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Rapport annuel des évêques

Année: 1889
Pays: Japon
Mission: Japon Septentrional
Rédacteur:Mgr Mgr Osouf

IV. – Japon Septentrional.

Population catholique ................................11.522
Baptêmes de païens .................................... 1.698
Conversions d’hérétiques ........................... 15
Baptêmes d’enfants de païens .................... 268

« Au point de vue religieux comme au point de vue politique, écrit Mgr Osouf, le grand événement de l’année, au Japon, a été la proclamation de la Constitution. L’article 28, en effet, accorde enfin aux Japonais la liberté religieuse. C’est la consécration en droit de ce que le gouvernement accordait déjà de fait, depuis un certain nombre d’années.
« Cette proclamation solennelle a eu lieu le 11 février dernier. On ne saurait dire les réjouissances publiques qui l’ont accompagnée, en particulier à Tokio. Jamais nous n’avions vu les rues de la capitale si magnifiquement décorées, ni remplies si universellement d’une population toute en habits de fête.
« Nos chrétiens ne sont pas restés en arrière dans ces manifestations de la joie générale. Outre qu’ils saluaient, avec leurs compatriotes, un événement attendu avec impatience dans le pays, depuis des années, ils triomphaient aussi de voir enfin tomber les barrières légales qui pouvaient encore contrarier la liberté de la religion qu’ils avaient embrassée. Aussi , est-ce d’une manière éminemment chrétienne qu’ils ont témoigné le bonheur que leur causait le grand événement. Le jour même de la proclamation et celui de la messe solennelle d’actions de grâces ; l’assistance des fidèles a été très nombreuse dans les églises, et il y a eu beaucoup de communions.
« Si les chrétiens ont été ainsi réjouis et encouragés par cette concession officielle de la liberté religieuse, celle-ci a eu un tout autre effet sur les bonzes, Ils ont senti tout naturellement que leur cause était fortement atteinte par une pareille concession, et ils ont redoublé d’efforts pour la soutenir de leur mieux. De tous côtés, il y a eu recrudescence de prédications et de discours de toute sorte. On a même eu recours un Américain devenu bouddhiste, pour renforcer les bonzes prédicateurs. Il a voyagé ici et là pendant quelque temps, faisant plus ou moins de bruit. Main-tenant, il a disparu, ne laissant après lui qu’une réputation de farceur, qui ne sera pas d’un grand appui pour le bouddhisme. On dit aussi que les bonzes avaient fondé un journal dans le but direct de battre en brèche le christianisme. Or, il est allé trop loin dans ses attaques, et il a été supprimé. En résumé, cette campagne, Dieu aidant, n’arrêtera pas les progrès de notre sainte religion.
« Le mouvement de conversions paraîtrait plutôt contrarié, dans ces temps-ci par les idées politiques qui agitent le peuple japonais depuis la proclamation du 11 février. C’est à pareille date, en 1890, que la constitution commencera à avoir son effet. Entre autres nouveautés, elle va introduire au Japon, une Chambre des députés. Or, le pays est déjà en travail au sujet de cette Chambre, et les esprits en général sont trop distraits de ce côté, pour s’occuper sérieusement de matières religieuses.
« Une autre question absorbe aussi, actuellement, l’attention des Japonais; c’est la révision des traités, et plus spécialement, l’ ouverture du pays aux étrangers, qui paraît en être un des points principaux. Le gouvernement agit, depuis assez longtemps déjà, comme ayant pris son parti de cette éventualité. Les négociations avec les ministres étrangers en sont venues au point que l’on a regardé généralement la solution définitive de cette question, comme très prochaine. Or, dans quantité de provinces, l’opinion publique s’est émue et s’est déclarée contre la mesure; force pétitions sont adressées dans ce sens au gouvernement. La vie du Ministre des Affaires Etrangères a été même sérieusement menacée par suite-de l’extrême surexcitation des opposants. Une bombe a été lancée dans sa voiture ; le ministre a été blessé à la jambe droite, qu’on a dû lui amputer. Quel sera le résultat final de tout cela? Présentement, il serait bien difficile de le dire.

ÉVANGÉLISATION. - « Malgré ce que l’ensemble de ces diverses circonstances a de «désavantageux pour l’évangélisation du pays, Dieu a continué de bénir d’ailleurs les travaux «des missionnaires, et la moisson de l’année est encore très consolante. Le seul chiffre des «baptêmes d’adultes est de 1698. La population catholique actuelle se monte à 11522 âmes. «Cette population, et les succès obtenus durant le dernier exercice se répartissent ainsi qu’il «suit entre les divers postes ou districts de la mission.

