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Rapport annuel des évêques

Année: 1890
Pays: Japon
Mission: Japon Septentrional
Rédacteur:Mgr Lemaréchal

IV.  Japon Septentrional.

Population catholique 12.549
Baptêmes de païens 1.289
Baptêmes d’enfants de païens 571

Les préoccupations politiques, surtout à l’approche des élections législatives qui cette année ont eu lieu au Japon, pour la première fois, ont absorbé l’attention des Japonais et l’ont détournée de la question religieuse. Ce premier obstacle n’a pas été le seul à entraver la prédication ; la misère, causée par la disette et la cherté des vivres, a nui considérablement aussi à l’action des missionnaires. Ventre affamé n’a pas d’oreilles, dit le proverbe. Quant à la révision des traités et à l’ouverture du pays aux étrangers, les choses en demeurent au même point. L’année dernière un mouvement d’opposition s’était produit sur divers points, et le ministre des affaires étrangères que l’on accusait de vouloir livrer le pays aux Européens, avait été victime d’un attentat. Malgré cette opposition, le gouvernement japonais poursuivait les négociations. L’obstacle principal, presque unique, qui empêche d’aboutir, c’est la question de juridiction. Sur le bruit qui avait couru que lord Salisbury avait cédé sur ce point, grand émoi parmi les résidents anglais ; dans un meeting auquel tous les Européens, sans distinction de nationalité, avaient été convoqués, on signa une protestation. Les Japonais profondément blessés dans leur amour-propre, firent éclater leur indignation ; dans la presse, dans des réunions on jeta, à cette occasion, feu et flammes contre les étrangers.
« Heureusement, écrit M. Lemaréchal, provicaire de la Mission, les missionnaires n’ont pas été compromis dans cette affaire, on penserait plutôt à s’en servir comme d’intermédiaires, pour faire revenir les Européens à de meilleurs sentiments, car les Japonais veulent à tout prix obtenir la juridiction. Que résultera-t-il de tout cela ? Signerat-on quand même les traités ? Les retardera-t-on jusqu’au temps où les tribunaux japonais seront trouvés capables de juger les étrangers ? Il est impossible de le dire. Cet incident nuira-t-il à l’évangélisation ? On peut croire au moins qu’il ne contribuera pas à la favoriser.

EVANGÉLISATION.– « Malgré ces dificultés, continue M. Lemaréchal, la gerbe que nos glaneurs apostoliques ont offerte, cette année, au Père de famille, contient quand même de nombreux et beaux épis, comme en fait foi le tableau suivant :

Popul. Baptêmes
Cathol d’adultes d’hérétiq. d’enfants
de païens
Ville de Tokio.
Tsukidji 603 88 » 42
Ogawamatchi 836 171 1 28
Hondjo 500 31 » 11
Azabou 160 » » 3
Districts de :
Tokio 3.110 247 » 76
Yocohama 2.298 164 » 132
Nagoya 310 125 8 35
Matsumoto 300 28 » 6
Niégata 448 73 » 83
Sado 78 3 » 4
Wakamatsu 291 43 1 4
Sendai 693 31 5 7
Késennouma 185 26 4 3
Morioka 624 125 3 46
Chônai 197 19 » 8
Akita 107 6 4 10
Aômori et Sapporo 452 20 » 1
Ville de Hacodaté 348 22 » 66

« Voici maintenant quelques détails sur les travaux des confrères :
« M.Vignoux, tout en apportant un total de 337 baptêmes, signale une diminution sur les années précédentes, mais il fait remarquer en même temps comme travail important de ses catéchistes, le soin qu’ils ont mis à visiter et à affermir dans la piété les néophytes dispersés çà et là dans de petites chrétientés où le missionnaire ne peut aller que rarement, et constate avec bonheur que les agitations fébriles de l’heure présente n’ont point altéré en eux l’esprit chrétien.
