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Rapport annuel des évêques

Année: 1985
Pays: Indonésie
Mission: INDONÉSIE

COMPTE RENDU

1983-1985






RAPPORT DU GROUPE M.E.P

d’INDONÉSIE







SOMMAIRE


Introduction 1


1. Le pays

Situation politique 1
Situation économique 3
Perspectives d’avenir 4


2.L’Eglise

Aperçu historique 5
Données statistiques 6
Traits caractéristiques 7


3. Les MEP en Indonésie 11




~~~~~~~

L’Indonésie... 13.000 îles, à cheval sur l’équateur, irrégulièrement éparpillées entre les franges du continent asiatique et l’Australie, dans une zone de 5.000 kilomètres d’ouest en est et 3.000 du nord au sud. Plus de 300 ethnies se partagent les 160 millions d’habitants de l’archipel. Une multitude de langues et de cultures, une grande variété de types humains, depuis les visages pâles aux cheveux plats du centre jusqu’aux négroïdes de l’orient. De cet ensemble, la part du lion revient à l’île de Java qui monopolise plus des trois cinquièmes de la population.

C’était vraiment une gageure de raccorder toutes les pièces d’un pareil puzzle pour construire une nation. Pourtant, malgré sa diversité, le pays constitue une unité qu’actuelle-ment, semble-t-il, aucun péril majeur ne menace. La « Bahasa Indonesia » (l’indonésien) est devenue la langue commune sur pratiquement la totalité du territoire, ce qui constitue un puissant facteur d’unification. D’autres éléments exercent une influence dans le même sens : le développement du réseau de communications, par terre, par mer et par air, en très net progrès bien qu’encore limité; le brassage de populations provoqué par les déplacements de fonctionnaires très nombreux, à tous les niveaux, des maîtres d’école surtout, envoyés dans toutes les directions, et les mariages inter-raciaux qui en sont la conséquence ; enfin surtout, de façon plus massive, le phénomène de la transmigration.

Des familles, par centaines de milliers, parfois spontanément, s’en vont occuper et défricher les régions inhabitées d’îles grandes comme des continents : Sumatra d’abord et depuis le début du siècle – la petite province méridionale de cette île, le Lampung, par exemple, avec ses 36.000 km2 compte déjà 5 millions d’habitants, dont plus de 80% sont des « transmigrés » –, puis Kalimantan (Bornéo) depuis ces dernières années, et maintenant l’Irian Jaya (Nouvelle-Guinée de l’ouest). Le parachutage de millions de personnes venues d’ailleurs ne manque pas de créer de nombreux problèmes de cohabitation avec les autochtones, sur les plans culturel, psychologique, matériel, religieux. La presque totalité de ces « transmigrés » viennent de Java, quelques-uns de Bali. Peu à peu, par osmose entre des composantes très diverses, une nouvelle forme de culture essaie de naître, une nouvelle identité se crée.


SITUATION POLITIQUE

La situation politique en Indonésie est stable et le pays vit dans une tranquillité au moins apparente.

1. Des élections à venir « sans histoire »

« Mieux vaut entrer en campagne à l’avance », annonce-t-on officiellement, dès la mi-octobre 1985, aux assises nationales du Golkar, principal parti politique du pays. Effectivement la campagne pour les élections législatives de 1987 est lancée dès 1985. L’enjeu en est la répartition de 90 millions de bulletins de vote pour pourvoir au remplacement de 500 sièges à l’Assemblée nationale. Les partis politiques s’affrontent mais les chances de voir se produire une modification de l’équilibre des forces en présence et un renversement de majorité sont quasi nulles. Trois partis sont en lice : le Golkar, parti gouvernemental, très largement majoritaire ; le parti démocratique P.D.I., porte-parole des religions minoritaires ; et le P.P.P., fédération de divers partis musulmans, divisés par de très âpres conflits dont la presse a parlé avec complaisance pendant des mois.

Le ton de la campagne a été donné, le 22 novembre 1985, dans le journal Kompas, le quotidien le plus sérieux et le plus lu, par un dessin humoristique ayant pour légende: élections 1987. Trois athlètes sont sur la ligne de départ d’un stade ; au moment du signal donné au pistolet, seul le porte-emblème du Golkar est prêt a s élancer ; celui du P.D.I. est empêtré dans un maillot trop étroit qu’il s’efforce en vain d’enfiler ; le représentant du P.P.P., lui, est mal chaussé, un pied dans un soulier de foot, l’autre dans une chaussure de tennis. Ainsi commençait une campagne électorale par l’image et, dans la même semaine, tout le pays s’est trouvé inondé de banderoles : « Le Golkar vaincra ; ses succès dans le passé sont le meilleur garant de sa victoire demain ». Les pronostics les plus sérieux donnent le Golkar vainqueur avec 70% des voix en sa faveur. Comme on sait que le Golkar s’est toujours fait depuis vingt ans le champion de la défense des principes intangibles de la Constitution, on est assuré que, sauf événement imprévisible et très grave, le gouvernement actuel restera au pouvoir pour les cinq ans à venir.

2. Pourtant, quelques points sombres...

Pour certain qu’il soit du soutien d’une très confortable majorité aux prochaines élections, le gouvernement de Jakarta n’est pas pour autant rassure. Des nuages inquiétants sont venus assombrir le ciel serein à l’horizon politique.

a) Les fondamentalistes

La plus importante source de difficultés pour le gouvernement est l’agitation provoquée par le mouvement fondamentaliste musulman. Ce mouvement ne cesse de réclamer une modification des cinq principes fondamentaux de la Constitution (Pancasila). Or, ce sont justement ces principes qui assurent un juste équilibre entre les différentes îles et les ethnies aux croyances diverses. Si les fondamentalistes musulmans cherchent à obtenir une modification de la Constitution, c’est dans l’espoir de faire un jour de l’Indonésie un Etat musulman.

Le gouvernement, conscient du danger qu’il y aurait à changer un seul iota de la formulation sacrée du Pancasila, oppose régulièrement une fin de non-recevoir à leurs demandes. Le bilan des réactions à ce refus est lourd : démonstrations anti-gouvernementales, impitoyablement brisées et noyées dans le sang en avril 1985 à Tanjung-Priok, le port de Jakarta ; explosions de dépôts de munitions, incendies spectaculaires des plus grands immeubles de la capitale, destruction à la bombe de stupas du temple de Borobudur, chef d’œuvre du XIIe siècle, sabotages divers. En réalité, seules sont rapportées dans la presse les manifestations les plus violentes et, curieusement, l’origine de l’agitation est toujours attribuée à des causes purement accidentelles : installations électriques défectueuses, geste dément d’un individu isolé, etc.

