutés par l’Islam à l’indonésienne : matriarcat ici, fond d’animisme ailleurs, un peu partout des pratiques ancestrales que le Coran fustige comme superstitieuses. Et l’hindou ne se retrouve qu’en partie dans l’Hindouisme de Bah, alors que, comme le bouddhiste, il se sent un peu en famille dans le spiritualisme de Java (« kebatinan », religion non homologuée par le gouvernement, mais pratiquée par un quart de la population d’Indonésie).
Au départ, la lutte commune contre un même pouvoir colonial était pratiquement le seul catalyseur de l’unité, pour intégrer et souder toutes ces différences dans une seule et unique patrie. Un pouvoir central fort s’avérait indispensable et l’absence d’une armée à la hauteur aurait laissé libre cours à de multiples forces centrifuges. Aujourd’hui, 38 ans après la première proclamation d’indépendance, le défi initial a été relevé avec un succès évident. Différences et tensions subsistent, mais il s’est créé tout un réseau de liens matériels, affectifs et culturels, aptes à façonner et cimenter l’unité dans un patrimoine commun.
On peut relever plusieurs facteurs qui ont contribué à ce succès : en plus d’une armée forte, disciplinée, fidèle et discrètement présente dans tous les points vitaux du pays et d’une administration pléthorique qui quadrille et uniformise tout le pays, l’école est certainement un puissant facteur d’unification. Depuis la « libération », le nombre des écoles a plusieurs fois décuplé ; et spécialement ces trois dernières années, écoles primaires, CEG, et même lycées poussaient partout comme des champignons, la généralisation de l’enseignement étant nettement privilégiée par rapport à sa qualité, dans un premier temps du moins. Il est un fait que le nombre des membres du corps professoral et leur compétence sont loin de suivre la vertigineuse prolifération des écoles. Il est par exemple bon nombre d’enseignants qui sont censés, simultanément et dans les mêmes heures, être professeurs dans deux ou trois écoles différentes, naturellement avec des honoraires multipliés par deux ou trois. Des maîtres du primaire sont facilement appelés à la rescousse pour assurer des remplacements dans le secondaire ; et dans certaines écoles de campagne il peut arriver que 300 enfants n’aient que deux maîtres à leur service… et pas obligatoirement toujours présents. La législation par ailleurs est assez libérale pour l’ouverture d’écoles privées, et les écoles catholiques, déjà nombreuses, se sont multipliés ces trois dernières années ; leur réputation est enviée parce que leur direction et souvent le corps professoral sont motivés, parce que l’éducation y est recherchée autant que l’instruction.

c) Prédominance de Java et transmigration

Un autre facteur d’unité, pour l’Indonésie, est la prédominance numérique et culturelle de Java. A elle seule, cette île de 130.000 km2 (moins du quart de la France) compte 90 millions d’habitants qui forment les 2/3 de la population nationale. L’énorme densité, 750 habitants au km2, dans cette nature montagneuse et volcanique surexploitée, pousse naturellement les Javanais à sortir de leur île ; leur « chance » est de devenir employé du gouvernement, fonctionnaire maître ou professeur, militaire, et ils ne s’en privent pas, d’autant plus que c’est « rentable ». C’est ainsi que jusque dans les villages les plus reculés, les Javanais, et par contre coup le gouvernement, ont des antennes, le plus souvent fidèles et bien placées pour créer une mentalité nationale, en tout cas tout un tissu de relations de plus en plus serré et efficace. Un phénomène qui se manifeste aussi dans l’Église d’Indonésie ; un peu partout, de Sumatra à Timor, de Kalimantan à Irian, s’il y a besoin de personnel d’appoint pour la pastorale, ou simplement de quelque spécialiste pour des cours, des retraites, des sessions ou l’élaboration de programmes, c’est à Java qu’on les cherche et qu’on a le plus de chance de les trouver.
Afin de décongestionner la fourmilière humaine de Java, le gouvernement fait de gigantesques efforts pour transplanter chaque année des dizaines et des dizaines de milliers de familles, de Java surtout, vers les autres îles moins peuplées ; à Sumatra tout d’abord qui n’a pas encore 50 habitants au km2, et depuis quelques années à Kalimantan, à Sulawesi, en Irian qui ont moins de dix habitants au km2. Dans le Lampung par exemple, où travaillent quatre de nos confrères (Sud Sumatra), il y a 50 ans vivaient moins d’un demi-million d’habitants, en grande majorité des autochtones ; aujourd’hui cette même province compte environ 5 millions d’habitants dont plus des 3/4 sont javanais. Quand on survole la côte Est de Sumatra, dans la province de Bengkulu, toute la zone côtière paraît un vaste damier avec de nombreuses dizaines de villages flambant neufs pour l’accueil de nouveaux transmigrants. La population de cette province a doublé ces trois dernières années. Le plus souvent, ces « transmigrés » officiels viennent en explorateurs ; quelques-uns, déçus par la vie rude des pionniers, retournent à leur terre natale, mais la plupart des autres drainent à leur suite tout un monde de parents et cousins que l’on appelle ici la « transmigrasi spontan », soit la transmigration spontanée. Un ministère spécial a été créé pour l’organisation à grande échelle de cette marée migratoire confrontée à des problèmes financiers (la Banque Mondiale est largement mise à contribution), humains et culturels. Dans quelques années, il est bien probable que la géographie humaine de l’Indonésie en sera profondément bouleversée.
Les multiples avantages de cet exode ont aussi leur contrepartie. Les populations locales, qui supportent cette invasion pacifique, se trouvent matériellement lésées et sont jalouses de la réussite économique de ces « colons ». Certaines peuplades réagissent dur à l’arrivée et à l’implantation de ces nouveaux venus ; l’appel des espaces libres, pourtant, semble irrésistible, même si la forêt doit être cruellement mutilée au point que l’équilibre climatique en est aujourd’hui perturbé : à ce propos, la presse ne manque pas de crier : casse-cou !

d) Unité par le biais de la langue indonésienne

Le facteur d’unité le plus déterminant, sans doute le plus efficace, semble bien être la langue indonésienne. Les créateurs de la nation auraient très bien pu choisir le javanais comme langue nationale ; déjà parlée par la grande majorité de la population, cette langue est très riche et parfaitement structurée. Par un trait de génie avec un sens politique hors du commun, les pères fondateurs, pour voiler ou du moins ne pas trop accentuer la place prédominante de Java dans le pays, ont refusé de privilégier la langue propre de quelque ethnie que ce soit ; ils se sont contentés de ce langage-outil à base de malais, qui servait de véhicule dans la plupart des ports de l’archipel. Très pauvre au départ cette langue est toujours limitée malgré l’emprunt massif à des langues étrangères : à peu près 10 % de son vocabulaire est d’origine sanscrite ; 10 % est emprunté à l’arabe et encore 10 % vient des langues européennes ; extraordinaire cette capacité à phagocyter n’importe quel terme, ou expression, en les enrobant de ses propres affixes : « men-Ok-kan » : faire que quelque chose devienne « OK ». L’inconvénient est que ces vocables empruntés ne sont pas toujours compris dans le sens du terme original. Souvent, et même pour les termes propres à la langue, il est nécessaire d’en mettre plusieurs bout à bout pour expliciter le message à transmettre ; et il est de très bon ton, lorsqu’on s’exprime à la radio ou dans les discours officiels, de glisser quelque mot étranger, anglais de préférence. Cela ne facilite guère la précision. Néanmoins, c’est bien cette langue commune qui permet aux Indonésiens de communiquer entre eux.

