| Année: |
1881 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon méridional |
| Rédacteur: | Mgr Petitjean |
Japon méridional.
1881
La partie nord de la Mission comprend actuellement cinq districts, dont deux à Osaka, un à Kobé, un à Kioto et un à Okayama .
M. Cousin, chargé du premier district d’Osaka, écrivait à Mgr Petitjean: « Les protestants se remuent avec un zèle digne d’une meilleure cause, et les bonzes font rage pour leur résister. Il en résulte que, jusque dans les plus petites bourgades, on s’occupe du Christianisme ; et, si nous sommes loin de trouver les gens convertis par le bruit qui se fait autour des questions religieuses, nous sommes pourtant admis, comme les autres, à exposer notre croyance, et, comme elle est la vérité, elle finira bien, Dieu aidant, par triompher. »
Bien que par suite de l’émoi causé dans le pays et des menaces des bonzes, beaucoup de Japonais aient différé leur conversion dans la crainte de se compromettre, le Missionnaire, cependant, a continué de glaner dans le champ du Père de famille, et les 75 baptêmes d’adultes qu’il a enregistrés, prouvent que son travail n’a pas été sans succès. Les néophytes baptisés les années précédentes sont fidèles à la pratique de leurs devoirs religieux, beaucoup même manifestent une grande ferveur et se montrent parfois industrieux pour satisfaire leur piété, comme l’in-dique le fait suivant rapporté par M. Cousin :
« Une dizaine de familles habitant des quartiers relati-vement éloignés les uns des autres, ont formé ce qu’ils appellent la compagnie du Rosaire. Chaque jeudi, on se réunit à tour de rôle chez l’une d’elles, pour réciter le chapelet en commun . Je me fais un devoir d’y assister autant que possible, et c’est pour moi un bonheur de penser qu’au milieu de cette population si compacte et si insouciante, il y a pourtant çà et là de petits sanctuaires où l’on honore la Patronne de notre Église et notre Mère. »
La législation dont quelques tribunaux, en plusieurs localités, ont appliqué les rigueurs à des chrétiens cou-pables d’avoir refusé le ministère des bonzes et des autres prêtres des idoles, cette législation n’est pas mise en vigueur partout. A Kichiwada, un ancien officier s’est converti avec toute sa famille. Peu de temps après, sa femme étant morte, « je suis allé, écrit encore M. Cousin, faire l’enterrement . La cérémonie a eu lieu dans la maison mortuaire avec le plus de solennité possible. 200 per-sonnes spécialement invitées étaient présentes, et l’on estime à plus de 400 le nombre de ceux qui ont suivi le convoi au cimetière. Tous nos chrétiens de Kichiwada s’y étaient donné rendez-vous. Ils étaient au premier rang, près du cercueil, et marchaient deux à deux en récitant le chapelet à haute voix. Je n’ai pas besoin d’ajouter que cela a produit le meilleur effet dans toute la contrée. »
Le deuxième district d’Osaka compte 58 néophytes de plus, c’est un résultat également consolant, surtout dans les circonstances difficiles où se trouvent les Missionnaires de cette partie du Japon, par suite des luttes sur le terrain religieux, dont elle vient d’être le théâtre. Les néophytes de ce district se montrent généralement fidèles à remplir les devoirs de notre sainte Religion .
A Kobé, il y a eu 39 baptêmes d’adultes ; ce n’est pas tout ce qu’espéraient et désiraient les Missionnaires de ce poste ; mais si l’homme sème, plante et arrose, c’est Dieu qui donne l’accroissement, et il ne mesure pas toujours le succès au zèle et au travail de ses apôtres.
Kioto est la métropole du boudhisme, c’est là que des ministres protestants sont allés l’attaquer dans des confé-rences publiques. Le Missionnaire catholique a ressenti le contre-coup des troubles qui en ont été la conséquence. Ses ressources ne lui permettant pas de s’acheter une maison, et aucun propriétaire n’osant le recevoir à titre de locataire, il s’est vu à la veille de n’avoir pas même une pierre où reposer sa tête. La charité d’une pieuse famille de Belgique l’a tiré de cette situation et lui a donné les res-sources nécessaires pour se loger et abriter Notre-Seigneur. D’autre part, plusieurs catéchumènes ont été effrayés et ont remis à plus tard de se convertir. Malgré tous ces obstacles, M. Villion a obtenu 37 baptêmes d’adultes.
M. Vasselon a eu la consolation de conférer le sacre-ment de la régénération à 20 adultes. C’est un résultat consolant pour un début, car ce district est encore de date bien récente, les catéchistes font défaut . Toutefois les espérances ne manquent pas pour l’avenir. A mesure que le Missionnaire et la doctrine qu’il enseigne sont plus connus, les gens montrent de bonnes dispositions. « Vous vous rappelez, écrit notre Confrère à Mgr Petitjean, Petro du Bingo, qui a reçu , il y a deux ans, le baptême à Osaka et qui s’était dit descendant d’anciens chrétiens! J’ai envoyé dernièrement un catéchiste dans son pays, et il y a trouvé cinq ou six autres familles qui descendent aussi d’anciens chrétiens. Je compte y installer bientôt un catéchiste pour les instruire, après quoi j’irai moi-même les baptiser lorsqu’ils seront préparés.»
La partie sud du Vicariat comprend neuf districts.