Baptêmes
Population d’Adultes d’Enfants
Catholique de païens
Ville
Tsukiji et Akabane . . . 671 . . . 74 . . . 29
de Ogawamachi . . . . . . . . 694 . . . 130 . . . 37
Tokio Asakusa . . . . . . . . . . . . 950 . . . 85 . . . 21
Honjo . . . . . . . . . . . . . . 495 . . . 36 . . . 24
District de Tokio. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2.990 . . . 444 . . . 67
- Yokohama . . . . . . . . . . 2.167 . . . 188 . . . 117
- Nagoya . . . . . . . . . . . . 265 . . . 169 . . . 32
- Kanazawa . . . . . . . . . . 30 . . . 23 . . . »
- Matsumoto . . . . . . . . . 230 . . . 27 . . . 8
- Niigata . . . . . . . . . . . . 255 . . . 59 . . . 75
- Sado . . . . . . . . . . . . . . 90 . . . 25 . . . 14
- Wakamatsu . . . . . . . . . 267 . . . 126 . . . 6
- Sendai . . . . . . . . . . . . . 660 . . . 65 . . . 3
- Kesennuma . . . . . . . . . 171 . . . 22 . . . 3
- Morioka . . . . . . . . . . . . 538 . . . 105 . . . 70
- Shonai . . . . . . . . . . . . . . 160 . . . 49 . . . 2
- Akita . . . . . . . . . . . . . . . 88 . . . 4 . . . 3
- Aomori et Sapporo . . . . 365 . . . 33 . . . 3
Ville de Hakodaté . . . . . . . . . . . . 317 . . . 34 . . . 85

M. Vigroux donne sur l’une des quatre chrétientés commencées depuis un an les renseignements suivants :
« Numata est une grande ville situées à quarante lieues de la capitale, sur les hautes montagnes qui terminent à l’Ouest la vaste plaine de Tokio. Elle est posée comme un nid d’aigle sur ces montagnes, et tous les villages des cimes voisines viennent, comme de jeunes aiglons, s’ abattre et se récréer dans son sein. Cette ville fut jadis un centre de chrétiens. Son Tono, ou Seigneur, du nom de Tanaka, était lui-même chrétien, et les descendants de l’un de ses Keraï ou serviteurs, disent encore aujourd’hui que leurs ancêtres suivaient la religion de leur Tono.
« Ils sont dépositaires d’une petite statue, conservée d’âge en âge comme un objet sacré, mais qu’il est difficile de reconnaître pour un emblème chrétien. On donne, à Numata, le nom d’une seconde famille qu’on dit avoir été chrétienne, ainsie que le nom d’un village qui passe pour avoir été rempli de chrétiens.
« L’histoire raconte que le P. Fernandez alla, en 1620, visiter les chrétiens de Numata. Jamais aucun missionnaire n’avait encore pénétré dans ce pays. Aussi les fidèles reçurent-ils le Père comme un ange du ciel. Quand il voulut les quitter et continuer sa route, les chrétiens, comme sainte Scholastique, se mirent en prières pour obtenir des pluies «abondantes et retenir leur hôte malgré lui. Leur prière, comme celle de la sainte, fut exaucée, et le Père dut faire au milieu d’eux un séjour forcé de treize jours.
« C’est dans cette intéressante cité qu’aux premiers mois de l’année, six Japonais ont été baptisés. Ils sont les prémices d’une chrétienté nouvelle, qui, Dieu aidant, fera revivre celle des anciens jours. »
« Les Missions Catholiques ont déjà publié les principaux détails concernant l’origine et les débuts de l’hôpital des lépreux de Gotemba. En résumé, après bien des difficultés, un assez «vaste terrain a pu être acheté, dans une situation favorable, près de Gotemba, auprès de la célèbre montagne de Fuji . Quelques légères constructions, les plus indispensables pour commencer, ont déjà été élevées sur ce terrain ; elles permettent de recevoir une vingtaine de malades. Six sont déjà admis depuis longtemps, et dix autres demandent à entrer, bientôt le local actuel sera insuffisant.
