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Rapport annuel des évêques

Année: 1888
Pays: Japon
Mission: Japon Septentrional
Rédacteur:Mgr Osouf

IV. — Japon Septentrional.


Population catholique 10.026
Baptêmes de païens 2. 008
Baptêmes d’enfants de païens 455


« Parmi les principaux événements religieux de cet exercice, écrit Mgr Osouf, ce qui s’est fait pour le jubilé sacerdotal du Saint-Père occupe certainement le premier rang. Comme partout dans le monde catholique, cette grande circonstance a électrisé les néophytes du Japon Septentrional. Leur esprit de foi s’est montré en toutes manières. Ils ont d’abord voulu joindre à l’adresse du Vicaire Apostolique et des Missionnaires à Léon XIII, une lettre japonaise exprimant directement à Sa Sainteté leurs sentiments et leurs vœux. Informés de l’Exposition vaticane, ils ont envoyé de tous côtés, des objets sinon tous précieux, du moins très intéressants comme spécialités du pays. Douze grandes caisses contenant ces dons ont été expédiées à Rome. Toutefois la meilleure offrande faite au Saint-Père par ses enfants du Japon Septentrional a été, sans contredit, celle des messes, des communions et des prières offertes à Dieu pour Sa Sainteté dans le cours de l’année, et plus spécialement à la grande solennité de Noël. Ce jour avait été choisi dans la mission pour la célébration du jubilé, comme particulièrement propice pour réunir un plus beau bouquet de fête, et cette attente n’a pas été frustrée. De tous les points du Vicariat, on m’a écrit que, ce jour-là, missionnaires et chrétiens n’ont formé qu’un cœur pour offrir messes et communions à l’intention du Saint-Père. De plus, tous ont également rivalisé de zèle pour l’éclat extérieur de la fête : décorations de toutes sortes, fleurs, guirlandes, inscriptions, illuminations, tout proclame que les cœurs des catholiques du Japon Septentrional étaient à Rome en ce beau jour. . .
« La nomination de Mgr Midon comme Vicaire Apostolique du Japon Central, et son sacre à Yokohama, le 11 juin dernier, ont aussi produit de grandes émotions dans cette mission. Nos bien légitimes regrets de perdre un tel missionnaire sont compensés, grâce à Dieu, par le bonheur des confrères de la mission voisine de l’avoir maintenant à leur tête. Que la volonté de Dieu soit faite, et que son règne s’étende de plus en plus ! Je ne dis rien des cérémonies du sacre ni de la grande consolation goûtée au milieu de la nombreuse famille de missionnaires réunis à cette occasion.
« Peu de temps après ces belles fêtes, le 5 juillet, j’ai entrepris avec M. Lemaréchal, la visite pastorale des chrétientés de Wakamatsu, Sendai, Kesennuma, Hitokabé, Morioka, Hakodaté, Otaru et Sapporo. Partout les chrétiens ont rivalisé d’empressement pour recevoir leur évêque avec toutes les marques possibles de religieux respect. L’arrivée dans chaque ville a été marquée par une sorte d’ovation. Le zèle des fidèles à s’approcher des sacrements était plus édifiant encore. Eu égard à la population catholique de chaque chrétienté, le nombre des communiants a été considérable partout.
« Les circonstances n’avaient pas permis de fixer longtemps à l’avance l’époque de cette tournée, et ceci a été cause qu’un certain nombre de personnes n’ont pas été prêtes à recevoir, comme elles le désiraient, le baptême ou la confirmation. Malgré ce contretemps, nos chers confrères m’ont encore présenté 69 personnes à baptiser, et près de 300 à confirmer.