« Il parle ensuite de la visite de Mgr d’Arsinoé dans plusieurs postes de son district. Partout les chrétiens ont accueilli avec beaucoup de joie et d’empressement leur premier pasteur ; partout ils ont montré qu’ils comprenaient l’impotance de cette visite.
« Au poste d’Ashikaya, où Monseigneur s’est rendu en premier lieu, se sont réunis les chrétiens du village de Mendori, distant de trois lieues environ. Ces braves gans qui appartiennent tous à la classe des Eta, méritent une mention spéciale à cause de leur ferveur et de leur zèle à apprendre la doctrine. En effet, aux examens qui eurent lieu devant Sa Grandeur, quoique sachant à peine lire pour la plupart, ils récitaient le grand catéchisme avec une sûreté de mémoire remarquable. Ils ont mérité d’être placés au premier rang, et d’être donnés comme exemple aux autres chrétiens .
« M. Testevuide ne se plaint pas trop des difficultés actuelles quant au nombre des baptêmes, qui a été de 167. Il constate même un petit excédent sur l’année précédente. Toutefois il reconnaît que ce malaise a causé une légère diminution de ferveur pour la réception des sacrements.
« Notre confrère parle ensuite de son hôpital de lépreux qui est toujours en bonne voie de progrès. Avec les secours venus de divers côtés, l’installation première a été considérablement améliorée. A pareille époque, l’an dernier, on ne pouvait recevoir que vingt malades, aujourd’hui il y a de la place pour trente, et grâce aux agrandissements que l’on vient de faire, on est à même de les répartir plus convenablement selon leur condition de rang et de fortune, ou l’état plus ou moins avancé de la maladie. Entre autres choses dignes d’attirer l’attention des visiteurs, il faut citer une machine d’un nouveau genre, très ingénieuse dans sa simplicité, servant à faire monter l’eau de la rivière sur le terrain qui est assez élevé. On en chercherait en vain le nom et la description dans la nomenclature des machines hydrauliques, mais elle rend quand même de grands services. Elle ressemble assez à une drague dont les godets remplis d’eau se déversent dans un bassin. De là, l’eau passant par deux ou trois tamis, purifie de façon à devenir très potable ; elle sert aux différents usages de la maison dans laquelle elle est distribuée au moyen de tubes de bambou. L’inauguration de ce modeste établissement a eu lieu le 5 juin dernier. Jusqu’à présent, trente-deux malades sont entrés à l’hôpital ; sur ce nombre, 13 ont été baptisés et 2 sont entrés chrétiens . De ces 15 lépreux régénérés par le baptême, 7 sont déjà allés en paradis ; actuellement il y en a 25 dans l’etablissement. « Nos « malades, dit M. Testevuide, suivent un règlement qui, sans les fatiguer, a l’avantage de « partager leur temps entre les soins matériels et les exercices spirituels. La tristesse qui « semblerait de prime-abord devoir habiter dans une maison de ce genre en est à peu près « complètement bannie. Les une sont agriculteurs et jardiniers, les autres fabricants de « parapluies ou de bâtonnets, nous avons même un artiste en peinture. De leur côté les « femmes s’occupent de travaux en rapport avec leur sexe. En résumé, tous sont heureux de « leur sort et on le comprend facilement quand on entend le récit de leurs misères passées.
« Nous avons quelques consolation, mais les difficultés non plus ne nous font pas défaut. « La vive horreur, la répulsion qu’inspire aux païens cette terrible maladie, ne disparaît même « pas au bord de la tombe.