b) Les morts mystérieuses

En même temps, en divers points du pays mais particulièrement à Java, des gangs de pirates parfaitement organisés ont fait leur apparition. Ils sont spécialisés dans le vol et le trafic de voitures, les attaques de bijouteries et le brigandage à main armée. L’Indonésie tient à son image de marque de pays sûr, d’autant plus qu’elle a entrepris de grands efforts pour favoriser le tourisme international. Elle a donc réagi impitoyablement : les brigands ont été physique-ment éliminés, sans arrestation et sans jugement, sans qu’on n’ait jamais su qui s’était chargé de les supprimer. Ce qui est sûr, c’est que les tireurs d’élite qui étaient chargés de l’opération ne se sont jamais trompés d’objectifs. Amnesty International a protesté, mais en vain. Jamais personne n’a pu découvrir l’identité des tueurs.

c) Tim-Tim (le Timor oriental)

Un autre sujet d’inquiétude est la situation d’insécurité qui s’éternise dans la partie orientale de l’île de Timor. Le prestige de l’Indonésie,, qui est le pays le plus important de l’ASEAN (Association of South-Est Asian Nations), se trouve terni par son incapacité à régler la question. Le Tim-Tim, cette partie Est de Timor jadis administrée par le Portugal, a été repris militairement par l’armée indonésienne en 1975. Mais une rébellion armée, elle-même divisée, y réclame soit le rattachement à Lisbonne, soit l’indépendance pure et simple. Le gouverne-ment de Jakarta, conscient qu’en accédant à ces revendications il donnerait des arguments pour d’éventuels soulèvements en différents points excentriques du pays, y répond par des mesures de pacification armée « vigoureuses ». Tous les ans d’ailleurs, le problème de Timor est soumis à l’ONU par le Portugal et l’Australie. Le représentant de Jakarta à I’ONU s’efforce à chaque fois d’obtenir le renvoi de la discussion à l’année suivante. Il y est encore parvenu à la session d’octobre 1985. Mais le problème demeure entier, et les voix catholiques de la très chrétienne Timor-Est dénoncent régulièrement la férocité des troupes indonésiennes.

d) Les grèves

Enfin, un phénomène nouveau est apparu en Indonésie, que le gouvernement maîtrise mal: il s’agit des grèves. L’industrie du textile et les conserveries, particulièrement touchées par la récession et donc par la dégradation de leurs ventes à l’étranger, ont été récemment secouées par des faillites en chaîne et par des mouvements de grève. La presse ayant dénoncé les situations d’injustice faites aux travailleurs licenciés des conserveries de Tangeran, le ministre du travail, M. Sudomo, s’est fait publiquement le défenseur des mesures de licenciement (Kompas du 24 août 1985). « Les journalistes, dit-il, jouent les redresseurs de torts alors qu’ils ignorent les faits réels. Si 800 ouvriers ont été licenciés à Tangeran, c’est en accord total avec mon ministère et dans le respect des lois du travail. Ces lois ont été violées par les grèves du 1er mai 1985 et par les prises d’otages effectuées parmi les dirigeants et le personnel non gréviste. D’ailleurs, des primes de licenciement ont été versées au personnel mis à pied. La preuve est apportée que ces mesures étaient opportunes : la production des usines de Tangeran vient en effet d’augmenter de 40% ».

Ce genre de déclaration montre que la rupture légale du contrat de travail est aujourd’hui pleinement soutenue par le ministère du travail. « Le gouvernement, dit encore le ministre, ne tolèrera aucune activité anarchique analogue à ce qui s’est passé aux usines de Tangeran. La liberté individuelle y a été bafouée, au point que l’avenir de nos industries et la stabilité nationale se sont trouvées en danger ».


SITUATION ÉCONOMIQUE

1. Deux économies

Indiscutablement, sur le plan économique, l’Indonésie a réalisé de grands progrès depuis quelques années. Le produit national brut per capita a augmenté considérablement. Cependant, la richesse est partagée de façon très inégale entre la partie orientale et la partie occidentale du pays : 300 US$ par an et par habitant en Indonésie de l’Ouest, et seulement 183 $ en Indonésie de l’Est.

En réalité, il faudrait parler de deux économies différentes. Déjà, du simple point de vue du peuplement, il y a un déséquilibre total entre l’Est et l’Ouest : 20 millions d’habitants pour 5 millions 1/2 de km2 en Indonésie de l’Est (Les Célèbes, les Moluques et l’Irian Jaya), et 130 millions d’habitants pour un peu plus de 4 millions de km2 en Indonésie de l’Ouest (Sumatra, Java, Kalimantan et les îles de la Sonde). Mais surtout, la répartition des ressources d’une part et des possibilités d’exploitation d’autre part font apparaître une disparité qui a de graves inconvénients. Les ressources de l’Indonésie de l’Est sont fabuleuses : plus de la moitié des réserves en pétrole (37 sur 60), près de la moitié des gisements de minerai radio-actif (11 sur 25), la moitié de la capacité d’exploitation industrielle des eaux (33 millions de kW sur 70). Mais la quasi totalité de l’infrastructure technologique et sociale est en Indonésie de l’Ouest.

Le gouvernement est conscient que, si ce déséquilibre se perpétue, l’Indonésie va se trouver un peu dans la situation d’un long courrier en vol dont un moteur tombe en panne, et que son développement sera gravement compromis. Actuellement, l’aide étrangère apportée sous forme d’investissements par des banques privées et par le Fonds monétaire international se monte seulement à 4 milliards de US$ pour l’Indonésie de l’Est, alors qu’elle est de 27,5 milliards pour l’Ouest. Le gouvernement veut corriger cette disproportion et accorder progressivement des subsides permettant la création d’infrastructures en Indonésie de l’Est.

2. Exportations et importations

a) Autosuffisance en riz

Dans le cadre de la politique de limitation des importations de denrées alimentaires, un effort important de plusieurs ministères concernés a permis au pays, pour la première fois de son histoire, de parvenir à une production de riz suffisante pour ses besoins. Ce résultat, atteint en 1985 avec 26 millions de tonnes, est d’autant plus remarquable que le nombre de consommateurs est en augmentation constante (2,2 à 2,3 par an), alors que les surfaces plantées ne cessent de diminuer : tous les ans, à Java, 20.000 hectares de terre de rizière sont convertis à d’autres usages (zones d’habitation, zones industrielles, jardinage), et cela depuis dix ans.