Le tableau suivant du recensement annuel de la population catholique dans le Vicariat montre d’une manière éloquente les progrès accomplis depuis sa fondation en 1876 :

Années Catholiques Années Catholiques
1876 866 1883 4.855
1877 1.235 1884 5.574
1878 2.164 1885 6.193
1879 2.766 1886 7.116
1880 3.263 1887 8.144
1881 3.547 1888 10.026
1882 4.094

« Les Frères de la Société de Marie ont obtenu des autorités japonaises compétentes les permissions voulues pour fonder un collège dans la ville de Tokio. Après bien des difficultés pour trouver à louer un local convenable, ils y ont enfin réussi dans le courant du mois d’août, et à la rentrée de septembre, ils ont pu ouvrir leurs cours. Actuellement ils ont une soixantaine d’élèves, tous externes. Nul doute qu’avec le temps leur établissement ne devienne florissant et ne fasse beaucoup de bien dans la Mission. Je fais les vœux les plus ardents pour qu’ils puissent s’étendre aussi dans nos autres villes, au moins les principales.
« Les autres maisons d’instruction et d’éducation, que nous possédions déjà, ont continué de fonctionner à l’ordinaire et le mieux possible eu égard aux moyens dont elles disposent. Les communautés du Saint-Enfant-Jésus et de Saint-Paul de Chartres mettent le plus grand zèle à répondre aux besoins spéciaux du temps. A Tokio, en particulier, les religieuses du Saint-Enfant-Jésus viennent d’ajouter à leur établissement de Tsukiji une belle construction pour un petit pensionnat et les externes de familles aisées qui ne consentiraient pas à fréquenter les classes ouvertes pour les enfants de l’Orphelinat. Les sœurs de Saint-Paul avaient déjà fait la même chose à Ogawamachi l’année dernière. Les élèves qui fréquentent les nouvelles classes dans les deux communautés viennent surtout pour étudier le français. Quelques-unes prennent aussi des leçons d’anglais, de musique et de dessin. Toutes apprennent les travaux à l’aiguille.
« Quoique le nombre de nos petites écoles ait diminué de cinq cette année, celui des élèves fréquentant l’une ou l’autre de nos écoles catholiques a augmenté d’environ une centaine. En résumé, nous avons présentement 28 écoles comprenant 1.787 élèves, savoir 681 garçons et 1.106 filles.
« Les Orphelinats sont toujours au nombre de 6. On y compte 993 enfants. Le nouvel Orphelinat des garçons à Tokio a été inauguré à la fête de l’Immaculée Conception, l’année dernière. Sans doute il y reste beaucoup à faire, mais M. Rey, qui en a la direction, complète son organisation peu à peu avec un dévouement au-dessus de tout éloge. Il s’ingénie de toutes façons, tant pour procurer aux enfants, outre l’instruction, les connaissances nécessaires dans leur condition, que pour diminuer le plus possible les charges de l’établissement. Il a déjà monté une petite boulangerie qui sert les maisons de la Mission et quelques familles Européennes. Il a aussi deux petits ateliers pour la menuiserie et la couture. »
La ville de Tokio compte actuellement 2.640 catholiques. Les mœurs chrétiennes s’implantent de plus en plus dans le cœur des néophytes comme le prouve le fait suivant rapporté par M. Brotelande.
« Un de nos chrétiens des plus à l’aise demande instamment à avoir pour parrain de confirmation un pauvre homme qui va mourir dans la dernière misère. Dès le lendemain de la cérémonie, voilà l’heureux confirmé qui s’installe au chevet du malade, le soigne de son mieux, appelle le médecin, paie les médicaments, pourvoit à la nourriture de la famille, et lorsque, après deux mois, la mort vient mettre fin aux souffrances de son protégé, c’est encore lui qui l’ensevelit, se charge de tous les frais et s’occupe de l’avenir de la pauvre veuve et des enfants. « Pourquoi, lui demandai-je quelques jours après, as-tu tenu à avoir pour parrain cet « homme que tu connaissais à peine ? Père, me répondit-il simplement, je n’aurais pas pu, « sans risquer de l’offenser, lui offrir l’aumône, tandis que, devenu son filleul, c’est à moi « qu’incombait tout naturellement le soin de pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille. »
« De pareils faits, dans leur touchante simplicité, sont une marque bien consolante des dispositions de nos chrétiens et la meilleure récompense des peines que l’on s’impose pour eux.
