| Année: |
1891 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. ─ Hakodaté.
Population catholique 3.821
Baptêmes de païens 329
Baptêmes d’enfants de païens 222
« La mission de Hakodaté, écrit Mgr Berlioz, n’était pas encore formée que déjà elle perdait deux excellents ouvriers. MM. Cussonneau et Berger, enlevés à notre affection au moment où ils commençaient à travailler et où nous avions le plus besoin du zèle et du dévouement dont ils faisaient preuve.
« Dieu, nous l’espérons, se les est choisis à titre de prémices pour représenter, dès la première heure, au sein de l’Eglise triomphante, l’humble mission qui vient de naître. Puissent les larmes de deuil dont a été arrosé notre premier sillon, devenir la source de beaucoup de consolations quand sera venu le moment de la moisson !
« Pendant 1’exercice 1890-91, nous avons glané péniblement 620 baptêmes et 4 conversions d’hérétiques ou schismatiques, mais surtout nous avons semé. Préparer la voie du Seigneur, combler les vallées, aplanir le terrain, semer, tel est le travail de l’heure actuelle, travail aride et ingrat, parce que le résultat n’en est pas toujours immédiat, ni visible dans ses détails, et c’est pourquoi il serait injuste de juger du progrès d’une mission, uniquement par le nombre des baptêmes. Mais un coup d’œil d’ensemble sur l’état de choses actuel comparé au passé, ne laisse pas d’être bien consolant et plein d’espérances fondées pour l’avenir.
Hakodalé. ─ « Hakodaté, qui est devenu le centre de la mission, est une ville qui a pris une grande extension depuis la nouvelle ère à cause de sa magnifique rade qui en fait la porte du Yezo et le rendez-vous de tous les bateaux qui sillonnent les mers du Nord. Comme le climat y est sain et l’été agréable, les bâtiments de guerre des différentes nations ont coutume d’y venir passer la saison des chaleurs. Hakodaté, qui n’était qu’un village de pêcheurs il y a quarante ans, a aujourd’hui une population de 56.000 habitants ; c’est de beaucoup le centre le plus populeux de l’île, mais les bureaux du gouvernement sont à Sapporo (70 lieues au Nord-Ouest).
« N’étant pas sous la juridiction japonaise, nous sommes l’objet d’une froide réserve de la part des autorités civiles : on affecte de ne pas nous connaître ; sauf de rares exceptions, on ne nous rend pas nos politesses, et on ne met les pieds chez nous que pour encaisser le montant des rentes du terrain loué à la Société des Missions-Etrangères. Naturellement les conversions sont rares dans cette classe d’employés, mais quand il y en a, elles sont solides, parce qu’elles supposent de l’énergie et de la conviction. Ce sont les policemen qui ont la consigne la plus sévère : sans leur défendre de croire « la religion des étrangers », on leur insinue de s’abstenir de toute pratique extérieure, et ceux qui, malgré cet avis, ont le courage d’user de leur droit ne tardent pas à tomber en disgrâce et se voient remerciés ou déplacés. Mais cette observation ne regarde que la ville de Hakodaté, car dans les postes de l’intérieur, où nous sommes soumis à la juridiction japonaise, l’entente est parfaite, nous comptons beaucoup d’amis et un certain nombre de chrétiens parmi les cmployés du gouvernement, sans excepter les policemen.
« Nous avons à Hakodaté 376 chrétiens recrutés un peu dans tous les rangs de la société, mais comme partout ailleurs, ce sont les pauvres qui dominent. Grâces à Dieu, le petit noyau qui pratique continue à progresser : i1 y a plus de désintéressement que par le passé, il y a même quelques actes de générosité, et le zèle pour la conversion des païens et la splendeur du culte s’affirme de plus en plus. Tout nous porte à croire que le bon esprit des chrétiens s’accentuera, maintenant surtout qu’ils sont tenus à donner le bon exemple à tout le Vicariat.