10 Nagasaki. — Aux œuvres déjà existantes dans cette ville est venu s’ajouter un établissement de religieuses européennes (les Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauf-failles). Cet établissement doit abriter une crèche, des écoles, un ouvroir et un catéchuménat pour les femmes, et rendre d’importants services à la Mission . Il occupe une propriété qui, avant d’être transformée en couvent, appar-tenait à la Compagnie Néerlandaise et était le siège de son comptoir au Japon . On se rappelle que l’histoire, non sans raison , accuse cette Compagnie d’avoir prêté main-forte aux persécuteurs, pour exterminer les chrétiens de Chimabara en 1638.
Ourakami a perdu celui qu’elle vénérait et aimait comme son père, et qui fut pendant plusieurs années son pasteur. M. Poirier a été emporté par la fièvre typhoïde, après quelques jours de maladie. Mais son successeur continue, avec autant de succès que de zèle, les travaux du regretté défunt, au milieu des religieuses populations de la vallée. Pour son début, il a eu la consolation d’enregistrer 85 baptêmes d’adultes.
Les fidèles qui habitent les îles situées à l’entrée de la rade de Nagasaki, font toujours par leur ferveur la con-solation du Missionnaire qui les visite. Presque tous les descendants des anciens chrétiens sont revenus à la pra-tique de la foi de leurs pères. Actuellement, malgré leur pauvreté, ils construirent des églises et des écoles ; il n’est pas jusqu’au moindre hameau qui ne veuille avoir sa maison de prières et qui ne s’impose, en consé-quence, de grands sacrifices. Le Missionnaire n’est pas seul à estimer et à aimer ses chrétiens, les païens eux--mêmes savent rendre justice à la vertu des néophytes:
« J’ai eu souvent, écrit M. Raguet, l’occasion de cons-tater l’estime dont les chrétiens sont l’objet, pour leur honnêteté dans toutes les relations civiles et commer-ciales, soit de la part des païens et des autorités locales, soit de celle des fonctionnaires européens, tous Anglais et protestants, résidant dans ces îles. Nos chrétiens sont tout particulièrement recherchés pour le service de la pêche, des transports, ainsi que des charbonnages de Takadjima, et leur fidélité même est souvent un sujet de jalousie pour leurs compagnons païens. Mais les ingé-nieurs ne s’y trompent guère et ils savent faire justice des petites accusations que l’on tente quelquefois contre les néophytes.
Des districts de Sotomé et de Hirado on ne signale rien de particulier; le premier a eu 36 baptêmes d’adultes et le deuxième, 94 .
Aux îles Goto qui forment deux districts, il y a eu un certain nombre de retours à la foi; le nombre total des baptêmes d’adultes s’y est élevé à 128, dont 105 au Kami--Goto et 23 au Chimo-Goto.
La population du district d’Ima-moura a été décimée par le choléra et minée par un ouragan, mais les chrétiens ont supporté ces calamités avec résignation et courage. « L’esprit de nos chrétiens, écrit M. Sauret, est très bon et, bien que pratiquant depuis peu de temps, ils se mon-trent assez forts pour lutter contre la persécution des bonzes et des autorités locales. En ces derniers temps. 20 d’entre eux ont été condamnés à 45 jours de travaux forcés, pour n’avoir pas voulu mander le bonze aux funé-railles de leurs parents chrétiens. » Malgré ces tracasse-ries et les fléaux qui ont affligé les habitants de ce district, le Missionnaire a eu le bonheur d’y conférer le saint baptême à I45 adultes.
Quoique de formation toute récente, le district d’Ama-cousa donne déjà de grandes consolations au Missionnaire qui y réside, et de plus grandes espérances encore pour l’avenir. On ne peut pas maintenant apprécier le chiffre des anciens chrétiens qui s’y trouvent, il est à présumer qu’il est assez considérable. Pour la première fois, ceux qui sont revenus à la pratique de la religion de leurs ancêtres, ont joui cette année de quelque tranquillité ; il est arrivé, cependant, que dans plusieurs localités, certains person-nages influents n’ont rien omis pour entraver le mouve-ment des conversions. Néanmoins les païens, en général, se montrent bienveillants pour les chrétiens et ont une telle confiance en leur probité que souvent ils les choisis-sent pour arbitres de leurs différends. Plusieurs chefs de villages professent pour eux la plus grande estime. Celui d’Oyé (village de 3 à 4,000 habitants), par exemple, voudrait que tous ses administrés fussent chrétiens « Mon ouvrage, dit-il, deviendrait singulièrement plus facile et plus agréable. » Celui de Sachinotse voudrait avoir une église dans son village et, bien que païen, il offre un terrain et de l’argent pour cela. Cette estime et cette con-fiance que les chrétiens d’Amacousa ont su inspirer à leurs compatriotes païens, sont un fait d’autant plus surprenant que ces pauvres gens ont été plus longtemps persécutés, et qu’en général ils sont réduits à la plus grande misère. 82 adultes ont reçu le baptême cette année dans ce district .
« Notre séminaire, écrit Mgr Petitjean, a compté en 1881 52 élèves, dont 3 théologiens, 6 élèves de rhétorique et les autres dans les classes inférieures... Les examens en février et juillet ont donné de très bons résultats. Les progrès dans les études n’ont pas été inférieurs aux progrès obtenus dans la piété. Nos théologiens ont reçu les ordres mineurs le jour de l’immaculée Conception 1880; les élèves de rhétorique ont été tonsurés le samedi saint 1881, et dans quelques jours nos chers minorés seront sous-diacres. »
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