« Mais le fait qui marquera surtout cette année, c’est que l’on a pu enfin commencer l’église projetée depuis plus de cinq ans. La pauvre maison japonaise qui avait jusque-là tenu lieu de chapelle, devenait chaque jour plus insuffisante. Aujourd’hui que nous comptons près d’un millier de chrétiens (et s’il plaît à Dieu ce nombre n’ira qu’en augmentant), il était de toute nécessité qu’une demeure plus grande et plus convenable fût élevée au vrai Dieu, au milieu de cette immense capitale où les dieux de l’erreur comptent leurs temples par milliers. Un don reçu de France et une souscription faite parmi nos chrétiens nous permettent d’élever à peu près la moitié d’une église que l’on achèvera plus tard, mais qui, dans ses proportions actuelles, pourra contenir un assez grand nombre de chrétiens.
« Quant aux écoles d’Asakusa, elles ont continué de donner des résultats assez satisfaisants. Le nombre des enfants n’a guère varié. Outre les enfants des chrétiens qui se forment là aux mœurs chrétiennes, nous avons l’habitude de recevoir aussi des enfants de païens qui, naturellement, suivent tous les exercices et finissent par devenir chrétiens avec leurs familles. Cette année nous avons eu 9 élèves ainsi baptisés avec 14 de leurs parents. »
Le poste de Honjo a donné cette année 108 baptêmes d’adultes. « Mais, dit M. Balette, si ce chiffre est si élevé, c’est surtout grâce au dévouement d’un chrétien qui a accepté la mission de rechercher les fous de naissance, extraordinairement nombreux dans deux quartiers de mon territoire. Il a pu baptiser 68 de ces malheureux et ensuite 7 autres adultes in articulo mortis. »
La même œuvre a été entreprise aussi dans le district des provinces voisines de Tokio et elle a donné d’excellents fruits. 1.023 baptêmes d’adultes, 5 nouvelles chrétientés fondées et un oratoire récemment érigé, tels sont les résultats magnifiques obtenus cette année par MM. Vigroux et Cadilhac. Voici les détails donnés sur les chrétientés nouvelles :
« Mendori, situé à 3 lieues d’Ashikaga, est un village de Eta ou parias du Japon. Un bonze converti, prié de travailler à la diffusion de la vérité comme il avait travaillé à la diffusion de l’erreur se tourna vers les Eta de Mendori. Il alla résider dans leur village et se fit l’instituteur de leurs enfants. Le soir, il réunissait aussi les familles et leur faisait le catéchisme. La doctrine fut goûtée et le baptême désiré, mais il fallait encore apprendre de mémoire les principales prières. Notre bonze ne pouvant assez trouver de temps le soir pour faire apprendre les prières à des pauvres gens illettrés fit des prodiges de zèle. Il suivait les catéchumènes dans leurs champs, et tandis qu’ils travaillaient la terre, lui, debout près d’eux, leur répétait, des demi-journées entières, les prières qu’il fallait apprendre. Grâce à ce travail opiniâtre, les Eta de Mendori purent être préparés au baptême. Les chrétiens sont déjà nombreux dans ce village, et leur ferveur est de bon augure pour l’avenir.
« Otsuka, près de la ville de Tochiji, a vu se former dans le courant de l’année une charmante chrétienté. Dans ce village habitait un riche paysan qui avait trempé dans le « Jiyu-to », parti révolutionnaire dont le Japon est encore menacé. Les prôneurs du Jiyu-to le flattaient et tâchaient de l’entraîner dans leur clan. Déjà sa fortune passait entre leurs mains. Heureusement, avant qu’elle ne fût sérieusement entamée, le paysan fit la connaissance de l’un de nos catéchistes. Celui-ci lui dessilla les yeux. Une fois la vérité connue, il renonça au Jiyu-to, se fit chrétien et voulut que toute sa famille et ses nombreux serviteurs fussent aussi instruits de la religion. Ils ont tous été baptisés. Notre néophyte a travaillé depuis à la propagation de l’Évangile dans toute la contrée, à l’égal du plus zélé catéchiste. Les deux plus belles chambres de sa maison sont converties en oratoire, et le magnifique Butsudan ou autel qui servait aux idoles, est aujourd’hui l’autel qui sert au Saint-Sacrifice de la messe.