Yezo. ─ « M. Faurie y connaît 360 chrétiens, mais le nombre des inconnus s’accroît à chaque bateau d’immigrants, et le pays est d’ailleurs si vaste qu’il n’est pas facile de les trouver. A tous ses voyages, le missionnaire s’entend interpeller. « N’êtes-vous pas un Patersama ? » Aussi notre confrère a-t-il coutume de dire qu’il n’a qu’à promener sa soutane pour recueillir des chrétiens. Jusque dans les endroits les plus reculés, il en découvre : qui est venu pour coloniser, qui, pour la pêche, qui, pour son commerce, etc. Au mois de juin dernier, notre confrère étant allé visiter une famille chrétienne habitant un îlot situé en face des possessions russes, quelle n’a pas été sa surprise d’y rencontrer un ancien orphelin de la Sainte-Enfance devenu aujourd’hui possesseur d’une importante pêcherie. Inutile d’ajouter qu’il a été accueilli comme un messager céleste ; l’orphelin d’autrefois voulut l’héberger et lui faire promettre de regarder sa maison comme appartenant à la mission. Quel malheur que le P. Faurie soit seul pour administrer ce district, qui représente comme étendue un quart de tout le Japon ! Comment suffire à visiter sérieusement les chrétiens, chercher les inconnus, évangéliser les païens, etc. Et puis nos pauvres « Aïno » qui restent toujours abandonnés quel crève-cœur ! Que le maître de la moisson envoie des ouvriers !
Le principal centre du P. Faurie est Sapporo, la capitale du Yezo. C’est une ville fondée en 1870 sur l’emplacement d’une forêt vierge ; elle a été construite sur le modèle des villes américaines, et aujourd’hui, après vingt-un ans d’existence, elle compte déjà 15.000 habitants. ─Notre-Seigneur y a d’excellents chrétiens, ils ne sont en tout que 104, mais ils sont animés du meilleur esprit : comme ils sont heureux quand le missionnaire vient passer quelque temps au milieu d’eux ! avec quelle générosité offrent-ils leur souscription mensuelle pour faire face aux frais de location et d’entretien de la petite maison qui sert d’oratoire, en attendant qu’ils soient assez riches pour se bâtir une vraie chapelle, car déjà ils en parlent ! ─ Parmi les baptêmes obtenus cette année à Sapporo, il faut mentionner celui du directeur de l’établissement vinicole et de sa femme. Ayant eu le malheur de perdre leur fils unique, il se produisit un si grand vide dans le cœur du père, qu’aucune consolation humaine ne parvint à le combler. Le P. Faune le connaissant un peu, lui fit une visite de condoléance ; il en fut très touché et manifesta sa reconnaissance devant un de ses subordonnés chrétiens ; lequel, voyant le terrain si bien préparé, se mit à lui parler de Dieu. C’était l’heure de la grâce et il eut le bonheur de s’y montrer docile. Les protestants ─ qui sont si puissants à Sapporo ─ apprenant sa résolution vinrent l’assiéger, désireux d’attirer dans leur camp un homme d’une si grande influence. Il consentit à les écouter, il se prêta même à juger entre les deux religions. Mais, malgré les motifs invoqués pour flatter son orgueil, il donna sa préférence à la religion des pauvres, des méprisés et des ignorants. C’est ainsi que nous sommes qualifiés par les hérétiques. Notre catéchumène fit remercier sa concubine ; il se mit avec sa femme à apprendre tout le catéchisme par cœur. Ils se montrèrent tous deux si fervents, si fidèles et si humbles, qu’après quelques mois de catéchumat ils purent être baptisés.
Aomori. ─ « Ce département compte I 24 chrétiéns. M. Caron, qui en est le premier titulaire, n’a pu qu’y passer, cette année. Il y a reçu une douzaine de catéchumènes, et il espère beaucoup pour l’avenir, surtout si le missionnaire peut séjourner un certain temps dans les principaux centres. Mais hélas ! la chose est devenue moins possible que jamais, puisque M. Caron devra désormais résider à Hakodaté.