« Dernièrement nous avions à enterrer un de nos morts. Aussitôt la déclaration du décès « faite au gardien du cimetière de l’endroit, tous les gros bonnets du village s’attroupent « autour-de l’hôpital et s’opposent à l’enterrement. Les pourparlers se prolongent pendant « plusieurs jours et ne sont même pas interrompus pendant la nuit. Tout le monde est sur « pied : notables du village, membres du Conseil municipal, nombreux spectateurs. Mais la « police s’y trouve aussi ; car, l’année dernière, à propos d’un enterrement de ce genre, j’avais « pressenti les dispositions du préfet de Shidzuoka à ce sujet, et reçu l’assurance que nous « serions protégés en cas de besoin. A la fin, le commissaire en chef voyant qu’il perd son « temps à parlementer, dégaîne son sabre et menace d’appeler par le télégraphe un renfort « d’agents de police du chef-lieu, et si cela ne suffit pas, un détachement de troupes régulières « de Tokio. Nos apposants comprirent tout de suite cet argument , et promesse fut faire de « nous céder dans le cimetière communal un petit coin de terre pour la sépulture des lépreux. « Pour les païens, ce sera un autre Haceldama ; mais pour nous, fiers de notre succès, nous en « ferons un lieu saint, ombragé par la croix et capable de prêcher le respect que l’on doit à « ceux qui meurent dans le Seigneur, eussent-ils été lépreux pendant leur vie.
« Je suis heureux, ajoute M. Testevuide, de pouvoir en terminant, renouveler l’expression « de ma profonde reconnaissance envers nos bienfaiteurs dont la charité nous a permis de « commercer cette œuvre, et de faire déjà quelque bien à ces pauvres malades devenus le « rebut de la société. »
A Tokio, M. Papinot, qui vient de prendre la direction du poste d’Ogawamachi, a osé faire une procession du Saint Sacrement cette année. C’était la première fois qu’une semblable cérémonie avait lieu dans la capitale. Malheureusement le local n’est pas très favorable. « Mais enfin, dit-il, grâce au zèle déployé par tout le monde, la cérémonie a été assez belle, « les deux reposoirs ont attiré l’attention des assistants, et l’impression produite sur nos « chrétiens a été des meilleures. Quant aux païens qui ont vu la procession dans le court « espace qu’elle a parcouru en dehors de la maison, leur tenue a été très correcte, ce qui nous « encourage pour l’avenir. »
Les visites que l’on permet à notre confrère de faire à l’hôpital de Konjo, lui donnent beaucoup de consolations Chaque mois, c’est une quinzaine de mourants à qui le baptême ouvre le ciel.
La nouvelle installation de M. Guenin, dans la partie japonaise de la ville de Yokohama a déjà produit d’heureux résultats. Les chrétiens peuvent assister plus souvent à la Sainte Messe et faire en commun la prière du soir. De plus, le dimanche, où la réunion est plus nombreuse, il y a récitation du chapelet et instruction. Ces exercices contribueront puissamment à former et à entretenir l’esprit chrétien dans les néophytes.
M. Clément, à Matsumoto, a eu 39 baptêmes. Aux causes déjà énumérées plus haut qui ont nui à l’évangélisation dans toute la mission, il ajoute la propagande protestante dans ces riches contrées du Shinshiu. « Je suis noyé, dit-il, dans une mer de protestants qui, avec leurs « maîtres d’écoles, leurs catéchistes, leurs pasteurs indigènes, parcourent mes six provinces « dans tous les sens, s’installent très confortablement dans les endroits les plus populeux, « construisent des écoles, des chapelles, des salles d’aside, ou fondent des sociétés de « bienfaisance et font force discours dans lesquels ils ne nous ménagent pas. Impossible de « lutter avantageusement avec mes faibles resources. »
Le poste d’Akita n’abonde pas non plus en consolations, La ville est dépravée, rebelle à la civilisation, et la jeunesse est très insolente. « Nous ne pouvons presque pas sortir de ville, dit M. Cussonneau, sans être insultés. On vient même jusque chez nous, nous faire de mauvaises farces. Un jour, c’est le Kambau (planche-enseigne de la mission)qu’on vole ; un autre jour, ce sont les crochets des portes ; ou bien on lance des pierres sur la maison, on brise les arbres de notre enclos, on couvre les murs de saletés, etc. Les protestants sont encore plus maltraités que nous. »
« En recevant le compte-rendu de notre cher confrère, nous ne nous attendions pas à apprendre si tôt la nouvelle de sa mort. Une fièvre typhoïde l’a emporté en quelques jours. Que les desseins de Dieu sont impénétrables ! Il faut bien courber le front devant sa sainte volonté, mais nous ne pouvons nous empêcher d’exprimer notre peine et nos regrets en voyant disparaître à l’entrés de sa carrière apostolique, un ouvrier si plein d’ardeur et qui promettait de rendre tant de services à la mission.
