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Rapport annuel des évêques

Année: 1880
Pays: Japon
Mission: Japon méridional
Rédacteur:Mgr Petitjean

Japon méridional.

Le Japon méridional est divisé en deux régions. La première, celle du Nord, comprend tout le Sud du Nippon, le Chicocou et les îles adjacentes. La deuxième, celle du Sud, est formée du Kiouchiou et des îles qui l’entourent.
Dans la première région, le ministère des Missionnaires s’est exercé jusqu’à présent sur le seul élément païen. Le travail y est plus difficile, mais non sans résultats. Cette région comprend trois districts, dont deux à Ozaca et le troisième à Kobé. Deux autres districts sont en formation, à Kioto et à Okayama.
Le premier district possède une belle église qui attire tous les jours un grand nombre de visiteurs. C’est parmi ceux-ci que le Missionnaire jette la bonne semence de l’Évangile. A côté de l’église et pour le service du culte, la Mission entretient plusieurs enfants qui se préparent par l’étude et par la prière à devenir un jour, s’il plaît à Dieu, de bons prêtres. Dans l’humble maison qui les abrite, malgré le peu de ressources dont elles disposent, les Sœurs ont établi une crèche, un orphelinat, un ouvroir, une école et un catéchuménat. Leur dévouement est apprécié des païens et il porte déjà ses fruits. Le nombre des baptêmes a été, dans le district, de 67, dont 55 d’adultes.
Dans le deuxième district, la mort d’un catéchiste, la maladie de deux autres et le retour forcé du quatrième à la maison paternelle ont privé le Missionnaire chargé de ce district du concours si utile de ses auxiliaires. Néanmoins, si les résultats de ses efforts ne sont pas à la hauteur de ses désirs et de ses espérances, ils ne laissent pas d’être appréciables. 41 personnes, dont 33 adultes, ont reçu dans ce district la grâce du baptême.
Le Missionnaire, chargé du troisième district (celui du Kobé), se plaint de n’avoir obtenu que 81 baptêmes, sur le nombre desquels 57 ont été conférés à des adultes. Mais si, relativement au chiffre des appelés, petit est celui des élus, il y a parmi ceux-ci des émes que la grâce a sollicitées d’une manière bien merveilleuse et dont la conversion mérite d’être racontée.
Longtemps avant de recevoir le baptême, ces néophytes se sentaient tourmentés du désir de connaître la vérité. Ils la cherchèrent d’abord dans le bouddhisme et ne négligèrent rien pour l’y trouver. Dans un sanctuaire célèbre, disait-on, la déesse Kouannon apparaissait aux regards des pèlerins. Pour obtenir cette faveur et s’en rendre dignes, ces braves gens se mirent en route, par un froid rigoureux, n’ayant pour tout vêtement que la ceinture qui cachait leur nudité et observant un jeûne absolu tout le temps que dura leur pèlerinage. Mais, hélas ! la déesse oublia de leur apparaître et ils durent rentrer à leurs foyers, à moitié morts de fatigue et de faim, et l’âme plus troublée que jamais.
Après cette première déception, ils s’abouchèrent avec les ministres protestants et reçurent d’eux le baptême. Bien que profondément attachés à l’hérésie, le doute et partant le trouble pénétrèrent dans leurs âmes, le jour où ils eurent l’occasion de connaître le catholicisme et ses œuvres. La charité des Sœurs, le soin avec lequel elles reçueillent et élèvent les enfants abandonnés ; le dévouement des Missionnaires, qui demeurèrent fidèles à leur poste tout le temps que dura le choléra, tandis que leurs ministres étaient allés ailleurs respirer un air pur et moins dangereux : tout cela produisit sur eux une heureuse impression. Comment conclure qu’une religion qui inspire une telle générosité est mauvaise ? Restaient, il est vrai, beaucoup de préjugés, car, en général, là où le protestantisme dispute à l’Église catholique l’empire des âmes, il apporte à la combattre plus de zèle qu’il n’en montre dans la lutte contre le paganisme. Mais les préjugés tombèrent peu à peu, et, quand le doute eut fait place à la conviction et à la foi, les néophytes, malgré les efforts des protestants pour les retenir dans l’erreur, embrassèrent courageusement la vérité qu’ils cherchaient depuis si longtemps.
A Kioto, la capitale de l’Ouest, un Missionnaire enseigne le français en même temps qu’il essaie d’implanter notre sainte religion dans cette métropole du douddhisme. Les épreuves n’ont pas manqué aux débuts de cette fondation, mille tracasseries ont été suscitées à notre Confrère. Aujourd’hui, il jouit d’un peu de tranquillité et il en profite pour exercer un ministère auquel Dieu a déjà accordé quelques succès.