« Pour l’agrandir autant qu’il sera nécessaire, et pour entretenir les malades, M. Testevuide compte sur la charité publique. Jusqu’ici la Providence a pourvu attentivement à ses plus pressants besoins, au fur et à mesure qu’ils se sont produits. Elle continuera sans aucun doute ses attentions maternelles. Aux bienfaiteurs déjà sympathiques et généreux pour cette oeuvre, d’autres vont s’ajouter assuré-ment. Un journal protestant de Yokohama, le Japan Mail, vient même de consacrer le principal article de ses derniers numéros à faire connaître et à recommander l’hôpital des lépreux de Gotemba. Cet article ne saurait être plus favorable à la cause, ni plus élogieux pour M. Testevuide ; il va même jusqu’à dire: Le Japon a aussi son Père Damien ! Dieu daigne bénir cette modeste entreprise de Gotemba, comme il a béni «la grande oeuvre de Molokaï, mais qu’Il daigne aussi conserver à la Mission notre Père Damien, dont les travaux lui sont si utiles, en dehors de l’hôpital, aussi bien qu’au dedans.
« M. Lecomte, chargé du district de Niigata, cite le fait suivant, qui est un exemple de conversion assez merveilleuse, et qui montre, pour la consolation des missionnaires, que leurs instructions, parussent-elle d’abord stériles, produisent quelquefois leurs fruits, même «près des années: Une pauvre femme se mourait. Après avoir reçu les soins de plusieurs médecins, elle demande comme une faveur la visite de la Sœur infirmière. Celle-ci, voyant que la malade approchait de sa fin, lui parle du salut et du baptême. – Oui, dit-elle, des que mon mari sera de retour, je prendrai son avis. - A peine rentrée, la Sœur envoie le catéchiste près de la mourante. Celle-ci demande et reçoit le baptême, se souvenant des instructions de M. Drouart, qu’elle avait entendues jadis, dont elle avait souvent parle à sa famille, mais dont elle n’avait pas encore pu profiter pour recevoir le baptême. Cette grâce obtenue, elle est restée calme et tout heureuse. – Souffrez-vous, lui dit-on. – Non, je ne souffre plus. – Vers le milieu de la nuit, elle se souleva sur sa natte, tourna les regards vers le ciel, répéta encore : « Mon Dieu ! merci ! » et elle rendit le dernier soupir .
« Dans son voisinage, la femme d’un employé se mourait aussi. Ayant appris que sa voisine était morte tout heureuse, après avoir reçu le baptême, elle demanda la même faveur. Pendant les quelques jour que nous avons mis à l’instruire, elle parlait souvent de son petit enfant qu;elle laissait orphelin. Outre la grâce du baptême, elle emporta la consolation de savoir son enfant en bonnes mains. Un pauvre ouvrier l’adopta, promettant à la mourante de le lui rendre au ciel. »
« Cette année, écrit aussi M. de Noailles, j’ai baptisé à Aikawa, le petit-fils d’un chrétien de Nagasaki, qui s’était enfui dans la province d’Echiu. Là, retiré dans une chambre secrète, il récitait tout les jours des prières devant un crucifix, que son petit-fils se rappelle parfaitement «avoir vu. Celui-ci, âgé de trente-deux ans, a été un des premiers à se convertir à Aikawa, ainsi que sa femme et sa fille adoptive. Leurs parents du ciel leur auront sans doute obtenu cette grâce par leurs prières, et par les mérites des persécutions qu’ils ont endurées autrefois. »
« M. Maury rapporte les édifiants détails qui suivent sur un néophyte maladif que j’ai confirmé lors de mon dernier passage à Sendai.
« Ce chrétien, baptisé à Pâques, avec sa famille, a été guéri si miraculeusement, que je ne saurais me dispenser d’en dire ici un mot. Alité depuis plusieurs mois, Paul Juonye avait consulté les médecins les plus capables de Sendai et pris tous leurs remèdes. Mais la maladie, loin de guérir, n’allait qu’en empirant. Le 23 décembre, le malade était devenu si faible que les trois médecins réunis autour de son lit, me dirent qu’ils n’espéraient plus rien, que tout remède était inutile. En effet, de ce moment, ils l’abandonnèrent, n’envoyèrent plus aucun médicament. Quand ils eurent quitté la chambre, je m’approchai du malade et lui dis que son état était très grave, et que, si on ne pouvait sauver le corps, il fallait du moins sauver l’âme. Il me regarda et répondit : « Je comprends, vous voulez me parler du baptême : j’irai moi-même « à l’église le recevoir avec ma femme et mes enfants. Tous les médecins m’ont abandonné; « mais j’en connais un qui ne me délaissera par et qui me guérira sans remèdes : ne craignez « pas, je ne mourrai pas encore. » En entendant ces paroles pleines de foi, je demandai à Dieu d’exaucer les vœux de cette pauvre âme.
