| Année: |
1891 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon Central (Osaka) |
| Rédacteur: | Mgr Midon |
V. ─ Japon Central (Osaka).
Population catholique 3.115
Baptêmes de païens 382
Conversions d’hérétiques 26
Baptêmes d’enfants de païens 131
Mgr Midon écrit:
« Cette année peut compter pour nous comme une période d’épreuves, dont chacune a contribué à rendre le travail difficile et les fruits moins considérables. Et d’abord nous avons été éprouvés du côté des santés, si bien que plusieurs membres de la mission ont dû aller passer de longs mois à Béthanie, ou même regagner la France, pour s’y rétablir. Les confrères demeurés sur place et nombre de catéchistes ont payé leur tribut à l’influenza, qui a forcément imposé un arrêt dans l’évangélisation. Du reste, les ouvriers, fussent-ils demeurés indemnes, n’auraient pas pu exercer leur zèle au milieu des populations gravement atteintes par la maladie. Ajoutez à cela la continuation de la misère générale consignée dans le compe-rendu précédent ; le manque de travail a contraint beaucoup de Japonais à émigrer, et nous avons ainsi perdu bon nombre de néophytes. Or il suffit parfois de la disparition de plusieurs familles pour désagréger une chrétienté naissante, décourager les catéchumènes et enrayer le mouvement de conversion.
« Il serait trop long de vous retracer, une fois de plus, l’état des esprits surexcités, soit par les conférences politiques et la lecture des journaux de plus en plus multipliés et avancés, soit par la première session passablement orageuse du Parlement, soit par l’attentat commis, à quelques lieues de Kioto, sur la personne du Czaréwitch. Et cet ensemble de choses regrettables n’est malheureusement point près de finir ! Pour vous donner une idée du rôle et de l’influence de la presse au Japon, laissez-moi seulement vous mettre sous les yeux les chiffres suivants : En 1888, on comptait 511 journaux; en 1889, il y avait une augmentation de 137 feuilles, soit 648 journaux ; en 1890, ce chiffre s’élevait à 716.
« Faut-il redire ensuite les menées des prédicants hérétiques pour entraver l’œuvre catholique, et tromper les esprits par tous les moyens possibles ? A Uyeno, par exemple (district de Tsu), ils ont, en face de notre unique catéchiste, 7 catéchistes, 3 résidences et de nombreux locaux pour les conférences, où ils attirent les auditeurs par des rafraîchissements et même par des repas à l’européenne. Dans le district de Myazu, ils ont, depuis un an, envahi toute la province de Tango, établissant partout des catéchistes des deux sexes, répandant à foison des pamphlets calomnieux contre le catholicisme, souvent illustrés (v. g. on y voit le supplice de Jérôme de Prague, disciple de Jean Huss, brûlé par les catholiques).
Quant aux bonzes, effrayés de voir, par suite des progrès du christianisme, diminuer les aumônes qui les font vivre, ils ont organisé de nombreuses conférences pour abattre la doctrine de Jésus, mais certains faits récents, peu honorables pour leur moralité, et diverses man œuvres entre sectes rivales, viennent de leur attirer de la part du gouvernement une verte leçon.
Abordons maintenant le compte-rendu de chaque district, en allant de l’est à l’ouest de la mission.
État de la Mission.
