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Rapport annuel des évêques

Année: 1891
Pays: Japon
Mission: Japon Septentrional (Tokio)
Rédacteur:Mgr Osouf




III. ─ Japon Septentrional (Tokio).

Population catholique 9.660
Baptêmes de païens 923
Hérétiques, schismatiques 16
Baptêmes d’enfants de païens 145

« Je m’abstiendrai d’autant plus volontiers, dans ce compte-rendu, écrit Mgr Osouf, de parler de la situation politique du Japon, même en ce qui pourrait intéresser nos missions, qu’il paraît assez difficile de la bien saisir, et surtout d’en prévoir les conséquences pour un avenir plus ou moins éloigné. On peut dire cependant, ce qui n’a été que trop visible, que dès la premiere session, le jeune Parlement a singulièrement gêné et contrarié le Gouvernement, et la seconde session, qui va s’ouvrir au mois de novembre, s’annonce déjà avec les mêmes tendances, fortement accentuées. J’ajouterai, du reste, que ni du côté du Gouvernement, ni du côté du Parlement, rien n’a été fait, ni même simplement proposé, que je sache, contre la liberté d’action des missions.
« Celles-ci auraient à craindre davantage le funeste effet, par rapport à elles, de l’opposition aux étrangers en général, qu’un vieux parti s’efforce, non sans succès malheureusement, de raviver dans le pays. Quantité de journaux se font l’écho de ce parti et sont pleins d’articles absolument hostiles aux étrangers. Plusieurs de ces journaux, il faut le dire, ont fait en diverses circonstances, des exceptions tout à fait formelles en faveur des missionnaires et de leurs œuvres.
« En résumé, au milieu des conflits d’opinions et de tous les mouvements qui agitent le pays, nous sommes, comme missionnaires surtout, entre les mains de la Providence. Nous reposant donc sur Elle de l’avenir, nous visons à travailler chaque jour à notre œuvre, comme si le lendemain devait ressembler à la veille.

DIVISION DE LA MISSION: CRÉATION DU VICARIAT DE HAKODATÉ.─ SACRE DE MGR BERLIOZ. ─ « La mission du Japon septentrional a subi, cette année, une grande modification. Telle qu’elle avait été constituée en 1876 par Pie IX, elle a été, par Bref de Léon XIII en date du 17 avril dernier, divisée en deux Vicariats.
« L’un, gardant Tokio comme centre, a conservé aussi la dénomination de « Japon septentrional ». L’autre, comprenant, avec l’île du Yeso et les Kouriles, toutes les provinces du nord de la grande île du Nippon, depuis la province d’Echigo, Iwashiro et Iwaki inclusivement, a reçu la dénomination de «Vicariat de Hakodaté. »
« Mgr Berlioz, élu évêque de Calinda et nommé vicaire apostolique de ce dernier vicariat, a été sacré à Tokio le 25 juillet. J’ai eu le grand honneur et la joie bien vive de lui imposer les mains, assisté de Messeigneurs d’Acmonie et de Césaropolis. Cette belle cérémonie réunissait aussi une quarantaine de missionnaires des quatre vicariats du Japon. Elle a eu lieu dans l’église Saint-Paul d’Asakusa, que deux excellentes raisons ont fait choisir pour la circonstance : Mgr Berlioz se retrouvait là dans une chrétienté qu’il administrait, il y a six ans ; de plus, cette église est la plus vaste de Tokio. Elle n’en a pas moins été toute remplie de fidèles, avides d’assister à une consécration d’évêque, la première qui eût lieu à la capitale. Les chrétiens d’Asakusa surtout étaient tout à la joie, et ils l’ont témoigné en particulier par toutes les décorations dont ils ont orné l’église et les abords.

