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Rapport annuel des évêques

Année: 1877
Pays: Japon
Mission: Japon méridional
Rédacteur:Mgr Petitjean

Japon méridional.
1877

A la Mission du Japon méridional appartiennent trois des ports ouverts au commerce international, à savoir : Ozaca, Kobé et Nagasaki. Ces trois ports ont autant de postes centraux d’où les Missionnaires étendent leur action sur plusieurs points de l’immense territoire confié par le Saint-Siége à leur zèle apostolique.
Ozaca, située au fond du golfe qui porte son nom, est, par sa population comme par son importance politique et commerciale, la deuxième ville de l’empire japonais. Visitée par l’Apôtre des Indes et du Japon, cette cité figure avec honneur dans les annales de l’église japonaise et y rappelle le souvenir de la ferveur de ses nombreux néophytes et de la générosité de ses martyrs. Jusqu’à ce jour, l’Œuvre de Dieu y avait rencontré de grands obstacles, des difficultés presque insurmontables. L’avenir y apparaît enfin plus consolant. Devenue la résidence habituelle du Supérieur de la Mission et conséquemment l’ojet plus immédiat de ses sollicitudes, elle ne tardera pas, nous l’espérons, à reproduire, par le nombre et la prospérité de ses établissements catholiques, aussi bien que par la multitude et la ferveur de ses néophytes, quelque chose de son glorieux passé.
Dans son rapport à Mgr de Myriophite, M. Cousin entrevoit le jour où une église convenable, bien que modeste, remplaçant l’humble oratoire de la maison des Missionnaires, attirera dans son enceinte, la curiosité et aussi la grâce aidant, une foule de païens désireux de connaître notre sainte religion et d’entendre la parole de Dieu. Qui sait même si cette église, longtemps désirée et nécessaire, ne sera pas, comme à Nagasaki, le moyen voulu par la divine Providence pour la découverte et le retour à la foi de leurs pères des descendants des nombreux chrétiens et martyrs qui ont autrefois habité et illustré le centre du Japon !.
En attendant que l’avenir réalise de telles espérances, nous avons à constater les premiers résultats que Dieu a accordés cette année au zèle des Missionnaires de ce poste. C’est encore, sans doute, le grain de sénevé, mais qui deviendra, lui aussi, un grand arbre. Après avoir raconté les essais répétés sur plusieurs points de la ville, mais toujours en vain, pour gagner quelques âmes à Dieu, M. Cousin annonce enfin qu’il a eu la consolation de donner le saint baptême à 17 adultes, parmi lesquels trois sont capables, par leur éducation, leur position et leur ferveur, de rendre à la Mission d’importants services et, en qualité de catéchistes, de contribuer à la réalisation des espérances de l’avenir.
Kobé est à quelques lieues seulement d’Ozaca, à l’entrée sud du golfe. C’est également un poste important. Grâce à la générosité des résidents européens, M. Mounicou, de pieuse et regrettée mémoire, put, en 1870, y construire une belle église gothique. Malheureusement, jusqu’à ce jour, aucun Japonais n’était venu y prendre sa place. « On n’osait pas même y entrer, écrit M. Villion à Mgr Petitjean. Le passage des prisonniers de Nagasaki au moment où on les dispersait dans leurs différentes prisons, en 1870 ; leur second passage même, en 1873, lorsque Dieu les rendait à la liberté contre toute prévision humaine ; ces passages des chrétiens, dis-je, avaient causé la plus vive terreur. L’année dernière encore, on avait peur de nous approcher. Cependant il me sembla que l’heure de Dieu était venue. Après bien des prières, je me hasardai, et j’essayai de prêcher en ville, dans une maison japonaise ; et, durant le cours de cette année, nous avons eu le bonheur d’admettre au saint baptême 41 adultes. Bien modeste est la moisson, mais ce ne sont que les prémices de la moisson plus abondante que le Père de famille nous réserve. »
Le nouvel établissement des sœurs, dont Mgr Petitjean a doté le poste de Kobé, facilitera aux Missionnaires de la localité les moyens de préparer cette moisson abondante qu’ils espèrent pour l’avenir. Il répond d’ailleurs aux nécessités de la situation. Il sera l’asile où l’enfance trouvera avec le bienfait de la foi celui d’une éducation chrétienne, et surtout il deviendra l’école où les âmes, appelées à une vie plus parfaite, viendront se former à la vertu et à l’apostolat.
Nagasaki a continué son travail si consolant auprès des anciens chrétiens, et, malgré les obstacles de tous genres que nos confrères de ce poste ont rencontrés, ils ont eu la joie de ramener au bercail du divin Pasteur un millier de brebis errantes. N’eût été la guerre civile qui, pendant de longs mois, a dévasté le Kiou-chiou, tenu le pays en alerte continuelle et préoccupé les esprits, des résultats plus consolants encore eussent, sans aucun doute, cette année comme les années précédentes, récompensé le zèle et couronné les travaux des Missionnaires.


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