b) Produits agricoles, marins, miniers

Parallèlement à cette politique d’autosuffisance en matière de production de riz, le gouvernement accorde des crédits à l’exportation de multiples produits agricoles. En 1985, le pays a exporté 1,640 million de tonnes de maïs, 740.000 tonnes de tapioca, des quantités importantes de café et d’épices. Par contre, il a dû importer 400.000 tonnes de soja. Les produits marins sont exportés en quantité non négligeable : algues marines (agar-agar et sargasses), crevettes séchées et congelées, poissons congelés ou mis en boîtes. Tous ces produits sont sévèrement contrôlés par les services d’hygiène du ministère de la santé. 41 d’entre eux ont jusqu’ici obtenu un label de qualité décerné par le Département du Commerce.

Ce sont néanmoins les produits miniers qui restent la principale ressource en devises étrangères non redevables au pétrole : charbon, fer, étain, cuivre, uranium.

c) Le pétrole

L’exploitation du pétrole reste le fer de lance de la politique de développement industriel et commercial de l’Indonésie. S’il est vrai que l’on parle d’une diminution de la production de pétrole à Sumatra, l’Indonésie – qui est membre de l’OPEP –, n’en demeure pas moins un gros exportateur de produits pétroliers : huiles lourdes, gaz, souffre. Une part importante de l’économie indonésienne dépend étroitement de l’apport de devises obtenu grâce à la vente du pétrole (1,4 million de barils par jour). Et il en sera ainsi encore pendant plusieurs années. Le gouvernement favorise les investissements de capitaux nationaux et étrangers pour la recherche et l’exploitation de nouveaux puits de pétrole et pour la création d’industries en dépendant.


PERSPECTIVES D’AVENIR


L’Indonésie est confrontée à un grave problème de surpopulation, particulièrement à Java. Le gouvernement est amené à déplacer des millions d’habitants, et ce mouvement n’ira qu’en s’amplifiant. La transmigration est devenue comme la pompe de sécurité qui permet d’atténuer les effets de l’accélération mal maîtrisée du taux de croissance de la population. Les mass media font de la publicité pour tous les moyens anti-conceptionnels que prône le mouvement du planning familial. Mais en fait, cette propagande ne touche qu’une partie de la population, qu’il est d’ailleurs difficile d’évaluer. Chaque couple n’a pas nécessairement le bout de jardin requis pour y planter le cocotier, cadeau du Président à ceux qui usent des moyens anti-conceptionnels. Une partie des habitants de Java sont contraints d’aller chercher fortune ailleurs. Evidemment, à Sumatra, au Kalimantan, aux Célèbes et en Irian Jaya, les meilleures terres, bénéficiant de la meilleure irrigation, appartiennent aux premiers arrivants. Il n’est pas rare que ceux qui arrivent ensuite soient déçus en trouvant des conditions de travail et d’hygiène beaucoup moins favorables et retournent au pays natal.

78% des Indonésiens habitent encore la campagne. Pourtant, alors qu’en 1971 65% du produit national venait de l’agriculture, en 1980 déjà la part de cette dernière n’était plus que de 24%. Ces chiffres indiquent que la répartition des richesses n’est pas équitable. Autant que la surpopulation, ce déséquilibre qui va en s’aggravant est préoccupant pour le gouvernement. Au cours de ces dernières années, le hiatus n’a fait que s’accentuer entre les habitants des villes et ceux du reste du pays, surtout à l’est de Java. Pendant cette période, le gouvernement a atteint en grande partie les objectifs qu’il s’était fixés par ses plans quinquennaux. Il a obtenu des résultats appréciables en favorisant la production domestique, en protégeant les petites et moyennes entreprises et l’artisanat, et en aidant les paysans. Mais ces derniers restent nettement moins bien traités que les autres. Aussi, en certains endroits, les campagnes, qui sont pourtant dans l’ensemble surpeuplées, se vident de leurs forces vives et commencent à manquer de bras, les jeunes étant attirés par la ville.

Un bon exemple montrant la situation avantageuse des villes par rapport à la campagne est la « restitution d’un trop-perçu d’impôts » dont viennent de bénéficier en 1985 un millier d’industries. La mesure a été prise pour éviter la faillite à des entreprises mises en difficulté par l’érosion monétaire consécutive à la hausse du dollar, à l’effondrement du marché de l’étain et à la mévente du pétrole. Selon la Direction des Services des Impôts, 100 millions de dollars ont été ainsi redistribués à ces entreprises. Heureuse surprise pour ces dernières qui n’en attendaient sans doute pas autant. Le président Suharto qui, lors de la rencontre à Rome en 1985 des pays industrialisés d’Europe avec les pays en voie de développement, fut le porte-parole de ces derniers, n’épargne aucun effort pour protéger les industries et entend montrer la voie sur le chemin du progrès.

Il n’est plus sûr du tout que Jakarta devienne la capitale monstre annoncée par les futurologues pour l’an 2000, avec 20 millions d’habitants. La ville, construite à quelques kilomètres de la mer, est en effet en passe de manquer d’eau douce. En l’espace de 5 ans, la nappe phréatique, source d’alimentation en eau douce de la partie nord de la capitale, s’est trouvée contaminée par d’importantes infiltrations d’eau de mer. La situation est si préoccupante que l’administration de la ville interdit tout creusement de puits nouveaux et freine au maximum l’utilisation des puits existants. En 1980, les infiltrations d’eau saline atteignaient 8 à 11 kilomètres des terres à une profondeur de 50 à 60 mètres. Aujourd’hui, pour trouver de l’eau potable, il faut creuser jusqu’à près de 100 mètres. Il se produit, en effet, un phénomène d’osmose : plus on creuse à la recherche d’eau douce, plus est aspirée profondément l’eau de mer. Une conséquence préoccupante de ce phénomène se salinisation, c’est la dégradation par la rouille des fondations métalliques de nombreux bâtiments de la ville.


L’ÉGLISE EN INDONÉSIE

1. Aperçu historique

L’Eglise d’Indonésie est très jeune, du moins dans sa forme et dans son extension actuelles. Jeune par l’âge de ses membres dont 60% ont moins de 24 ans ; jeune aussi du point de vue de sa date de naissance ou, pour quelques îlots, de sa renaissance. Le plus ancien des 33 diocèses actuels, celui de Jakarta, la capitale, est né le 8 mai 1807 sous forme de préfecture apostolique. Pendant un siècle, il est resté, pour toute l’Indonésie, l’unique circonscription ecclésiastique. Puis sont venues les préfectures apostoliques de Ambon (Moluques) en 1902, de Pontianak (Kalimantan/Bornéo) en 1905, de Médan (Sumatra) en 1911, de Ende en 1913. Ce n’est que le 3 janvier 1961 que 25 des 26 préfectures ou vicariats d’alors sont devenus évêchés.