e) Les antagonismes

On comprendra aisément que cette nation, née il y a à peine 38 ans, dans l’euphorie d’un enthousiasme juvénile, ait encore à affronter de multiples problèmes. La pauvreté des infrastructures en est un, particulièrement l’insuffisance du réseau routier, même si de grands projets ont été réalisés ces dernières années, avec le concours de la Corée, de Taïwan, du Japon, de l’Italie. L’exploitation d’un sol et d’un sous-sol prometteurs, pour être rentable, demande des routes mais aussi des installations portuaires, des dépôts, des centres de transformation... Les capitaux étrangers, d’abord timidement, puis massivement à l’heure actuelle, affluent, mais ils ne sont pas gratuits ! Ici se greffe un problème connexe : malgré la multiplicité des écoles qui prolifèrent dans le pays, très peu sont ouvertes à la formation technique, agricole, artisanale, industrielle ; le rêve de beaucoup de jeunes n’est-il pas d’être fonctionnaire.
La revue Tempo du 19 juin 1982 énumère quelques problèmes importants auxquels le nouveau gouvernement est affronté :
─ « Le quota de 1 million 300 mille barils de pétrole par jour qui nous est alloué, au lieu d’un million et demi, et cela ajouté à la chute du prix du carburant, creuse un grand déficit dans notre entrée de devises. Jusqu’ici, notre industrie était orientée vers la production de biens de consommation nationale pour réduire au maximum l’importation ; ce temps est aujourd’hui révolu : il faudra désormais tourner tous nos efforts vers l’exportation, ce qui veut dire : finie la distribution facile des « sucreries » comme à l’âge d’or du pétrole. »
─ « Dans le contexte social actuel, la menace de multiples conflits potentiels est une hypothèque lourde et complexe qui a ses racines dans l’histoire de notre communauté indonésienne. L’éventualité d’un antagonisme « armée-civils » demeure, comme cela fut le cas dans un passé récent ; de la part des civils cette éventualité semble s’estomper par l’affaiblissement de la position des civils eux-mêmes, mais par contre le problème devient plus sérieux au sein de l’armée elle-même, avec le départ massif en retraite des anciens et l’arrivée de nouveaux effectifs qui rêvent de prendre une place, au besoin en s’affrontant à leurs camarades en poste. Le général Daryatmo concède ; « Les vrais héros en général sont le fruit de la révolution physique (comme nos anciens) alors que la nouvelle génération dans l’armée est le fruit de l’instruction. »
─ « Ensuite ? Bien d’autres conflits potentiels couvent et hantent ce gouvernement animé par le parti au pouvoir, le « Golkar ». L’affrontement religieux par exemple ; l’antagonisme « islam-non-islam » est loin d’être apaisé. Et le dualisme « riches-pauvres » en est un autre et non des moindres, avec son problème corrélatif « autochtones-non-autochtones » (indonésiens d’origine et indonésiens de descendance chinoise). De ces problèmes, dit le docteur Alfian, spécialiste de sciences politiques et fonctionnaire haut placé, il est encore difficile de parler ouvertement ; et il met en avant les indices apparus dans la campagne des élections générales de mai 1982 : « On a pu y déceler des attitudes et des comportements émotionnels de confrontation ; on avait l’impression que la religion était monopolisée par une certaine force (parti) politique. Le soulèvement exagéré de l’émotivité religieuse peut ébranler notre solidarité nationale. » D’autres se veulent plus optimistes, se basant sur le caractère tolérant des Indonésiens en matière religieuse. « Le conflit ne surgira que s’il y a des tentatives faites pour attirer des adhérents d’une religion vers une autre », affirme le Dr Bachtiar, spécialiste de sociologie religieuse. »
L’autre conflit potentiel, et pas du tout chimérique, réside dans le contraste « riches-pauvres », « indigènes-descendants de Chinois ». C’est un fait que le fossé se creuse à la vitesse grand V. Le Monsieur qui, à la capitale, pour le mariage de sa fille, offre à chacune des 500 tables d’invités, un gâteau dans lequel est caché une perle précieuse, et le petit ouvrier qui se fait un ou deux dollars par jour, quand il a du travail, peuvent y symboliser la différence criante de conditions entre Indonésiens. Parmi les Chinois – il y en a sans doute 5 millions – on compte des gens fort pauvres à qui l’on serait tenté de reprocher leur ténacité et leur sens de la débrouillardise ; il n’y a qu’un pas à franchir pour en faire des « boucs émissaires », et certains ne sont pas fâchés de les voir fonctionner comme « abcès de fixation » d’un mécontentement dont la source souvent est ailleurs, particulièrement dans la généralisation de la corruption.
Il y aurait naturellement bien d’autres faits à relever, concernant la vie et la rapide évolution du pays : l’immense effort de scolarisation mériterait une présentation un peu moins sommaire que celle faite ci-dessus ; la dimension religieuse de la vie indonésienne pourrait retenir davantage l’attention ; à noter également la place non négligeable de l’Indonésie au sein de l’ASEAN et son rôle de plus en plus important dans le concert des nations d’Asie ; enfin il faudrait prendre au sérieux le rêve de quelques branches de l’Islam voulant faire de l’Indonésie un état musulman.
La réponse à de nombreuses interrogations était attendue des élections de mai 1982, même si la presse et l’opinion tant intérieures qu’étrangères ne doutaient pas du résultat final. Trois partis étaient en lice : le plus important le Golkar, parti gouvernemental, en principe libéral et se voulant champion du « Pancasila »(les cinq principes fondamentaux de la Constitution : croyance en la divinité, humanisme, nationalisme, souveraineté du peuple, justice sociale) ; le plus petit, le PDI, parti démocratique indonésien ; et entre les deux, le PPP, fédération des différents partis musulmans déjà unis pour les élections de 1977. La campagne électorale se déroula presque dans l’ordre (avec tout de même plusieurs dizaines de morts) grâce aux mesures prises par le gouvernement pour éviter au maximum les affrontements et assurer un minimum de liberté de choix. « En fait, écrit la revue Tempo, ce qui est arrivé à la Place Banteng, à Jakarta, où la démonstration du parti PPP a tourné à la bagarre avec morts, voitures brûlées, vitres cassées, a justement donné à ce parti une note de radicalisme trop exclusif » qui l’a desservi. Ce parti musulman avait essayé de monopoliser l’Islam pour sa campagne électorale, déployant partout son emblême : la « Ka’aba » de la Mecque et son slogan « une religion, un parti ».
En fait, le Golkar, parti au pouvoir a gagné haut la main. « Il y a le fait, continue Tempo, que la grande majorité des électeurs indonésiens vivent encore selon un style traditionnel et se trouvent très influencés par l’exemple des chefs… et le Golkar a su exploiter au maximum toutes les filières de la bureaucratie qu’il a bien en main. » Il faut aussi admettre le fait d’une certaine réussite dans l’effort de développement, et une réelle apparence de stabilité, que beaucoup préfèrent à l’aventure d’un changement. Depuis mars 1983 nous avons un nouveau gouvernement, toujours sous la présidence de M. Suharto ; de nombreux changements ont eu lieu dans les ministères, y compris celui des cultes ; mais à en juger par le calme et l’unanimité des nouveaux élus lors de leur première session, il faut croire à la continuation du statu quo, même si l’une des premières décisions a été une dévaluation de 38 % de la monnaie du pays.