10 DISTRICT DE TSU (218 chrétiens, 32 baptêmes dont 26 d’adultes).─ « Les gens de « cette province, écrit le P. Daridon, sont encore bien rebelles à la grâce. Ils ressemblent fort « aux païens du temps de saint Paul : Edamus et bibamus, cras enim moriemur. Il n’y a pas « lieu de désespérer pourtant. Si les baptêmes ne sont pas encore nombreux, notre religion « pénètre, chaque jour, davantage dans la population ; et tels qui nous ont d’abord fait la « guerre ouvertement ou sourdement sont devenus chrétiens ou amis. La cause de ce « revirement d’idées en notre faveur a été que beaucoup nous croyaient, jusqu’ici, une « branche quelconque du protestantisme, un protestantisme français bien inférieur au « protestantisme anglais ou américain. C’est pour détruire cette idée que le soir de Noëil « dernier, ayant réuni quelques orateurs, j’ai fait pour la ville de Tsu une grande conférence « sur la Religion catholique. Comme, vers cette époque, les protestants avaient eu fort à faire « avec les bonzes et les Soshi (étudiants), je m’attendais aussi à une manifestation hostile : je « ne fus pas déçu dans mon attente. Dès la tombée de la nuit, notre maison s’emplissait de « Soshi insolents, armés de bâtons pour la plupart. Evidemment cette race turbulente cherchait « autre chose que la vérité et nous en eûmes bientôt la preuve. Des dégâts furent commis et « des pierres furent lancées lesquelles blessèrent légèrement un catéchiste. La police s’étant « décidée à intervenir, nous pûmes commencer notre conférence, devant deux cents auditeurs. « Un bonze, mêlé à la foule, hasarde seul une objection. Ce bonze est, paraît-il, la fine fleur « des bonzes du pays. Quand on eut répondu à sa question, il demanda une entrevue pour le « lendemain, ce qui lui fut accordé. Il nous arriva en effet suivi d’une foule considérable. « Pendant plus de deux heures, il demeura acrcroupi sur la natte, quoique la discussion n’eût « pas duré plus de vingt minutes. Qu’est-ce qui l’empêchait donc de regagner son logis ? « Hélas ! le disciple de Shaka comprit que le silence des auditeurs était significatif. Supposez « en effet qu’on eût cru au triomphe du bonze, immédiatement tous les assistants « l’acclamaient et lui formaient un cortège d’honneur. Mais il n’en fut pas ainsi ; le bonze « regagna sa pagode de la façon la plus prosaïque du monde. Notre travail à Tsu consiste à « faire des conférences hebdomadaires aux païens et à les visiter à domicile. Depuis huit mois, « nous avons constamment des catéchumènes ou du moins des gens désireux de s’instruire. »
« La ville de UYENO, où les débuts ont été laborieux par suite des manœuvres des bonzes et des protestants, donne bon espoir pour l’avenir. Cette année, notre confrère y a recueilli 18 baptêmes d’adultes, et ces néophytes montrent des dispositions de nature à encourager le missionnaire.
20 DISTRICT DE KYOTO (389 chrétiens, 46 baptêmes dont 30 d’adultes. ─ « Ce que nous avons déjà dit des difficultés rencontrées pendant le courant de cet exercice s’applique tout spécialement à Kyoto. « Néanmoins, dit le P. Vasselon, nous avons continué nos « conférences dans tous les coins de la ville, et de plus en plus nous sommes connus, de tous « côtés. Il nous arrive quelquefois des individus demandant à s’instruire qui nous disent : Il y « a deux, trois, quatre ans que j’ai entendu une conférence, dans tel quartier, et c’est depuis ce « moment qu’est né en moi le désir vague mais réel de devenir chrétien. Cette conférence était « donc le grain de senevé, le point de départ de la conversion d’une âme.
« Grâce au concours de nos religieuses et de leurs enfants, qui maintenant chantent comme « les petites filles d’Europe, nos offices des dimanches et des fêtes se font assez « solennellement, dans notre belle église de Saint-François Xavier. Les chrétiens sont exacts à « s’y rendre, et cette pompe extérieure ne contribue pas peu à nous amener des païens en « assez grand nombre. A la suite de l’attentat commis sur le Czarewitch, nos chrétiens ont « eu, le jour de la Pentecôte, une belle occasion d’affirmer leur foi et leur patriotisme. Dès le « lendemain de l’accident, on faisait, dans les pagodes, des prières publiques pour le prompt « rétablissement du prince blessé et pour que tout s’arrangeât pacifiquement. Quelques païens « notables de Kyoto vinrent nous demander d’entrer dans le concert ; et il fut entendu que, le « dimanche suivant, jour de la Pentecôte, on réciterait des prières spéciales aux mêmes « intentions. La chose fut même annoncée, dans tous les journaux de la ville. Mais quelle ne « fut pas notre surprise, le dimanche matin, de voir une centaine de Messieurs nous arriver « presque en même temps. C’étaient le président du conseil général, plusieurs conseillers « municipaux et le corps médical à peu près au complet. Je plaçai tout ce monde de mon « mieux. Nos chrétiens étaient venus aussi fort nombreux. C’est devant cette assistance qu’à « dix heures commença notre cérémonie : prière du matin, sermon, grand’messe que les « enfants des sœurs exécutèrent parfaitement, et puis, pour tout clore, le chapelet récité pour « e blessé et pro pace. Le tout dura deux heures, et nos braves païens gardèrent, pendant tout « ce temps, l’attitude la plus correcte.