L’histoire mentionne bien quelques essais d’implantation chrétienne au cours des siècles antérieurs : il semble qu’au Ve siècle, les Ariens avaient déjà quelques communautés à Aceh, dans le nord de Sumatra, devenu plus tard le sanctuaire musulman de l’indonésie. Leur emplacement exact est incertain, leur disparition reste mystérieuse. Au VIIe siècle existait une communauté chrétienne de rite chaldéen dans le nord-ouest de Sumatra (à Pancur, l’ancienne Barus) ; mais les franciscains venus là au XIVe siècle n’y ont trouvé que quelques chrétiens dispersés. François-Xavier, au XVIe siècle, a baptisé des foules aux Moluques ; et, au XVIIe siècle, les Célèbes comptaient de florissantes communautés chrétiennes ; en ces deux endroits, la politique religieuse de la Hollande a tout balayé, ou presque.

La Société MEP, elle aussi, a participé à cet effort d’évangélisation. Le 30 avril 1672 arriva à Batam, un peu à l’ouest de Batavia (l’actuelle Jakarta), Mgr Pallu, vicaire apostolique du Tonkin, en compagnie de quatre prêtres : Claude Gayne, Jean de Maguelone de Courtaulin, Claude Chandeboi de Faladin, René Forget, et de deux laïcs, un docteur et un tailleur. Dès les origines, des laïcs étaient ainsi associés à la mission des MEP. La guerre franco-hollandaise ne leur permit pas de séjourner longtemps à Java ; la procure qu’ils y avaient fondée n’a duré que jusqu’en 1684. Il y a 150 ans, d’autres MEP venant de Malacca-Malaisie ont essayé d’évangéliser le nord-ouest de l’île de Sumatra, Padang et les îles Nias. Ce sont les Pères Vallon, Bérard et Candalh. Ce dernier fut expulsé, les autres furent massacrés, sans doute par quelques commerçants musulmans de la côte.

Comparée à celle du Vietnam par exemple, l’Eglise d’Indonésie n’est pas riche en martyrs. Elle est cependant en pleine expansion, surtout depuis quelques décennies. Son expansion numérique est évidente (augmentation d’environ 4,6% par an), mais son « tonus » l’est aussi. Elle a officiellement « pignon sur rue » puisque le catholicisme est l’une des 5 religions reconnues par la Constitution, avec le protestantisme, le bouddhisme, l’hindouisme et l’islam, à l’exclusion de toute autre religion. L’Eglise a une « présence » et un impact sur la vie sociale disproportionnés par rapport au nombre de ses fidèles. Son unité est manifeste. Ses écoles et ses œuvres « font sérieux ». Ses membres, le plus souvent, inspirent la confiance par leur loyauté et leur compétence.

2. Données statistiques

Quelques données statistiques peuvent aider à se faire une image schématique de l’Eglise en Indonésie. Les chiffres qui suivent datent, sauf indication contraire, de 1980. Sans prétendre à une exactitude absolue (ils diffèrent quelque peu selon les sources), ils donnent cependant un ordre de grandeur et indiquent le sens de l’évolution. Les données ci-dessous proviennent, pour l’essentiel, des enquêtes réalisées par la « Commission épiscopale pour l’apostolat missionnaire ».

Provinces ecclésiastiques : 7
avec 33 évêques, dont seulement 5 séculiers. 1/3 d’entre eux sont étrangers.

Paroisses:
– en 1960 : 455
– en 1980 : 786 et 8.144 dessertes
– en 1982 : 803
– en 1985 : 950 et 10.000 dessertes
– Chaque paroisse a, en moyenne, une superficie de 2.450 km2, une population de 188.000 habitants, dont 4.350 fidèles.
– Paroisses urbaines : 15 %, rurales : 52 %, urbaines et rurales à la fois : 33 %.
– Lieux de culte: – églises permanentes : 1.628
– chapelles provisoires : 4.126.

Fidèles :
– recensement gouvernemental de 1980 : 4.355.175 catholiques sur 147.331.823 hab.
– recensement ecclésiastique de 1980 : 3.417.528 catholiques (en 1985 : 4.340.000).

Appartenance sociale des catholiques :
paysans : 68 % ouvriers : 5 %
fonctionnaires : 11,5 % enseignants : 4,3 %
commerçants : 5,2 % militaires : 1,6 %
77,6 % des fidèles vivent à la campagne, 22,4 % en ville. 52 % d’entre eux appartiennent à la classe moyenne.

Appartenance ethnique des catholiques (groupes dominants) :
Flores : 31,8 % Batak : 9 %
Java : 17,6% Descendants de Chinois : 7,3 %
Timor : 9,5%

Origine religieuse des néophytes adultes (en 1984) :
animisme (Bornéo et Irian) : 43 % confucianisme : 9 %
islam : 21% bouddhisme : 8 %
protestantisme : 10 %.

Prêtres séculiers réguliers
en 1969 : 101
en 1980 : 219 1428
en 1982 : 271 1488 (37 % étrangers)
en 1984 : 314 1347.

Grands séminaristes:
en 1969 : 186
en 1979 : 315 562
en 1980 : 340 595
en1981 : 384 614
en1982, il y avait 9 grands séminaires et 26 petits séminaires.

Ecoles (en 1980) : 4.517 établissements, dont :
jardins d’enfants : 12 % secondaires 2e cycle : 5 %
écoles primaires : 60% écoles normales : 1,3 %
secondaires 1er cycle : 17 % universités: une dizaine.

Progression annuelle :
population totale : 2,34 % hindouistes : 3,5 %
catholiques : 4,6 % (Sumatra: 5,7%) bouddhistes :3,1 %
protestants : 4,5% musulmans : 2,7 %.

Ces statistiques appellent quelques remarques. Il faut d’abord souligner l’importance de la communauté catholique de Java qui représente 18% de l’ensemble. Son influence sur l’ensemble de l’Eglise d’Indonésie est grande, spécialement dans les domaines liturgique, catéchétique, doctrinal. Elle est aussi un « réservoir » de cadres pour l’enseignement, l’administration et l’animation sociale. Leur prédominance numérique, jointe à la richesse de leur capital culturel, entretient chez les catholiques javanais un certain sentiment de supériorité.