M. Lafon apporte 57 baptêmes pour le district de Wakamatsu. C’est un bon résultat eu égard aux difficultés actuelles. De plus, il cite un travail sérieux d’évangélisation du côté de Shirakawa, Koriyama et Fukushima, postes nouvellement fondés. Notre confrère espère que cette semence lèvera et donnera une moisson consolante.
« Niigata cause toujours beaucoup de peine au missionnaire qui en est chargé. Cependant, au milieu des ronces et des chardons, croissent et mûrissent de beaux épis. M. Lecomte apporte une gerbe de 166 baptêmes, dont un bon nombre faits in articulo mortis, par la sœur infirmière. Avec cela, il constate non sans bonheur quelques améliorations : les questions et demandes d’argent diminuent ; le missionnaire a plus d’autorité et les fidèles prennent peu à peu l’esprit chrétien. De plus, la haine sourde que les familles patriarcales avaient du christianisme perd de son intensité. Puis, il cite comme exemple le fait suivant :
« Quand, en 1876, le catéchiste actuel se fit chrétien, tous ses parents se promirent de n’avoir plus de relations avec lui. La mère de sa femme surtout pleurait sans cesse sur le malheur de sa fille et sur les châtiments que les dieux ne manqueraient pas de lui infliger, car elle la considérait comme une enfants maudite, la honte et le fléau de sa famille. Toutefois, cette année, s’apercevant que cette hostilité devenait moins vive, le catéchiste a eu l’idée d’inviter tous ses parents à assister à la première communion de son fils. Tous ont répondu à cette invitation. Ils sont venus vêtus de leurs plus beaux habits, ont assisté à toutes les cérémonies de la journée, et le soir la vieille mère ( quantum mutata ab illa) ne cessait de répéter à qui voulait l’entendre que sa fille chrétienne était la seule des siens qui ne lui causât pas d’inquiétudes au point de vue de la fortune et de la réputation. Tous ont emporté un excellent souvenir de nos fêtes. L’un d’eux a même confié l’éducation de son fils au catéchiste et on espère qu’il accordera aussi bientôt l’autorisation de le baptiser. »
« L’île de Sado a été troublée cette année par une révolte ayant pour cause la cherté des vivres. Les esprits étaient montés à un tel point, dit M. de Noailles, que 6.000 insurgés se sont rassemblés et, pendant cinq jours, ont parcouru l’île dans tous les sens causant partout de grands ravages. Un bateau chargé de riz a été brûlé, une machine à décortiquer le riz mise en pièces ; la poste de la ville de Kawaharada pillée ; 64 maisons de gros propriétaires détruites.
« Dans leur folie, les révoltés sont allés jusqu’à brûler en plein air les billets de banque. Ils en ont détruit pour plusieurs milliers de francs. Si les dégâts n’ont pas été plus considérables, c’est grâce à l’arrivée de 35 agents de police et de deux compagnies d’infanterie envoyées de Shibata. On arrêté plus de 200 insurgés qui ont été dirigés sur Niigata, où leur procès sera fait. Ils avaient bien l’intention, paraît-il, de piller la mission d’Ebisu et celle d’Aikawa, mais ils n’ont pas eu le temps de mettre leur dessein à exécution. Depuis ce temps, tout est dans le calme comme auparavant. »
« M. Jacquet, avec son beau chiffre de 184 baptêmes, chante le Salutem ex inimicis nostris à Morioka d’abord, qui en a donné plus de 100 à lui seul, et aussi à Ichinoséki et à Hanamaki. Ces deux villes étaient stériles jusqu’ici, mais les protestants et les russes ayant eu la complaisance de préparer le terrain, notre confrère y a déjà commencé la récolte et espère pouvoir la continuer. Le fait suivant arrivé dans une de ces villes à Ichinoséki, est bien de nature à confirmer les néophytes dans leur foi et à attirer l’attention des païens .