Okayama est située sur les bords de la mer intérieure dans l’ancienne province de Bitchou. Un Missionnaire y réside depuis le mois de février, à titre de professeur de français. En même temps qu’il enseigne à quelques élèves la langue de notre patrie terrestre, il apprend aux âmes de bonne volonté à comprendre, à parler et à aimer la langue de notre patrie céleste.
Ces deux districts de formation récente comptent quelques baptêmes seulement, mais ils donnent de bonnes espérances pour l’avenir. De ces deux localités, les communications avec Ozaca et Kobé sont faciles et très promptes, grâce au chemin de fer qui relie ces deux villes avec Kioto et au service régulier de bateaux à vapeur, qui existe entre Kobé et Okayama.
Sans négliger l’élément païen qui tous les ans fournit aussi à l’Église quelques âmes d’élite, les Missionnaires de la région Sud du Vicariat sont surtout absorbés par le soin des anciens chrétiens revenus à la foi de leurs pères et dont le nombre s’élèves déjà à près de 20,000. Outre ces brebis fidèles, il y en a encore beaucoup d’autres que la peur, l’amour-propre et d’autres causes tiennent éloignées du divin bercail. Les pasteurs doivent aller à leur recherche, et, grâce à Dieu, ils ont souvent la consolation de les ramener à la pratique de notre sainte religion.
Cette région est divisée en neuf districts. Le premier comprend la ville de Nagasaki et quelques villages des environs. Notre Confrère, qui en est chargé, ayant dû, par suite du manque de Missionnaires, faire de fréquentes absences pour exercer ailleurs son ministère et répondre à des nécessités urgentes, n’a pas pu lui donner, comme il l’eût désiré, tout son temps et tous ses soins.
Ouracami fait toujours la joie du Missionnaire qui l’administre. Les écoles y sont bien tenues, celle des garçons mérite tous les ans les éloges des inspecteurs du gouvernement qui en font la visite, et elle prépare de bons élèves pour le Séminaire de Nagasaki.
Les écoles des filles ne sont pas moins prospères sous la direstion de leurs pieuses maîtresses. Ces dignes chrétiennes ont toutes les qualités des religieuses les plus ferventes, il ne leur en manque que l’habit. Réunies en communauté dans un des villages de la vallée, elles se préparent ensemble par pa prière, l’étude et la pratique des vertus, à la vie de dévouement qu’elles embrassent et au soin des œuvres qui doivent leur être confiées. Ces œuvres ont pour objet la direction des écoles, l’instruction religieuse des catéchumènes et des néophytes de leur sexe, et le soin des malades. La chapelle de la communauté est en construction, et bientôt Notre-Seigneur fera sa résidence au milieu de ces pieuses filles.
De la haute et superbe montagne de Compira se détache un promontoire élevé qui s’avance au milieu de la vallée d’Ouracami et qui la domine. Au-dessus de ce promontoire s’élève une habitation seigneuriale qui, pendant des siècles, fut la demeure des chefs d’Ouracami. C’est là que, pendant longtemps, les chrétiens souffrirent pour Jésus-Christ. C’est là aussi qu’ils eurent le malheur de fouler la croix aux pieds. Par un concours merveilleux de circonstances toutes providentielles, cette maison est devenue la propriété des chrétiens, elle vient d’être transformée en église provisoire. Aujourd’hui, la croix s’élève triomphante là où si longtemps elle avait été profanée, et le sang de la Victime sans tache coule dans ce nouveau sanctuaire tant de fois arrosé du sang des chrétiens. De plus, le suffrage universel, aujourd’hui en usage au Japon pour l’élection des autorités municipales, vient de donner à la vallée un chef chrétien, en remplacement des anciens officiers qui, pendant plusieurs siècles, de père en fils, s’étaient transmis le gouvernement d’Ouracami et s’étaient signalés par leur zèle à persécuter la foi de ses habitants.
Les îles qui forment le troisième district ont chacune leur église, leurs écoles et une excellente population chrétienne. 119 adultes y ont reçu le baptême.
Dans le district de Sotomé, outre deux églises, une école pour les 110 garçons qui la fréquentent, et quatre pour les filles, il y a deux ouvroirs dans lesquels une centaine de personnes viennent apprendre divers métiers, et un orphelinat de la Sainte-Enfance. La population catholique est de 2913 âmes ; il reste encore environ 5,000 descendants des anciens chrétiens à ramener à la pratique de la religion de leurs pères.
