| Année: |
1887 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon Septentrional |
| Rédacteur: | Mgr Prélat |
IV. Japon Septentrional.
Population catholique 8.114
Baptêmes de païens 1.879
Baptêmes d’enfants de païens 582
Conversions d’hérétiques 44
Grâce à la tranquillité très grande dont la mission a continué de jouir du côté de l’autorité du pays, le résultat des travaux du dernier exercice a dépassé notablement, au moins pour le nombre des baptêmes, celui de toutes les années précédentes. Ce progrès, dû à la bénédiction divine et au zèle de nos confrères, a été favorisé par l’épidémie du choléra qui a sévi à Tokio et aux environs à la fin de 1886. Ayant obtenu la permission de visiter les hôpitaux de cholériques, les missionnaires ont pu en cette circonstance conférer le baptême à 518 adultes et à 115 enfants. Ces chiffres sont compris dans le total général de l’année; il faut cependant y ajouter encore 44 conversions d’hérétiques ou de schismatiques.
Mgr Osouf constate, dans les plus anciennes chrétientés, une augmentation d’esprit de foi, qui se manifeste par des œuvres de piété et de charité. « C’est ainsi, écrit ce Prélat, que l’assistance à la sainte messe est mieux observée, les sacrements fréquentés plus souvent, les exercices particuliers de dévotion, notamment ceux du mois de mai et du mois d’octobre, mieux suivis. Les confréries du Sacré-Cœur, du Scapulaire, du Saint-Rosaire sont embrassées avec zèle par un bon nombre de chrétiens.
« Les missionnaires chargés de ces groupes plus anciens de fidèles, tout en cultivant ainsi chez eux l’esprit chrétien, sont loin d’oublier l’élément païen qui les entoure, et ordinairement, un certain nombre de baptêmes d’adultes vient leur apporter un nouveau sujet de joie, aux jours des grandes solennités de l’année. Mais ce sont les missionnaires ambulants qui ont la plus large part au travail des nouvelles conquêtes. Ils s’y dépensent avec un dévouement admirable, comptant pour rien leurs fatigues et leurs sueurs. Dieu féconde visiblement les travaux de ces chers ouvriers ; ils ont apporté un très notable contingent à la belle gerbe de baptêmes recueillis durant le dernier exercice.
« Nos communautés religieuses, comme l’administration centrale de la mission elle-même, redoublent d’efforts pour avancer le plus possible l’œuvre importante des écoles. Aussi leur nombre s’est-il élevé, en 1887, de 23 à 33, et le chiffre des élèves a-t-il augmenté d’environ 300. Ce n’est pas sans bien des difficultés, que ces résultats ont été obtenus. Le gouvernement a pris, dans ces derniers temps, des mesures plus sévères relativement au personnel enseignant et à l’installation matérielle scolaire. Souvent, dans nos petites écoles, nous avions pour maîtres des chrétiens suffisamment instruits, mais n’ayant pas de diplôme. Les nouveaux règlements ne les tolèrent plus. A défaut de mieux, il a donc fallu recourir à des païens brevetés, dont les traitements souvent sont plus élevés que ceux dont se contentaient les autres maîtres. Les exigences nouvelles, pour le local et les livres, nous ont aussi pris au dépourvu dans bien des cas. On s’est tiré d’affaire le moins mal possible, selon les lieux et les dispositions des autorités.
« Nos Religieuses ont ajouté récemment, dans leurs écoles, des cours de langues étrangères, de sciences et arts d’agrément, pour les jeunes filles auxquelles leurs parents veulent faire donner ces connaissances. Cette innovation, commandée par la situation actuelle du Japon, a déjà attiré un certain nombre d’élèves et concilié de nouvelles sympathies à ces établissements religieux. Nombre de dames japonaises de la meilleure société, ainsi que les dames européennes les mieux posées, ont accepté avec bienveillance le titre de patronnesses de ces écoles.