« La veille de Noël, notre malade envoya sa mère païenne à l’église prier pour lui. Le soir même, il sentit dans tout son être une révolution extraordinaire. Le diable a évacué la place , me dit-il le lendemain, lors de ma visite. Depuis ce moment, il entra en convalescence, si bien qu’au bout de trois jours, il put se lever et se promener dans la chambre. Reconnaissant la main de Dieu qui l’avait retiré du bord de la tombe, il s’instruisit avec ardeur pour recevoir le baptême. Depuis le jour de sa régénération spirituelle, il n’a qu’un désir, c’est de se consacrer entièrement à l’œuvre de Dieu. Daigne la divine bonté lui continuer ses bénédictions !

ENSEIGNEMENT – SAINTE-ENFANCE
I. - « Le Séminaire ne compte encore actuellement qu’un bien petit nombre d’élèves, 9 seulement. Deux étudient la théologie et ont reçu, le mois dernier, l’un, la tonsure, l’autre, l’ordre de portier. Les plus jeunes font leurs études de latin .- MM. Steichen et Papinot se partagent les cours de théologie, de sciences et de latin. Un professeur indigène fait le cours de langue et de littérature japonaise.
II. - « L’école des catéchistes, hélas ! n’a pu être rouverte cette année. Indépendamment de quelques autres difficultés, quand il s’est agi de dresser le budget pour cet exercice, malgré la plus sévère réserve apportée dans. Les autres allocations indispensables, on s’est vu absolument sans ressources pour faire les frais de cette école. Il a donc fallu prier les missionnaires qui présentaient des élèves, de les préparer de leur mieux pour les fonctions de catéchistes.
III. - « Les Frères de la Société de Marie ont eu beaucoup de peine, l’année dernière, à louer dans Tokio, un local convenable pour leur collège. Celui qu’ils ont réussi à se procurer était loin de répondre à leurs désirs; il ne leur a pas permis, en particulier, de recevoir des pensionnaires. Néanmoins, ils ont pu commencer là leur oeuvre, et bientôt il a été facile de juger de la grande confiance qu’ils inspirent. Malgré l’étroitesse et la très humble apparence de leur maison, les enfants des meilleures familles européennes de Tokio, protestantes comme catholiques, leur ont été confiés; quelques Japonais sont venus également. En tout,35 de ces élèves ont suivi régulièrement les classes durant l’année. De plus, il y a eu souvent jusqu’à 40 et 50 jeunes gens japonais à assister aux classes du soir, où les Frères enseignaient le français et l’anglais. Toutefois, l’irrégularité de ces jeunes gens à suivre les cours, ne permettant pas d’en attendre un résultat sérieux, les Frères y ont renoncé, à la dernière rentrée.
« A la clôture du précédent exercice, un journal protestant a fait, de nos chers Marianites, le plus grand éloge, rendant témoignage de leur éminentes qualités comme maîtres dévoues et habiles professeurs, et signalant les progrès remarquables constatés déjà chez leurs élèves.
«Pendant les vacances, ces bons Frères ont fait tout leur possible pour louer un local plus en rapport avec leurs besoins à la rentrée de septembre. Hélas ! ils n’y ont pas réussi, et leur gêne de l’an dernier n’a fait qu’augmenter encore, à cause des nouveaux élèves qui leur sont venus. Ils en ont en ce moment une cinquantaine, venant assidûment. Espérons que la Providence leur ménagera bientôt l’immense avantage de pouvoir s’installer définitivement chez eux, dans un établissement construit par eux pour leur œuvre.
IV. - « La Communauté de l’Enfant-Jésus ou de Saint-Maur, dans ses deux grands établissements de Yokohama et de Tokio, dirige pensionnats, écoles, orphelinats, ouvroirs et pharmacies.