« La mère d’un enfant chrétien étant tombée malade, et le médecin ayant déclaré qu’elle ne vivrait pas au-delà de deux ou trois jours, cet anfant, âgé de onze ans, court en toute hâte chez le catéchiste et lui demande ce qu’il faut faire pour obtenir la guérison de sa mère. Celui-ci lui répond qu’il faut réciter chaque jour trois Pater et trois Ave. L’enfant retourne aussitôt chez lui, et commence à haute voix la récitation indiquée. Son père, encore païen, lui demanda pourquoi il récite trois fois la même chose.
« ─ C’est le catéchiste, répond-il, qui m’a dit de le faire pour que Dieu guérisse ma mère. »
« Le lendemain matin, la malade se trouvait beaucoup mieux ; et le médecin appelé déclara que tout danger avait disparu. L’enfant plein de joie courut de nouveau chez le catéchiste lui annoncer cette bonne nouvelle et s’informa encore de ce qu’il devait faire pour remercier Dieu. Celui-ci lui dit de continuer à cette intention la récitation des trois Pater et Ave pendant une semaine, ce qui fut fidèlement exécuté. Aujourd’hui cette femme est en parfaite santé et le père, frappé d’une guérison si prompte et si extraordinaire, a demandé le baptême. »
« M. Faurie, dans son Yézo, est le seul missionnaire au Japon, qui n’ait pas besoin de faire des baptêmes pour avoir des chrétiens. L’année dernière, les chrétientés se composaient de 365 néophytes, et cette année il en compte 452 ; cependant il n’accuse que 36 baptêmes, chiffre qui du reste n’est certes pas à dédaigner dans un semblable pays. D’où viennent donc les autres ? Ils viennent de tous les côtés : de Morioka, d’Akita, de Shonai, etc. L’île de Yezo est en effet, et de plus en plus, le rendez-vous d’une foule de pauvres gens qui ne savent que faire pour vivre chez eux. Aussi un grand nombre de confrères se plaignent de voir leurs chrétiens disparaître ; mais puisqu’ils tombent en si bonnes mains, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

ERECTION DE NOUVELLES EGLISES. ─ « On peut dire que l’article précédent est surtout l’histoire du « Sanctificetur nomen tuum », et que celui-ci est spécialement le compte rendu de l’Adveniat regnum tuum. Chaque nouveau tabernacle devient en effet le trône de Jésus-Chrits, et chaque nouvelle église comme une prise de possession du pays où elle est bâtie. Or, cette année, nous avons eu la consolation de voir s’élever deux nouveaux sanctuaires modestes, il est vrai, mais moins indignes de la Majesté divine que les petits oratoires dont ils ont pris la place.
Azabu. ─ Ce poste d’Azabu a été fondé en faveur des chrétiens de Tokio résidant dans la partie occidentale de la ville, s’étendant entre le pont de Shimbashi, et les quartiers de Shinagawa et Aoyama. Cette chrétienté fut détachée de celle de Tsukiji en 1881 et se réunissait dans une maison située à Akabane à quelque distance de la chapelle actuelle. Mais cette maison, incommode d’ailleurs, devenait insuffisante, M. Papinot, pendant le peu de temps qu’il fut chargé de ce poste, employa tout son zèle à lui procurer un local mieux approprié à ses besoins. Il loua donc le terrain actuel dans le quartier d’Azabu, et, grâce à son savoir faire et au concours d’Européens dévoués, il put élever une chapelle très modeste, mais d’un très bon goût. Elle a trois petites nefs et mesure 18m. 20 de long sur 9m.10 de large. La nef du milieu a 4m.50 de large et 5m.10 de haut. Le premier juillet, Sa Grandeur, accompagnée de tous les confrères présents à Tokio, en fit la bénédiction solennelle, à laquelle assistèrent M. le Ministre de France, plusieurs Européens résidant dans les environs et tous les chrétiens du poste.