II. LA SITUATION DE L’ÉGLISE EN INDONÉSIE

a) L’Église : données statistiques

Avec les 4 autres religions officielles (Islam, Hindouisme, Bouddhisme et Protestantisme), le Catholicisme a un statut juridique reconnu ; il relève d’une section propre au Ministère des Cultes, laquelle se retrouve au niveau province, préfecture et même sous-préfecture. L’activité de ce Service, à ses différents niveaux, dépend pour une part des employés qui l’animent ; il n’est pas rare de voir ce bureau des cultes, au niveau diocésain par exemple, organiser et financer des rencontres, des séminaires et même des retraites pour catéchistes, des cours de doctrine ou de pédagogie pour maîtres catholiques de religion dans les écoles de l’État, souvent après en avoir informé les instances ecclésiastiques, demandant même parfois leur collaboration. Des millions de bibles, de livres de chant, de catéchismes et autres mensuels sont imprimés aux frais du gouvernement et distribués par lui, directement ou indirectement. Les maîtres de religion dans les écoles de l’État, y compris ceux de religion catholique, à condition que soit atteint le quota fixé d’élèves se réclamant de leur religion, sont fonctionnaires payés par l’état. Il n’est pas rare que des subsides soient accordés pour la réparation de lieux de culte ou la construction de nouveaux, même si la permission de construire est refusée par d’autres instances. Toutes ces aides peuvent apparaître importantes, même si elles sont minimes comparées aux faveurs accordées à la religion majoritaire, mais, en même temps, elles peuvent prêter à une interprétation équivoque.
L’Église catholique est bien minoritaire avec sa communauté estimée entre 3 millions et demi et 4 millions de fidèles, soit 2,5 % de la population (les protestants atteignent 5 %) ; mais le poids et la qualité de sa présence dépassent largement sa valeur numérique. Par un système scolaire très développé (près de 5.000 écoles du primaire au supérieur, sans compter les jardins d’enfants), l’Église apporte au pays une contribution de qualité, très appréciée par toutes les couches sociales. Dans un coin perdu de la brousse du Lampung, j’ai rencontré le maître autochtone, qui n’avait jamais vu un prêtre dans son village de 1.200 familles ; comme je m’étonnais de sa connaissance du christianisme, il m’a dit : « Si tu veux, père, je pourrai te répondre la messe en latin... Je suis un fruit des écoles catholiques et, si je suis musulman convaincu, je le dois aux prêtres mes éducateurs qui, en respectant ma foi, m’ont appris à apprécier et privilégier le spirituel... » Ce fait pourrait paraître choquant aux islamologues non avertis, mais il est significatif d’une largeur d’esprit qui n’est pas exceptionnelle en Indonésie.
Église minoritaire qui rame de toutes ses forces contre toutes sortes de courants contraires pour s’indigéniser. Sans doute, les décrets du gouvernement la poussent dans ce sens, en insistant très fort pour que dans un bref délai toute la direction de l’Église et ses différents cadres soient indonésiens. De fait, les évêques indonésiens qui étaient trois en 1961 sont aujourd’hui 21, dont un cardinal. Voici un tableau succinct du personnel ecclésiastique :

Personnel diocésain Personnel religieux Total

Indonésien Étranger Indonésien Étranger
Évêques 3 18 13 34
Gds séminaristes 340 (186) 595 2 937
Prêtres 219 (101) 34 (3) 531 897 1.681
Frères 503 255 758
Sœurs 3.517 (3.029) 735 (1.233) 4.306

N.B. Entre parenthèses, le chiffre pour l’année 1969. Les autres chiffres sont de 1980. Sous la rubrique « Prêtres diocésains étrangers » se trouvent : MEP = 13, Maryknoll = 7, PME (Québec) = 7, Mill Hill = 4. MSP (Philippines) = 3.
Voici en pourcentage et en quantité absolue la composition du milieu ecclésiastique au service de l’Église d’Indonésie, en 1969, puis en 1980, dans son ensemble et dans ses différentes branches : a) séculiers + grands séminaristes ; b) ordres et congrégations de prêtres (avec éventuellement leurs séminaristes et leurs frères ; c) congrégations de frères exclusivement (avec leurs candidats ; d) religieuses :

Total séculiers relig. prêtres frères religieuses

1969 1980 1969 1980 1969 1980 1969 1980 1969 1980

Indonésiens 63 % 75 % 97 % 96 % 42 % 56 % 54 % 70 % 71 % 83 %
Étrangers 37 % 25 % 3 % 4 % 58 % 44 % 46 % 30 % 29 % 17 %
Total 7.192 7.668 290 579 2.125 2.334 515 449 4.262 4.306
Pourcentage 100 % 100 % 4 % 7.5 % 30 % 30,5 % 7,2 % 5,8 % 60 % 56,1%

Une remarque qui saute aux yeux c’est la pauvreté, et en même temps la relative progression du clergé séculier. Il est un fait que les évêques, et spécialement les religieux, consacrent tous leurs efforts à la fondation d’un clergé diocésain. Le Cardinal Darmoyuwono écrivait très officiellement il y a 3 ans : « Nos évêques en Indonésie sont des tigres sans dents », voulant dire par là combien ils sont désarmés, n’ayant pas barre sur les prêtres au service de leur Église, puisque ceux-ci dépendent de leurs supérieurs religieux.
Il y a deux ans, une centaine de supérieurs religieux à l’échelon national se sont rencontrés pendant 15 jours. Beaucoup de supérieurs religieux, religieux prêtres surtout, ont commencé à prendre conscience de cette anomalie, après avoir d’abord regretté que cet engagement pastoral de leurs religieux les réduise, sur bien des points, à la forme de vie des séculiers, avec grand dommage pour leur idéal de vie religieuse. L’idée progresse chez les jeunes candidats qu’on peut devenir prêtre sans obligatoirement entrer dans la vie religieuse, même si cela entraîne pour eux une insécurité matérielle non négligeable. La région apostolique de Sumatra ─ 6 évêchés ─ par exemple, vient d’ouvrir en 1982 un grand séminaire commun pour la préparation du clergé diocésain, avec 11 entrées en 1982 (dont 7 du Lampung) et déjà une quinzaine de candidats ont fait la demande d’entrée pour 1983. Dès la conception du projet, c’est à un membre des MEP que tous les évêques de Sumatra, tous religieux, ont d’abord pensé pour l’animation de ce grand séminaire. Ce confrère n’étant pas à même d’honorer cette confiance, c’est à un prêtre javanais, séculier de Java, que l’on fit appel. La première démarche n’en révèle pas moins la contribution non négligeable du groupe MEP à l’édification de l’Église locale.

