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Rapport annuel des évêques

Année: 1890
Pays: Japon
Mission: Japon Central
Rédacteur:Mgr Midon

V.─ Japon Central.

Population catholique 2.854
Baptêmes de païens 523
Baptêmes d’enfants de païens 90

Mgr Midon retenu par la maladie au sanatorium de Hong-kong a chargé son provicaire M. Vasselon de nous envoyer le compte-rendu de sa mission. Nous nous joignons à tous les missionnaires du Japon central prier Dieu de rendre le vénéré prélat à la santé et à sa chère mission.
Malgré le nombre relativement considérable de baptêmes d’adultes, nous fait remarquer M. Vasselon, le chiffre de la population catholique est inférieur à celui de l’année dernière. Cette anomalie apparente est due à une double cause, à l’inexactitude constatée du recensement précédent et à l’émigration d’un certain nombre de néophytes qui, chassés de leur pays par la disette, sont allés au Yéso chercher des moyens de subsistance.
Outre les obstacles à la prédication de l’Évangile, signalés dans le compte-rendu précédent, il y en a plusieurs qui paraissent avoir, spécialement au Japon central, entravé le zèle de mes confrères. Kioto qui en est le centre, est aussi la place force du bouddhisme, les bonzes y sont plus puis-sants que partout ailleurs, et leur influence sur les populations est encore trop grande pour ne pas retenir dans l’erreur un grand nombre d’âmes. Aussi, dans cette partie du Japon plus que partout ailleurs, les conférences religieuses que nos confrères ne cessent de faire, sont-elles fréquemment troublées, et dégénèrent parfois en scènes tumultueuses. Le choléra et l’influenza, partout où ils ont sévi, ont diminué le nombre des auditeurs des conférences.
Malgré toutes ces difficultés, ne nombre des baptêmes d’adultes est de beaucoup supérieur à celui de l’année dernière, et les missionnaires, loin de se décourager, « sont tous, écrit M. Vasselon, décidés à lutter jusqu’au bout pour que Notre-Seigneur soit de plus en plus connu et aimé dans cette portion de la vigne du Père de famille. »
Notre confrère passe ensuite en revue les divers districts de la mission. Nous extrayons de son travail ce qui a trait aux événements les plus importants de l’année :
« La construction et la bénédiction de l’église Saint-François Xavier a été pour nous l’événement le plus considérable de l’année. Grâce à des bienfaiteurs insignes, dont les principaux veulent rester ignorés, pour avoir devant Dieu tout le mérite de leur générosité, Kioto possède aujourd’hui son église, et il en est fier, car elle ne fait pas mauvaise figure à côté des plus belles pagodes : Un temple dédié au vrai Dieu s’est élevé au milieu des édifices innombrables consacrés au démon ! La croix qui se dresse sur sa façade est une prédication vivante, et montre à tous ces adorateurs de Satan la voie qu’ils doivent suivre pour être heureux dans cette vie et dans l’autre. Oh ! que Dieu éclaire ces pauvres aveugles et leur fasse comprendre que là et là seulement est le salut !
« Je ne dirai qu’un mot de notre belle cérémonie, ou plutôt de notre triomphe du 1er mai, les trois évêques du Japon, une trentaine de missionnaires, voilà pour le clergé. Parmi nos autres invités, leurs Excellences les ministres de France et d’Autriche, le vice-consul de France à Kobé, plusieurs résidents catholiques de la concession étrangère de cette dernière ville, voilà pour l’élément européen. Ce qu’il y a de plus élevé dans le gouvernement japonais savoir : le gouverneur, le sous-gouverneur, les présidents des tribunaux, le préfet de police, le procureur impérial les maires de la ville, les chefs des différentes administrations, les diresteurs de banques et des industries, etc., etc…avaient bien voulu répondre gracieusement à l’invitation que je leur avais adressée. La présence du gouverneur a surtout été remarquée, et on peut dire aujourd’hui que le gouvernement japonais est bien revenu de ses anciennes préventions contre le catholicisme. Le général commandant la place d’Osaka avait gracieusement accordé la musique militaire comme au jour de la bénédiction de la première pierre. Tousles fidèles du district, des députations d’Osaka, de Kobé et d’autres districts du Japon central composaient l’élément chrétien. Les païens étaient accourus en bien plus grand nombre, mais il n’y a eu parmi ces derniers que les privilégiés munis de cartes, qui aient pu entrer dans l’église pour la messe pontificale.