« Matsumoto vient aussi d’être doté d’une petite église. Ce poste fondé depuis plusieurs années et comptant déjà un certain nombre de chrétiens, n’avait pour oratoire qu’une chambre japonaise disposée à cet effet dans la résidence du Père. Mais depuis l’arrivée d’un nouveau missionnaire dans ce district, la maison ne suffisait plus à tous les besoins, il devenait nécessaire de s’agrandir. M. Clément s’est donc mis courageusement à l’œuvre et grâce à une petite somme mise de côté à cette intention, il a pu élever une jolie chapelle. Elle n’a qu’une seule nef de 12m.74 de long, 6m.36 de large et 6m.30 de haut. L’inauguration eut lieu le 5 octobre, jour où l’on célébrait la fête du Rosaire. Grâce à une circonstance particulière, 6 missionnaires purent s’y trouver. Une pluie qui ne cessa pas depuis le matin jusqu’au soir empêcha beaucoup de curieux de s’y rendre, mais tous les chrétiens sans exception y assistaient. Ædificans œdificavi domum in habitaculum tuum, firmissimum solium tuum in sempiternum. (II Reg., VIII.)

ENSEIGNEMENT SAINTE-ENFANCE. ─ « D’après un arrangement entre Mgr d’Arsinoë et Mgr d’Acmonie, notre séminaire vient d’être transporté à Nagasaki. On a trouvé de très grands avantages à cette combinaison. Les études seront mieux suivies, il y aura plus d’émulation, le milieu tout chrétien dans lequel nos élèves se trouveront, produira, sans aucun doute, les meilleurs effets. Nous y gagnerons aussi du côté du personnel.
« Les Frères de la Société de Marie ont enfin réussi à se procurer un local en rapport avec leurs besoins. Ils ont acheté un vaste terrain contenant plus de 3.000 tsubo (environ 1 hectare), parfaitement bien situé sur le plateau de Kudan, dans un quartier tranquille, à proximité du parc de Shokonsha, et réunissant toutes les conditions de calme, de salubrité et d’hygiène désirables pour un établissement de ce genre. Une construction assez considérable servant jusqu’ici d’école de jeunes filles, leur a permis de s’installer immédiatement sur cette nouvelle propriété et même de recevoir des pensionnaires, ce que beaucoup de parents Européens et Japonais attendaient depuis longtemps. Ils ont déjà plus de 80 élèves dont 25 pensionnaires et parmi ces derniers on compte quelques enfants de ministres japonais. Pendant les deux dernières années, cette école s’était déjà acquis une grande réputation sous le rapport de l’éducation et des études.
« Cette réputation ne fera sans doute que grandir, maintenant que ces bons frères peuvent donner plus d’étendue à leur zèle.
« Nos communautés religieuses ont continué leurs œuvres de zèle et de charité auprès des orphelines et des malades. Mais la cherté du riz a été une grande épreuve pour toutes ces maisons, car comment nourrir tant d’enfants avec les ressources ordinaires ? Il a fallu s’ingénier de toutes façons. On a poussé l’aiguille avec plus d’ardeur encore que de coutume ; on a mêlé au riz japonais de l’orge et du riz chinois, comme étant d’un prix moins élevé. Les enfants ont accepté cette mortification sans se plaindre ; elles se montraient même peinées de l’embarras où l’on se trouvait.