b) L’Église et ses composantes

Jeune, l’Église d’Indonésie veut tout faire pour devenir adulte, s’incarner dans sa culture, s’exprimer dans des formes intellectuelles et affectives propres ; des efforts réels et multiples sont faits un peu partout, principalement dans le domaine liturgique ; dans celui de l’art, de la musique, de l’expression corporelle, ou de l’organisation matérielle et administrative ; mais quelle culture privilégier ? sur quelles bases ? La part du lion dans ces efforts d’animation revient à l’île de Java, avec son demi-million de fidèles (à peine 0,6 % de sa population ; mais trois millions de catholiques d’Indonésie, sont des Florésiens, Timorais, Bataks, Dayaks, Papous... qui ne se reconnaissent pas du tout dans cette coloration javanaise. Comme s’y prendre et qui privilégier ? La langue indonésienne parviendra sans doute, à la longue, à créer une certaine communauté culturelle, mais pour le moment elle n’est qu’un vernis recouvrant des aspirations et des sensibilités diverses. Aujourd’hui des tensions existent sans qu’il soit question d’accuser qui que ce soit. Par exemple, la communauté d’origine chinoise, majoritaire dans les villes, se sent de plus en plus douloureusement étrangère ; les communautés javanaises, majoritaires en pays de trans-migration, sont facilement assimilées par les autochtones à des « envahisseurs ».
Dans les campagnes à population dense, comme à Java, à Florès ou en pays Batak, les communautés chrétiennes sont homogènes et se sentent chez elles ; s’il y a tensions, ces dernières ne sont pas d’ordre ethnique. Par contre dans les villes dont la population est fort composite, l’assemblée chrétienne est soumise à des tensions internes à cause de la prédominance des Indonésiens non autochtones, c’est-à-dire des descendants de Chinois. Il faut reconnaître toutefois que jusqu’à maintenant, et malgré quelques accrocs, une certaine harmonie a permis la cohabitation d’éléments disparates, dans le respect des particularismes. Dans les zones d’implantation nouvelle, s’il y a des tensions, elles risquent de réduire les communautés chrétiennes à n’être qu’un corps étranger. Toutes ces questions provoquent l’Église à chercher des réponses certainement complexes et difficiles mais qui conditionneront son avenir et son épanouissement.

c) L’Église et les autres religions

Jeune et minoritaire, l’Église d’Indonésie est affrontée à bien d’autres problèmes, spécialement celui de la coexistence pacifique avec les quatre autres religions officielles. La qualité et l’intensité de sa présence ne suscite pas que de l’admiration. Pas de difficultés majeures avec le Bouddhisme et l’Hindouisme, mais plutôt relations teintées de sympathie, ce qui s’explique en partie par leur même situation minoritaire. De même avec les dizaines d’Églises protestantes : relations qui, sans être vraiment fraternelles, ne sont pas des relations de concurrence, encore moins d’opposition. Il faut pourtant se garder de parler d’un véritable œcuménisme. Il y a bien contact, et quelquefois dialogue au niveau des responsables ; mais si les rapports sont souvent étroits avec les protestants et d’une certaine manière aussi avec les bouddhistes et les hindous, ils restent superficiels avec les musulmans. S’il y a, avec ceux-ci, rencontre ou partage, c’est au niveau des relations personnelles à l’occasion de fêtes religieuses, d’enterrements ou de maladies. Régulièrement, le gouvernement au niveau national, provincial et même à celui des préfectures, organise des rencontres entre les cinq religions pour provoquer au dialogue ou à la tolérance, mais ces efforts restent souvent superficiels.
Indiscutablement, les rapports avec l’Islam constituent un des problèmes majeurs de l’Église en Indonésie. Si un catholique se sent concerné par tout homme et par le tout de l’homme, c’est encore plus vrai, même si c’est différemment, pour un musulman pour lequel le privé, le social et le religieux ne font qu’un. Peut-être faudrait-il parler des Islams, si diversement colorés et exprimés selon les ethnies ou les époques d’implantation. Toujours est-il que la place tenue par l’Église, la crédibilité dont elle jouit, l’attraction qu’elle exerce, ne manquent pas de porter ombrage et de provoquer des réactions : à preuve les effectifs gonflés attribués à l’Église par les recensements officiels du gouvernement. A noter l’importance donnée à l’enseignement religieux par rapport aux autres disciplines à tous les niveaux scolaires, du primaire à l’université ; à tel point qu’une note insuffisante en « religion » est éliminatoire et interdit toute montée à la classe supérieure ; de fortes pressions ont été exercées au niveau des ministères pour que cet enseignement soit donné au cours de la seule première année universitaire, car ils étaient nombreux les étudiants non chrétiens à choisir l’étude du christianisme de préférence, celle d’une autre religion.
Outre la difficulté presque générale de construire de nouveaux lieux de culte, de fortes pressions ont obtenu en haut lieu le vote de décrets interdisant à toute personne de participer à une cérémonie d’un culte autre que le sien ; jusqu’aux mariages mixtes qui, officiellement, ne peuvent être enregistrés. Ces décrets, et d’autres du même genre, restent soumis à l’interprétation plus ou moins rigoriste ou libérale des fonctionnaires. Il semble bien que le peuple, lui, se montre tolérant et même sympathique tant que personne ne vient échauffer les esprits et utiliser les sentiments religieux à des fins politiques. Un fait particulièrement intéressant à noter : depuis quelque temps l’Islam, et surtout le très puissant courant réformiste de la Muhammadiah, semble faire effort pour imiter les techniques qu’il croit être à la base de la vitalité catholique : ouverture d’écoles de plus en plus nombreuses, multiplication d’œuvres sociales (infirmeries, hôpitaux, crèches, orphelinats) ; il prend ainsi à son compte une bonne partie des « moyens d’apostolat » que privilégiait l’Église d’Europe il y a quelques décades et qui commencent à tomber en disgrâce dans nos paroisses d’Indonésie, comme les patronages, les groupes de sport, de musique, de théâtre. Même la vie du Prophète est portée à la scène ; le Coran est de plus en plus proclamé et commenté en langue vulgaire du haut des minarets.
Quant aux chrétiens, ce sont les Sectes qui les desservent, les Témoins de Jéhovah entre autres. Par leur prosélytisme sans nuance, par la diffusion de leur presse et leurs visites de porte à porte, elles indisposent pas mal de gens qui souvent ne savent pas faire la différence entre les diverses Églises à coloration chrétienne.

