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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Japon
Mission: Japon
Rédacteur:Mgr Petitjean

Japon. - 1875

Notre lettre de l’année dernière signalait les principaux obstacles qui s’opposent, au Japon, à la propagation de l’Évangile : le paganisme gouvernemental, le schisme russe, et le protestantisme sous toutes ses formes. Ces obstacles sont toujours les mêmes, à quelques différences près dans leur degré d’influence. Le gouvernement n’a pas encore donné explicitement la liberté de pratiquer le christianisme, et il continue de tenir l’intérieur du pays fermé aux missionnaires , comme aux étrangers en général.
Le protestantisme multiplie aussi tous les jours ses efforts et déploie ses abondantes ressources matérielles pour se créer des adhérents : les ministres ouvrent des écoles, où ils attirent en grand nombre les jeunes gens, avides d’apprendre les langues étrangères, et particulièrement l’anglais. Sans doute leurs nombreux élèves ne deviennent pas tous protestants, mais ils puisent en général, dans un pareil milieu, des sentiments d’antipathie pour la doctrine catholique, qui ne manque pas d’y être très-maltraitée. La jeunesse qui fréquente ces écoles appartenant, en grande partie, aux classes les plus élevées, il en résulte, dans les régions se rapprochant plus ou moins du gouvernement , une influence favorable aux protestants et, par contre, nuisible au catholicisme. Malheureusement, la Mission catholique n’a pas à sa disposition, pour ces œuvres, des sommes aussi considérables que les protestants. Il lui est difficile de soutenir la concurrence sous ce rapport, et d’arrêter certain courant qui tend à éloigner d’elle un peuple soulevé par un mouvement incontestable d’idées nouvelles.
Le schisme russe, de son côté, maintient assez solidement la position qu’il s’est faite à Hakodate et à la capitale. Son action est loin de s’étendre autant que celle du protestantisme, mais ses propagateurs, bien que moins nombreux, n’en sont pas moins redoutables.
Nous voyons encore signalé, dans le dernier compte rendu de Mgr Petitjean, un nouvel obstacle à la propagation de l’Évangile ; c’est la malheureuse influence du prétendu progrès, tel qu’on l’entend aujourd’hui. Les écoles gouvernementales, aussi bien que certaines écoles privées, ouvertes par des Japonais qui ont étudié en Europe, ne promettent que des fruits de matérialisme, d’athéisme et d’immoralité. La presse, qui se donne dans le pays une liberté déjà difficile à comprimer, ne promet rien de meilleur, et déjà elle est entrée en campagne contre notre sainte religion. Son action est d’autant plus puissante et plus pernicieuse, que souvent il faudrait des volumes pour réfuter victorieusement, devant l’ignorance ou les préjugés du pays, de hideuses calomnies qui se font accepter par quelques lignes d’un méchant journal.
Malgré ces obstacles et ces difficultés, l’œuvre de Dieu se fait néanmoins, sinon sur une échelle aussi grande que nous le voudrions tous, au moins d’une manière très-sensible et toujours bien consolante.
A Nagazaki, Mgr Laucaigne et les confrères qui sont avec Sa Grandeur, ont toutes leurs journées employées au soin des chrétiens et des catéchumènes, qui, du voisinage et des îles environnantes, viennent, à tour de rôle, et d’après un ordre régulier, subir les examens voulus et recevoir les sacrements. Les malades et les vieillards ne sont pas plus délaissés, et la providence leur ménage les secours de la religion, selon leur situation particulière. Certain nombre de descendants d’anciens chrétiens dits séparés, et qui se tenaient éloignés de nos confrères , commencent à se rapprocher ; cette année , plusieurs centaines sont venus se disposer aux sacrements. Cet heureux mouvement semble avoir été favorisé par la charité et le dévouement que les missionnaires ont montrés à l’occasion d’une épidémie meurtrière, qui sévit, l’année dernière, à Nagazaki et aux environs.
L’oeuvre des malades et des infirmes, organisée pendant les plus grands ravages du fléau, a continué de fonctionner encore, dans une certaine mesure, même depuis que l’épidémie a disparu ; et la correspondance de Mgr Laucaigne témoigne des heureux résultats de cette œuvre, au double point de vue spirituel et matériel. Il est même à regretter que la modicité des ressources dont on peut disposer ne permette pas de la développer davantage : car elle produirait encore certainement des fruits plus abondants.
L’orphelinat de Kaghéno, récemment établi dans la baie de Nagazaki, a subi toute une série d’épreuves, auxquelles il survit cependant ; et, grâce à la charité des familles chrétiennes des environs, les enfants, que les tracasserie suscitées ne permettaient pas de recevoir dans l’intérieur de cet établissement, seront élevés par ces familles elles-mêmes.