« La bénédiction terminée, Mgr d’Arsinoë a chanté la messe. Après l’évangile, Mgr de Césaropolis en français, et Mgr d’Acmonie en japonais ont fait un discours fort remarqué pour célébrer le triomphe de ce jour, et remercier Dieu de les avoir rendus les heureux témoins d’une pareille fête dans cette capitale religieuse du Japon ; ils ont rappelé l’apparition faite ici, il y a 300 ans, par S. François Xavier, ce grand apôtre du Japon à qui l’église est dédiée.
« C’est au cours de ces discours qu’a été annoncée l’arrivée d’un télégramme venu de Rome, le Saint-Père bénissait avec amour tous ceux qui assistaient à cette fête ; je vous laisse à penser l’enthousiasme des chrétiens et l’étonnement des païens, en apprenant que de Rome le Père bénissait ses enfants.
« La cérémonie terminée, les Evêques accompagnés de leurs ministres ont fait leur sortie solennelle par la grande porte au son de la musique militaire, suivis chacun selon son rang, par tous les invités de distinction.
« Comme on avait prévu que les visiteurs seraient nombreux, on n’avait pas laissé le Saint-Sacrement à l’église ; et en effet pendant toute la journée et les deux jours suivants, l’église et tout notre terrain ont été remplis de cureux, et on peut dire que tout Kioto s’est porté à la mission en cette accasion. Les ornementations extérieures avaient été faites par les chrétiens et à leurs frais, elles étaient magnifiques ; malheureusement la pluie survenue vers le soir a fait manquer en grande partie l’illumination qu’ils avaient préparée ; adieu toutes les lanternes en papier, tous les pavillons (croix rouge sur fond blanc alternée avec le pavillon national), il a fallu tout plier. La lumière électrique, car les chrétiens avaient voulu se payer ce luxe, a seule éclairé le soir de notre fête ; un gros jet surtout placé au sommet de la croix de la façade, semblait dire à toute la ville : Venez à moi, je suis la voie, la vérité et la vie.
« Pendant toute l’après-midi et toute la soirée jusqu’à onze heures de la nuit, les catéchistes de Kioto et ceux des différents districts ont fait des conférences sur la religion dans le grand parloir de la mission ; l’auditoire plusieurs fois renouvelé écoutait généralement avec sympathie ; seuls quelques individus, soudoyés par les bonzes, ont essayé de faire du tumulte à plusieurs reprises ; heureusement, prévoyant la chose, j’avais demandé pour la jour la journée quelques agents de police, qui ont mis à la raison ces trouble fête. Voilà en quelques mots ce qu’a été notre fête, notre triomphe du 1er mai. Et maintenant, que Dieu fasse tourner le tout à sa plus grande gloire !
« L’homme ennemi avait reçu au centre de son emprire une trop grande humiliation pour ne pas essayer de se venger ; aussi quelques jours après, avaient lieu en plein théâtre des conférences contre le catholicisme ; les auditeurs affluaient, mais de leur côté les meneurs ne s’oubliaient pas, et chaque personne devait payer cinq sous pour entrer ; de façon les gens ont été promptement dégoûtés, et ont compris que cette série de conférences était surtout une affaire d’argent ; aussi à la fin du mois de mai, tout était fini, et notre église toujours debout continuait sa prédication, et invitait les âmes de bonne volonté à venir chercher dans son enceinte la vraie lumière qui doit éclairer toutes les nations.
« A la même époque, dans un ou deux de nos lieux de réunion, nous avons eu quelques troubles pendant nos conférences, et il a même fallu une fois réclamer le secours de la police ; heureusement cet état de choses n’a pas duré : aujourd’hui tout semble rentré dans l’ordre.
« L’an dernier à mon arrivée à Kioto, nous avions trois endroits de réunion dans la ville ; grâce aux secours de quelques âmes charitables, j’ai pu, peu à peu, étendre notre cercle d’action, et aujourd’hui nous faisons des conférences en six endroits différents : deux au centre même de la cité, et quatre autres aux quatre points cardinaux ; les réunions sont assez bien suivies ; les chrétiens du voisinage sont exacts à s’y rendre, et les païens y viennent toujours assez nombreux.
