| Année: |
1881 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon septentrional |
| Rédacteur: | Mgr Osouf |
Japon septentrional .
1881
Au Japon septentrional, écrit Mgr Osouf, «il y a eu dans le courant de l’année : 681 baptêmes dont 383 admi-nistrés à des adultes, 195 à des enfants de païens, 2 à des hérétiques convertis, et 81 à des enfants de chrétiens. Les adultes baptisés sont moins nombreux que les années précédentes. Ce résultat était prévu ; il vient de ce que depuis un an on a été plus sévère que par le passé, pour les examens et les épreuves avant l’admission des caté-chumènes au baptême.
« Le dernier recensement porte à 3,547 âmes la popu-lation catholique du Vicariat. Tout en tenant compte des 171 décès enregistrés, ce chiffre est inférieur d’environ 200 à ce qu’il devrait être, eu égard au nombre de baptêmes ci-dessus et à celui du précédent recensement. Outre les omissions qui ont pu échapper, les Japonais se transportent assez facilement d’un pays dans un autre, et ces déplacements ont l’inconvénient d’en faire toujours perdre de vue quelques-uns.
« Comme mouvement de la Mission, cette année je signalerai:
« 1o L’extension du ministère des Missionnaires ambu-lants. En dehors des districts administrés par les Missionnaires à résidence fixe, les diverses provinces composant le Vicariat sont maintenant distribuées entre huit Confrères, qui les visitent et commencent à les cultiver, autant que le permettent les circonstances. A l’exception du Yéso, dont l’intérieur et le nord surtrout sont encore a peu près inaccessibles, mais où la population est du reste très clairsemée, presque toutes ces provinces vont recevoir, cette année, au moins un commencement d’exploration. Afin d’arriver au moyen de poser dans ces immenses pays le plus grand nombre de jalons pour l’avenir du catholi-cisme, il a fallu, les ouvriers manquant pour faire autre-ment, se résigner à dégarnir quelques-uns des postes établis. Ainsi Matsenaga et Sado n’ont plus de Mission-naires en résidence habituelle. On y maintient seulement les catéchistes et les maîtres d’école. La chapelle et les appartements du Missionnaire en résidence habituelle, sont aussi conservés pour l’usage de celui-ci dans ses visites à la chrétienté et pour les réunions ordinaires des fidèles le dimanche. Dans d’autres villes, comme Tokio et Yokohama, les Confrères qui y sont exclusivement employés, suppléent, durant leurs absences, ceux qui, outre le ministère qu’ils exercent dans ces villes une partie du temps, ont aussi à voyager pour l’évangélisa-tion de l’extérieur.
« 20 La création d’une école de catéchistes.
« Quoique résolue dès l’année dernière, cette école ne fait que commencer à s’organiser. La principale difficulté qui en a tant retardé l’ouverture, était de trouver dispo-nible un Missionnaire qui pût en être chargé. C’est à M.Langlais que cette importante fonction vient d’être confiée.
« Pour la première fois aussi on va réunir à Tokio, au moins un certain nombre des catéchistes, actuellement employés sur divers points de la Mission, afin de leur faire faire une retraite en commun et de leur donner les instructions dont tous ont plus ou moins besoin. On a le projet de les réunir ainsi chaque année, à deux époques différentes, une moitié à l’une et l’autre moitié à l’autre.
« 3o La publication d’un journal catholique en japonais.
Ce journal paraît depuis le 1er mai: il est bi-mensuel. Aucune feuille japonaise ne peut être publiée sans l’autorisation du gouvernement. Cette autorisation a été accor-dée à la seule condition que le journal ne s’occuperait pas de politique. La chose étant déjà dans nos principes, la condition était facile à accepter.
« 40 L’installation des Sœurs de Saint-Paul de Chartres dans leur établissement de Tokio, dont j’annonçais la fondation, il y a un an. C’est le vendredi du Sacré-Cœur que les Sœurs ont débarqué et ont pris possession de leur maison ; j’en fis la bénédiction ce même jour, à leur entrée. Elles y ont ouvert une école, un orphelinat et une pharmacie.