Le district de Hirado se compose de plusieurs chrétientés, assez éloignées les unes des autres et, partant, d’une administration difficile. C’est Odjima, petite île située à 15 lieues de Nagasaki : 3 familles seulement y sont vraiment chrétiennes, 137 ne sont pas encore revenues au bercail.─ 5 lieues plus loin, à Kourochima, toutes les anciennes familles chrétiennes, au nombre de 254, se distinguent par la ferveur de leur foi et de leur piété. Kourochima possède des écoles pour les garçons et pour les filles et une école de catéchistes. ─ A quelque distance de là, sur la grande île de Kiouchiou, sont les deux petites chrétientés de Kozaki et de Hitonezaki. ─ La population catholique de Hirado compte 201 familles. Il y a dans cette île importante une église, six chapelles, des écoles et un orphelinat. ─ « Ikitsouki, écrit Mgr Petitjean, est une île assez riche et très peuplée. Bien que toute chrétienne et nous donnant depuis longtemps de belles espérances, elle ne possède encore que 50 familles revenues à nous… Chose étrange, ce sont les femmes qui, dans cette île, font obstacle au retour à la religion. » ─ A Madaradjima et Matsouchima, il y a encore 42 familles. Dans le district de Hirado, il y a eu cette année 153 baptêmes d’adultes ; la population catholique s’élève à 3,500, et le nombre des anciens chrétiens schismatiques est encore d’environ 11,000.
Les îles Goto forment deux districts ; la population catholique y compte 6,000 âmes environ, réparties dans 40 chrétientés. Malgré leur pauvreté, les néophytes y ont élevé et y entretiennent 5 églises, 4 chapelles, 25 oratoires et plusieurs écoles pour les enfants des deux sexes. « Nous n’avions, écrit un des Missionnaires chargés de l’administration dans ces îles, jusqu’à ces derniers temps, que des oratoires, même des maisons privées pour célébrer le saint Sacrifice et conférer les Sacrements. Je croyais qu’il était impossible de trouver parmi nos chrétiens les ressources suffisantes pour bâtir quelque chose de plus digne de Notre-Seigneur. Cependant, à force de sacrifices et de dévouement, plusieurs églises ont été construites durant le cours de cette année. Pauvres chrétiens ! naguère méprisés, persécutés et bannis pour leur foi, leur zèle et leur constance sont déjà récompensés ici-bas ! Actuellement, ils reçoivent les félicitations des païens leurs voisins, et les officiers du gouvernement leur accordent une bienveillante tolérance. Les uns et les autres s’empressent de venir visiter nos églises et ne peuvent s’empêcher d’exprimer tout haut leur étonnement de voir s’élever des temples au vrai Dieu, au moment où, par ordre des autorités supérieures, les pagodes sont renversées… »
Deux autres districts sont en voie de formation, l’un dans l’ancienne province du Tchicougo et l’autre dans l’île d’Amacousa.
Au Tchicougo, il y a eu cette année 965 baptême ; de 400 à 500 personnes s’y préparent encore à recevoir la même grâce. « L’esprit de cette petite chrétienté est excellent, écrit le Missionnaire qui en a pris soin dans ces derniers temps… Une chose que j’y ai constatée avec bonheur, lors de mon premier passage, c’est que là tout le monde est apôtre. Dès que quelqu’un a reçu le baptême, il rassemble aussitôt autour de lui tous ceux qu’il peut trouver, afin de les préparer à son tour. »
A Amacousa, continue le même Missionnaire, « il y a une magnifique moisson préparée, comme au Tchicougo, par nos catéchistes ambulants. Béni soit l’heureux Missionnaire que vous lui envoyez. Le nombre des baptêmes a été de 245… A Amacousa se rattachent les îles de Kodjiki où l’on assure qu’il reste un grand nombre de descendants des chrétiens… »
Avant de clore ce compte-rendu des travaux accomplis au Japon méridional, il nous reste à dire un mot du Séminaire de Nagasaki et de l’espoir que nous donne Mgr de Myriophyte d’en voir bientôt sortir les prémices du clergé indigène au Japon.
Lors de la division du Japon en deux vicariats, les élèves les plus avancés dans leurs études, appartenant au Méridional, furent rappelés à Nagasaki. L’état de leur santé et des besoins urgents décidèrent leurs Supérieurs à suspendre pour quelques temps le cours de leurs études et à les appliquer au ministère de la prédication et de l’instruction dans les écoles. Cette épreuve nécessaire au double point de vue de la santé et de la vocation, ils l’ont subie à leur grand avantage et à la satisfaction de leur vénérable évêque. Aujourd’hui ils sont rentrés au Séminaire où une trentaine de leurs frères plus jeunes partagent leurs travaux et aspirent à la même fin. Tous, par leur application à l’étude, par les succès qu’ils y obtiennent, et surtout par leur régularité et leur piété, donnent de grandes espérances aux Missionnaires et mettent à même Mgr Petitjean de nous faire entrevoir, dans un avenir prochain et que nous appelons de tous nos vœux, le jour où Sa Grandeur imposera les mains aux premiers prêtres japonais.




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