« Tout le monde écoute avec bienveillance ; mais qu’il y a loin de là jusqu’au moment de faire le pas décisif ! Ici surtout, les fêtes païennes se font avec éclat, et il faut vraiment avoir du courage pour rompre avec tout ce passé, pour se séparer de ses parents, de ses amis, de ses voisins, et faire pour ainsi dire une caste à part. Chaque rue, en effet, se cotise pour supporter les dépenses générales : chaque maison doit être décorée de lanternes et autres ornementation réglées par la coutume, et dès lors un néophyte qui naturellement ne peut coopérer à toutes ces superstitions, est mis au ban de la rue et soumis à des vexations de tous genres, parce qu’il fait bande à part, et que sa maison reste dans l’obscurité, alors que toute la rue est illuminée. Aussi une conversion suppose, pour ne pas parler de la grâce d’En-Haut sans laquelle on ne peut rien faire, une force de volonté et un courage plus qu’ordinaires dans celui qui finit par ouvrir les veux à la lumière.
« Parmi les conversions de cette année, il y en a une surtout qui m’a touché : c’est celle d’un journaliste et de toute sa famille. Ce journaliste, avant de se convertir, avait plus ou moins mené campagne contre le catholicisme dans son journal ; et ce n’est qu’après avoir beaucoup réfléchi qu’il a fini par voir où se trouve la vérité. Aussi, quand il est venu passer son examen pour le baptême, et qu’il a été question de lui donner un nom : « Père, me dit-il, « c’est beaucoup de hardiesse de ma part, mais je voudrais m’appeler Paul ; en petit, j’ai avant « mon baptême, ce que saint Paul avait fait avant sa conversion, et en petit, je voudrais faire « aussi ce qu’il a fait dans la suite ; si donc ce n’est pas déshonorer ce nom, de grâce « donnezmoi comme nom de baptême celui du grand apôtre. » Vous devinez si j’ai consenti et de grand cœur à ce qu’il me demandait. Depuis qu’il est baptisé, c’est un excellent chrétien, et déjà, grâce aux relations qu’il a comme journaliste, nous avons pu faire de nouvelles connaissances, et à en juger d’après sa bonne volonté actuelle, j’ai tout lieu de croire qu’il me sera d’un grand secours.
« Pour ce qui est de la vie chrétienne, je constate depuis la bénédiction de l’église, et je ne suis pas le seul à le dire, une plus grande assiduité aux offices. Je craignais d’abord que notre église qui est assez vaste, n’eût l’air d’un désert, eu égard au nombre encore peu considérable de nos chrétiens ; il n’en est rien, et chaque dimanche la nef principale est à peu près garnie ; nous donnons à nos cérémonies tout l’éclat que nos faibles ressources nous permettent et tout cela encourage les chrétiens et attire les païens. »
Si Kioto est la métropole du bouddhisme, Isu est la place forte du shintoïsme. Tous les ans, de toutes les parties du Japon les pèlerins y affluent. Les chrétiens y sont encore en petit nombre, leur chiffre s’est accru de 22 néophytes baptisés cette année.
Le district de Myadzu en est encore à ses débuts, et les débuts sont toujours pénibles, il n’y a eu que 14 baptêmes d’adultes, mais le missionnaire a pu parcourir un grand nombre de localités et partout il a été favorablement accueilli
A Osaka, M. Cotin a obtenu 68 baptême dont 57 d’adultes et M. Adam 102 baptêmes dont 55 d’adultes et 11 conversions d’hérétiques, parmi ces derniers il y a un ancien prêtre shintoïste. « Ayant entendu parler de la religion chrétienne, il l’étudia et reçut le baptême des mains des ministres épiscopaliens. Plein de zèle pour la doctrine qu’il avait embrassée, il construisit à ses frais une chapelle, et pendant deux ans y réunit chaque jour plusieurs de ses coréligionnaires pour lire et expliquer ensemble la bible. Le dimanche il envoyait à Osaka checher le ministre protestant, l’hébergeait et le ramenait ensuite à sa résidence. Mais cet homme au cœur droit, qui avant tout cherchait la vérité, ne tarda pas à avoir des doutes sur sa religion. Etant venu s’établir à Osaka, il fit connaissance des Russes et se trouvant dans un milieu plus sérieux et même élevé, il crut enfin avoir trouvé son chemin et devint orthodoxe, cela dura quelques mois.