« Pour essayer, par tous les moyens possibles, de nous faire connaître davantage et de propager notre sainte religion et aussi pour entrer dans les vues de notre Saint-Père le Pape, qui recommande partout la bonne presse, nous avons commencé, depuis le mois de février, à faire paraître un petit journal bi-mensuel qui s’appelle le Koye, c’est-à-dire la Voix, la voix qui crie dans le désert. Outre certains articles de fond sur la religion, il y en a de controverse ; et nous n’omettons pas les nouvelles intéressantes des différents postes de la mission. Ce petit journal est assez goûté, et j’espère qu’en se répandant il ne pourra que nous faire du bien. Le prix de l’abonnement est insignifiant (36 « sens » par an), aussi le tirons-nous déjà à plus de 300 numéros et le nombre des abonnés devient plus considérable de jour en jour. C’est, avec la Revue catholique, qui paraît à TOKIO, une réponse aux journaux et revues dont les protestants inondent le Japon.
« En dehors de Kyoto, j’ai commencé cette année à installer un nouveau poste sur le côté ouest du lac « Biwa » dans un gros village appelé « Katata ». Nous avions là un vieux chrétien qui est vraiment une âme du bon Dieu. Il a déjà fait baptiser deux de ses enfants, l’aîné seul est encore païen, mais assez bien disposé. La dernière fois que ce bon vieux est venu, il m’a raconté le fait suivant qui montre bien la vivacité de sa foi. La femme de son fils aîné était sur le point de devenir mère et sa délivrance s’annonçait comme très difficile. Alors le bon vieillard va trouver sa bru encore païenne et lui tient ce langage : « Nous allons réciter « ensemble le Seicho michi michi, l’Ave Maria, en demandant à la sainte Vierge qu’elle « vienne à ton aide ; tu le réciteras souvent, après que je t’aurai quittée, et je te promets que tu « seras exaucée : bien plus ce sera non pas une fille, mais un beau garçon, comme ton mari et « toi le désirez, que tu mettras au monde. » En effet, vingt-quatre heures après, comme le vieillard le lui avait prédit, elle donnait le jour à un beau et solide garçon, sans souffrance et sans difficulté aucune. Je vous laisse à penser la joie du père et de la mère du nouveau-né. J’espère qu’ils n’attendront pas longtemps pour remercier Dieu et la bonne Vierge, en se faisant chrétiens.
« De tout cet ensemble, il résulte une impression favorable et nous espérons que Notre-Seigneur finira par être mieux connu et adoré dans cette métropole du boudhisme. L’Eglise de Saint-François-Xavier compte comme un des monument de Kyoto.
30 DISTRICT DE MYAZU (49 chrétiens, 6 baptêmes). ─ « Si le succès dépendait du travail et de la bonne volonté, le P. Relave aurait à présenter une gerbe de baptêmes plus abondante. Malheureusement il rencontre toujours, dans son district, des obstacles plus que capables de paralyser son zèle. A la progagande effrénée des protestants, il faut ajouter l’esprit encore arriéré de ces populations, forcément attachées aux anciennes idées à tous les points de vue. Des faits récents prouvent suffisamment qu’il faut un certain courage, dans cette région, pour embrasser et professer la religion de Jésus. Le directeur et un professeur breveté d’une grande école ont été congédiés parce qu’ils étaient chrétiens. Ailleurs, deux jeunes gens qui fréquentaient une école du soir, s’en sont vus écartés au bout de huit jours : on leur a signifié qu’on ne recevait pas dans les classes les disciples de Jésus. Malgré tout, la situation est loin d’être désespérée ; grâces à Dieu, la cause catholique, qui semblait devoir succomber sous les efforts de l’hérésie, triomphera du mensonge et des calomnies, là comme ailleurs. Nous avons placé un catéchiste à Toyo-oka (province de Tatima), et si récente que soit cette installation, les premières âmes de bonne volonté commencent à s’instruire.