d) Inquiétude et motifs d’espérance

Il serait injuste de prétendre que la jeune Église d’Indonésie soit sans taches et sans lacunes. Elle a été instaurée grâce au travail et au dévouement presque exclusifs des religieux et religieuses ; sa structure et son esprit s’en ressentent : les 9/10e des ouvriers apostoliques dépendant encore de supérieurs vivant en dehors du pays. Les Instituts-religieux-fondateurs ont trop souvent bâti de solides paroisses où se regroupent la cure, le couvent, les écoles, le dispensaire ou l’hôpital, avec tendance à fermer les portes de l’ensemble à certaines heures pour y vivre les exigences communautaires. Les écoles, par ailleurs, par leurs exigences financières, risquent de plus en plus de devenir les écoles de l’élite. Le petit nombre de prêtres, disponibles pour la pastorale directe (4.000 fidèles en moyenne pour un prêtre, avec 15 postes souvent éloignés) se révèle être un handicap sérieux.
Par contre, les atouts et les motifs d’espérance sont nombreux : la jeunesse d’un clergé de plus en plus compétent ; le nombre de vocations sacerdotales ─ 937 grands séminaristes pour un clergé de 1.681 prêtres ─ et spécialement l’augmentation notable des candidats au clergé diocésain ; le nombre et la compétence confirmée de religieuses participant à l’apostolat direct ; et surtout le nombre et la qualité des cadres laïcs de plus en plus conscients et décidés à prendre une part active à l’animation des communautés ; les catéchistes bien sûr, les plus précieux collaborateurs des prêtres, malgré la tentation de devenir fonctionnaires de la religion ; enfin les maîtres et professeurs d’école, au dévouement apprécié. Ils sont tous nés d’un peuple chrétien, ne redoutant pas de s’afficher chrétien dans l’expression de sa foi et ne rechignant pas à la pratique religieuse. Timidement les diacres mariés apparaissent ; à signaler que le mouvement charismatique essaye de s’affirmer. Il est dommage que la vie contemplative soit encore peu développée : seulement deux fondations de clarisses, plusieurs carmels, bientôt des trappistines, et un seul couvent de trappistes.
En certains domaines, les prêtres sont peu présents : en catéchèse, en liturgie et pour la formation de cadres ; mais un atout majeur est l’organisation des communautés chrétiennes. Les paroisses pour la plupart ont des dessertes, et ces postes éloignés ont en général comme le centre un conseil paroissial très bien structuré. Cette organisation se retrouve, au besoin, dans les subdivisions de quartier avec président, trésorier, responsable de liturgie, de catéchèse ou d’action sociale. Ces cadres sont souvent plus riches de bonne volonté et de foi que de compétence, mais ils entretiennent la flamme et souvent fortifient la vitalité et le dynamisme de ces cellules de base. La hiérarchie et le clergé consacrent de plus en plus de temps et de dévouement à épauler la mission de ces laïcs.


III. LE GROUPE MISSIONNAIRE D’INDONESIE

Trois jeunes missionnaires et un ancien travaillent à la pointe extrême de Sumatra-Est. Après deux ans consacrés à l’étude de l’indonésien puis du javanais, Joseph GOURDON fut nommé en 1980 dans le diocèse de Tanjungkarang, à la paroisse de Pringsewu (5.800 chrétiens). Son curé, Mgr Hermelink, retiré là en raison de son âge avancé, ne s’occupait plus que de la ville elle-même. Le nouveau vicaire recevait donc royalement comme champ d’action tout le territoire situé en dehors de la ville, soit à peu près un petit département français.
Quelques mois suffirent à Joseph pour prendre contact avec les 13 postes, dispersés dans la nature, et cela au prix d’une visite quotidienne à tous les centres de regroupement de chrétiens, le soir, pour une prière commune ; il y avait ainsi 45 centres. C’est au bout de ces quatre mois que Joseph commença à mettre en place les pions d’une nouvelle pastorale. La 1re étape pourrait se qualifier de biblique. En effet, les groupes de quartier qui se réunissaient souvent pour prier furent invités à prolonger leur rencontre par une lecture de Bible. Tout naturellement ce nouveau type de rencontre-prière permit non seulement un échange au niveau religieux mais encore un partage des difficultés de chacun dans sa vie privée et sociale.
La 2e étape conduisit à une réorganisation des postes ; il s’avérait nécessaire de se regrouper pour une action plus efficace. Dès Pâques 1982, les 13 postes qui primitivement constituaient le Pringsewu ad-extra, devinrent cinq postes, forts chacun d’un Conseil de délégués de quartier ; chacun de ces cinq postes possédait son lieu de culte. Ainsi naissait un nouveau peuple chrétien plus important, plus soudé avec qui Joseph put établir un programme d’année. Les chrétiens demandèrent entre autres choses l’organisation, deux fois par an, d’une récollection de quartier ; cette récollection est désormais mise en route ; elle se déroule selon le mode suivant : eucharistie, partage d’Évangile, rapport d’activités, lecture de l’état des finances, prise ensemble de décision en rapport avec la vie du quartier.
La 3e étape prend forme en ce moment : les Conseils de postes cherchent à se réunir pour prévoir quelques activités communes, religieuses et sociales. Ainsi Pringsewu est en marche pour une vie chrétienne ensemble, expérience où chacun a sa place, le prêtre, le catéchiste, les conseillers, les leaders de groupes et lés membres actifs ; en définitive, quelque chose comme une communauté de base à l’Indonésienne. Gageons, qu’avec son nouveau curé-prêtre indonésien ─ Mgr vient en effet de décéder ─ Joseph saura vivre en harmonie de vie et de vue pastorales.

Vincent LE BARON, le plus jeune du groupe, c’est la bougie qui brûle vite. On croit le trouver à son Centre de Kotagajah, il est parti dans une desserte ; et quand on sait qu’à lui seul Vincent anime la vie chrétienne de 19 postes sur les 36 de la paroisse, on comprendra aisément qu’il est difficile de l’atteindre, et l’ayant atteint de le retenir pour passer un moment avec lui. Sans doute Vincent était-il préparé à ce ministère plein vent par son temps de coopération laïque au Laos en révolution : l’inconfort, le danger, la désinstallation permanente y étaient son pain quotidien. Aujourd’hui, certes, la sécurité physique est assurée à tout le monde en Indonésie ; mais il n’en reste pas moins que Vincent vit à la lettre la précarité du quotidien. Pour ses déplacements, il dispose d’une petite moto Honda et d’une Toyota, mais il n’attend jamais l’éclaircie d’un jour ensoleillé pour partir, trois ou quatre jours d’affilée, pour une tournée de ses stations éparpillées entre 20 et 120 km du Centre. Il dort où et quand il peut, souvent a même le ciment d’une sacristie, mangeant ce qu’il trouve… quand il trouve quelque chose.
Pour ce qui est du contact et de la palabre, Vincent ne le cède à personne, maîtrisant avec aisance la langue indonésienne et surtout la langue javanaise qu’il aime pratiquer. Le soir, à la veillée, assis en tailleur sur une natte, auprès d’une lampe à huile fumante, il fait cercle avec les catholiques, ou simplement les gens du village musulmans, bouddhistes, protestants. Avec eux, il égrène, des heures durant, les « mystères joyeux et douloureux » de tout un peuple de transmigrants récents. Avec son curé, prêtre indonésien, ordonné depuis 4 ans, Vincent a la responsabilité de 1.000 fidèles.