« Le collège de Tokio, dont la Société de Marie a bien voulu se charger, commencera enfin, je l’espère, en automne prochain. Cinq membres de la Société, dont deux prêtres, sont déjà arrivés, il y a plus d’un mois ; d’autres viendront les rejoindre cet été. Les premiers venus apprennent maintenant la langue japonaise, et préparent peu à peu l’ouverture du collège. J’ai grande confiance que les excellents Religieux réussiront fort bien ; ils ont à cœur de ne rien épargner pour cela. Ils sont d’ailleurs très recommandés près des autorités japonaises par la Légation de France, animée des meilleures dispositions à leur égard.
« Les orphelinats sont toujours aussi remplis que possible. 931 enfants sont élevés dans les six établissements que nous possédons, et dont cinq sont à la charge des sœurs, le sixième, celui des garçons, relevant directement de la mission. Le nouveau bâtiment qui lui est destiné sera achevé prochainement.
« Le séminaire, établi à Tokio, a vu se renouveler une partie du personnel de ses élèves, toujours peu nombreux d’ailleurs. La moyenne a été d’une dizaine. Ceux qui quittent, quoique perdus pour le but spécial de la formamation d’un clergé indigène, ne le sont pas, ordinairement, pour le service de la mission. Ainsi la plupart des séminaristes qui ont renoncé, ces dernières années, aux études ecclésiastiques, sont devenus catéchistes, ou sont entrés à l’école préparatoire. Outre les minorés subissant actuellement une épreuve nécessaire, auprès des missionnaires qui les font travailler, trois autres séminaristes, donnant de bonnes espérances, suivent ici le cours de philosophie ; les autres ne sont guère que des commençants. A cause des lois si changeantes sur la conscription, nous avons pris le parti, depuis quelques années déjà, de ne plus recevoir de nouveaux élèves au séminaire, qui ne soient déjà, par leur âge ou autrement, libérés du service militaire. Ce système a sans doute des inconvénients ; mais, obligés que nous sommes de compter de très près et avec nos ressources et avec les autres difficultés de la situation, nous l’avons encore regardé comme le plus opportun, au moins présentement. »
En dehors des baptêmes obtenus à l’occasion du choléra, la ville de Tokio apporte, comme moisson ordinaire de l’année, 478 baptêmes de païens et enfants de païens.M. Mugabure dit que les chrétiens s’y font remarquer par une grande dévotion à la sainte Vierge.
« La communauté du saint Enfant Jésus, à Tsukiji ; continue toutes ses œuvres ordinaires de charité avec le même dévouement de la part des sœurs, et les mêmes fruits, soit auprès des enfants qu’elles élèvent chez elles, soit auprès des malades qu’elles peuvent visiter au dehors. Parmi les baptêmes de l’année, 34, dont 22 baptêmes d’adultes, sont spécialement dus à leur zèle. Une autre œuvre vient d’être entreprise par les sœurs, au prix de vrais sacrifices, pour lesquels je leur suis particulièrement reconnaissant. C’est une école de français, annexée à l’établissement de Tsukiji. Cette école n’en est qu’à son début. Mais j’ai grande confiance que Dieu la bénira, comme les autres œuvres de nos bonnes Religieuses.
« Sur la paroisse d’Ogawamachi, existe un hôpital du gouvernement ouvert pour la classe pauvre, pour les orphelins, les vieillards et tous ceux qui, dans les grandes villes, meurent souvent dans l’abandon et le délaissement. Moyennant une aumône faite à cet hôpital (la mission donne pour cela 5 piastres par mois ), ceux qui le dirigent permettent à M. Lecomte d’y faire deux visites chaque semaine. Notre cher confrère les a faites régulièrement le lundi et le vendredi, et a eu la grande consolation de baptiser ainsi 117 personnes (79 adultes et 28 enfants ), qui ont déjà presque toutes succombé. Cette œuvre a particulièrement touché les chrétiens, et plusieurs d’entre eux ont commencé à aller visiter les malades, leur portant des médailles, des fruits, des gâteaux, etc., surtout aux enfants.