40 DISTRICT D’OSAKA-EST, UYEMACHI (165 chrétiens, 30 baptêmes, dont 24 d’adultes).─ « La diminution du nombre des baptêmes s’explique trop facilement par la longue maladie et le stage forcé du P. Cotin au sanatorium de Hong-kong. Le P. Marie, chargé provisoirement de la chrétienté d’Uyemachi, avait trop à faire par ailleurs avec sa nouvelle paroisse et l’installation de l’orphelinat, pour pouvoir suppléer entièrement à l’absence de son confrère. Désormais, semblables embarras ne se présenteront plus, espérons-le, et la récolte sera meilleure. Toutefois, les néophytes de M. Cotin ne se sont pas relâchés pendant son absence ; ils sont restés réguliers et bien unis, au rebours des Japonais protestants devenus partisans du libre examen : ceux-ci commencent à se montrer vraiment protestants, discutent, épiloguent et finalement se font un credo à part. Depuis le retour de M. Cotin, nous avons mis un catéchiste en résidence à Nara, qui a déjà donné 8 baptêmes, et où nous rencontrons, comme partout, l’établissement hérétique. Le catéchiste est un ancien protestant, dont la conversion eut pour point de départ la comparaison entre les missionnaires catholiques et les ministres dissidents.
50 DISTRICT D’OSAKA-OUEST, Kawaguchi (344 chrétiens, 130 baptêmes dont 53 d’adultes et 4 conversions d’hérétiques). ─ « Le P. Adam a eu la consolation de recueillir une gerbe de baptêmes supérieure encore à celle du dernier exercice. Les nouveaux néophytes comblent le vide fait par le choléra, qui a enlevé, l’an dernier, plusieurs des meilleurs paroissiens de Kawaguchi. Notre confrère se loue particulièrement du service rendu par deux femmes catéchistes, dont le zèle a procuré, sans parler des adultes convertis, le baptême d’une trentaine d’entants païens.
« La ville de SAKAI a reçu un catéchiste spécial et fourni son contingent de 12 baptêmes. Espérons que ce centre donnera lui aussi, avec le temps, des consolations au missionnaire. Il n’est que juste de mentionner ici le concours actif apporté, dans ce poste, par le P. Rey, chargé plus spécialement, depuis six mois, de l’orphelinat dirigé par les Sœurs de l’Enfant-Jésus.
60 DISTRICT DE TAMATSUKURI, Osaka ( 138 chrétiens, 24 baptêmes dont 7 d’adultes et 5 conversions d’adultes). ─ «Le P. Marie a eu fort à faire pour mener de front l’installation d’un établissement, l’organisation de la paroisse et la desserte de celle du P. Cotin. Aujourd’hui, les choses marchent bien. On compte, dans ce rayon, 3 seskihyoba (lieux de conférence), et le missionnaire doit aller, deux fois par mois, avec le catéchiste, évangéliser Matsuwara, localité située à trois lieues de Tamatsukuri.
« S’il est vrai de dire, écrit M. Marie, que Kyoto est la « forteresse des bonzes au Japon, il « faut dire aussi que Tennoji est également leur forteresse à Osaka. On a dit souvent, et mieux « que je ne pourrais le faire, les difficuités inhérentes aux postes infestés de cette race, que « saint François Xavier lui-même, dans ses lettres, accablait d’anathèmes ; il suffit donc de « constater sa présence. Un trait seulement : Nous venions d’achever une série d’instructions « aux païens et nous restions seuls, quelques chrétiens et moi, quand un bonze encore jeune « s’approcha : Je sais, dit-il, que votre religion est la bonne, mais pour y entrer ça me « coûterait, à moi, 250 piastres par an. Il voulait parler de son traitement de bonze ; et, là-« dessus, il sortit. »
70 DISTRICT DE WAKAYAMA (258 chrétiens, 55 baptêmes dont 30 d’adultes et 3 conversions d’hérétiques). ─ « Le P. Chuquet a ressenti, plus encore que d’autres confrères, les funestes conséquences de la situation générale déjà signalée (misère des populations, émigration, surexcitation des esprits). Malgré tout, notre confrère s’est généreusement dépensé, selon sa coutume, et si sa récolte est inférieure à la précédente, son zèle n’est nullement en défaut. Il a pu, dans ses voyages à la campagne, recueillir des sympathies de bon augure, et, Dieu aidant, son action pourra s’étendre d’année en année. « Dans le village « d’OKAWA, « écrit-il, la population, fort mécontente de son bonze, montre d’excellentes « dispositions : les deux tiers des habitants, c’est-à-dire environ 140 personnes, ont rompu « leurs relations avec le bonze et étudient la religion. Je ferai assurément mon possible pour « tirer de cette situation tout le parti désirable : toutefois, je ne me fais aucune illusion sur les « difficultés à surmonter, et je pense que, dans les circonstances présentes, on ne peut guère « compter sur la conversion simultanée de tout un village. Si encore la mission de Wakayama « était sérieusement installée, cela encouragerait les habitants des campagnes, désireux « d’entendre parler de la religion ; mais, l’autre jour, deux habitants d’un village voisin, venus « à Wakayama, ont vainement cherché la maison de la mission et n’ont pu parvenir à la « trouver : ils ont dû rentrer bredouilles dans leur village, ce qui produit toujours mauvais « effet sur nos Japonais qui, aujourd’hui comme au temps de saint Francois Xavier, tiennent « beaucoup aux apparences. »
« Nous avons pu installer un catéchiste à Kischi-KITAMURA (cinq lieues de Wakayama), localité dont parlait le précédent compte-rendu. La population, composée de braves cultivateurs, se dépouille peu à peu, au contact du missionnaire, des vieux préjugés hostiles au christianisme. Une vingtaine d’habitants, bravant le respect humain, forment le noyau de la chrétienté, qui promet de s’augmenter avec le temps et la persévérance.