« Le choléra qui, de Nagasaki, est venu fondre sur Yokohama et Tokio, a donné à ces enfants l’occasion de montrer leur dévouement et leur piété. M. Brotelande ayant obtenu du directeur de l’hôpital de Hanjo (Tokio) l’autorisation de visiter les cholériques comme il y a quatre ans, celui-ci lui exprima l’embarras, où il se trouvait, à cause du petit nombre de ses gardes-malades et lui demanda s’il ne pouvait pas lui en procurer. Le Père alla aussitôt trouver la supérieure de la communauté de Tsukiji, et s’informa si elle n’aurait pas, parmi les grandes orphelines, quelques âmes de bonne volonté. Celle-ci en appela quelques-unes et leur exposa la demande du Père, aucune n’hésita à accepter cette occasion de sauver beaucoup d’âmes en les baptisant au moment de la mort. Le lendemain, d’autres imitaient cette conduite et étaient envoyées dans un autre hôpital. Or pendant ce temps paraissait dans un journal de la capitale un article plein d’éloges sur le dévouement des missionnaires catholiques et sur les soins intelligents de ces jeunes chrétiennes auprès des malades.
« Malheureusement, les médecins n’avaient pas été consultés. Apprenant que le Père et les enfants avaient surtout pour but de baptiser les mourants, ils firent défendre au missionnaire d’y retourner et aux jeunes filles de baptiser, sous prétexte que cela était de nature à troubler les malades ; il fallut se soumettre, mais comme d’après ces défenses, il n’y avait plus de raion de laisser nos orphelines à l’hôpital, M. Brotelande les retira, au grand regret du Directeur qui appréciait beaucoup leurs services, comme il le prouva aussitôt. En effet, en les renvoyant, il leur donna le salaire des gardes-malades de première classe, c'est-à-dire de celles qui ont déjà longtemps servi dans les hôpitaux. De retour à la communauté, les enfants offrirent cet argent à la Supérieure, mais celle-ci refusa de l’accepter, leur disant que puisqu’elles l’avaient gagné par leur travail et dans de semblables circonstances, elles pourraient en disposer à leur volonté. Alors elles tinrent conseil et convinrent entre elles de le remettre au Père de Tsukiji, en le priant de dire des messes pour les cholériques qu’elles avaient baptisés. Une pareille conduite se passe de commentaire.
« A l’orphelinat des Sœurs de Saint-Paul, à Niigata, le grand événement de l’année, dit M. Lecomte, a été l’inauguration d’une nouvelle école. Cet agrandissement était nécessaire et a déjà permis à la supérieure de faire plusieurs améliorations dans l’intérêt des orphelines. Il faut citer, entre autres, l’installation de métiers à tisser.
« Dès cette année, les plus grandes ont tissé et confectionné elles-mêmes leurs habits d’été, ce qui a fait la joie et l’admiration des parents. L’an prochain, on commencera en petit l’élavage des vers à soie. Il est peu répandu dans la province d’Echigo et la préfecture fait tous ses efforts pour le propager.
« Les écoles entretenues par la mission dans toute l’étendue du Vicariat sont toujours assez prospères. Leur nombre est de 18, comprenant 1.014 élèves dont 674 garçons et 340 filles.
« Nous avons inauguré cette année, dit M. Testevuide, un nouveau mode de prédication à Sunagawa, lequel a très bien réussi. Il consiste à faire débiter par les enfants de petites compositions littéraires en rapport avec leur âge et leur position. Les parents assistent volontiers à ces séances. Outre l’avantage de développer les facultés des élèves, ces exercices ont, de plus, celui de nous permettre de donner aux parents, apr la bouche de leurs enfants, des avis très utiles, grâce au savoir faire du catéchiste qui rédige en ce sens de petites pièces parfaitement adaptées aux circonstances. J’ai vu parfois des parents pleurer d’émotion. »







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