« De leur côté, les sœurs de Saint-Paul de Chartres ont réalisé, cette année, plusieurs améliorations considérables à leur établissement d’Ogawamachi. Elles ont perfectionné ce qui existait déjà, ont ajouté de nouvelles constructions aux anciennes et ont, par suite, élargi le cercle de leurs œuvres. »
« L’événement de l’année, chez nos sœurs, écrit M. Lecomte, a été l’ouverture d’un pensionnat et d’une école de français. Les récentes constructions ont permis d’affecter un local convenable, et séparé de l’orphelinat, aux élèves appartenant à cette nouvelle catégorie. Ces élèves, tant externes qu’internes, sont déjà au nombre de quarante. Elles appartiennent à de bonnes familles. Si elles ne vont pas jusqu’à se faire chrétiennes dans cette école, du moins, elles y acquerront le grand avantage de pouvoir connaître et estimer leurs maîtresses et le catholicisme, ce qui portera tôt ou tard des fruits dans leurs familles.
« Je ne puis finir, sans dire un mot des travaux et des succès de la sœur infirmière. Elle se dévoue de tout son cœur à sa clientèle, qui va toujours croissant. Pendant l’épidémie, sa supérieure pouvait à peine la modérer ; elle a été prise elle-même du choléra et a failli mourir. Le beau chiffre de 36 baptêmes obtenu par la communauté est dû, en grande partie, à son ministère auprès des malades. »
Les sept provinces qui forment le district de Tokio ont continué d’être administrées par MM. Vigroux et Cadilhac, aidés d’une douzaine de catéchistes. Cette année, 424 païens adultes y ont été baptisés, et 3 nouvelles chrétientés fondées.
« Par rapport aux anciennes chrétientés qui se sont notablement développées dans le cours de cet exercice, voici, écrit M. Vigroux, quelques détails qui ne paraissent pas sans intérêt.
« Nihongi, dans la province de Musashi, est un village composé, en grande partie, de Yéta (les parias du Japon). Ils y sont au nombre d’environ 90. Aujourd’hui, la plupart sont chrétiens. A une première cérémonie, 10 reçurent le saint baptême ; à une seconde, 40. Depuis, à chaque nouvelle visite du missionnaire, le petit troupeau s’augmente de quelques membres. C’est dans la maison de Joseph Kawashima, le plus ancien chrétien de l’endroit, que se réunissent les néophytes, les jours de dimanche et de fête, et lorsque le Père est de passage. Le matin et le soir, le son d’une trompette invite les gens du village à se rendre, pour la prière ou l’instruction, à ce lieu de réunion. Alors le village s’ébranle : hommes et femmes, enfants et vieillards, tous arrivent en très peu de temps. On dirait une petite réduction du Paraguay.
« Devenu chrétien, le village de Nihongi a changé de face ; les villages voisins, malgré la déconsidération qui s’attache d’ordinaire aux Yéta, semblent maintenant lui porter envie. Les visites que lui fait de temps en temps le missionnaire, et surtout celle qu’il a reçue dernièrement du Vicaire apostolique de la mission, l’ont comme ennobli à leurs yeux ; désormais, il aura sa place au soleil.
« La petite chrétienté de Sakai, dans la province de Kotsuké, a eu sa belle part dans les progrès de cette année. Elle inspire un intérêt tout particulier par son origine, et par quelques anciens souvenirs dont je dirai un mot.