« 50 La construction d’une petite chapelle à Chiba, chef-lieu de la province de Shimosa.
« Ont été ordonnés cette année un exorciste et deux tonsurés. Ces derniers sont des élèves revenus de Pinang.
« Les visites pastorales à l’extérieur ont été, en jan-vier, pour Matsenaga et Hamamatse, où j’ai béni en même temps la nouvelle chapelle, et après Pâques pour Sendai et Morioka . Le nombre des confirmés, tant dans ces chrétientés qu’à Tokio et à Yokohama, est de 234.
« La retraite commune des Missionnaires a eu lieu le mois dernier. Vingt confrères s’y étaient réunis, on comp-tant le vénérable Mgr Ridel, qui se trouvait alors avec nous, et son cher Missionnaire, M. Coste. — La confé-rence habituelle sur les questions d’intérêt général pour la Mission, s’est tenue après la clôture de la retraite.
« Le Jubilé produit de très heureux fruits, d’après les nouvelles reçues de divers points de la Mission. Les exercices publics qui ont eu lieu à Tokio à cette occasion, ont été suivis avec empressement . Ailleurs on signale des retours très consolants auxquels il a donné lieu. »
Après cet aperçu général sur l’état actuel de sa Mission et sur les principaux événements de l’année, Mgr d’Ar-sinoë entre dans le détail des œuvre et de l’administration de chacun des districts du Vicariat. Nous résumerons cette partie intéressante de son Compte-rendu.
A Tokio il y a eu 234 baptêmes. L’installation d’une nouvelle école et d’une chapelle dans le quartier de Honjo, a déjà eu pour heureux résultat, de faciliter aux néophytes l’accomplissement de leurs devoirs reli-gieux, et d’inspirer aux païens de la localité le désir de s’instruire et d’embrasser notre sainte Religion. Dans le quartier d’Asacousa, la population manifeste de bonnes dispositions, c’est là surtout que le progrès de la foi est sensible. Les établissements d’instruction, les orpheli-nats continuent de rendre d’importants services. Quoique installées à Ogawamatchi depuis quelques mois seule-ment, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont déjà fait connaître et bénir la foi qui inspire leur dévouement; les soins qu’elles donnent aux malades seront, nous en avons l’espoir, de plus en plus appréciés des populations, et la guérison des corps sera un puissant moyen de procurer le salut des âmes.
A Yokohama, le chiffre des baptêmes s’élève à 143. En ville, l’établissement de plusieurs Confréries a ravivé la foi et la piété de beaucoup de néophytes. Dans la cam-pagne, bien que lent, le progrès de l’évangélisation est réel. Deux obstacles, cependant, aux conversions nombreuses, c’est, d’une part, l’insuffisance des locaux où les fidèles se réunissent pour prier ensemble et entendre la parole de Dieu ; et, d’autre part, les tracasseries suscitées aux chrétiens à l’occasion des funérailles. Les écoles de Yokohama continuent d’être bien fréquentées, et l’établis-sement toujours prospère des Dames du Saint-Enfant Jésus, rend de bons et nombreux services à la Mission .
Matsenaga est dans la même condition que l’année dernière; il n’y a eu que 18 baptêmes dans cette localité, et le Missionnaire qui desservait le poste, a cessé d’y faire sa résidence.
Niégata continue d’être stérile. L’île de Sado donne plus d’espoir ; malheureusement l’insuffisance de son personnel a contraint Mgr Osouf d’en retirer les deux Missionnaires qui y faisaient leur résidence. La petite chrétienté de Marouyama a été éprouvée: la ruine de sa chapelle par un ouragan et quelques difficultés y avaient refroidi la ferveur, le Jubilé a tout apaisé.
A Sendai et dans les environs, il y a progrès et espoir pour l’avenir. Cette année, le Missionnaire qui dessert ce poste, a donné le baptême à 96 personnes. Le schisme russe dispute avec acharnement au catholicisme la pos-session de cette contrée.
