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Rapport annuel des évêques

Année: 1880
Pays: Japon
Mission: Japon septentrional
Rédacteur:Mgr Osouf

Japon septentrional.

« La Mission a encore fait, écrit Mgr Osouf, grâce à Dieu, quelques progrès cette année. Les comptes-rendus des divers postes donnent un total de 830 baptêmes…
« Par suite des décès, ce total de baptêmes n’a cependant augmenté que de 497 le chiffre de la population catholique. Celle-ci compose actuellement de 3,263 âmes.
« Dans son ensemble, la Mission compte maintenant, en plus de ce qui existait l’an dernier : 1o Un Missionnaire ambulant, pour la côte Nord-Ouest ; 2o Onze petites chrétientés, la plupart formées par les Missionnaires ambulants ;  3o Quatre chapelles, et cinq écoles.
« Malgré tous les efforts que l’on a faits dans le but de multiplier les catéchistes, la nécessité de les choisir avec le plus grand soin pour qu’ils deviennent des auxiliaires vraiment utiles, nous a forcés d’en réduire momentanément le nombre…Aussitôt que certains obstacles encore existants auront disparu, nous nous proposons d’établir à Tokiô une école spéciale pour formation des catéchistes…
« Dis-sept Missionnaires ont pris part à la retraite commune, qui a eu lieu en septembre. A la fin de la retraite, nous avons, comme les années précédentes, traité ensemble des questions d’intérêt général, spécialement de celles qui concernent l’administration des sacrements et la conduite à tenir vis-à-vis des chrétiens et des catéchumènes.
« Avant d’en venir aux détails particuliers sur chacun des postes de la Mission, j’ajouterai que la Mission continue à jouir, de la part du gouvernement, de la tolérance accoutumée depuis plusieurs années. Cette tolérance semble même toujours croître quelque peu. Ici et là, sans doute, certains vieux fonctionnaires s’étudient encore à nous tracasser. Mais ils sont, heureusement, plus rares que ceux qui laissent faire ou même qui se montrent favorables. Dans diverses localités, les bonzes, de leur côté, ont suscité d’assez violentes persécutions. Partout où elles se produisent, elles ne manquent pas d’intimider les Japonais qui auraient l’intention de se convertir. »
Après cet exposé de l’état général de sa Mission, Mgr d’Arsinoë passe en revue les divers postes du Vicariat ; ne pouvant reproduire intégralement cette partie de son Compte-rendu, nous nous contenterons d’en donner le résumé.
Tokiô.─ Il y a eu 209 baptêmes à la capitale. Ce nombre eût été plus considérable sans l’insuffisance du personnel enseignant. Une chapelle et des écoles ont été inaugurées à Hondjô, un des quartiers les plus pauvres et les plus populeux de la ville. Les Sœurs du Saint-Enfant Jésus ont dû agrandir leur établissement dont la prospérité s’accroît de jour en jour. Dans un autre quartier, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres viennent de poser la première pierre de leur seconde maison au Japon. « Le zèle toujours admirable, écrit Mgr Osouf, et le dévouement de nos bonnes religieuses font que mes Confrères et moi, nous nous réjouissons grandement du développement de leurs œuvres, et nous remercions Dieu du bien qu’elles font dans la Mission.’
Yocohama a obtenu 177 baptêmes. « Du côté des chrétientés qui existaient déjà, il y a un an, écrit encore Mgr d’Arsinoë, nous avons eu quelques consolations. Des difficutés pendantes et qui faisaient craindre pour l’avenir de plusieurs stations, se sont heureusement terminées. Ailleurs, il y a eu augmentation sensible dans le nombre des néophytes. A Odawara, par exemple, il a été doublé. La petite chrétienté de Kawasaki a continué d’être bénie, après la rude persécution qu’elle a endurée jadis…. Dans le courant de l’année, M. Testevuide, qui continue de cultiver le vaste ken de Kanagawa, a eu la consolation de fonder deux nouvelles stations, l’une à Oshima et l’autre à Sunagawa. La première ne compte encore que quelques néophytes ; mais la seconde en a déjà 51. là, l’exemple a été donné par les autorités locales. Le maire, plusieurs conseillers municipaux, un médecin, le chef du bureau de poste ont embrassé la religion. Le sous-préfet lui-même s’est montré très bienveillant. Dieu fasse persévérer et fructifier ces heureuses dispositions ! » A Yocohama, comme à Tokiò, l’établissement des Dames du Saint-Enfant Jésus est de plus en plus prospère et continue de rendre à la Mission de signalés services.
A Matsunaga, malgré le mauvais vouloir d’un néophyte influent et le fàcheux effet produit, par la mauvaise réputation des catéchistes russes et protestants, sur l’esprit des païens, qui ne distinguent guère entre catholiques, schismatiques et hérétiques, malgré ces difficultés, M. Lecomte a obtenu 60 baptêmes.
Niégata a eu ses épreuves ; les calomnies dont les Européens et les chrétiens ont été l’objet à l’occasion du choléra, un incendie qui a détruit plus des deux tiers de la ville, tout cela a considérablement entravé l’action des Missionnaires et nui au progrès de la foi dans cette ville.
L’île de Sado oppose à la propagation de la foi une indifférence qui serait de nature à décourager des Missionnaires moins zélés que ceux qui ont reçu mission d’y implanter notre sainte religion.
Dans le Nord, à Sendai, à Morioka, les préjugés contre le christianisme sont plus tenaces qu’ailleurs. Les Russes en disputent au catholicisme la conquête, avec un acharnement tout particulier. Néanmoins, il y a eu 102 baptêmes à Sendai et 61 à Morioka.
A Hacodaté, l’incendie qui, en décembre 1879, détruisis la ville a dispersé les chrétiens et les a obligés de s’expatrier pour trouver ailleurs un gîte, du travail et la nourriture de chaque jour. Le petit nombre des conversions obtenues cette année est dû surtout au dévouement, de plus en plus apprécié, des Sœurs de Saint-Paul de Chartres.
Les trois Missionnaires ambulants ont parcouru les autres provinces du Vicariat et ont continué de répandre sur leur passage la bonne semence de l’Évangile. Leur apostolat a été particulièrement béni de Dieu et a fait apprécier davantage encore, si possible, l’utilité de leur institution. M. Vigroux a conféré la baptême à 103 personnes et a créé, en plusieurs localités, de nouvelles stations. M. Marin a obtenu aussi des résultats consolants, mais l’état de sa santé l’a obligé de renoncer à ce genre de ministère qu’il avait exercé avec succès. M. Tulpin a essayé de se mettre en relations avec des descendants d’anciens chrétiens qu’il a découverts. Cet essai est encore trop récent pour qu’il soit possible d’en apprécier les résultats. Notre Confrère a donné le baptême à 73 personnes, appartenant à diverses localités du Nord-Ouest.
L’incendie, un des grands fléaux du Japon, a causé cette année d’immenses désastres dans plusieurs des principales velles du Vicariat et a fourni à la divine Providence l’occasion de manifester sa protection toute spéciale en faveur des Missionnaires et de leurs œuvres. A Hacodaté, les 4/5 de la ville ont disparu ; la maison de la Mission a été, il est vrai, la proie des flammes, mais l’église, bien que plus exposée, et le couvent des Sœurs ont été sauvés. A Tokiô, le feu, après avoir parcouru 2 kilomètres, détruisant tout sur son passage, a envahi la concession européens et n’y a rien épargné jusqu’au moment où il est venu s’arrêter aux établissements de la Mission. A Niégata enfin, l’incendie a consumé les 2/3 de la ville, mais il a respecté la maison de Dieu et de ses Missionnaires.


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