« Il y a deux ans, vivait à Sakai un médecin du nom de Saito. Depuis environ trente ans, il soupçonnait véritable, ou du moins meilleure que la religion du pays, la « religion des étrangers ». Dans un de ses voyages à Yokohama, un Européen, avec qui il avait eu à traiter, lui avait donné un chapelet, en lui disant : « Ceci est un objet religieux, acceptez-le et gardez-« le précieusement, car il vous portera bonheur. » Saito l’avait accepté et l’avait aussi religieusement conservé. Environ vingt ou vingt-cinq ans plus tard, dans un nouveau voyage à Yokohama, Saito s’était rendu à l’église catholique de cette ville et s’était procuré un catéchisme. De retour à Sakai, il avait lu ce livre et n ’avait pas tardé à reconnaître la vérité de la doctrine qu’il enseignait. Désormais, il est le disciple de cette doctrine, et il s’en fait même le zélé propagateur. A toute personne qui vient le consulter comme médecin, il parle de la religion chrétienne. Il n’est pas encore baptisé, et déjà il est catéchiste ! Construisant une petite maison à côté de sa demeure, afin de recevoir plus librement ses clients, il la fait disposer de manière à pouvoir l’agrandir à volonté, disant : « Un jour, il y aura des chrétiens à « Sakai ; il faut penser à un lieu de réunion. »
« Quelque temps après, un chrétien, venu d’ailleurs se fixer dans cette ville, fait une visite à Saito, dans le dessein de lui parler de religion. Quelle n ’est pas sa surprise, quand il apprend que le médecin a déjà vu un catéchisme et que son grand désir est d’embrasser au plus tôt le christianisme ! A quelques jours de là, le chrétien amène un catéchiste, et Saito achève de se préparer au baptême. Désormais, celui-ci attend avec impatience le passage du missionnaire.
« Cependant il tombe malade. En quelques jours, la maladie empire. Prié de venir, le catéchiste arrive heureusement à temps. Saito reçoit le baptême dans les meilleures dispositions. Il engage encore une fois sa famille et sa nombreuse parenté à embrasser la religion chrétienne, et il meurt dans la paix du Seigneur.
« Aujourd’hui, la parole prophétique et les vœux du défunt sont en partie réalisés. Sa veuve et un bon nombre des membres de sa famille et de sa parenté sont déjà baptisés. La maisonnette construite par le médecin est devenue le lieu de réunion des chrétiens. C’est là même que le missionnaire est reçu, quand il visite la chrétienté ; c’est là aussi que, dernièrement, lors de sa tournée de confirmation , le Vicaire apostolique a reçu la plus gracieuse hospitalité. Une grande et belle statue de saint Joseph orne un petit oratoire, disposé tout exprès pour la recevoir. A l’entrée de cet oratoire, on voit la photographie de Joseph Saito, et, fixé au cadre de cette photographie, le « chapelet qui a porté bonheur ».
« La maison de la veuve possède encore d’autres précieux souvenirs. Ce sont : une belle image de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers, et une autre représentant l’Ange gardien qui veille sur un enfant endormi. Ces images, trouvées dans le voisinage de Sakai, paraissent anciennes. Elles étaient, depuis un temps immémorial, entre les mains de familles païennes de la contrée. On sait, par l’histoire et par la tradition, qu’il y avait jadis un village chrétien sur les montagnes voisines, non loin la ville de Numata. On peut supposer que ces images avaient appartenu à des anciens chrétiens de ces environs, ce qui ne les rend que plus précieuses.
« Des sept provinces formant le district de Tokio, la plus fertile en baptêmes, cette année, a été celle de Shimotsuké. Elle en a donné environ 200, dans les chrétientés d’Ashikaga, d’Ishibashi, de Hanaoka et de Kami-mikawa.
