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Rapport annuel des évêques

Année: 1882
Pays: Japon
Mission: Japon méridiona1
Rédacteur:Mgr Mgr Petitjean

Japon méridiona1.


Le chiffre des baptêmes d’adultes au Japon méridional a été cette année un peu inférieur à celui des années précédentes ; on ne saurait en attribuer la cause aux Missionnaires : Je dois, nous écrit Mgr Petitjean, leur rendre le témoignage que tous et chacun ont travaillé avec le même zèle et le même dévouement que par le passé, tous sont estimés et aimés dans leurs districts respectifs ; j’en ai acquis de nouvelles preuves, durant mes visites de confirmations, et en ces derniers jours, à l’occasion des changements que j’ai cru devoir faire pour le plus grand bien de la Mission. » Cependant, au nord, l’effervescence causée par les discussions publiques sur la religion qui ont eu lieu l’année dernière entre les protestants et les bonzes, n’est pas encore entièrement apaisée, et la crainte retient beaucoup d’âmes bien disposées, mais timides à l’excès. Au sud, les Missionnaires sont absorbés par le soin des nombreux chrétiens qui leur sont confiés ; ce sont eux, néanmoins, qui ont obtenu la plus grande partie des baptêmes d’adultes.
Pour faciliter aux âmes de bonne volonté les moyens de connaître notre sainte Religion, Mgr Petitjean vient de multiplier les postes de Missionnaires dans l’intérieur du pays. Tandis que M. Plessis fera revivre les chrétientés jadis si florissantes du Chicocou, M. Aurientis étendra son action sur tout le sud de la grande île Nippon. M. Vasselon est déjà établi dans la partie nord de la Mission, où, comme nous le dirons bientôt, il a jeté les, fondements d’une petite chrétienté. M. Fraineau doit parcourir tout le Kiou-chiou et les îles adjacentes, et s’occuper spécialement de la conversion des païens et de la recherche des anciens chrétiens demeurés inconnus ; il sera aidé dans ce ministère par un de ses anciens élèves qui vient de recevoir l’onction sacerdotale.
« M. Fraineau est actuellement au Boungo, écrit encore Mgr de Myriophite, 1a dernière province évangélisée par saint Francois Xavier, et d’où ce saint Apôtre est reparti pour les Indes, avec la résolution d’aller ensuite porter la foi en Chine. Nous avons au Boungo des familles qui descendent sûrement des chrétiens, et actuellement un jeune homme instruit et baptisé par M. Cousin. D’après les assurances de ce jeune néophyte, beaucoup de personnes de son pays désirent devenir catholiques. Du Boungo, M. Fraineau descendra à Satsuma où j’irai le rejoindre, et de là nous irons ensemble aux îles Liou-Kiou, le berceau de nos Missions actuelles du Japon, et où se trouvent déjà deux officiers catholiques et plusieurs catéchumènes.»