ÉTAT DU VICARIAT APRÈS LA SÉPARATION DE LA NOUVELLE MISSION. ─ « La mission ayant été ainsi divisée, le présent compte-rendu se bornera au « Japon septentrional » restreint dans ses nouvelles limites, c’est-à-dire comprenant seulement les 21 provinces de l’ile du Nippon, situées entre le Japon central et le vicariat de Hakodaté tel qu’il vient d’être décrit.
« Ces 21 provinces comptent environ 13.800.000 habitants, et, d’après le dernier recensement, 9.660 catholiques. Le personnel de la mission et des maisons d’éducation, actuellement, est ainsi composé : Un évêque, 24 missionnaires européens, 2 clercs minorés indigènes, 32 catéchistes et élèves catéchistes, 13 marianites, dont 3 prêtres et 10 frères laïcs, 23 religieuses du Saint-Enfant-Jésus (dites de Saint-Maur), dont 19 européennes et 4 indigènes, plus 8 novices ou postulantes indigènes, 10 Sœurs de Saint-Paul de Chartres et 5 postulantes indigènes.
« Les établissements du vicariat se réduisent maintenant aux suivants : 9 postes ou districts, 59 chrétientés ; 44 églises ou chapelles, dont plus de la moitié sont de simples oratoires Improvisés dans des maisons japonaises ; 1 séminaire très réduit, où 2 élèves achèvent leur cours de théologie ; 4 autres séminaristes, appartenant à la mission, étudient au séminaire de Nagasaki, dont Mgr Cousin a bien voulu, l’an dernier, ouvrir les portes à nos élèves. Une petite école préparatoire au séminaire, ouverte aussi l’année dernière, compte actuellement 6 enfants. 1 collège dirigé par les Marianites, ayant 35 pensionnaires et 45 externes ; 20 écoles (3 de garçons, 4 de filles et 13 mixtes) réunissant un total de 1.418 élèves, soit 463 garçons et 955 filles ; 4 orphelinats, élevant l’un 142 garçons et les 3 autres 859 filles ; 7 ateliers et ouvroirs fréquentés par 88 élèves, 3 pharmacies tenues par les Sœurs ; enfin un hôpital de lépreux avec 34 malades.
« Voici d’ailleurs comment se répartissent entre les différents postes ou districts de la mission les chiffres ci-dessus, ainsi que celui de la population catholique :

Baptêmes
Population Baptêmes Hérétiques d’enfants d’enfants
Catholique d’adultes. convertis, de païens. de chrét.

Ville de Tokio:
Tsukiji 580 125 3 55 11
Ogawamachi 833 332 3 92 11
Asakusa 1.058 141 4 12 23
Honjo 488 7 » 5 16
Azabu 165 3 » 1 2
Districts de:
Tokio 3.113 82 1 53 52
Yokohama 2.774 83 1 63 17
Nagoya 401 133 3 38 8
Matsumoto 213 7 » 3 5
Kanazawa 35 10 » » »