« Cette dernière a été dotée d’un oratoire, dont l’origine et l’installation ont quelque chose de particulier que je veux rapporter. Le catéchiste de la localité, ayant appris qu’un petit temple païen était mis en vente, se hâta de l’acheter à ses propres frais ; et , après quelques réparations nécessaires, il en fit le lieu de réunion des chrétiens. Ce temple ne valait certes pas le Panthéon de Rome ! Néanmoins, la population païenne de Kami-mikawa s’émut à la nouvelle de la vente du temple et de la destination qu’il venait de recevoir. Deux païens surtout se montrèrent pleins de fureur. L’un d’eux parla de mettre le feu au nouvel oratoire. Le soir même du jour de cette menace, sa propre maison devenait, on ne sait comment, la proie des flammes. Le second païen, tombé malade subitement, mourait quelques jours après, et juste le jour où le nouvel oratoire était bénit ! La population païenne elle-même vit là un châtiment du Ciel ; effrayée, elle rentra dans le calme et le silence. La petite chrétienté a continué sa marche progressive, et tout fait espérer qu’elle deviendra de plus en plus florissante. »
A Yokohama, l’école de la mission a été mise sur un meilleur pied et installée au centre de la ville. Cette école est fréquentée par 75 enfants ; chaque jour le maître donne une leçon de catéchisme. Le missionnaire la visite régulièrement une foit par semaine. Les sœurs de l’Enfant-Jésus ont continué à recueillir de temps à autre quelques pauvres malades, presque tous morts depuis, avec le baptême. « Cette année, écrit M. Midon, la Rév. Mère sainte Mathilde a réalisé une amélioration notable, comme résultat pratique surtout. Elle a fait élever, à côté de l’établissement, une maison japonaise qui sert de parloir, pour recevoir les étrangers selon l’usage du pays. Une pièce de cette construction nouvelle sert de salle de catéchisme pour les femmes qui viennent s’insrtuire. Une autre chambre est affectée aux malades qui viennent demander des remèdes. Il n’est pas inutile de dire en passant que plusieurs élèves indigènes, sur le désir de leurs parents, ont commencé cette année l’étude du français. »
Dans les provinces qui avoisinent Yokohama, M. Testevuide a eu à lutter avec les protestants, dont l’influence est toujours croissante. « Mais comme toujours, écrit-il, la Providence a tiré le bien du mal, et les chrétiens sont sortis de la lutte engagée par nos adversaires, plus affermis dans leurs convictions religieuses. A Shidzuoka, en particulier, grâce à la bonne volonté de plusieurs jeunes gens qui prêtent au catéchiste le concours le plus louable, nous avons vu, à chaque voyage, le nombre des néophytes augmenter. Ces jeunes gens, employés à la sous-préfecture, ne craignent pas d’afficher leurs croyances et portent, sans respect humain, une petite croix sur la poitrine. Ils se font un bonheur de recevoir les sacrements, et se disputent l’honneur de faire des conférences publiques sur la religion.
« A Gotemba, le fait le plus saillant à enregistrer est l’installation d’un modeste hôpital de lépreux ; il réunit actuellement cinq malades. L’entreprise réussira-t-elle ? Quoi qu’il arrive, j ’ai trouvé dans l’aide-catéchiste de Gotemba le dévouement nécessaire pour soigner les malades ; et ce dévouement est voisin de l’héroïsme, vu la répugnance extrême que la maladie de la lèpre inspire aux Japonais en particulier. On dit qu’il y a de 30 à 40 malheureux lépreux dans les environs de Gotemba seulement. Si nous pouvions sauver du moins l’âme de ces infortunés ! Le traitement suivi par les cinq qui sont actuellement dans notre petit hôpital est celui du hoang-nan ; déjà on a constaté un mieux sensible dans la santé des malades. On y ajoutera l’usage de bains particuliers, inventés par le docteur Goto, de Tokio, et employés avec fruit à la grande léproserie des îles Sandwich. »
Le district de Nagoya vient d’être divisé en deux. M. Évrard en conserve une partie, l’autre a été confiée à M. Tulpin. La difficulté si grande des communications avec Tokio a en partie disparu depuis l’ouverture du chemin de fer qui relie Tsuruga à Nagoya et à Hiogo. Les relations qui vont s’établir, entre cette partie du Japon et les principaux centres du pays, contribueront sans doute aussi à affaiblir les obstacles que le catholicisme y a rencontrés jusqu’ici. Les bonzes sont, en effet, très puissants dans ces quartiers, et l’influence et la tyrannie bouddhistes retiennent les populations sous leur joug.