« Les pensionnats réunissent 41 internes, et 38 externes fréquentent aussi leurs classes. Toutes ces élèves sont d’une condition au-dessus de la moyenne. La plupart des pensionnaires entrent étant païennes. Quelques-unes ont déjà reçu le bienfait de la foi dans ce milieu si propice; d’autres seraient baptisées également, s’il n’y avait eu qu’à satisfaire leurs propres demandes. Mais, que de précautions sont nécessaires, pour ne pas exposer l’avenir religieux de ces jeunes filles, surtout à l’époque de leur mariage, dans cette société japonaise telle qu’elle existe encore aujourd’hui ! Malgré la grande réserve commandée par ces circonstances, les pensionnats de nos bonnes religieuses contribueront beaucoup à doter, peu à peu, les familles respectables du pays, de chrétiennes qui y feront de plus en plus connaître et respecter la religion.
« Les écoles et les orphelinats ont encore vu augmenter le nombre des enfants. Tant à Tokio qu’à Yokohama, les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus ont compté, cette année, 494 élèves dans leurs classes, et 645 orphelins, dont 220 en nourrice. – Les études sont toujours, autant que possible, conformes aux programmes des écoles du Gouvernement, avec l’enseignement du catéchisme en plus, bien entendu.
« Les deux ouvroirs comprennent 25 élèves. La plupart sont déjà assez habiles, non seulement pour la couture ordinaire, mais encore pour la broderie et vers travaux à l’aiguille. Ces enfants, au sortir de la maison, ont ainsi un moyen assuré de pouvoir gagner leur vie.
« L’œuvre des malades a été particulièrement bénie. Les deux maisons ont procuré la grâce du baptême à 83 adultes, dont 23 à l’article de la mort. Y compris les enfants, c’est un total de 166 âmes qui, depuis un an, doivent à ces établissements le bienfait de la régénération.
« Au mois de mars dernier, une novice indigène a été admise à la profession. Elle porte à 3 le nombre des religieuses japonaises de la communauté du Saint-Enfaint-Jésus. Deux autres novices et cinq postulantes font espérer une prochaine augmentation de cette famille religieuse. Par la connaissance qu’elles ont de la langue et des usages du pays, les sœurs indigènes peuvent rendre de très grands services près des enfants, et pour l’œuvre des malades.
V. - « Les sœurs de Saint-Paul de Chartres sont établies à Tokio, à Hakodaté et à Niigata. A Tokio, elles ont aussi un pensionnat, et, dans les trois villes, elles tiennent également écoles, orphelinats, ouvroirs et pharmacies.
« Le pensionnat de Tokio a compté 40 élèves. De ces pensionnaires, on peut dire exactement la même chose que de celles des Dames de Saint-Maur; elles sortent du même milieu, se présentent dans les mêmes conditions, et donnent des consolations toutes semblables. Neuf d’entre elles sont devenues chrétiennes, sur l’autorisation et les garanties offertes par leurs parents. Une remarque a été faite, c’est que toutes ont exprimé pour la première fois leur désir d’embrasser notre sainte Religion, au sortir de quelque cérémonie religieuse, et surtout après les fêtes d’une première. Communion. – Une de ces enfants, non encore baptisée, a donné dernièrement une marque bien sensible de son grand désir de devenir chrétienne. Elle était tombée malade, et sur l’avis que la sœur en avait donné à sa famille, le grand-père vint pour chercher l’enfant. Mais celle-ci demanda avec instance de rester à la pension, disant qu’elle s’y trouvait très bien soignée. L’ayant obtenu, elle dit ensuite à la sœur infirmière qu’elle avait craint de mourir païenne, si elle était retournée chez ses parents, tandis qu’elle avait toute confiance qu’à la pension, on ne la laisse-rait pas mourir sans le baptême.
« Dans leurs écoles, à Tokio, à Hakodaté et à Niigata, les Sœurs de Saint-Paul donnent l’ instruction à 346 élèves. Leurs orphelinats entretiennent 275 enfants, et leurs ouvroirs sont fréquenté par 43 jeunes filles. Toutes ces oeuvres continuent de très bien marcher.
« Celle des malades a encore obtenu de magnifiques résultats : 179 personnes, tant enfants qu’adultes, ont été régénérées à l’article de la mort. Cinquante autres baptême sont également dus au zèle des bonnes Religieuses.
« Quant au matériel, les Surs de Saint-Paul font de nouveaux et notables agrandissements à leurs établissements de Tokio et de Niigata. A Tokio, on termine ce mois-ci un bâtiment destiné au pensionnat, et le local actuel des pensionnaires servira à développer celui des orphelines. A Niigata, on commence une autre construction qui permettra d’installer plus largement l’orphelinat et l’école.