« Utsunomiya, ville considérable devenue chef-lieu du Ken de Tochigi, excitait depuis longtemps de vifs désirs chez le bon Père Cadilhac et chez moi. Nous voulions faire des chrétiens dans cette grande ville. Comme de coutume, nous nous étions adressés à la sainte Vierge et nous avions promis de prendre la Nativité de Notre-Dame comme titre de la chapelle que l’on y bâtirait un jour. Nos vœux et nos prières sont en voie d’être exaucés. Utsunomiya compte déjà plus de 25 chrétiens et un certain nombre de catéchumènes s’annoncent.
« Shimodaté est une ville importante du Ken d’Ibaraki. Les commencements de la chrétienté sont particulièrement intéressants. Il y a deux ans, un chef du Jiyu-to, célèbre par son courage et son audace, s’était porté aux derniers excès en mettant le feu aux postes de police et en blessant à mort un certain nombre d’agents de la force publique. Arrêté et condamné à mort, il avait été instruit par un employé chrétien des prisons et baptisé au pied de la potence. Sa mort fut édifiante au suprême degré. Avant d’aller au supplice, il avait écrit une admirable lettre à sa femme et à ses enfants, pour leur dire son bonheur de mourir avec la grâce du baptême, et les engager à se faire eux-mêmes chrétiens. Il en avait écrit une autre plus admirable encore à ses nombreux amis. Il leur disait : « Ignorant la religion chrétienne, je me suis laissé aller aux derniers excès ; aujourd’hui je reconnais que je me suis trompé et que j’ai entraîné mes amis dans une mauvaise voie. Vous qui m’avez suivi dans le mal, instruisez-vous de la vérité chrétienne, et, si vous êtes mes amis sincères, faites-vous chrétiens comme moi. C’est la dernière prière que je vous fais avant de mourir, et mon suprême adieu. »
« Le catéchiste qui avait baptisé le condamné se rendit à Shimodaté porteur de ces lettres. Il visita la famille qui ne tarda pas à s’instruire et à recevoir le baptême ainsi que quelques voisins. Quant aux amis du défunt, ils se montrèrent bien désireux de s’instruire ; mais avant de se faire chrétiens, il fallait abandonner des idées subversives de l’ordre établi, qu’ils caressaient sous le couvert d’idées de réforme. Ce fut là une difficulté. Toutefois, fidèles au souvenir de leur chef, ils voulurent avoir ses restes, et ils ont élevé sur sa tombe, entourée d’une belle clôture, une croix gigantesque sur laquelle ils ont placé cette inscription toute chrétienne : « Bonaventure Tomimatsuseihan, serviteur de Dieu, repose ici dans l’attente de la « résurrection. » Cette tombe fut solennellement bénite sous les yeux de presque toute la population de Shimodaté, le 5 octobre de l’année dernière, jour anniversaire de la mort du condamné. Le préfet de Mito alla lui-même voir la tombe et la croix, qu’il fut surpris, dit-on, de trouver si belles. L’inscription surtout parut le frapper extraordinairement..
« Sawara est une ville assez importante de la province de Shimosa, dont la petite chrétienté doit en partie son origine à un chef de police. Il y a juste dix ans, j’allais dans cette ville visiter cet officier déjà chrétien, nommé Hirata Tomowo. C’était alors le seul chrétien de la province. Dès ma première visite, il me fit connaître un de ses subordonnés qui avait manifesté quelques velléités de s’instruire. Deux ans plus tard, celui-ci se faisait chrétien, et peu de temps après il devenait catéchiste. C’est le catéchiste actuel de Chiba, Pierre Makino Taizo, l’un de nos meilleurs ouvriers. Notre chef de police continua de faire du zèle, il engageait ses employés à se faire chrétiens, mais en observant toujours une grande discrétion dans sa manière de procéder. Sa conduite, soit privée, soit publique, était d’ailleurs d’un si bel exemple que plusieurs agents demandèrent à embrasser la religion. Jacques Hirata fit plusieurs autres stages, et partout où il passait il laissait plusieurs nouveaux chrétiens. Là où il n’y avait pas de lieu de réunion pour l’administration des sacrements, au passage du Père, et pour les prières en commun les dimanches et les jours de fête, il prêtait sa maison. Il faisait même l’office de catéchiste. Il donnait une leçon de catéchisme le dimanche, et à l’occasion, il présidait les enterrements.