« La ville de Kishiwada a donné 10 baptêmes, ce qui indique une tendance vers le progrès ; les campagnes environnantes reçoivent volontiers le missionnaire, mais le pas décisif leur coûte encore à faire.
80 DISTRICT DE KOBÉ (418 chrétiens, 72 baptêmes, dont 35 d’adultes). ─ « Je suis « heureux, dit le P. Perrin, de pouvoir donner des renseignements plus consolants que l’année « dernière sur le poste de Kobé. La fréquentation des sacrements, l’assistance aux offices le « dimanche, les réunions du chapelet, le dimanche et le jeudi, et le zèle que déploient « plusieurs de nos chrétiens, en font augurer quelque chose de bon pour l’avenir. Je souffrais « beaucoup, depuis trois ou quatre ans, de voir que, dans une ville comme Kobé, nous « n’avions pas un catéchiste qui fût à la hauteur de la situation. Dieu merci, j’ai eu le bonheur « de recevoir l’abjuration d’un catéchiste russe, qui, depuis douze ans, était en fonction. Il a « l’expérience, les connaissances voulues et tout le zèle désirable. Si le bon Dieu veut bien « nous protéger de sa grâce, je crois que le poste de Kobé, se trouvant dans les conditions « actuelles, verra une ère meilleure sous peu. »
« L’évêque ne peut que partager les sentiments exprimés par le P. Perrin, en souhaitant à ce cher confrère une santé plus en harmonie avec son zèle et ses travaux. Heureusement, le P. Chatron l’aide beaucoup à faire marcher la chréienté de Kobé.
90 DISTRICT DE HARIMA-TOTTORI (66 chrétiens, 29 baptêmes dont 26 d’adultes). ─ « Le P. Perrin est également chargé de ce district où les voyages sont pénibles, à une époque de l’année surtout. « La ville de Himezi, écrit-il, province de Harima, est sortie de sa « précédente torpeur. Le nouveau catéchiste, par son entrain, son zèle et son expérience, est « pour beaucoup dans les succès déjà obtenus. Depuis qu’il se trouve à la tete du Kyokai « (chrétienté), bien des préjugés sont tombés, et notre renommée commence à être bonne, « dans la ville. Parmi les nouveaux chrétiens, nous avons eu le bonheur de faire abjurer un « protestant à l’aise et qui se trouvait être une des colonnes de l’église protestante à Himiji. »
« Tottori n’a pas répondu cette année aux premières espérances. A quoi faut-il l’attribuer ? Le protestantisme s’y est fortifié, au moins comme personnel. Trois ou quatre ministres y résident à poste fixe, tandis que le prêtre catholique ne peut y faire que des apparitions.