Akita. ─ « Ce district est dans la désolation depuis la mort du regretté M. Cussonneau : un certain nombre de chrétiens ont émigré ailleurs ; quelques-uns des plus fervents sont morts ; un faux frère nous a trahis. Ce concours de circonstances a prêté à croire que nous avions abandonné la position et nos ennemis s’en sont grorifiés hautement, comme l’a constaté M. Jacquet, qui a bien voulu se charger de l’administration d’Akita dans ces circonstances difficiles. Mais, s’il plaît à Dieu, les nuages ne tarderont pas à se dissiper, et la dernière prière du cher P. Cussonneau, offrant sa vie pour le salut de ce district, sera exaucée.
Iwade (Morioka). ─ « Ce département compte 737 chrétiens répartis dans 9 districts, dont le principal est Morioka. Le travail de MM. Jacquet et Christmann y a été béni pendant le dernier exercice, et ils ont pu baptiser 76 adultes (dont 5 à l’article de la mort), 36 enfants in articulo mortis, 16 enfants de chrétiens, et ils ont reçu l’abjuration de 2 hérétiques.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres devant s’établir prochainement à Monioka, le dévouement de ces zélées coopératrices ne contribuera pas peu à avancer le règne de Dieu : l’éducation des jeunes chrétiennes y gagnera, les baptêmes d’enfants de païens seront plus nombreux et le parfum dé charité répandu par les chères Sœurs missionnaires fera bénir de plus en plus le saint nom de Dieu.
Myagi (Sendai). ─ « Myagi est le département où nous avons le plus de chrétiens (1005). M. Maury m’écrit qu’il a pu administrer 41 baptêmes pendant l’exercice qui vient de finir, mais il signale un moment d’arrêt qui tend à se généraliser. C’est que maintenant le pays est traversé par le chemin de fer, c’est la grosse question du jour. Tout le monde se croit obligé de faire des spéculations ; on est si affairé qu’on ne trouve plus le temps de venir écouter le sekkyo. Et puis aussi, les traditions patriarcales s’effacent, à mesure que la civilisation matérielle avance. Mais l’étourdissement causé par le chemin de fer passera, et on trouvera que la vérité a plus de charmes que la vapeur.
Toutefois si les païens sont distraits, les chrétiens ont le bon esprit de ne pas les imiter ; ils continuent à donner l’exemple de la fidélité et à remplir leurs devoirs religieux. Sendai, le chef-lieu de ce département, va prochainement bénéficier de la présence des sœurs de Saint-Paul de Chartres.
Yamagata. ─ « M. Dalibert m’écrit : « Je voudrais vous envoyer une grosse gerbe « moissonnée à la sueur de mon front, dans mon beau champ du Yamagata-ken, mais la « semence jetée n’a pas bien levé, quelques épis et c’est tout. Cependant, depuis le mois de « janvier 1891, l’opinion publique est devenue tout autre, le vent semble nous amener des « âmes, bon nombre de gens qui jusqu’ici n’avaient montré que de l’indifférence, ou même de « l’antipathie, viennent à nous. On m’écoute et on me demande, ce qui n’avait pas encore eu « lieu. »
Niigata. ─ « M. Lecomte a recueilli une belle moisson de 216 baptêmes, la plupart, il est vrai, d’idiots et d’enfants de païens in articulo mortis, mais c’est un beau résultat quand même : le salut de ces heureux déshérités de la nature est assuré ; leur âme, fermée du côté de la terre, est définitivement orientée vers le ciel. Cette belle récolte a sans doute été un dédommagement de la grande perte infligée au district de Niigata par la mort de M. Berger, lequel, m’écrit M. Lecomte, « était un saint confrère, un ouvrier apostolique rempli de zèle et « qu’aucune difficulté n’effrayait. » Le P. Lecomte comptait beaucoup sur notre regretté P. Berger pour l’évangélisation de Takata, qui a plus de 500.000 habitants et qui n’a jamais été visité, faute d’ouvriers, car le missionnaire de Niigata est immobilisé, à cause de l’orphelinat et de la communauté des Sœurs.