« La dicine Providence le mit alors en rapprt avec un de nos chrétiens qui lui donna des livres et lui expliqua le catholicisme. Le catéchiste acheva de lui démontrer l’autorité du Pontife romain. Ce fut l’heure de la miséricorde divine. L’ancien prêtre des idoles, protestant zélé, puis orthodoxe, devint enfant de la sainte Eglise et reçt le baptême avec toute sa famille, le jour de la fête des Martyrs Japonais, sa conduite est toujours édifiante et j’espère qu’il amènera bon nombre d’âmes à la vérité. »
A Wakayama, M. Chuquet compte 77 baptêmes dont 66 d’adultes et 13 conversions d’hérétiques. A la suite des inondations qui l’année dernière ont ravagé, le pays et causé la mort à plusieurs milliers de personnes, la misère a été affreuse. Le gouvernement, s’en est ému et en trois fois a transporté un grand nombre de malheureux sur les côtes froides et inhabitées de Yéso. Dans l’exercice de son ministère, les principaux obstacles que rencontre le missionnaire lui viennent des-protestants et des russes et surtout du manque de ressources.
Chargé des deux districts de Kobi et de Tottori, M. Perrin n’a pu que glaner par ci par là quelques âmes de bonne volonté. Là cependant il y a le messis quidem multa, mais c’est toujours aussi operarii autem yauci.
Okayama occupe tous les ans le premier rang par le nombre des baptêmes. Cette année il a été de 136 dont 105 d’adultes. On, se le rappelle, ce district a la gloire d’être le berceau de saint Jacques Ichikawa-Kizaémon, un des premiers martyrs du Japon. Un bon nombre des membres de sa famille ont déjà, reçu le baptême. Plusieurs autres se disposaient également à le recevoir quand éclata une persécution locale contre les nouveaux convertis. « Bonzes et païens, écrit M. Vasselon, voyaient de mauvais œil le courant qui s’était formé vers le catholicisme, et n’attendaient qu’une occasion favorable pour susciter des obstacles.
« Cette occasion se présenta au milieu de mars. Deux fois par an on célèbre au Japon une fête fixée au quatrième jour avant les équinoxes. Il est alors formellement défendu de remuer la terre, sous peine d’exciter la colère du Dieu protecteur du sol. Or le 18 mars, le catéchiste de Haga prit une bêche et travailla pendant cinq minutes dans un jardin. D’autre part, le rnême jour un paysan à la journée dans une maison chrétienne porta également un peu de terre.
« Ce fut comme l’étincelle attendue. Dès le soir une vingtaine d’individus se réunissaient en conseil, puis le 20 mars au milieu du jour, la cloche de la pagode sonne comme pour l’incendie, et voilà que près de 300 personnes accourent au conseil. Les chefs des maisons, chrétiens ou catéchumènes, sont priés de s’y rendre. Alors commence un tapage vraiment diabolique. On veut exiger la fermeture du lieu des réunions catholiques, le renvoi du catéchiste et l’expulsion des familles chrétiennes.
« Ces réunions continuèrent pendant plusieurs jours et plusieurs nuits ; on y décréta que ni missionnaire ni catéchiste ne paraîtront plus désormais au village, que l’on expulsera désormais la première famille convertie et qu’une amende de vingt yen (piastres) frappera quiconnque se fera baptiser.
« Les chrétiens, bien qu’effrayés de ce tumulte, résistèrent aux prétentions des païens, mais il était urgent d’avertir la police. Elle descendit en effet à Haga-mura, prit le nom des principaux meneurs, et les esprits commencèrent à s’apaiser.
« Quoique plus calmes, les païens n’en poursuivirent pas moins leur but et dirigèrent principalement leurs attaques contre deux familles en particulier. Ils en vinrent même jusqu’à exiger d’elles une apostasie verbale, mais les deux chefs chrétiens repoussèrent avec horreur une pareille proposition.
« Sur leur refus, on décida de les réduire par la famine ; dès lors, suppression totale de toute relation, de travail. Les deux familles persécutées se voient promptement réduites à la misère. En face de cet acharnement, les catéchumènes et les autres chrétiens commencèrent à se décourager. Les païens se croient un moment victorieux. Mais Dieu veille sur son œuvre, et nos deux vaillantes familles sont plus que jamais décidées à lutter.
« Cette résistance excite la fureur des païens; ils postent des gardes pendant la nuit, afin de s’assurer que nul n’entretient des rapports avec les maisons signalées, et recourent enfin à un dernier moyen qui doit infailliblement leur réussir.