« Après avoir voyagé dans les principales villes du Ken de Chiba, M. Hirata a été envoyé de nouveau à Sawara l’année dernière. Il a pu grouper autour de lui un certain nombre de familles d’agents de police, amenés par lui au baptême. Il a d’ailleurs puissamment aidé le catéchiste de la localité à en gagner d’autres encore, et c’est ainsi que se trouve formée avec le secours de son zèle la chrétienté actuelle de Sawara. »
Le district de Yokohama a donné 143 baptêmes d’adultes. Le ministère y est singulièrement entravé par la propagande effrénée des protestants. L’étude de la langue anglaise, si avidement recherchée au Japon depuis quelques années, leur fournit d’ailleurs un moyen facile de s’implanter partout. Malgré tous ces obstacles, les idées chrétiennes ont fait déjà un grand chemin et l’esprit de consistance gagne de jour en jour chez les néophytes. Parmi plusieurs traits rapportés par M. Testevuide pour montrer cette heureuse influence, nous citerons seulement le suivant :
« Il y a à Yoshiwara un chef de police chrétien dont le baptême remonte vers l’époque de l’insurrection de Sa-tsuma. Dans sa première ferveur, il a loyalement fait son devoir sur le champ de bataille et mérité la décoration. Depuis ce temps sa vie a été plus ou moins agitée et sa foi aussi bien que sa vertu ont reçu de rudes atteintes. Mais, revenu à ses premières croyances, il paraît décidé à faire oublier ses écarts passés. Déjà, pendant un assez long congé, il y a quelques années, il se faisait un plaisir de m’accompagner dans mes courses au dehors. Il m’édifiait dès lors par sa piété, et je restais stupéfait de son humilité et de son zèle. Après avoir prêché, il ne dédaignait pas de porter mes bagages, cherchant par tous les moyens à me faire oublier les fatigues et les privations du voyage. Appelé à la direction de la station de police de Yoshiwara, je me demandais ce qu’il ferait dans cette ville de si mauvaise réputation. Or, tout d’abord il se posa en chrétien et en chrétien pratiquant, ensuite il loua une maison pour servir de salle de conférences et invita le catéchiste de Numadzu à s’y rendre aussi souvent que possible.
« Son zèle ne se borne pas à la ville où il réside, il s’étend à tout le canton de Fujigori., où il se fait un bonheur de préparer les réunions au passage du missionnaire et des catéchistes. Ceux-ci en arrivant trouvent tout prêt et on ne laisse aucun frais à leur charge. Déjà une dizaine de chrétiens forment le petit noyau d’une chrétienté nouvelle ; quelques catéchumènes se disposent à en grossir le nombre. En l’absence du catéchiste c’est toujours notre commissaire qui préside à la récitation des prières.
« L’an dernier, me trouvant à Numadzu pour les fêtes de Noël, il ne manqua pas une si belle occasion de satisfaire sa piété et son zèle. Avant la messe de minuit, il me demanda la permission d’adresser aux chrétiens quelques paroles d’édification. Vêtu de son uniforme, la poitrine décorée de la médaille militaire, il a, pendant une longue demi-heure, charmé et ébahi son auditoire qui ne savait qu’admirer le plus ou de la fermeté de sa foi ou de son courage à en faire profession, sans égard aux conséquences possibles de cette conduite.