A Matsumoto, le zèle et les travaux de M. Clément n’ont pas été couronnés de tout le succès qu’on pouvait en espérer. Il a eu, toutefois, 11 baptêmes de païens et des confessions annuelles en plus grand nombre que l’année précédente. Ce confrère venait à peine de s’établir à poste fixe à Matsumoto, qu’un incendie dévorait sa résidence et consumait tous ses effets.
Niigata a donné 58 baptêmes d’adultes, et 8 d’enfants de païens. « Ces résultats, dit M. Lemaréchal, sont dus en grande partie à l’établissement des sœurs, qui nous a fourni l’occasion de gagner quelques familles. Il faut remarquer, toutefois, que la plupart de ces familles ne sont pas originaires de Niigata ; elles sont venues du dehors s’y établir. Quant aux habitants de Niigata même, on les dirait véritablement inconvertissables. J’ai encore essayé de faire, cette année, des conférences dans plusieurs endroits, et toujours presque sans résultat. Il semble que, par les enfants, on pourrait arriver à convertir bien des parents. Ceux-ci, on le croirait, redoutent d’en venir là, et bien peu demandent l’admission de leurs enfants chez les sœurs.
« L’œuvre des malades a fait quelques progrès. La sœur qui s’occupe de cette œuvre commence à être connue, et elle a fait pluseurs baptêmes. »
« Je signalerai en terminant, écrit Mgr Osouf, un fait important tout récent qui augmente encore ma confiance pour l’avenir, persuadé comme je le suis, qu’une ville comme Niigata, ne peut guère être améliorée, à la longue, que par les écoles. Nous venons donc d’obtenir enfin l’établissement d’une école pour les garçons. Comme presque toujours en pareil cas, des difficultés de plus d’un genre ont retardé l’exécution de ce projet. Mais enfin, les autorités se sont montrées favorables et nous ont accordé l’autorisation d’ouvrir une école primaire libre.
« M. Lemaréchal en avait retardé l’ouverture jusqu’à l’époque de mon passage à Niigata, afin que je pusse prendre part à cette cérémonie. Elle a eu lieu, en effet, le 4 septembre, dans la grande classe de l’établissement des sœurs, et j’y ai assisté en compagnie de plusieurs notabilités de Niigata, qui avaient gracieusement accepté l’invitation de M. Lemaréchal, savoir : le représentant du Préfet, qui a prononcé un discours très bienveillant, le directeur des écoles, le chef de la police et un secrétaire-interprète de la préfecture.
« Puisse cette modeste école, ainsi ouverte non seulement avec le bon vouloir des autorités locales, mais surtout, sous les auspices de la sainte Vierge, dont nous célébrions ce jour-là, dans la mission, l’octave du Très Pur Cœur, réaliser les heureux fruits qu’en espère M. Lemaréchal pour sa chère chrétienté !
« Selon que l’annonçait déjà, à l’avance, le compte rendu de l’année dernière, la réinstallation du poste de Sado s’est heureusement effectuée cette année ; et, grâce au dévouement de M. de Noailles, le nouvel état de choses est bien supérieur au premier. Sur le terrain que l’incendie nous avait laissé complètement vide, s’élèvent maintenant, en face la grande porte d’entrée, une jolie chapelle avec clocher, à droite, la maison des Pères, et à gauche, les appartements nécessaires pour les Japonais. »
« Chargé de l’île de Sado dans le courant de mars de cette année, écrit M. de Noailles, je n’ai pu m’occuper que très imparfaitement, jusqu’ici, du côté spirituel du poste. Aussi n’ai-je pu obtenir que 10 baptêmes de païens.