« Hisamoto, chef d’une des deux familles, n’a pas de maison propre, il n’est que locataire. On décrète donc, dans une nouvelle assemblée, que le propriétaire congédiera immédiatement Hisamoto; sous peine d’être, comme ce dernier, mis lui-même avec toute sa familler au banc du village.
« Il n’en fallait pas davantage pour avoir raison de la résistance du trop timide propriétaire. Ce dernier, païen, unique chef de village, est saisi de frayeur et intime à Hisamoto l’ordre de sortir sur-le-champ. Celui-ci fait valoir ses raisons. Mais durant ce temps les têtes s’échauffent, les réunions deviennent plus tumu1tueuses, bref Hisamoto donne son consentement et obtient un délai de quelques jours seulement pour trouver une nouvelle demeure. Déjà les païens chantent victoire, tant ils sont assurés que Yayeji, la seconde famille persécutée demeurant seule dans l’isolement le plus complet, c’en est fait de la religion catholique à Haga-mura. Mais dans cette circonstance critique, la bonne Providence est encore là .Yayeji reçoit la famille Hisamoto dans sa propre maison et se met en devoir de lui acheter un terrain et de lui bâtir une habitation. Ce plan n’a pu encore réussir, mais en attendant des circonstances favorables pour l’exécuter, Yayeji continue à donner l’hospitalité à la famille Hisamoto.
En présence d’un état de choses qui menace de se perpétuer indéfiniment, le grand chef de la police a été averti, et après quelques instances réitérées, il a paru prendre la chose en mains et poursuivre énergiquement son but, qui est de remettre l’ordre et la paix dans ce village.
L’affaire est encore pendante. Espérons que nous verrons bientôt la fin de nos misères et que nous pourrons de nouveau chanter une hymne à la sainte Vierge, qui depuis le début semble avoir pris notre œuvre sous sa puissante protection, et que saint Jacques pourra, du haut du ciel, contempler avec bonheur tous ses chers descendants convertis et devenus de fervents chrétiens.
« Au milieu de nos épreuves, nous avons eu aussi quelques consolations. Les fêtes de Pâques ont été particulièrement solennelles à Okayama, notre petit oratoire a joui de tous les privilèges d’une cathédrale. Après le baptême de vingt-cinq personnes, en tête desquelles marchait un descendant de saint Jacques, il y a eu messe pontificale et bénédiction papale. L’enceinte trop étroite de la chapelle, grandie cependant pour la circonstance, laissait seule à désirer: 500 personnes ont pu y trouver place tandis que plus de 150 autres, malgré la pluie survenue au milieu de l’office, se sont constamment tenues à l’extérieur, pour être témoins de nos cérémonies.
« Quand pourrons-nous avoir une grande et belle église de Saint-Jacques ? ne serait-ce pas la plus éloquente des prédications pour notre ville et toute la contrée ? »
A Kasaoka où M. Mutz a fixé sa résidence, il y a déjà plusieurs conversions et les nouveaux baptisés se montrent zélés pour propager la religion. Le village de Fukuda-shinden paraît également bien disposé, ce village doit à sa fondation récente de n’avoir ni bonzes ni coutumes superstitieuses, ce qui facilite singulièrement ses bonnes dispositions par rapport au christianisme. Les néophytes de Higashi-Yébara se montrent aussi très fervents, ils ont le bonheur de posséder un catéchiste qui est plein de zèle. Yamano-mura a reconstruit sa chapelle dédiée à Notre-Dame de Lourdes.
Bien que les habitants de Hiroshima soient très attachés au bouddhisme, M. Arientis a eu 54 baptêmes d’adultes.
Yamaguchi est une ville d’étudiants, elle en compte 1300 sur 8.000 habitants. Ils ne seraient pas éloignés de s’instruire si on ne leur avait insinué en haut lieu que pour être à la hauteur de la civilisation moderne, ils doivent s’affranchir des idées et des pratiques religieuses. Mais cela ne découragera pas M. Villion qui saura bien glaner dans cette jeunesse des âmes de bonne volonté.
A l’orphelinat des garçons qui vient d’être transporté à Osaka et confié aux soins de M. Marie, les enfants reçoivent avec l’éducation et les habitudes chrétiennes une instruction professionnelle qui les mettra à même de se suffire quand ils seront arrivés à l’âge d’hommes. Les orphelinats et les écoles des filles sont confiés au dévouement des sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles et sous leur direction sont aussi prospères que possible.









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