VI. - « L’Orphelinat des garçons, à Tokio, quartier de Sekiguchi, fonctionne toujours bien. Malheureusement, M. Rey, qui le dirige, doit avoir souvent beaucoup de peine à suffire aux mille exigences de la situation. Jusqu’à pré-sent, il ne peut être secondé que par des maîtres indigènes, et ceux-ci ne laissent pas d’avoir eux-mêmes besoin de direction.
« Cent onze enfants résident dans l’établissement, 95 sui-vent les classes, et 16 travaillent dans les petits ateliers. Rien de particulier à signaler par rapport aux classes : elles se font à l’ordinaire, selon les différentes catégories d’enfants.
« Les métiers que l’on a commencé à faire apprendre aux plus grands sont ceux de boulanger, de tailleur et de menuisier. La petite boulangerie de l’orphelinat s’est déjà fait une certaine réputation. Nombre d'Européens de Tokio lui ont donné leur pratique, non pas seulement en vue d’aider quelque peu l’établissement, mais aussi par ce qu’ils apprécient la qualité du pain.
« Un Anglais qui visitait dernièrement l’orphelinat, lui a fait ensuite l’honneur d’un petit article très flatteur dans un des journaux de Yokohama. Il a loué en particulier le soin que prennent les missionnaires de ne pas seulement faire passer les enfants dans les écoles, pour leur apprendre a lire et a écrire, etc., mais aussi de leur faire apprendre des métiers qui les mettent à même, plus tard, de gagner leur vie. A cause des petits ateliers qu’il a vus, il a pompeusement qualifié la maison du titre d’École professionnelle, et déjà ce titre a commencé à faire son chemin.
« Une autre réputation, assez inattendue, que vient de se faire l’humble famille de Sekiguchi, est celle de petits musiciens. M. Rey a exercé ses enfants à chanter quelques morceaux de musique, et il a obtenu un résultat tel, que les Dames organisatrices d’un concert de charité, donné pour l’hôpital des lépreux de M. Testevuide, et pour la construction d’une chapelle, ont osé, ces jours derniers, faire paraître la petite bande de l’orphelinat, à côté de Messieurs et de Dames comptant parmi les artistes de Tokio et de Yokohama! Les enfants au nombre de 60 environ, ont exécuté le chant national japonais et plusieurs morceaux de Gounod. En rendant compte du concert, les journaux ont signalé, l’agréable surprise de l’assistance, en entendant ces petits artistes improvisés.
VII. – « Les autres écoles que la Mission entretient çà et là, dans l’étendue du Vicariat, son au nombre de 19 ; elles comprennent un total de 1.004 élèves; 648 garçons et 356 filles. Dans la plupart des localités, elle ne suscitent aucune opposition. Dans quelques autres, on cherche à les contrarier, par crainte de la concurrence qu’elles peuvent faire aux écoles publiques du lieu. Malgré les difficultés et les sacrifices qu’imposent ces écoles, on s’efforce de les maintenir, à cause des précieux résultats que l’on en attend.

NOUVELLES ÉGLISES OU CHAPELLES. – « Je terminerai ce compte rendu en mentionnant l’inauguration d’une église et d’une chapelle, ouvertes au culte dans le courant de l’année.
« Le 13 mai 1888, comme l’a rapporté le précédent compte rendu, avait lieu à Asakusa (Tokio) la cérémonie de la bénédiction et de la pose de la première pierre de l’église. Depuis, la construction s’est élevée sous l’habile direction de M. Papinot. Malgré les contre-temps essuyés, dont le plus grave a été le tremblement de terre du 1er janvier cause de grosses dépenses imprévues et d’environ deux mois de travail en plus, l’église a pu être à peu près terminée pour le 25 mars.
« D’un style très simple, elle présente cependant la gracieuse forme du XIIIe siècle ; elle est à trois nefs et sans transept ; en avant du sanctuaire, elle n’a que cinq travées, mais on espère la prolonger plus tard, le nombre de chrétiens le demandant et les ressources le permettant. – Le sanctuaire possède déjà un bel autel, en bois sculpté, généreusement offert par M.Boissonnade, et exécuté d’après les plans de M. Papinot.