« Loin de lui nuire, cette manière de faire lui a concilié à un très haut degré l’estime et la confiance de ses chefs. Dernièrement eut lieu la tournée d’inspection pour la revision des comptes. Notre commissaire présenta sans peur ses registres, sûr qu’il était de n’avoir pas mérité de reproches. L’inspecteur, sans même y jeter un simple coup d’œil, se contenta de lui dire : « C’est bien ! c’est bien ! Je sais que vous êtes catholique et catholique fervent, or, dans « cette religion., la probité et l’intégrité sont choses tout ordinaires, n’est-ce pas ? Cela suffit, « nous en resterons là pour cette fois. » Inutile de dire si le fait a été remarqué et commenté. Les policemen de la station n’en reviennent pas, et plusieurs parlent de se faire chrétiens. »
A Nagoya le petit noyau de chrétiens se montre fidèle à ses devoirs ; la maladie n’a pas permis à M. Tulpin de l’augmenter au gré de ses désirs, il a pu du moins installer une petite école où nombre de païens ont demandé l’admission de leurs enfants.
La Mission vient d’acheter à Matsumoto un emplacement convenable pour une installation définitive. Déjà une résidence pour le missionnaire et le catéchiste y a été construite, et M. Clément appelle de ses vœux l’érection d’une petite chapelle. En attendant, il a établi une école à Yamashiro ; elle fonctionnait depuis un mois à peine que déjà elle était remplie. Des 50 ou 60 enfants qui la fréquentent, 20 seulement sont enfants de chrétiens.
Niigata, occupé successivement par MM. Lemaréchal, aujourd’hui provicaire, et Lecomte, a donné cette année 39 baptêmes d’adultes. Le zèle des missionnaires a été puissamment secondé par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres dont l’école et l’orphelinat prospèrent de plus en plus. « A mon arrivée, écrit M. Lecomte, je fus frappé de la bonne tenue, de la propreté, de la santé, du chant des élèves. Dans le cours de l’année qui vient de finir, les externes se sont considérablement multipliées. Faute de local et de ressources, les Sœurs n’ont pu recevoir qu’un petit nombre d’orphelines ; il leur a fallu en refuser beaucoup.
« La pharmacie et le dispensaire réussissent aussi à merveille. Je ne pense pas exagérer en disant que la sœur infirmière soigne maintenant chaque jour de trente à quarante malades. Elle a procuré le baptême à 14 adultes et à 10 enfants en danger de mort. »
« La petite école pour les garçons a 25 élèves dont 9 chrétiens et 16 païens. Le professeur, encore païen, est toujours très dévoué. M. Lecomte va lui-même à l’école enseigner le catéchisme et la lecture des livres écrits en caractères européens. »
Aux soixante chrétiens de l’île de Sado sont venus s’adjoindre huit nouveaux néophytes adultes baptisés dans l’année. « La ville, dit M. de Noailles, paraît bien indifférente, aussi ne pouvons-nous y glaner que quelques âmes, mais la campagne donne plus d’espoir. Dès le temps de mon arrivée à Sado je désirais fonder un poste à Aikawa, la capitale. Durant toute une année, j’ai cherché vainement, dans cette ville de 5 à 6.000 âmes, une maison à louer pour y placer mon catéchiste. Enfin Notre-Seigneur nous a donné de trouver une vaste maison que le propriétaire voulait vendre à la suite de mauvaises affaires. Le prix en était relativement modique. Aussi me suis-je empressé de l’acheter après en avoir obtenu l’autorisation, et mon catéchiste y est maintenant installé et enseigne la religion. Il vient ordinairement un bon nombre d’auditeurs à ses instructions. Quelques personnes se rendent également chez lui pour s’instruire, le soir après leur journée finie. J’y ai fait moi-même des conférences et j’ai vu plus de 150 personnes réunies pour la circonstance. Dieu nous accorde d’avoir bientôt des chrétiens à Aikawa ! Plusieurs païens paraissent désirer le devenir. La réputation de la religion chrétienne y est d’ailleurs excellente.