« Des travaux de construction qui, ailleurs, auraient pu demander deux ou trois mois, ont pris ici six mois entiers. Enfin, le 8 septembre, j’ai eu le bonheur d’en voir le couronnement ; Monseigneur bénissait ma chapelle.
« La nouvelle, annoncée seulement huit jours à l’avance, s’était répandue un peu partout, et il y était venu du monde jusque d’Aikawa, capitale de l’île et distante de 7 lieues.
« Depuis la messe jusqu’au soir, la foule ne cessa pas un seul instant d’encombrer la rue et les terrains environnant la mission. Pour satisfaire le public, il fallut permettre de visiter l’église par groupes de 40 à 50 personnes. Les enfants des écoles y furent aussi amenés, conduits par leurs maîtres, et marchant sur deux lignes.
« Espérons que le souvenir de ce beau jour ne se perdra pas et qu’il contribuera à susciter aussi dans l’île de Sado de nombreux adorateurs de Notre-Seigneur, qui se rappelleront la foi de leurs frères, massacrés autrefois dans les ruines d’Aikawa, pour ne pas renier leur Dieu ! »
Il y a eu 20 baptêmes d’adultes à Wakamatsu, et 38 à Sendai. Morioka en compte 97, et 70 d’enfants de païens. « Il y a en ce moment, écrit M. Jacquet, un mouvement assez prononcé en faveur de notre sainte religion. Plusieurs familles demandent à s’instruire. L’année dernière, les bonzes avaient fait tout leur possible pour décrier la religion. Ne réussissant pas selon leurs vœux, sans doute, la plupart ont pris le parti de se taire. Mais les protestants les ont remplacés ; ils sont furieux de ce que quelques-uns des leurs les aient abandonnés pour passer chez nous. Cet emportement ne paraît pas d’ailleurs les avoir servis ; car ils ont dû fermer un de leurs postes, et l’autre ne semble se maintenir que par son école. Quant aux schismatiques russes, malgré le zèle de leur pope japonais, ils ne peuvent plus rien faire ici.
« Les cours de langues qui se font le soir à la mission, durant la semaine, contribuent beaucoup à faire connaître et apprécier la religion. Aussi un certain nombre d’élèves demandent-ils à l’étudier. »
Les deux districts d’Akita et Shonai ont été de nouveau réunis en un seul. M. Dalibert annonce 46 baptêmes d’adultes. Il constate que les populations de la campagne sont généralement bonnes, mais superstitieuses. « Le dieu favori de la région est Inarisama, le Renard. Partout, écrit ce missionnaire, on rencontre de ses temples. A Mekasawa-mura, il y a un temple célèbre où les renards, pour se nourrir, n’ont qu’à dormir sous le portique, les fidèles se chargeant de les engraisser à force d’offrandes, huiles, etc. Maintenant, Jésus est adoré et aimé dans ce pauvre pays. Il y a 53 chrétiens dans cette partie de Shonai ; ils sont pieux et fervents. Pendant le temps que j’ai pu passer au milieu d’eux, cette année, j’ai entendu 117 confessions et donné 132 communions. »
M. Faurie, toujours chargé des deux districts de Aomori et Sapporo, s’est occupé surtout du premier pendant le cours de cet exercice. « Aussi, écrit-il, la chrétienté de cette ville a-t-elle presque doublé et le poste de Hirosaki, qui ne comptait pour ainsi dire plus, est-il revenu à la vie. » M. Faurie a consacré, à l’installation d’un petit oratoire et d’un lieu de réunion à Hirosaki, le premier don que lui a offert le Muséum d’histoire naturelle de Paris, en reconnaissance des envois de plantes, etc., faits par notre confrère. Cette année lui a donné 35 baptêmes de païens et 7 conversions d’hérétiques. Otaru, dans le Yeso, en a fourni quelques-uns.