100 DISTRICT D’OKAYAMA (634 chrétiens, 114 baptêmes dont 91 d’adultes). ─ « Le fait important à noter est le triomphe de la religion catholique à Hagadmura (village natal de saint Jacques Chikawa-Kizaemon), où les païens avaient, depuis le mois de mars 1890, organisé un système de persécution, pour enrayer, chez eux, les progrès de la cause catholique. Le précédent compte-rendu a narré les ennuis de tout genre suscités aux familles Yayeji et Hisamoto surtout, mises au ban du village et réduites à la misère par manque de travail : on voulait même expulser cette dernière qui, manquant d’abri, fut recueillie par Yayeji. Les démarches faites auprès des autorités étaient demeurées sans résultat. « Au « commencement du mois du Rosaire, écrit le P. Luneau, alors que le choléra faisait des « ravages, dans la ville d’Okayama, Hagadmura fut épargné. Le maire seul fut atteint de la « terrible maladie il en mourut, le 5 octobre, le matin même de la fête du saint Rosaire. Or il « est à noter que cet homme, membre du conseil général et personnage influent dans le pays, « était du nombre de ceux qui voulaient, à tout prix, sauver Hagamura de l’invasion « catholique. Il patronnait ouvertement la persécution suscitée contre nos chrétiens ; nous « avons une de ses lettres qui en fait foi. La disparition de cet ennemi et divers incidents « vinrent ranimer la confiance, et finalement Yayeji et Hisamoto résolurent de recourir « directement à la justice. Ce fut un vrai triomphe pour les chrétiens, et les païens leur firent « amende honorable. Quelques semaines plus tard, Yayeji pouvait se procurer un terrain, au « milieu même du village, et bâtir une habitation pour la famille Hisamoto : cette famille en « prit possession, au jour anniversaire du commencement de la persécution, et les païens « vinrent en foule lui offrir leurs félicitations. »
« A l’ouest du district, le P. Mutz continue avec ardeur à défricher le sol qui lui a été confié, et chaque année le voit gagner du terrain ; il a eu 44 baptêmes dans six localités principales. Laconstruction du chemin de fer a amené, cette année, une grande affluence d’ouvriers étrangers fort peu recommandables. Ils ont exercé sur la population de Nasaoka, où le P. Mutz avait établi son centre d’action, une influence regrettable. Mais notre confrère, sans négliger cette ville, a transporté son quartier général à Fukoyama (15.000 h.), où un catéchiste originaire du lieu, lui a facilité le premier travail. Les conférences y ont été bien suivies : aissons à la semence le temps d’y lever. En résumé ce district est un de ceux où les ouvriers apostoliques recueillent le plus de consolations.
110 DISTRICT DE HIROSHIMA-MATSUYAMA ( 1.247 chrétiens 18 baptêmes dont 12 d’adultes). ─ « En adressant à Votre Grandeur le compte-rendu de cette année, écrit Le P. « Aurientis, je commence par un acte d’humilité et de résignation : d’humilité, vu le chiffre « minime des baptêmes en 1890-1891, de résignation, en face des épreuves que j’ai subies « dans mon personnel, épreuves qui ne sont pas encore finies. Au mois de novembre de « l’année dernière, le catéchiste d’Hiroshima tomba sigravement malade que je pensai le « perdre. Il se releva pourtant, mais, depuis lors, sa position est des plus pénibles. Par « intervalle, il a assez de force pour essayer quelque travail, mais il retombe bientôt. Comme « je n’ai que lui, à Hiroshima, l’année a été absolument perdue. Le médecin qui le soignait « m’avait affirmé que les poumons n’étaient pas attaqués et je l’espérais toujours : « aujourd’hui l’illusion n’est plus possible.
« Dans la partie du Shikoku qui dépend de ce district, le fait le plus saillant de l’année a été « la fondation du nouveau port de Uwajima sur la côte sud-ouest du Shikoku. L’épreuve s’est « fait sentir, dès le début. Le premier catéchiste a été saisi de la fièvre, à son arrivée ; elle a été « tenace et de plus compliquée de congestion cérébrale, à deux reprises. Le pauvre homme « était seul et sa position aurait été vraiment difficile, sans la bonté remarquable de la « population. Tous les voisins ont voulu prendre soin du malade ; l’un allait avertir le « médecin, un autre chercher les remèdes, un troisième prenait le rôle de garde dévoué et « fidèle : la maladie a duré longtemps et cependant le malade n’a jamais passé la nuit seul, « dans la maison. Il est bien entendu que tous les soins furent gratuits : le bon Dieu se « chargera de récompenser ces cœurs compatissants en les appelant, je l’espère, au bonheur de « la foi. » Le P. Birraux a pu commencer à seconder son aîné et bientôt ce jeune confrère rendra d’excellents services à la mission.