« M. Lecomte termine son rapport par le trait suivant : « A son arrivée à Niigata, le P. « Berger donna des leçons de français à un jeune homme. Bientôt il se plaignit de l’incapacité « de son élève. Un jour qu’il s’absenta, je le remplaçai. A son retour, je lui dis que son élève « n’apprendrait jamais le français, que c’était peine perdue, et je le plaisantai sur sa bonté et sa « patience. Il continua néanmoins de l’instruire. Quelques semaines après, la grand mère du « jeune homme tombe malade. Le petit-fils demande pour elle la visite et les soins de la Sœur « infirmière ; le catéchiste aussi voit la malade et l’instruit, plusieurs jours de suite. « Finalement, elle lui avoue qu’une de ses amies a fait une mort bien douce et bien calme « après avoir reçu le baptême, et qu’elle serait elle-même très heureuse de le recevoir. Sur « l’avis du catéchiste, elle fait disparaître de sa chambre tous les objets superstitieux, les « remplace par la croix et quelques images, est baptisée et meurt en tenant en ses mains une « image de la très sainte Vierge. Le chef de la famille me pria d’enterrer sa mère, et fit planter « une croix sur sa tombe. Comme notre cher P. Berger était heureux de cette conversion ! Il « me fit la réflexion qu’il est bon de saisir les moindres occasions pour entrer dans les familles « et se créer de nouvelles connaissances, conjurant le bon Dieu de faire le reste. »
Sado. ─ « M. de Noailles ayant concouru à apaiser les troubles qui se produisirent l’an « dernier, à Ebisu, à l’occasion de la cherté du riz, a reçu, par l’intermédiaire du préfet de « Niigata, une petite coupe laquée, de la part du gouvernement de S. M. le Mikado, avec la « mention écrite ci-après : « A M. de Noailles, missionnaire français ! ─ Le gouvernement de « Sa Majesté daigne abaisser vers vous (vous donner) une coupe à saké laquée, en « récompense du généreux dévouement dont vous avez fait preuve en secourant les « populations en détresse de la ville de Ebisu. 24e année de Meiji, 3e mois, 10e jour. Empire « du grand Japon, Département de Niigata. ─ Le préfet : Senda Tei-sho. » Quoique ce témoignage soit souvent accordé à ceux qui ont rendu quelque service signalé, il y a lieu de se réjouir qu’un missionnaire catholique en soit l’objet, car les journaux en rendent compte et, par le fait même, prêchent la sympathie à notre égard et à la cause que nous servons.
« Le district de Sado traverse une crise : 10 l’émigration de quelques bons chrétiens a diminué les moyens d’action du missionnaire ; 20 un apostat a appelé les protestants dans l’île ; il n’a réussi qu’à se faire mépriser, même des hérétiques, mais le scandale laisse toujours après lui une impression fâcheuse ; 30 enfin un catéchiste a dû être remercié en raison de son inutilité. Ces causes réunies ont amené l’accalmie que déplore M. Cocherie, mais nous espérons que ses efforts ne resteront pas stériles et que le commencement de réveil, qu’il a déjà constaté, n’est pas une illusion.
Fukushima. ─ « M. Lafon, qui est chargé de ce populeux département (910.000 âmes), écrit que cette année un esprit d’indifférentisme, pour ne pas dire d’opposition et de haine, a soufflé dans son district. D’autre part, la misère continuant son cours, un certain nombre ont dû émigrer, tellement que les nouveaux baptisés n’ont pas suffi à combler les vides. Mais les émigrants ne sont pas perdus, et si le missionnaire qui les a baptisés gémit de leur départ, on les reçoit dans les autres chrétientés, au Yéso surtout, comme une semence de bénédiction, et en particulier ceux de Wakamatsu, renommés pour leur fidélité et leur énergie de caractère.
« Malgré les obstacles qui ont entravé le zèle de M. Lafon, il a réussi à baptiser 48 adultes, dont 11 in articulo mortis, 12 enfants de païens et 7 enfants de chrétiens. En outre, il a reçu l’abjuration d’un schismatique, et il a en réserve 14 catéchumènes pour le prochain exercice. »
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