Par ailleurs, les différences entre les régions sont flagrantes en plusieurs domaines. La superficie des paroisses, par exemple, varie de 84 km2 à 13.000 km2, et le nombre de leurs fidèles d’une dizaine à plus de 20.000. Les diocèses de Semarang (Java) et d’Ende (Flores) comptent quelque 70 paroisses, alors que celui de Pangkal Pinang n’en a que 7. 70 prêtres séculiers travaillent à Semarang, mais un seul dans 6 des 33 diocèses du pays. Si un bon tiers des communautés sont relativement homogènes (à Java, sauf dans les villes ; à Flores-Timor ; chez les Bataks du nord de Sumatra), partout ailleurs elles se présentent comme une mosaïque de cultures diverses (ce qui constitue un sérieux problème pour l’inculturation), avec, dans les villes, une forte proportion ou une majorité de descendants de Chinois. Certaines ethnies (Flores, Timor, Batak) sont à majorité chrétienne; d’autres sont nettement sympathisantes : en Irian Jaya ou à Kalimantan (les Dayaks); d’autres enfin sont farouchement fermées au christianisme du fait de la puissante intégration sociale réalisée par l’islam : Sundanais, Lampung, Malais.

Une constante pourtant s’impose : presque partout l’islam est roi... ou se comporte comme tel. L’Etat prélève des impôts en sa faveur, il rémunère ses ministres et ses employés, finance l’organisation de ses fêtes et bon nombre de ses constructions. Bien que 10% de la population soit en fait catholique, l’islam revendique 95% des Indonésiens comme ses fidèles. Il faut dire que la plupart de ceux qui n’appartiennent à aucune des 5 religions officiellement reconnues sont automatiquement classés parmi les musulmans. Quelques-uns cependant le sont parmi les catholiques : ce qui explique que, dans le recensement gouvernemental, le nombre des catholiques est de 25 à 30% supérieur au nombre donné par les registres de l’Eglise.

Un facteur qui favorise la diffusion de l’islam (et aussi, mais à un degré bien moindre, celle du catholicisme), c’est l’immense brassage de population dont l’Indonésie est le théâtre. Certaines ethnies en effet manifestent une grande aptitude au déplacement soit pour faire du commerce, soit pour chercher fortune. Les fonctionnaires et les maîtres d’écoles sont souvent affectés à des postes très éloignés de leur lieu d’origine. Enfin, la « transmigration », spontanée ou organisée, est un phénomène massif qui déplace des millions de personnes. Tout cela permet certes de faire naître des communautés parmi les déracinés, mais surtout, avec la bénédiction du gouvernement, l’islam prolifère sur toute l’étendue du pays, même en des régions essentiellement catholiques comme Flores ou Timor.

3. Traits caractéristiques

Il serait prétentieux de vouloir faire, en quelques pages, la description exhaustive de l’Eglise en Indonésie tellement sont divers, suivant les lieux, les agents qui ont présidé à sa naissance, tellement sont variés les contextes dans lesquels elle vit et se développe. On peut cependant indiquer les traits caractéristiques de son visage.

– C’est une ÉGLISE JEUNE, nous l’avons dit. Tous les étrangers de passage sont frappés par la jeunesse de nos assemblées. A la cathédrale de Tanjung Karang, par exemple, sur 310 catéchumènes, 275 ont entre 15 et 23 ans, et 3 ou 4 seulement ont dépassé la cinquantaine. Par ailleurs, les 3/4 des fidèles adultes ne sont pas nés catholiques ; ce qui veut dire qu’ils sont rarement épaulés par une tradition ou liés par des habitudes.

– C’est une ÉGLISE MARQUÉE PAR SES PIONNIERS. Nos communautés se sont formées, pour un grand nombre, au cours des dernières décennies. Leur vie, leur forme de piété, leur foi sont tributaires, bien sûr, du contexte social, culturel et religieux ; mais pour une grande part aussi, de la personnalité des missionnaires qui ont travaillé à leur formation. Chacun de ceux-ci a imprimé sa marque propre.

Aussi, n’est-il pas toujours facile d’harmoniser des communautés trop souvent juxtaposées, de leur faire prendre conscience d’une nécessaire solidarité dans le cadre du pays et de l’Eglise universelle. En réaction contre 3 siècles de domination coloniale, les Indonésiens s’efforcent, en effet, d’affirmer leur particularisme, leur autonomie, leur indépendance, sauf en ce qui concerne la technique, la « modernité », les avantages de la société de consommation... auxquels ils ouvrent largement la porte.

– C’est une ÉGLISE DE RELIGIEUX. Jusqu’à ces dernières années, le clergé était, en majorité, formé de religieux dont les supérieurs résidaient à l’étranger. Ce qui faisait dire au cardinal Darmoyuwono, maintenant retiré, que « les évêques, en Indonésie, étaient des tigres sans dents », du moment qu’ils n’avaient pratiquement pas barre sur leur presbyterium.

Quand, il y a 8 ans, 12 MEP sont arrivés à Sumatra, les 6 diocèses de la grande île ne comptaient, sur 250 prêtres, que 3 prêtres séculiers. En 1986, au petit séminaire interdiocésain de Palembang, 3 élèves de terminale seulement, sur 23, sont destinés au clergé diocésain. Quant aux évêques, sur un total de 34, 30 sont religieux. Un de ces derniers avouait récemment : « C’est fou combien je suis conditionné par ma formation religieuse ».

Cette présence massive des religieux est une richesse incontestable. Il n’empêche qu’elle impose des limites à l’épanouissement de l’« Eglise locale », et à l’épanouissement de la vie religieuse elle-même car, de leur propre aveu, maints candidats au sacerdoce ont été embarqués dans la vie religieuse sans en avoir nécessairement la vocation.

On peut enfin s’étonner de la rareté des contemplatifs : quelques trappistes, 3 carmels, 1 monastère de Clarisses, alors que les peuples d’Indonésie – surtout les Javanais – passent pour être particulièrement sensibles à l’attrait du « sacré ».

– C’est une ÉGLISE INSULAIRE. Elle est tentée de se recroqueviller sur elle-même. Elle se sent peu concernée par les événements extérieurs, même ceux qui se déroulent à ses portes: en Chine, au Vietnam ou au Cambodge, par exemple. Un évêque, réputé sage et silencieux, à qui l’on demandait son avis dans une conférence épiscopale, avait clos les débats en « regrettant une forme d’allergie parfois aiguë, non seulement pour tout ce qui venait de Rome, mais aussi pour les expériences et les événements du reste du monde ».