A cet aperçu général sur la Mission et sur les œuvres nouvelles qui viennent d’y être établies, nous n’avons que peu de détails à ajouter :
A Okayama où M. Vasselon est installé depuis deux ans, les débuts, pour être difficiles et laborieux, ne laissent pas de donner des espérances. Le principal obstacle aux conversions est le respect humain, la crainte d’être en butte aux railleries et de devenir l’objet des tracasseries des parents, des connaissances, etc.
« Pour ce qui est de ces quelques familles descendant d’anciens chrétiens, qui habitent la province de Bingo, écrit notre Confrère à Mgr Petitjean, je n’ai pu encore arriver à les baptiser. J’ai envoyé plusieurs fois un catéchiste chez eux pour les instruire ; celui-ci fixait, d’accord avec eux, l’époque où j’irais les visiter et leur donner les sacrements; mais à peine était-il de retour chez moi que je recevais une lettre me priant de retarder encore mon voyage jusqu’à nouvel avis de leur part. La chose m’est arrivée deux ou trois fois; mais j’ai su dans la suite, la véritable cause de leur hésitation :
Le pays qu’ils habitent est un pays perdu, et ils n’ont pas, ou presque pas de relations avec les centres un peu considérables, où ils pourraient apprendre qu’ils sont libres de professer la religion qui leur plaît . Donc, après une visite que leur fit mon catéchiste, quelques-uns ayant déclaré qu’ils voulaient se faire chrétiens, le maire de l’endroit, aussi ignorant qu’eux en cette matière, leur dit qu’il était défendu d’embrasser le christianisme, et leur rappela les anciens édits portés contre notre sainte Religion. Les pauvres gens, épouvantés d’un pareil langage, se retirèrent en promettant d’obéir au magistrat . Quelque temps après, mon catéchiste y étant retourné, apprit ce qui s’était passé . Accompagné de deux ou trois de ces braves gens, il se rend aussitôt chez le susdit maire, et lui demande de quel droit il s’oppose à la conversion de ses administrés, tandis que dans les grandes villes, on laisse à chacun liberté de conscience, pleine et entière. Le maire, tout déconfit, a fait des excuses, disant qu’il ignorait le nouvel état des choses, et qu’il croyait les anciens édits toujours en vigueur ; enfin il a promis de ne plus inquiéter ceux qui voudraient se faire chrétiens, et mes gens sont retournés chez eux consolés et contents . Il y a encore peu de temps de cela, et j’espère qu’une fois les travaux des champs terminés, je pourrai m’occuper du baptême de ces bons paysans... »
A Isé, grâce au code Napoléon, M. Villion a pu jeter les premiers fondements d’une chrétienté qui promet de devenir florissante. Les auteurs de notre code n’avaient pas sans doute prévu ce résuItat . C’est dans l’étude de notre législation, aujourd’hui en vigueur au Japon, que les premiers néophytes de cette province, appartenant pour la plupart à la magistrature, ont appris à connaître et à estimer la religion chrétienne. Après leur baptême ils ont promis d’user de leur influence pour propager la foi au milieu de leurs concitoyens: « Oui, je veux, disait l’un d’eux, juge au tribunal du chef-lieu de la préfecture, je veux les leur lire, commenter, expliquer de toutes mes forces, ces commandements sacrés, base de toutes lois, qui seuls peuvent régénérer notre pays ,et faire du Japon un grand empire. Ne seront-ils pas forcés tous d’y reconnaître l’empreinte de Dieu en leurs âmes, où ces commandements sont écrits »
« Ma consolation a été bien grande en retrouvant à la préfecture de Isé et dans les récits de mon brave juge, le souvenir de l’héroïsme de nos chrétiens qui, enlevés de leur vallée d’Ouracami en 1870, ont été dispersés partout, et dont la foi a été mise à de si rudes épreuves. Le juge et les professeur (aujourd’hui chrétiens), n’étaient pas encore en fonctions, il est vrai, mais ils avaient assisté à l’interrogatoire des détenus pour la foi : « Qui donc pouvait inspirer « tant de courage à ces gens sans instruction aucune, disaient-ils ? Nous ne le pouvions « comprendre alors ; maintenant que nous avons recu nous-mêmes la grâce de la foi, nous « comprenons. » Et voilà comment Dieu ne laisse rien perdre des mérites des plus humbles. »
Les épreuves auxquelles ses chrétiens ont été soumis, écrivait M. Pélu à Mgr de Myriophite, ont été bien pénibles à son cœur de Missionnaire ; mais grande a été sa consolation en voyant avec quel courage ces pauvres gens qu’un épouvantable typhon a réduits à la dernière misère, ont supporté le coup qui les frappait, et avec quelle générosité les néophytes des contrées voisines sont venus au secours de ses chers affamés. Mais cette catastrophe a retardé la préparation au baptême de beaucoup de catéchumènes qui ont dû aller ailleurs chercher un travail rémunérateur pour se relever de leur ruine. Néanmoins, il y a eu encore un certain nombre de conversions dans les divers villages de Hirado et de Ikidzeki. Dans cette dernière île, cependant, bon nombre d’anciens chrétiens refusent de voir le Missionnaire, « parce que, disent-ils, si nous l’abordions, nous savons que nous devrions nous déclarer chrétiens. » « Cet aveu, ajoute M. Pélu, est quelque chose ; espérons que, comprenant désormais leur devoir, ils cèderont enfin aux sollicitations de la grâce. »
Amacousa a été favorisée de la visite de Mgr Petitjean. Sa Grandeur est allée bénir les débuts de cette chrétienté renaissante et jadis si célèbre dans l’histoire de l’Église du Japon. Les chrétiens revenus à la foi de leurs pères n’y sont pas encore très nombreux, mais ils continuent de se montrer pleins de ferveur. Les autorités sont toujours bienveillantes, et la population païenne elle-même ne paraît pas hostile. Dans ces dispositions, grâce à la protection des Martyrs, I’Église d’Amacousa deviendra bientôt prospère, et réalisera les espérances et le désir du Missionnaire à qui elle est confiée.

A Ima-moura dans le Chicougo, les chrétiens jouissent d’une paix parfaite, et le Missionnaire qui réside au milieu d’eux, loin d’être inquiété, reçoit de la part des autorités locales des marques non équivoques de sympathie. Cette bienveillance s’est manifestée tout particulièrement il y a quelque temps. Aujourd’hui, au Japon, les maires sont élus par le suffrage universel. Or, à Ima-moura, les votes désignèrent un chrétien, au grand mécontentement de la population païenne de la localité. Pour empêcher cette élection, on s’adressa au sous-préfet, puis au préfe ; rien n’y fit, l’élection était régulière, elle fut confirmée.

En terminant ce Compte rendu de la Mission du Japon méridional, nous sommes heureux de pouvoir saluer les prémices du clergé indigène au Japon dans la personne des trois premiers prêtres japonais. Le séminaire de Nagasaki compte actuellement 70 élèves, et il sera, nous l’espérons, une pépinière de nombreux et généreux apôtres.





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