120 DISTRICT DE YAMAGUCHI (64 chrétiens, 15 baptêmes dont 13 d’adultes).─ « Plus « encore que l’année dernière écrit le P. Villion, le port de Yamaguchi me paraît ingrat et « difficile à cause de la rage de rationalisme que ses écoles florissantes répandent dans le « pays. Les protestants se sont abattus sur cette ville avec un redoublement de zèle : ils « prennent les Japonais par leur Côté faible, l’engouement de la langue anglaise. Une nouvelle « secte, les Méthodistes, est venue et a employé tous les moyens pour s’établir d’une manière « florissante dans le pays. Je suis complètement écrasé par le déploiement de leur propagande, « les trouvant installés et forts partout où j’essaie de m’implanter. » Notre confrère donne des conférences religieuses aux environs de Yamaguchi, mais il constate que les esprits sont encore peu disposés à accepter le christianisme. Du reste des bonzes envoyés régulièrement par toute la province répètent, contre le nom chrétien, les dires ineptes qui jadis eurent cours au Japon sous la domination du Tokugawa. Nous avons installé un catéchiste à Hagi, ancienne capitale de la province. Le but de notre catéchiste est, au début, de nouer des relations dans le pays. Il a pu pénétrer déjà dans quelques familles, mais il rencontrera infailliblement des difficultés que Dieu seul connaît et peut vaincre. Que saint François Xavier, apôtre de cette province, lui obtienne la grâce de convertir beaucoup d’âmes !
130 DISTRICT DE KOCHI (140 chrétiens, 20 baptêmes dont 14 adultes). ─ « Depuis la fin de 1890, le P. Duthu a pris la direction de ce district, éprouvé à tant de points de vue : les résultats sont relativement encourageants et prouvent le zèle de notre confrère. « Le chiffre « des chrétiens accuse une diminution qui s’explique, dit le P. Duthu, par l’émigration de 22 « néophytes des plus fervents, qui ont dû pour des raisons diverses aller chercher fortune « ailleurs.
« Nous avons pu, depuis quelques mois, établir un nouveau catéchiste au Sud-Ouest, dans « une vallée appelée Hewa, longue de trois lieues et comptant environ treize villages qui « écoutent volontiers la doctrine. De nombreuses familles étudient le catéchisme en vue du « baptême : on m’en annonce quatre qui attendent mon prochain voyage pour passer l’examen « du baptême. L’évangélisation de cette vallée, qui paraît devoir être fructueuse, vu la « simplicité de caractère des habitants, sera longue et pénible parce que généralement on ne « sait pas lire même le « Kana. »
« Quelques mots maintenant relatifs à nos œuvres de la Sainte-Enfance :
« 10 ORPHELINAT DE GARÇONS. Osaka. ─ Cet établissement est de création récente. Cette année a constitué pour lui la période d’installation et s’il reste encore beaucoup à faire, ce n’est plus qu’une question de finances. « L’année dernière, dit le P. Marie, directeur de « l’orphelinat, nous eussions probablement gagné, du coup, l’estime et la bienveillance de « tous nos voisins païens, s’il nous eût été possible de répondre aux vœux des parents, qui « nous demandaient d’accepter leurs enfants. C’était à l’époque où la disette était telle que, « dans plusieurs quartiers d’Osaka, les pauvres n’avaient que l’herbe pour toute nourriture. « Nous, aussi, nous nous ressentions de la disette, et, malgré toute l’économie possible dans « les dépenses nécessaires, chaque mois apportait un nouveau et lourd déficit. C’est assez « vous dire qu’il était impossible d’accepter de nouveaux enfants. J’ai pourtant vu des choses « à fendre le cœur. Les enfants pauvres du quartier venaient souvent à la porte d’entrée : ils « regardaient à travers les barreaux et faisaient pitié : on devinait qu’ils enviaient le sort de « nos orphelins. Un jour, le 10 octobre, un gamin de dix à douze ans apporte sur son dos un « autre enfant de quatre à cinq ans dont le corps était couvert de plaies. « Je vous apporte mon « petit frère, » me dit-il. Hélas ! j’avais à peine le strict nécessaire pour mes autres enfants ; je « dus refuser. « Oh ! si ! prenez-le, me dit-il encore, il en reste deux autres à la maison que « nous ne pouvons pas nourrir ». Depuis lors le riz a un peu baissé de prix et nos orphelins « sont actuellement au nombre de 35. Au point de vue spirituel, ils nous donnent beaucoup de « consolations. Les études japonaises dirigées par un maître indigène qui a déjà fait ses « preuves, sont sur un bon pied comme le prouve un examen récent. Le niveau ne le cède « guère à celui des meilleures écoles primaires. Un petit atelier de charpentier, ouvert, dès le « début, a déjà donné de bons résultats. »
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