Il faut cependant reconnaître que, de plus en plus, de louables efforts sont faits pour une plus grande ouverture. En particulier, l’idée de fonder une Société missionnaire indonésienne ne semble plus utopique ni saugrenue. Ainsi, ce ne serait plus seulement quelques membres de congrégations ou d’ordres religieux qui seraient envoyés à l’extérieur mais l’Eglise d’Indonésie elle-même s’engagerait dans l’action missionnaire.

– C’est une ÉGLISE QUI MISE SUR L’ÉCOLE. Dans le domaine de l’éducation, son action est importante et appréciée.

Les 4.517 établissements catholiques d’enseignement recensés en 1980 se répartissent comme suit : 550 jardins d’enfants, 2.710 écoles primaires, 770 écoles secondaires du 1er cycle et 230 du second cycle, 59 écoles normales et 200 autres établissements spécialisés (écoles techniques, académies, universités).

Depuis 1980, leur nombre a augmenté au rythme d’au moins 5% par an pour dépasser sans doute les 6.000 en 1986. Nombreux sont ceux qui, à tous les échelons de la hiérarchie officielle ou dans le domaine privé, se réclament avec fierté et reconnaissance de l’école catholique.

Sur ses 950.000 élèves (en 1980), 48 % n’étaient pas catholiques, tandis que plus du tiers des enfants catholiques scolarisés (de 7 à 18 ans) étudiaient dans des écoles non catholiques.

Dans le domaine de l’éducation, l’Eglise a joué un rôle de pionnier. Du début du siècle, lorsque l’école a commence à s’ouvrir au-delà du cercle des colons, jusqu’à la dernière guerre mondiale, époque où une faible minorité encore pouvait en bénéficier, l’Eglise a assumé un rôle de suppléance. Mais c’est surtout depuis l’indépendance que ses efforts se sont développés de façon considérable. Dans certains secteurs, surtout chez les transmigrants, une grande partie des écoles ont été fondées par l’Eglise, avant qu’elles ne deviennent gouvernementales en 1980. Grâce à ses écoles normales de haut niveau, l’Eglise a fourni au gouvernement un fort contingent d’éducateurs qualifiés : au Lampung par exemple, pour une communauté de 80.000 fidèles, on compte quelque 2.600 maîtres d’école dont plus de la moitié enseignent dans des écoles gouvernementales.

Il est vrai que, dans les débuts, ces maîtres assumaient leur engagement comme une véritable vocation et que certains sont aujourd’hui moins motivés. Reste que cette cohorte d’éducateurs est un puissant facteur de développement matériel, intellectuel et spirituel.

Le gouvernement, de son côté, a fait un effort extraordinaire, surtout depuis les années 80. En 1945, lors de la proclamation de la république, les sources officielles donnaient 94 % d’illettrés dans la population. En 1961, 84% des enfants n’étaient pas encore scolarisés, 73 % en 1971, 55 % en 1980. Aujourd’hui, 95 % des enfants d’âge scolaire vont à l’école. Il faut dire qu’au cours des 5 dernières années, les écoles ont poussé comme des champignons. Ce développement très rapide a malheureusement eu un retentissement fâcheux sur le niveau de qualification des enseignants.

Mais l’énergie avec laquelle le gouvernement a poursuivi la scolarisation – spécialement dans le primaire – au cours du dernier plan quinquennal, l’a rendu très libéral pour accorder l’autorisation de construire des écoles. Si, pour les non-musulmans et particulièrement les catholiques, il est extrêmement difficile d’obtenir la permission d’élever un lieu de culte, par contre aucun obstacle n’est opposé à quiconque veut ouvrir une école : il suffit que le directeur nominal possède le diplôme adéquat et que, bien sûr, l’école suive le programme officiel, y compris pour l’enseignement religieux qui est obligatoire. Les chrétiens en profitent, et pas seulement l’Eglise en tant que telle. Nombreux sont les maîtres d’école ou les professeurs catholiques qui, outre leur engagement dans une école officielle ou privée, ouvrent une ou deux écoles en leur propre nom. Plus d’une fois, c’est l’intérêt financier ou la recherche du prestige qui les y incite, et les élèves n’y trouvent pas forcément leur compte, surtout quand le professeur est censé enseigner dans plusieurs écoles à la même heure.

– L’Église, en Indonésie, est une ÉGLISE OFFICIELLE. Non pas parce que, à l’un des sommets de la hiérarchie gouvernementale, le chef des armées est un catholique ; non pas que le gouvernement ait fondé une « Eglise nationale », mais parce que le catholicisme est une des 5 religions « reconnues ». Ainsi, l’Eglise a sa place au ministère des cultes qui emploie une pléthore de fonctionnaires que l’on retrouve a tous les échelons de l’administration : province, préfecture, sous-préfecture, canton. Ce sont eux qui veillent au financement et, pour une part, à l’animation des « séminaires » où sont formés les maîtres de religion (fonctionnaires, eux aussi) des diverses écoles. Ce sont eux qui proposent, financent et animent – en partie – les « retraites » pour catéchistes. Ils sont aussi chargés d’accorder les subsides pour la réparation des bâtiments du culte et résoudre en principe les différends éventuels entre l’Église et l’administration ou les autres religions.

Ce qui pose aujourd’hui à l’Église un grave problème, c’est l’intention bien arrêtée du gouvernement de faire inscrire dans la Constitution les 5 principes du Pancasila, comme fondement essentiel et exclusif de toute association ou groupe social. [Les 5 principes du Pancasila sont : 1º Foi en un Dieu unique. 2º Humanité juste et civilisée. 3º Nationalisme / unité indonésienne. 4º Démocratie. 5º Justice sociale pour tous]

Le Pancasila n’a pas que des admirateurs ! Il en a moins aujourd’hui que dans le passé. Des partis ou courants politiques le critiquent. Les bouddhistes assurent que « Confucius, et surtout Bouddha, ont dit tout cela il y a des siècles ». Dans le Pancasila, les musulmans ne retrouvent l’expression que d’une partie du Coran et redoutent qu’il « sème confusion et désordre », car en s’appuyant sur lui, « chacun se croira autorisé à changer de religion ».

Pour les chrétiens, et les catholiques en particulier, les « 5 principes » peuvent recevoir une interprétation qui ne contredit en rien les données de la foi. [Il s’est même trouvé des enthousiastes pour vouloir étayer ou illustrer chacun des principes par des citations tirées de la Bible !] En fait, l’Eglise voit dans le Pancasila un principe de tolérance et une garantie d’unité pour les Indonésiens, auxquels il propose un idéal commun. Et les autorités connaissent bien cette position de l’Eglise.