De même à Morioka, le petit troupeau croît en nombre et en ferveur. L’inauguration d’une chapelle qui répond mieux aux convenances et aux besoins de cette chrétienté, a produit le meilleur effet sur la population. L’établis-sement d’un ouvroir fondé par quelques néophytes en vue de subvenir aux besoins des pauvres, en leur pro-curant du travail et des ressources, n’a pas été moins bien accueilli et a reçu les bénédictions divines, comme le prouve le trait suivant que nous lisons dans une lettre de M. Berlioz à Mgr d’Arsinoë.
« Hier, vers une heure et demie, treize chrétiens et un païen étaient réunis à l’ouvroir, six à l’étage et huit au rez-de-chaussée. Tout à coup le plancher s’est effondré sur une surface de 6 mètres carrés, avec un bruit effroyable, qui a mis tout le quartier en émoi. Des six hommes qui étaient à l’étage, un seul n’est pas tombé. « Tout le monde sera mort, » s’est-il dit en lui-même. Les voisins ont accouru aussitôt, pensant avoir des victimes à transporter à l’hôpital...
« Bref , quand le premier nuage de poussière fut dissipé, les cinq hommes qui étaient tombés de l’étage se sont relevés sans blessure, mais ils se sont mis à se lamenter sur le sort des cinq femmes et des trois enfants qu’ils croyaient écrasés sous cette lourde trappe.
« C’est dans ces angoisses qu’ils se sont mis à relever nattes, planches et poutres. Et d’abord l’endroit où la grosse poutre s’est affaissée, était ordinairement occupée par deux femmes qui, juste au moment de l’accident, étaient absentes, par une miséricordieuse permission de la Providence, car elles auraient certainement été écrasées, si elles s’étaient trouvées à leur place habituelle. Cinq femmes et un de nos orphelins étaient près d’un meuble sur le haut duquel le coin de plafond qui les menaçait est resté appuyé, et ainsi là encore pas de victimes.
« Mais, du moins, que sera devenu le petit enfant de trois ans, qui s’amusait près d’un morceau de bois, haut d’un pied, et qui, au moment de la chute, récitait, ou plutôt bégayait les premiers mots de l’oraison dominicale: « Ten ni machimase ! Amen ! amen! » On déblaie à cet endroit ; pas le moindre cri. « Il a été tué ! » dit-on. O surprise! on découvre ce pauvre petit innocent, tran-quillement couché près de cette pièce de bois, tout juste assez élevée pour le protéger! Bref, sur quatorze per-sonnes pas une victime, il n’y a eu qu’une insignifiante égratignure. Les chrétiens crient au miracle et les païens font chorus avec eux. »
Il ne faut pas s’étonner que les bonzes s’émeuvent des bonnes dispositions de la population à l’égard du Chris-tianisme et ne cherchent à entraver le progrès de la foi. Les journaux de Morioka se sont faits les organes de leurs doléances et de leurs colères, et une bande d’étu-diants a tenté d’un être l’instrument. Le schisme russe et le protestantisme se sont également implantés dans le pays.
Hacodaté et Tsegarou offrent peu de consolations au zèle des Missionnaires et des Sœurs de Saint-Paul de Chartres.
Partagé en six immenses districts, comme il a été dit plus haut, le Japon septentrional va être parcouru dans tous les sens par six Missionnaires ambulants chargés chacun d’un district.
Déjà le district du Sud récompense le Missionnaire qui le visite, de ses fatigues et de ses travaux : 67 personnes y ont reçu la grâce du baptême; de petites chrétientés se sont formées dans plusieurs provinces où jusqu’à présent le nom de Jésus-Christ était inconnu.
Le district du Nord n’a pas donné d’aussi abondantes consolations. Le nombre des baptêmes, cependant, y a été de 20; pour qu’il devînt plus considérable il eût fallu avoir des catéchistes instruits et capables.
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