Les bénédictions de Dieu se sont encore répandues cette année sur la chrétienté de Hakodaté ; 40 adultes et 70 enfants y ont été baptisés. « Le bon mouvement que j’ai signalé l’an dernier, écrit M. Berlioz, n’a fait que s’accentuer de plus en plus, et cela, grâce au zèle de nos néophytes et au bon esprit dont ils sont animés ; leur ferveur, jointe à l’édification donnée par nos sœurs de Saint-Paul, a été un instrement dont la Miséricorde divine s’est servie pour attirer un bon nombre d’âmes.
« Nos catéchumènes actuels appartiennent à la classe moyenne, et, Dieu aidant, j’espère qu’aucun d’eux ne manquera au baptême. Quant aux classes qu’on appelle supérieures, j’ai rencontré près d’elles de l’estime et même des velléités de s’instruire ; mais, soit orgueil, soit respect humain, la semence n’a pas porté de fruits, et elles continuent à offrir le spectacle d’un désert aride. Toutefois, un petit oasis y a été planté le jour de l’Assomption : un juge de paix a reçu le baptême avec toute sa famille.
« J’ai eu, pendant cette année, des relations régulières avec le président du tribunal de première instance, qui passe pour l’homme le plus sérieux et le plus instruit de Hakodaté. Nous avons parcouru ensemble une bonne partie de la théologie morale de Gousset, qu’il a trouvée admirable ; mais, son admiration est restée stérile. Actuellement, je reçois tous les deux jours le directeur de la douane, qui désire connaître les rapports de la religion avec la civilisation ! Après les déceptions du passé, je n’ose plus guère compter sur un succès, que semblerait cependant promettre la bonne nature de cet homme. Enfin, tout dernièrement, le médecin en chef de l’hôpital m’a dit qu’il voulait étudier le catholicisme et faire intruire toute sa famille. Se convertiront-ils ? Oui, s’ils savent s’humilier…
« Les protestants se remuent toujours beaucoup : grands discours, discussions publiques, représentations sur la rue, souscriptions abondantes, comités et clubs affichant les programmes de civilisation, émancipation sociale, etc., tout cela est mis en œuvre pour faire des adeptes. Il s’en fait, paraît-il ; mais ils ne sont pas jugés favorablement par l’opinion ; leurs prétendues agapes fraternelles entraînent des désordres, et puis, la division augmente en raison du succès. C’est ce qui m’a été affirmé en détail par le chef d’une de leurs sectes, qui veut se convertir au catholicisme, et par plusieurs autres également bien renseignés. D’ailleurs, la besogne qu’ils font est bien superficielle ; leur baptême, souvent invalide, légitime tous les concubinages et dispense de toute restitution !
« Les Russes semblent baisser, et, ce qui est certain, c’est qu’ils ne jouissent d’aucune sympathie. On constate beaucoup de défections dans leurs rangs ; et, parmi ceux qui restent fidèles au schisme, il en est qui font une profession de foi purement protestante, affirmant qu’ils peuvent se passer d’évêque et de prêtres, et qu’il leur suffit d’adorer le vrai Dieu. Néanmoins, leur école de Hakodaté, fréquentée par près de 300 enfants, donne un peu de relief et d’importance à leurs catéchistes .
« Un de ceux-ci, étranger à Hakodaté, qui a approfondi toutes les religions et même le bouddhisme, a reconnu enfin que le catholicisme est la seule vraie religion, et il aurait voulu être admis tout de suite à faire son abjuration solennelle, à cause de son prochain départ pour Nemuro. Mais, comme il ne pouvait pas faire son temps d’épreuve, c’est le Père Faurie qui l’admettra dans le giron de la véritable Église. »
« A ce rapport de M. Berlioz, dit Mgr d’Arsinoë, j’ajouterai les renseignements suivants, tirés de son tableau d’administration ; ils montrent par des chiffres quelques-uns des fruits que rapporte l’établissement des sœurs à Hakodaté. Dans le courant de l’exercice, elles ont procuré le baptême à 68 enfants in articulo mortis et à 17 adultes, dont 9 pareillement à l’article de la mort. »
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