Mais ce qui inquiète aujourd’hui, c’est la détermination du gouvernement d’inclure les « 5 principes » dans la Constitution, comme référence fondamentale unique pour juger de la légitimité de toute « organisation sociale », quelle que soit la forme ou la taille de celle-ci. Or, les mouvements d’action catholiques, les paroisses, les diocèses et la conférence épiscopale elle-même sont compris sous cette dénomination (en indonesien : « Ormas », abrégé de « Organisasi masyarakat »).

Le gouvernement actuel n’a sans doute pas l’intention d’entraver l’activité des diverses religions – en tout cas, pas celle des religions chrétiennes –. Mais les possibilités d’interprétation des « 5 principes » étant multiples, leur application, par un gouvernement hostile à l’Eglise, peut un jour devenir un moyen non seulement de contrôler mais aussi d’opprimer les organisations religieuses.

Pour le moment, bien qu’avec des réticences, les bouddhistes, les hindous, les musulmans ont accepté le projet gouvernemental. L’Église, approuvée en cela par certaines autorités musulmanes, ne l’a pas encore fait. Mais elle est sommée de se décider dans les 18 mois à venir.

Les problèmes ne manquent donc pas à l’Église en Indonésie, et certains voient avec appréhension approcher la fin du mandat du Président actuel.

Mais il faut remercier Dieu de la vitalité présente de l’Église et reconnaître que son avenir est chargé de promesses. Les vocations sont nombreuses, encore que, proportionnellement, leur progression soit moins rapide que celle du nombre des fidèles. L’Église a la possibilité et la volonté de ne plus être assistée de l’extérieur, y compris sur le plan des ressources matérielles. Les récents décrets refusant le visa d’entrée dans le pays à toute personne se consacrant à une activité religieuse peuvent aussi la stimuler sur le chemin de l’autonomie. Enfin, elle s’ouvre – même si c’est timidement encore – à son devoir de solidarité universelle par le projet de fondation d’une société missionnaire.


LES PRÊTRES M.E.P. EN INDONÉSIE

Comment situer maintenant l’action des MEP dans ce monde multiforme qu’est l’Indonésie ? Le débarquement de Mgr Pallu à Batam en 1672 et les tentatives d’évangélisation faites par ses compagnons ont été évoqués plus haut.

Aujourd’hui, les prêtres MEP ne représentent, en Indonésie, qu’une infime minorité du clergé : ils sont 13, présents depuis à peine 10 ans, alors que les grandes familles religieuses sont solidement implantées.
En 1982, les franciscains comptaient 86 prêtres, 20 frères, 24 grands séminaristes
les capucins 160 prêtres, 31 frères, 39 grands séminaristes
les jésuites 189 prêtres, 28 frères, 102 grands séminaristes
les Pères du Verbe Divin 332 prêtres, 86 frères, 139 séminaristes.

En 1986, ces chiffres ont beaucoup augmenté, du moins celui des séminaristes : les capucins en ont 80, y compris les novices. Et depuis 3 ans, plusieurs congrégations qui jadis ne se recrutaient pas sur place, se sont mises à accepter des candidats indonésiens (les xavériens, par exemple).

Faible quant à son effectif, la communauté MEP ressent aussi le handicap de son implantation récente. Nulle part, en Indonésie, les MEP ne peuvent dire : « Ceci a été fondé par nos anciens », ou : « Cette œuvre, cette communauté est le fruit de leur sueur, de leur sang », comme c’est le cas dans les vieux champs d’apostolat MEP où l’on porte la responsabilité d’un patrimoine et où l’on se sent peut-être plus « en famille ».

Et pourtant, Dieu a voulu que l’arrivée des MEP coïncide avec le développement d’un nouvel aspect de l’Église indonésienne. Au début, une certaine suspicion avait accueilli ces prêtres qui prétendaient n’être pas des religieux et dont la plupart étaient marqués par l’épreuve de leur douloureux arrachement au pays qu’ils avaient dû quitter ; leur dispersion géographique aussi – de Sumatra à Timor – posait question, de même que leur « style »... Mgr Ramousse, évêque de Phnom-Penh, était devenu vicaire dans une petite île. Un jour, après avoir effectué trois longues journées de route, il arriva en retard pour une concélébration de l’Eucharistie. Il ne voulut cependant pas interrompre l’homélie d’un prédicateur hésitant, s’estimant heureux et honoré de recevoir, « en famille », la Parole de Dieu. Ce comportement provoqua la surprise des évêques de la conférence épiscopale ! Ce sont pourtant des évêques qui, les premiers, manifestèrent leur satisfaction de voir que la présence des prêtres MEP posait question et remettait en cause un certain modèle d’Église et d’apostolat.

A la fin des années 70, l’idée qu’il fallait œuvrer plus intensément à la formation d’un clergé diocésain s’imposa à plusieurs chefs de diocèse. En 1982, les 6 évêques de Sumatra décidèrent donc de fonder un grand séminaire pour les prêtres séculiers et ils s’adressèrent, pour qu’il le prenne en charge, au groupe MEP... dont les effectifs insuffisants ne permirent pas, hélas ! de satisfaire cette demande. Reste qu’en 1985, pour les 6 diocèses de Sumatra, sur les 15 grands séminaristes en stage d’orientation, 9 étaient confiés à des prêtres MEP. Et l’on est heureux de constater que, de plus en plus nombreux, des supérieurs régionaux ou provinciaux sont maintenant convaincus de la nécessité de travailler à la fondation d’un clergé diocésain.

Mais les évêques d’Indonésie ont aussi d’autres motifs d’apprécier (parfois publiquement et avec quelque exagération !) les prêtres MEP : ceux-ci ne cherchent pas à recruter sur place, au détriment du clergé diocésain des candidats pour leur Institut. Leur attachement à cet Institut ne porte pas préjudice à leur communion avec l’évêque, qui reste pour eux un souci prioritaire. Ils s’intéressent aux minorités ethniques, aux marginaux et, certains, au dialogue avec les musulmans, aux questions socio-culturelles...

Enfin, le Supérieur du Groupe MEP fait partie de l’Association des Supérieurs Majeurs (appelée ici : « Association des Supérieurs Religieux »), où il peut faire entendre un « son de cloche » original. Il est aussi délégué par les 6 évêques de Sumatra à la « Commission épiscopale pour la Mission » qui regroupe une dizaine de membres : 6 religieux, 2 prêtres séculiers (un indonésien et un MEP) et 2 laïcs (un ingénieur en gestion et une Chinoise, professeur de sociologie). Le rôle de cette Commission est de porter un regard critique sur l’activité pastorale de l’Eglise d’Indonésie dans le contexte qui lui est propre, et de suggérer à l’Assemblée des évêques certaines priorités. Au cours des deux dernières sessions, l’idée de fonder une société missionnaire indonésienne a été étudiée et jugée digne de retenir l’attention. Ainsi, l’Église d’Indonésie ouvre quelques fenêtres sur l’Eglise universelle et spécialement sur les Eglises d’Asie : Corée, Vietnam, Chine. Les MEP ne manquent pas de se faire les avocats de cette cause.