Dans le cours de l’année, les bâtiments du séminaire de Nagazaki ont été à peu près complétés, et les élèves doivent l’habiter à la prochaine rentrée. On a continué de tenir, à la Mission même, une école de catéchistes ; bon nombre de jeunes gens, choisis par les chrétiens, sous l’approbation de l’évêque, y ont été formés tout spécialement pour les importantes fonctions qui les attendent.
En remontant vers le nord du Japon, on ne trouve plus, sans doute, autant d’ouvertures pour notre sainte religion ; les difficultés signalées ci-dessus se font d’ailleurs sentir davantage, et, par suite, le travail y est beaucoup plus ingrat. Cependant, partout, un progrès plus ou moins sensible est incontestable.
A Yeddo, on a achevé, sur la concession étrangère, la résidence des missionnaires et une chapelle provisoire. C’est là que nos confrères ont établi des conférences publiques sur la religion ; elles ont lieu tous les dimanches et les jours de congé des employés japonais (savoir les 1,6,11,21 et 26 de chaque mois). Ces conférences se font à l’instar des catéchistes de persévérance dans les villes de France, et les missionnaires et les catéchistes se succèdent pour y expliquer la doctrine. Elles sont ordinairement suivies de la bénédiction du Saint-Sacrement. – En dehors de leur résidence, les missionnaires de Yeddo ont encore organisé ces conférences dans deux quartiers populeux de la capitale, et il est consolant de voir que, partout, les auditeurs remplissent tout le local disponible et écoutent attentivement le catéchisme. – Grâce à la bienveillance de M. Berthémy, la Mission se voit assurée, à Yeddo, d’une maison pour le séminaire . Son Excellence a obtenu qu’une ancienne résidence de daimio fût concédée, à perpétuité, à la Légation de France, qui, au su du gouvernement japonais, l’a, par une contre-lettre authentique, transférée à la Mission. Ce poste, du nom de Saint-François-Xavier, est distant d’environ une lieue de l’autre poste, nommé Saint-Joseph et forme un nouveau centre très-utile pour la chrétienté naissante.
Dans l’intérieur, il se forme peu à peu, par le zèle des catéchistes ou même de quelques nouveaux convertis, des noyaux de chrétientés qui se développeront sans doute plus tard, quand le missionnaire pourra, par sa présence et son action, exciter les bonnes dispositions qui se manifestent déjà comme d’elles-mêmes. M. Marin, dans quelques voyages qu’il a eu l’occasion de faire, a constaté ces heureuses dispositions ; et, dans une circonstance où il a pu administrer le baptême à une trentaine de Japonais suffisamment instruits, il s’est vu contraint de le refuser à beaucoup d’autres qui venaient le demander aussi, mais auxquels, faute de temps, il ne pouvait apprendre les choses nécessaires pour recevoir ce sacrement. Un fait tout récent, arrivé dans une de ces localités, a donné lieu de constater d’ailleurs deux choses consolantes : la première, que ces chrétiens , même tout nouvellement baptisés, ne craignent pas d’affirmer leur foi devant les autorités de leur village, lors même que celles-ci essayent de les intimider ; la seconde, que ces mêmes autorités subalternes, en voulant empêcher le mouvement favorable au catholicisme qui se déclarait dans l’endroit, agissaient sans ordre du gouvernement, puisqu’elles ont reculé devant la menace des catéchistes de déférer leurs procédés aux autorités supérieures.
Enfin, Hakodate est le point où l’antagonisme protestant et le prosélytisme du schisme grec luttent peut-être avec le plus d’énergie. M. Lemaréchal y a été envoyé récemment, et il travaille de son côté avec activité. Malgré le peu d’éléments à sa disposition, il a organisé aussi des conférences publiques, et elles sont suivies. Il y a tout lieu d’espérer que, là comme ailleurs, la grâce de Dieu appellera au christianisme bon nombre de ceux qui prennent la peine d’en étudier la doctrine.
Les Sœurs de Saint-Maur avaient déjà un établissement à Yokohama ; elles en ont ouvert un autre à Yeddo, sur la concession étrangère. Outre le bien qu’elles feront pour l’éducation de la jeunesse, tout fait espérer qu’elles rendront aussi de très-grands services pour l’instruction des femmes montrant des dispositions à embrasser le christianisme.
A Yokohama, la Mission a fait des pertes considérables sous plus d’un rapport, dans un terrible incendie qui a anéanti la résidence des missionnaires et quelques autres maisons voisines lui appartenant également. L’église n’a échappé que par le plus grand des hasards, ou, plus exactement sans doute, par une attention particulière de la providence. Mais à la maison tout a été brûlé ; outre le mobilier et les effets des confrères , une perte extrêmement regrettable a été celle des livres imprimés ou lithographiés et surtout celle d’ouvrages manuscrits qui n’avaient pas encore pu être livrés à l’impression.





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