Paul BILLAUD, depuis plusieurs années, est notre économe de groupe. Sa paroisse de Bandarjaya est constituée de transmigrants javanais dont les implantations dépendent de la place laissée libre par les villages autochtones ; la paroisse comporte également quelques îlots de Balinais. Paul en est le responsable avec deux vicaires religieux hollandais, de santé fragile ; mais la jeunesse et le dynamisme de Paul les aident à mettre leurs idées et leur action au diapason de Vatican II. L’un d’eux réside avec Paul, l’autre à 18 km ; mais celui-ci aime à venir se retremper, une fois par semaine, dans la douceur de la vie commune. Sur 22 prêtres que compte le diocèse, 17 sont religieux du Sacré-Cœur de Picpus. Paul vient de recevoir l’aide d’une sœur indonésienne, franciscaine, préposée à la catéchèse et à l’animation des communautés. Comme économe de groupe, Paul est fort apprécié ; il sait dévaluer juste ce qu’il faut quand le franc perd 8 % de sa valeur et la roupie indonésienne 40 %, et ce sans trop donner l’impression d’être coupable ; un mot toujours aimable aide à faire passer la pilule, quand il envoie les comptes à chacun.
Ses 6.000 fidèles, dispersés dans 22 dessertes, se rencontrent deux fois par mois ; il est vrai que Paul dispose d’une moto Honda et d’une jeep japonaise. Depuis un an, Paul s’est vu également confier la « paroisse universitaire » du diocèse où une centaine d’étudiants participent déjà aux rencontres bimensuelles ; un noyau de garçons et de filles semblent « en vouloir » et commencent a prendre en main l’animation de quelque deux cents étudiants catholiques, appelés à être demain les cadres de la société et, pourquoi pas, des moteurs de la vie chrétienne.

Le 4e MEP du diocèse de TanjungKarang est Ferdinand PÉCORARO, l’homme du cumul ; aucune responsabilité ne lui faisant peur, il les accepte toutes. Déjà étudiant en langue il y a 5 ans, il menait de front l’approfondissement de l’indonésien et la rédaction d’une grammaire de langue taïwanaise, le taroko, la langue de sa précédente mission. Nommé vicaire à la cathédrale de TanjungKarang, il dessert un poste à 18 km, puis en fonde trois autres distants de 30 à 70 km du Centre. Partout des catéchumènes demandent leur entrée dans l’Église ; ici 60 personnes, là 35, ailleurs neuf familles. Cela ne va d’ailleurs pas sans difficultés ; une opposition latente se fait sentir particulièrement dans ces coins où précédemment l’Islam était la religion sinon exclusive, du moins majoritaire. Dans ces postes, il n’y a pas encore de catéchistes en titre mais des hommes ordinaires riches de foi simple et qui demandent à être instruits.
Depuis mars 1980 Ferdinand se voit confier la responsabilité du groupe MEP, confiance renouvelée en 1982. Surcharge de travail, puisque désormais Ferdinand doit effectuer de longs et nombreux déplacements. C’est mal connaître Ferdinand que de le croire débordé par ces diverses responsabilités ; il accepte la charge de Vicaire général, ce qui le conduit naturellement à créer un organe de liaison entre prêtres et chrétiens ; 1982 voit ainsi la naissance, sous sa houlette, du 1er bulletin diocésain. Et pour que la mesure soit pleine, il fonde et anime le mouvement des mamans catéchistes. Sa joie profonde de prêtre, il la trouve dans l’accompagnement d’une centaine de catéchumènes chinois. S’il fallait d’un mot expliquer pourquoi Ferdinand accepte une activité aussi débordante, malgré une santé plutôt fragile, c’est qu’il entend être la conscience missionnaire de cette Église locale qu’il aime. Les premiers résultats de sa politique d’ouverture sont déjà perceptibles ; la relève en prêtres s’annonce généreuse : deux grands séminaristes candidats au clergé séculier en 1978, 10 en 1982, 20 à la prochaine rentrée en 1983, sans compter les candidats à la vie religieuse.

Dans le diocèse de Palembang, deux anciens du Vietnam, œuvrent à proximité l’un de l’autre. François DARRICAU, pendant 5 ans curé de Bengkulu dans le Sud-Est de Sumatra et Jean Moriceau, 100 km plus au Nord. La paroisse de François s’étend sur 500 km de zone côtière ; des transmigrants javanais s’y sont implantés récemment, dont un petit pourcentage est catholique. Rapidement, l’église du Centre s’avère trop petite et les chrétiens demandent une salle paroissiale. La solution est trouvée ; l’ancienne église deviendra salle paroissiale et l’on construira une nouvelle maison de Dieu. La mise en chantier débute en mars 1981 ; la 1er tranche est achevée en novembre de la même année : le gros œuvre avec le toit (28 m sur 18 m). On murmure qu’elle pourrait bien un jour devenir église cathédrale. Avant d’arriver à honorer les factures, il y eut bien des pleurs et des grincements de dents ; mais pour l’honneur des paroissiens, dont beaucoup sont chinois, il faut dire qu’une part non négligeable des frais fut réglée par eux-mêmes, l’évêque du lieu et les amis de France apportant le complément.

C’est alors qu’arrive en renfort le Père Nico, hollandais, car la responsabilité de l’ensemble de la paroisse pèse de plus en plus sur les épaules de François ; le nouveau curé, s’occupe des travaux de l’église et prend en charge une partie du centre-ville, ainsi que le secteur nord avec 14 postes. François conserve la responsabilité du secteur sud et de l’autre moitié du centre-ville. L’entente entre curé et vicaire est cordiale, les orientations pastorales sont étudiées ensemble : il s’agit d’amener toutes ces petites chrétientés de brousse à se prendre en charge pour pouvoir s’adapter aux circonstances locales grâce à des responsables issus d’elles.
Un rayon de soleil dans la vie missionnaire de François, venu se reposer quelques mois en France en 1982: sa participation à la canonisation à Rome de sainte Jeanne Delanoue de Saumur, dont quelques Sœurs travaillent justement en Indonésie, à Sumatra. A vrai dire il s’en fallut d’un cheveu que François n’y participât point, tout invité qu’il était à la concélébration papale. Sans mitre et sans soutane violette, François fut accueilli par les sourires condescendants du service d’ordre et même du maître des cérémonies. Heureusement le Pape veillait : « Enfin, lui dit le Saint Père, un 2e classe à l’honneur. » Et François put concélébrer avec le Pape ; avec lui, c’est tout le groupe MEP d’Indonésie qui était à l’honneur.

Cent kilomètres de route sinueuse conduisent de Bengkulu à Curup. C’est là que travaille Jean MORICEAU. La population de 300.000 habitants, compte seulement 1.250 catholiques et autant de protestants ; curieusement pas un seul chrétien n’est du terroir ; l’explication se trouve dans le phénomène de la transmigration.
Le Centre et plus de 11 dessertes de plus ou moins grande importance, mobilisent toutes les énergies de Jean et de ses catéchistes. Pour la première fois, une dizaine d’autochtones viennent tout récemment de demander l’instruction catholique ; cela est d’autant plus méritoire que l’on a fait toutes sortes de difficultés à l’un des catéchistes ; il était pourtant muni d’une autorisation du Bureau des Cultes pour l’aider dans ses visites aux familles candidates. Soutenu par une foi bien chevillée, le catéchiste tint le coup, malgré les menaces.
Un autre souci de Jean est d’éviter l’hémorragie annuelle des jeunes, partant à la fin du 1er cycle secondaire, chercher une école catholique à l’autre bout de l’île ou même à Java et privant du même coup les villages de leurs forces vives. La solution serait d’ouvrir une école secondaire du 2e cycle ; malheureusement, pour le moment, les moyens financiers de la paroisse sont insuffisants, le presbytère de Jean venant tout juste d’être construit.
Une initiative qui fait honneur à l’école Xaverius de Curup ; les instituteurs commencent à jouer un rôle actif au cours des célébrations liturgiques sans prêtre, prédication comprise.
Jean, de tout temps, a été un fervent des voitures Citroën. Il serait pourtant bienvenu le confrère pouvant le rassurer sur l’identité de sa 3 CV ; ce ne serait pas la première fois qu’une voiture est trafiquée, à preuve cette lenteur désespérante et ces halètements de caboteur sitôt qu’il lui faut amorcer une grimpette. Pourquoi ne pas lui avoir avoué au départ que c’était tout simplement une 2 CV ?