« Une petite chapelle bien modeste a été installée dans une chambre de la maison. La Patronne de cette chapelle, comme de toute la ville, est Notre-Dame-Auxiliatrice. J’ai confiance que notre bonne Mère bénira cette entreprise et nous obtiendra une moisson abondante. »
Grâce à l’excellent catéchiste que M. Vigroux procura l’an dernier à M. Lafon, ce confrère a obtenu 49 baptêmes d’adultes à Wakamatsu. Sendai qui atteint le chiffre de 100 baptêmes, doit ces résultats au zèle que plusieurs chrétiens ont montré pour la conversion de leurs frères païens. La chapelle est devenue insuffisante et l’on est en quête des ressources nécessaires pour construire une église. « En attendant, M. Maury a réussi à bâtir, cette année, une nouvelle école, grâce à quelques dons qu’il a recueillis pour cela. Outre les chambres des professeurs, cette école a quatre belles classes pouvant contenir largement 200 enfants. A l’époque où j’ai visité Sendai, elle en réunissait déjà 130. C’était peu de temps après l’achèvement des travaux. Les deux tiers des enfants sont encore païens, mais tous étudient le catéchisme, on ne les reçoit qu’à cette condition. Une fois rentrés chez eux, ces enfants deviennent de petits apôtres ; ils rapportent à leurs parents la doctrine qu’ils ont entendu expliquer. C’est ainsi qu’une petite fille de dix ans, il y a quelque temps, a instruit et amené au baptême son grand-père, sa grand’mère, sa mère et son frère. C’est même chez eux que, depuis leur conversion, M. Maury fait le catéchisme tous les jeudis. »
Kesennuma a donné 41 baptêmes d’adultes et 17 conversions d’hérétiques ou schismatiques. Ces résultats ont été obtenus en partie à Okutama et dans les environs, où M. Cocherie a inauguré, cette année, une petite chapelle. Malgré la propagande protestante, le district de Morioka a eu 92 baptêmes d’adultes. Les anciens chrétiens ont montré beaucoup de zèle pour la conversion de leurs compatriotes. « Les répétitions de français et d’anglais qui se donnent à la mission, écrit M. Jacquet, ont aussi beaucoup contribué à nous faire connaître. Elles sont suivies à peu près par tous les employés du tribunal, et plusieurs d’entre eux sont déjà chrétiens.
« Dans la partie Nord du district de Morioka, une immense région, couverte de hautes montagnes et de difficile accès, est habitée par une population très pauvre et à moitié sauvage. A l’exception des habitants du bord de la mer, qui sont fervents bouddhistes, cette population est à peu près sans religion. Je crois qu’il serait cependant facile de l’amener à la connaissance du vrai Dieu, avec quelques bons catéchistes. J’y en ai envoyé un l’année dernière, mais jusqu’à présent, il n’a pas réussi comme je l’aurais espéré d’après ce que j’avais vu. Dans mon dernier voyage dans ces parages, j’ai pu cependant baptiser tous les officiers de police de l’une des villes les plus importantes de la région. De plus, beaucoup de monde demande à étudier la doctrine. »
Des 32 baptêmes d’adultes obtenus dans le district d’Akita, 21 ont été fournis par Tsurugaoka ou Shonai. Cette ville, centre d’un nouveau district en formation, était autrefois la résidence des Daimios ; elle promet de devenir une fervente chrétienté.
A Hakodaté, les 64 adultes baptisés cette année comblent amplement les vides causés par la mort ou le départ des anciens. Ce poste a une population peu stable ; presque tous les chrétiens sont des étrangers. Le missionnaire s’est efforcé d’établir un lien de fraternité entre les membres de son église qui ont, dit-il, le malheur de ne pas assez se connaître. Déjà le résultat obtenu sous ce rapport par les deux associations du Rosaire Vivant est très appréciable. L’établissement des Sœurs de Hakodaté fait toujours le plus grand bien. « Outre les 84 enfants élevées dans la maison, avec le zèle ordinaire aux bonnes Religieuses, les malades continuent de recevoir les soins les plus attentifs. Ceux qui ne se guérissent pas reçoivent près d’elles un bienfait plus précieux encore que la santé. C’est ainsi que cette année 72 âmes ont été régénérées, grâce à la sollicitude des Religieuses, 20 adultes et 52 enfants in articulo mortis.


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