« Mgr Midon avait bien voulu nous promettre de venir bénir cette église. C’était un nouveau titre à la reconnaissance que lui devait déjà la chrétienté d’Asakusa. Jadis, en effet, Mgr Midon avait comme jeté les fondements de cette chrétienté en lui donnant un premier missionnaire, M.Lan-glais, alors qu’en l’absence de Mgr Petitjean (1876-77), il administrait la mission du Japon, en qualité de Provicaire.
« Mgr de Césaropolis, fidèle à sa bonne promesse, arriva à Yokohama, le 23 mars ; le 25 eut lieu la bénédiction. Deux évêques, une vingtaine de missionnaires et 1.500 chrétiens au moins, dont environ 900 de la paroisse d’Asakusa étaient présents à la fête.
« La procession partit de l’ancienne chapelle, et entre deux haies très épaisses de chrétiens, elle se rendit devant le portail de la nouvelle église. Après la croix et les acolytes marchaient les élèves des écoles, puis les enfants de chœur, les missionnaires, le Vicaire apostolique et les chapelains, enfin Mgr Midon accompagné de ses ministres et suivi des porte-insignes.
« La cérémonie de la bénédiction se fit selon toutes les prescriptions du Rituel. Ensuite les deux évêques, prenant place des deux côtés du sanctuaire, conférèrent le baptême à une cinquantaine de catéchumènes, que M. Brotelande avait la joie de présenter à la sainte Église en cette solennelle circonstance. Après ces baptêmes, Mgr de Césaropolis officia pontificalement. Les missionnaires exécutèrent la belle messe de Mercadante, qu’ils avaient déjà chantée le jour du sacre de Sa Grandeur, le 11 juin précédent. Un grand nombre de personnes s’approchèrent de la sainte Table.
« Au sostir de l’église, les heureux paroissiens d’Asakusa convièrent tous les autres chrétiens venus d’ailleurs, au repas qu’ils avaient préparé pour toute l’assistance japonaise. Dans le cours de l’après-midi, les évêques et les missionnaires furent eux-mêmes invités à se joindre à une autre réunion, où se succédèrent chants et discours de circonstance. La séance termina par une joyeuse tombola, où tous les lots, plus amusants que précieux, se gagnèrent gratis ! Enfin, le soir, l’église se remplit de nouveau, et après un sermon en japonais, prêché par M. Testevuide, Mgr Midon donna la bénédiction solennelle du Très-Saint Sacrement. Il est inutile de dire que le Te Deum y fut chanté de tout cœur !
« La belle journée allait se terminer par une magnifique illumination, préparée par les chrétiens avec un zèle des plus enthousiastes, lorsque la pluie qui avait souvent menacé dans le cours de la journée, vint enfin à tomber. Il fallait se hâter de rentrer les innombrables lanternes suspendues de tous côtés, qu’on avait commencé déjà à allumer. Grâce à Dieu, la fête religieuse du moins avait pu s’accomplir entièrement avant que ne survînt ce contre-temps.
« L’inauguration de la chapelle d’Ut sunomiya ne pouvait avoir un éclat pareil. Mais elle a eu aussi son caractère éminemment consolant. M. Vigroux avait réussi à se procurer à l’entrée de la grande ville d’Utsunomiya un terrain assez convenable, sur lequel étaient bâtis une maison japonaise ordinaire et un kura (sorte de magasin ou dépôt). C’est ce kura qui a été transformé en chapelle, et la trans-formation a été si heureusement exécutée, qu’on ne soupçonnerait plus le premier usage du petit bâtiment.
« Le jour de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, j’ai béni cet Oratoire. Il s’est trouvé tout rempli de chrétiens dès ce premier jour ; non point des seuls chrétiens de la ville, mais par suite du concours des néophytes des environs, qui étaient venus étaient venus à la fête. Pour beaucoup d’entre eux, cette petite chapelle sera encore longtemps, vraisemblablement, leur grande métropole ; car il est difficile de rien établir de semblable plus à proximité de la résidence d’un grand nombre. Une particularité bien consolante de notre fête du 8 septembre, c’est qu’à la messe il y eut presque autant de communions que de fidèles adultes présents.
« Dans l’après-midi, tous ces chrétiens furent convoqués pour un examen public sur le catéchisme, comme souvent je le vois pratiquer dans le cours des visites pastorales. Une fois de plus, j’ai admiré avec quelle charmante simplicité tous, jeunes gens, pères et mères de famille, vieillards même, se rangent à côté des enfants, et répondent comme eux aux questions que leur adresse le missionnaire, ou même le catéchiste. »



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