A proximité de Sumatra, les îles sont situées en face de Singapore. Elles font parties du diocèse de Pangkalpinang. Henri JOURDAIN partage avec le Père Piete, Hollandais, la responsabilité de la paroisse de Tanjung Pinang. Le Père Piete, maladif, assure la pastorale sur sol ferme, Henri la pastorale des îles. La paroisse couvre tout l’archipel Riau, soit 250.000 km2, dont seulement 9.000 km2 de terres émergées ; 454 îles sont habitées. Les catholiques, environ 6.000, sont pour un tiers des Javanais, pour un tiers des Chinois et pour le dernier tiers des Florésiens. (N’entrent pas en ligne de compte les Vietnamiens « boat people », rassemblés à proximité, sur l’île de Galang, et dont s’occupe un jésuite italien le P. Dominici.) La chrétienté compte 60 postes où les fidèles se rendent en sampan et se regroupent pour les assemblées sans prêtre du dimanche ou lors des visites très espacées du prêtre.
La pastorale des îles Riau pose un problème de taille ; les Florésiens sont arrivés célibataires, autour des années 50, attirés par le miroir aux alouettes d’un Eldorado facile où ils étaient censés travailler pour le compte d’industries naissantes. Ils ont dû déchanter et se débrouiller tout seuls pour ne pas mourir de faim : les uns sont pêcheurs, les autres défrichent la forêt pour cultiver sur brûlis. Il fallut bien prendre femme un jour, et certains catholiques sont passés, de nom, à l’Islam ; ou bien ils ont pris femme parmi les « nomades de la mer », peuplade animiste de pirates, et de pêcheurs. Ces femmes illettrées, demandent aujourd’hui le baptême et les maris n’ont pour foi que celle, lointaine, de leur enfance.
La solution consiste à choisir des catéchistes et des leaders ; réunis quatre fois par an à Tanjungpinang en vue d’une formation accélérée, biblique et spirituelle, ils se répartissent les tâchés pastorales. Dès 1983, une autre formule de formation va être appliquée, non plus au Centre mais dans les îles mêmes, grâce à une équipe ambulante comprenant le Père, deux Sœurs dont une infirmière, deux catéchistes et un travailleur-social. Le but de cette nouvelle formule est évident : atteindre beaucoup plus de monde et sur tous les plans. Bientôt d’ailleurs le problème des déplacements se posera avec moins d’acuité que précédemment ; la mission envisage d’abandonner son bateau pour utiliser les bateaux publics et privés dont le service, entre les îles, s’améliore ; et puis il faut avouer qu’Henri en a assez de s’empaler sur des pieux cachés sous les eaux. Il a confiance en l’avenir chrétien des « isolés » des îles Riau ; il voudrait en éduquer le plus grand nombre possible, tant du point de vue de la foi que du point de vue humain, leur donner une formation de base indispensable à leur survie.

Marcel ARNOULD est le socius MEP d’Henri Jourdain... qu’il ne rencontre jamais ! Marcel vit seul, en effet, sur l’île éloignée de Belitung. Dès 1977, il y fut nommé vicaire d’un Père hollandais malade qui en profita pour aller se soigner en Europe, qui revint guéri, mais fut nommé ailleurs. De ce fait, Marcel, investi de la fonction de curé prit en charge les quatre postes de l’île, avec son école et son service social.
Belitung est connu par ses mines d’étain où travaillent 49.000 ouvriers ; par ses céramiques et aussi par ses plantations de girofliers et de poivriers. C’est dans les deux grandes villes de TanjungPandan et de Manggar que réside la moitié de la population de l’île, soit 165.000 habitants.
La Communauté catholique compte 900 âmes, des Chinois en majorité, mais également des Javanais et quelques jeunes de Florès. Marcel regrette l’instabilité de cette communauté ; les jeunes Chinois, en effet, après leurs études secondaires, partent continuer leurs études à Jakarta ; quant aux familles chrétiennes de fonctionnaires javanais, elles ne restent guère plus de 3 ans au même poste. Dur est le travail en milieu aussi fluctuant !
Malgré tout, Marcel a la joie d’accueillir chaque année une quinzaine de nouveaux baptisés. Dans son œuvre de catéchète, il est aidé par un jeune Javanais, nouvellement diplômé de l’École des catéchistes de Yogyakarta, marié et père de deux enfants. Avec lui, Marcel anime un groupe de Légion de Marie, un mouvement de jeunes, une association de mères catholiques, sans compter les dix groupes de quartier qui se réunissent régulièrement pour prier et pour un partage d’évangile. Marcel cherche à amener la communauté chrétienne à prendre en main son organisation avec la participation de tous et de chacun.

Au centre de l’île de Sumatra, dans le diocèse de Padang, à Bukittinggi, Gérard MOUSSAY vit au cœur de l’ethnie MinangKabau qui pratique un Islam intransigeant. La paroisse de 1.550 catholiques venus de toutes les minorités, dont s’occupe Gérard, est chinoise à 70 % ; le reste étant partagé à égalité entre les Javanais et les Bataks. Sans doute tout le monde n’y est pas pratiquant, mais les parents tiennent ferme à l’éducation chrétienne de leurs enfants dans les écoles catholiques. Dans son travail de pasteur, Gérard est aidé par un jeune vicaire chinois, le Père Johannes, qui entra au séminaire après avoir obtenu son diplôme de docteur en médecine.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, 80 % des élèves de l’enseignement catholique sont des musulmans ; ceux-ci sont attirés par un enseignement sérieux qui conduit à de bons résultats aux examens. Pourtant, 1982 fut une année d’inquiétude ; des pamphlets calomnieux commencèrent à circuler, quelques professeurs influencés par des éléments extrémistes suscitèrent des troubles et même des grèves. Finalement, les professeurs indisciplinés furent mutés et le calme est revenu.
Ces derniers événements ont été l’occasion de resserrer les liens entres les différents groupes ethniques composant la communauté paroissiale. A signaler que les cours de religion ne sont donnés qu’aux élèves catholiques et aux sympathisants qui en font la demande expresse.
En dépit du différend évoqué ci-dessus, la paroisse entretient de bonnes relations avec la communauté musulmane ; le sourire et la calme bonhomie de Gérard y sont pour beaucoup. Sans doute également, les cours de français, qu’il donne à l’Alliance Française fondée par lui il y a an, et que fréquentent les plus hautes autorités de la ville, permettent à Gérard d’établir des liens très fraternels avec tout le monde.