Après un congé-maladie, Roger BIANCHETTI a, pendant des années, attendu en vain un visa de ré-entrée. Mgr Yves RAMOUSSE a été appelé par le Saint-Siège à la direction du « Bureau pour la promotion de l’apostolat auprès des Khmers ». Ainsi, notre Groupe MEP ne compte-t-il plus que 13 membres, et l’espoir de recevoir une relève est désormais pratiquement nul. En effet, le gouvernement semble avoir pris des dispositions pour qu’aucun « travailleur » dans le domaine religieux ne soit plus admis en Indonésie. Ces dispositions concerneraient d’ailleurs toutes les religions.

A 13, nous sommes engagés dans 5 diocèses (dont 4 à Sumatra) qui s’égrènent d’ouest en est sur quelque 2.500 km. Ils ont à leur tête 5 évêques religieux : un capucin à Padang, un religieux de Picpus à Pangkalpinang, deux membres de la Congrégation du Sacré-Cœur de Saint-Quentin à Palembang et Tanjungkarang, enfin un membre de la Société du Verbe Divin à Bail.

Lors de notre arrivée en Indonésie, nous étions tous d’accord pour ne pas accepter la charge de « curé » afin de pouvoir donner un témoignage plus explicite de service et pour être plus disponibles aux non-chrétiens. Les circonstances et le souci de répondre au mieux au désir des évêques ont fait paradoxalement que 9 d’entre nous ont aujourd’hui la responsabilité d’une paroisse ! Ne font exception que Christian WITTWER, Ferdinand PECORARO, Henri JOURDAIN et François DARRICAU. Mais si nous ne pouvons être « ad gentes » à temps complet, plusieurs d’entre nous consacrent cependant la plus grande partie de leur temps aux non-chrétiens.

Le responsable du Groupe MEP, avec sa charge de vicaire à la cathédrale de Tanjung Karang, cumule l’administration de plusieurs postes de campagne où il est en contact avec les musulmans. Il est en outre vicaire général de l’évêque et il ne lui est pas facile de trouver le temps d’effectuer les longs déplacements qu’exige la visite de tous les confrères. Ses voyages l’amènent à rencontrer, d’ouest en est :

Gérard MOUSSAY qui, à Padang, se consacre, outre le soin d’une paroisse, à l’étude de la langue et de l’histoire du peuple Minang, tout en multipliant les contacts avec la jeunesse musulmane, par le biais de son enseignement à l’Alliance française.

Antoine VITTE, à Air-Molek, malgré des risques de cécité et une lutte quotidienne contre son diabète, se réjouit de voir des nomades malais de la forêt se tourner vers Jésus-Christ, alors qu’ils sont l’objet d’une forte pression de la part des musulmans.

A peu de distance, juste sous l’équateur, Christian WITTWER doit lui aussi braver bien des ennuis de santé, ce qui ne l’empêche pas, au dire de son curé italien, missionnaire de Parme, de « ne jamais refuser un service dé quelque nature qu’il soit ».

Plus au sud, à Curup, Jean MORICEAU recherche le contact de tribus laissées pour compte qui vivotent dans son secteur, tandis que François DARRICAU, son vieil ami du Vietnam, lui prête main forte dans l’administration du centre paroissial.

A l’extrémité sud de Sumatra, Joseph GOURDON s’efforce de faire passer l’Evangile à travers la solution des problèmes socio-économiques de ses paroissiens. Quant à Vincent LE BARON, il affronte dans un secteur de quelque 150 km de long, les difficultés de la « transmigration ». Il aide ses ouailles à reprendre racine matériellement et spirituellement dans cette zone à peine défrichée.

Paul BILLAUD, outre ses soucis d’économe du Groupe, assume la responsabilité avec l’aide de deux religieux hollandais, de 6.000 fidèles répartis en 22 communautés. Il doit aussi s’occuper de la paroisse universitaire du diocèse qu’il a mise sur pied et qui regroupe environ 350 étudiants catholiques.

Quittant Sumatra, on rejoint, au sud de Singapour, l’île de Tanjungpinang. C’est de là que Henri JOURDAIN rayonne en bateau vers d’innombrables îles dispersées jusqu’à 700 km vers le nord-est.

Belitung, entre Sumatra et Bornéo, est le domaine de Marcel ARNOULD. Il est dans cette île le seul européen, mais il semble bien cette s’accommoder de son isolement et vit heureux au milieu de son millier de chrétiens (la plupart chinois) qui s’augmente chaque année de quelques dizaines de nouveaux baptisés.

Nous parvenons enfin à Babi, bien loin vers l’est, au-delà de Java. Bali, « l’île des dieux »... hindous. Dans la région d’Amlapura, Christian GRISON rassemble dans son église une poignée de chrétiens, mais son jardin d’enfants attire déjà la confiance de maintes familles non chrétiennes Qui lui confient leurs enfants.

Quant à Maurice LE COUTOUR, il a fondé au sud, à Gianyar, une école de sculpture balinaise. Grâce au renouvellement périodique des stagiaires de l’école, il multiplie ses relations dans le milieu hindouiste en même temps qu’il contribue à développer les talents et à fournir un gagne-pain à ses amis hindous.

Ainsi, chacun à sa manière propre, s’efforce de gagner les cœurs pour les ouvrir à la lumière de l’Evangile.

Les 13 prêtres MEP d’Indonésie sont bien éloignés les uns des autres. Ils reculent parfois devant l’effort – pourtant souhaitable – de se rendre mutuellement visite, accaparés qu’ils sont par leur travail. Ils n’en sont que plus heureux de se retrouver chaque année pour une session-retraite de quinze jours.

Plusieurs ont récemment entrepris des formalités pour obtenir la nationalité indonésienne: ils espèrent, par cette démarche, se donner une chance supplémentaire de pouvoir continuer à travailler longtemps en ce pays. Mais l’Église d’Indonésie, le gouvernement et le peuple savent aussi y discerner un témoignage de notre respect et de notre attachement à cette portion du « champ du Père » qui nous est échue en partage.

Ferdinand PECORARO
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