Toujours dans le diocèse de Padang, et à une journée de voiture de Bukittinggi, deux confrères, Antoine VITTE et Christian WITTWER, ont la charge pastorale d’une chrétienté en pleine mutation. En 1980, la paroisse d’Air Molek comptait neuf postes ; en 1981 elle en comptait sept de plus ; en 1982 de graves inondations obligèrent à transférer ailleurs plusieurs centres de transmigrants, dont deux postes missionnaires. Au total, aujourd’hui, la paroisse compte quatorze postes avec 640 chrétiens ; la desserte la plus éloignée est située à 160 km.
La nomination d’un Conseil paroissial, en 1981, permit une meilleure animation des réunions de quartier : les familles apprirent à prier ensemble, à parler ensemble de leur foi et à l’affermir au contact de la Bible. Sur le plan social, on a mis en route un « Credit Union » dans un double but : éduquer ses propres membres à la coresponsabilité et venir en aide sous forme de prêt aux plus pauvres du groupe.
L’école Ste-Thérèse, avec un effectif de 450 élèves dont les 3/4 sont musulmans, joue un rôle essentiel dans la formation de la jeunesse chrétienne et des sympathisants ; elle est un signe de présence d’Église discret et sérieux. Les 10 à 15 baptisés annuels ont tous été marqués par leur passage antérieur à Ste-Thérèse. Sans recours financier extraordinaire du Comité diocésain des écoles, Ste-Thérèse ne pourrait pas vivre.
Le problème propre à Air Molek reste celui de l’amplitude du phénomène « transmigrants ». La multiplicité des centres de nouveaux arrivés oblige à rechercher sans relâche des animateurs capables d’assurer la conduite des réunions de prière, et des volontaires suffisamment instruits pour assurer la catéchèse des enfants chrétiens.
Antoine et Christian ont à cœur d’apporter leur aide sociale au développement matériel des transmigrants ; un premier essai d’élevage de chèvres s’est soldé par un échec ; mais ils ne renoncent pas pour autant à trouver une solution concrète pour soutenir matériellement ces émigrés dont la situation est très précaire. Cet apostolat est difficile, mais ces petites communautés chrétiennes grandiront comme le grain de sénevé de la parabole.

Au-delà de Java, en se dirigeant vers l’Est, nous trouvons l’île de Bali. De son poste de Gyanyar, Maurice LE COUTOUR nous rappelle les chiffres suivants : 2.500.000 habitants en majorité de religion hindoue, un évêque pour une communauté de 10.000 chrétiens et un corps presbytéral de 14 prêtres de 5 nationalités (indonésienne, hollandaise, allemande, française, américaine). Après la démission pour cause de maladie puis le décès récent de Mgr Thyessen, c’est un Florésien, Mgr Vitalis Djebarus, qui prend la barre du diocèse.
La vie à Bali est très marquée par le tourisme. De nouvelles infra-structures assez importantes viennent de se mettre en place dans le Sud de l’île pour l’accueil du plus grand nombre possible de visiteurs ; l’hôtel Garuda étale un luxe provoquant dans un pays encore fort pauvre. En 1981, on comptait 165.000 touristes et leur chiffre croît chaque année. Or les revenus du tourisme sont manifestement réinvestis ailleurs qu’à Bali. De plus, l’île de Bali qui vit surtout de la culture du riz, manque d’industries locales ; et, chaque année, plusieurs milliers de Balinais, dont un certain nombre de chrétiens, sont réduits à s’exiler comme transmigrants à Sumatra-Est ou aux Célèbes.
La petite ville provinciale de Gyanyar est située dans l’Est de l’île de Bali. Maurice y veille sur un groupe de 200 catholiques dispersés sur 4 districts, zone d’origine de la culture balinaise. Pendant 3 ans, il fut en outre chargé d’une paroisse isolée dans le nord de l’île, Singaraja, forte de 800 chrétiens. Ce dernier poste étant maintenant confié à Christian Grison, Maurice peut réaliser un rêve qu’il chérit depuis longtemps : créer un Centre artisanal de sculpture à Gyanyar même. Dès mai 1983, ce Centre ouvrira ses portes avec cours théoriques et pratiques pour jeunes gens. Ce faisant, Maurice apporte sa contribution spécifique à la construction d’une Église qui cherche le contact avec le monde des arts si florissants dans l’île ; du même coup cette œuvre va permettre à des jeunes de se faire une place dans la société. Le rêve de Maurice : réaliser un jour, sur bois, la sculpture de cette merveilleuse caravelle normande qu’il vient de découvrir avec stupéfaction sur les fresques du célèbre temple de Borobodur à Java.

Oiseau sur la branche, Christian GRISON, aimerait bien savoir à quelle porte frapper pour obtenir le sceau de « résident » sur son visa touristique. Ce visa provisoire, obtenu à titre socioculturel, lui a permis de travailler un an et demi à Bali comme responsable de la chrétienté de Singaraja.
La paroisse urbaine compte 800 chrétiens, mais la chrétienté s’étend, au nord de l’île, sur une bande côtière de 150 km à peu près. Les chrétiens du centre sont organisés en quatre quartiers dont les fidèles se rencontrent régulièrement pour prier, lire ha Bible, approfondir leur foi. En Indonésie, toute paroisse est ainsi axée sur la formation spirituelle ; c’est que la religion est un droit et un devoir pour tous, inscrit dans la constitution du pays. Les quartiers se prennent donc en charge pour l’éducation de la foi, mais aussi pour l’animation liturgique ; chaque quartier a sa chorale, son service d’accueil, son service des malades et des pauvres, son organisation financière.
Que reste-t-il donc à faire si tout est si bien organisé ? Tout simplement veiller à ce qu’il ne se forme pas de ghetto balinais ou javanais, timorais ou florésien. Christian aimerait bien être un faiseur d’unité ; c’est pourquoi il a entrepris la visite systématique des chrétiens et sympathisants, grâce à une Vespa toute neuve qui assure la rapidité et le confort de ses déplacements : pendant un an il avait dû voyager sur le siège arrière de la moto de jeunes bénévoles !

Pour n’oublier personne, il faudrait rappeler que Mgr Yves RAMOUSSE, ancien évêque de Phnompenh au Cambodge, et attaché à la paroisse des Riau avec Henri Joudain pendant trois ans, a partagé son temps entre la pastorale des îles, celle des Cambodgiens réfugiés dans les camps de Thaïlande, puis celle des « boat-people » vietnamiens dans l’île de Galang. Aujourd’hui Yves est de retour en France, chargé par le Vatican de coordonner la pastorale des chrétiens cambodgiens dispersés dans le monde.

Quant à Roger BIANCHETTI, il est toujours sur liste d’attente pour rejoindre l’Indonésie. Après 4 ans de bons et loyaux services dans le diocèse d’Atambua à Timor, il est revenu se soigner en France. Une fois rétabli, il a pu revenir en Indonésie et y assurer un ministère d’auxiliaire à proximité de Jakarta, pendant quelques mois. Mais faute d’avoir pu obtenir la prolongation de son visa de séjour en Indonésie, c’est aujourd’hui, en Savoie, sa province natale, qu’il cultive la vertu d’espérance.


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