« A Ogawamachi, l’année a été bonne. M. Papinot, chargé de ce poste, écrit que la ferveur des fidèles s’est réchauffée particulièrement à l’occasion d’une mission prêchée, au mois de mars, par MM. Brotelande et Testevuide. Les bons se sont affermis, et plus d’un retardataire s’est mis en règle avec Dieu et sa conscience.
« Les confréries du Saint-Sacrement et du Rosaire ont contribué, pour leur part, aux résultats obtenus. L’association des enfants de Marie a produit aussi d’heureux fruits parmi les jeunes filles. Chacune de ces confréries a son dimanche du mois, où les membres se font ordinairement un devoir de s’approcher de la sainte Table, le matin, et se réunissent, l’après-midi, pour un exercice spécial, comprenant sermon, prières, etc. Les hommes s’associent plutôt à la confrérie du Saint-Sacrement, et les femmes à celle du Rosaire. Ceci permet au missionnaire d’adresser aux uns et aux autres des instructions plus appropriées à leurs besoins particuliers.
« M. Brotelande déplore un certain relâchement parmi les anciens chrétiens d’Asakusa. Néanmoins là, comme a Tsukiji, un bon noyau se maintient fidèle à la fréquentation des Sacrements. Ils s’approchent de la sainte Table ordinairement une fois par mois, et beaucoup le font plus souvent.
« Un chrétien de Tsukiji vient de donner un touchant témoignage de son attachement à sa religion, et je me fais un plaisir de le rapporter ici.
« Depuis plusieurs années déjà, ce pauvre homme fait le métier de kurumaya, c’est-à-dire qu’il traîne une de ces petites voitures dont on se sert si communément, au Japon, pour voyager. Ce rude métier, trop souvent peu lucratif, est toute sa ressource pour vivre et pour entretenir sa famille, qui se compose de sa mère, de sa femme et de cinq enfants. Notre kurumaya fut baptisé dans le protestisme, il y a déjà bon nombre d’années ; alors il se trouvait dans une condition assez aisée. Peu de temps après, il abjura l’hérésie, quand il en reconnut les erreurs. Or, dernièrement, dans l’extrême pauvreté où il est réduit, il reçoit d’une dame appartenant à une mission protestante de Tokio, une proposition des plus séduisantes pour la pauvre nature humaine. Elle lui offre chez elle une place de confiance, lui demandant simplement de garder sa maison, en son absence, et de catéchiser les personnes qu’elle lui adressera. Pour cela elle lui promet une rétribution de dix yen par mois (plus de 50 fr.).
« Bien entendu, il lui faudra revenir au protestantisme qu’il a pratiqué autrefois ! Mais cette religion est le véritable christianisme, et la dame s’évertue à le lui démontrer par toutes sortes de raisons. Bref, notre kurumaya, par politesse ou autrement, demande à réfléchir avant de donner sa réponse. Il vient alors trouver le missionnaire auquel il s’adresse ordinairement, et il lui fait part de la circonstance. Il va sans dire qu’il en reçoit la réponse à laquelle il s’attendait parfaitement, et il se retire bien décidé à agir en conséquence. Néanmoins, il veut à son tour tenter sa famille. Rentrant assez tard chez lui, il trouve tout le monde endormi. Il réveille d’abord sa femme et lui dit : J’ai trouvé une bonne place de dix yen par mois, voilà une excellente affaire! seulement, il faudra nous faire protestants. ─ Jamais ! répond la femme. Il réveille à leur tour ses deux aînés et leur annonce la même bonne nouvelle, et aussi... la malheureuse condition. Les enfants répondent comme la mère : Oh ! c’est impossible ! ─ Le lendemain matin, le généreux catholique allait tout joyeux remercier la dame protestante de sa brillante proposition, en ajoutant que lui et sa famille tenaient avant tout a rester fidèles à leur religion. La bonne Providence s’est chargée de récompenser presque immédiatement cette belle conduite. Trois jours après, en effet, une place également fort avantageuse se trouvait vacante dans une excellente maison catholique ; elle a été offerte au pauvre kurumaya, et, cette fois, il a accepté de grand cœur, en remerciant Dieu de se montrer si bon pour lui et les siens.
« La chrétienté japonaise deYokohama et toutes celles du vaste district rattaché à cette ville ont été fortement éprouvées, cette année, par suite de la longue maladie des deux missionnaires qui en étaient chargés, MM. Testevuide et Guenin, et surtout par la mort de M. Testevuide. Me réservant de dire plus loin les diverses tribulations dont il a plu à Dieu d’affliger la mission, depuis un an, je me borne ici à signaler en particulier la part qu’a eue le district de Yokohama, dans ces épreuves.
« Dès le mois de décembre 1890, M. Testevuide se vit contraint, par de violentes douleurs d’estomac, de suspendre la visite de ses chrétientés. Après Pàques, il se crut suffisamment remis pour pouvoir se remettre en route, afin de faire remplir le devoir pascal, dans les stations échelonnées sur le Tokaido, mais il revint exténué, et ce fut, hélas ! la fin de son ministère. Parti peu de temps après pour le sanatorium de Hong-kong, d’après l’avis formel du médecin, il est mort le 3 août dernier. M. Steichen, à qui ont été confiées toutes ces chrétientés du Tokaido, depuis Yokohama jusqu’à Hamamatsu, vient de les visiter pour la première fois. Il a pu déjà admirer, dans son ensemble, tout le travail fait avec tant de persévérance par son zélé prédécesseur. Mais il n’a pas encore été à même de se rendre suffisamment compte de l’état des chrétientés pour pouvoi ; en donner son rapport.
« A Yokohama même, et dans les stations des environs, depuis que la maladie a aussi empêché M. Guenin de continuer son ministère, les chrétiens ont été administrés par M. Lemaréchal, autant que ses autres fonctions le lui ont permis. Depuis quelques mois, il est aidé par M. Mayrand. Cet état de choses aura inévitablement ralenti pour un temps l’action sur les païens. Quant aux chrétiens, généralement ils ont pu entendre la messe, à peu près comme par le passé, et s’approcher des sacrements assez facilement.
« Rien de saillant n’est signalé, par rapport aux chrétientés des districts de Tokio et de Nagoya. L’administration s’y est faite à l’ordinaire, jusqu’à ces derniers temps. Mais, depuis la mort de M. Testevuide, la condition du district de Tokio est notablement changée. Il a été nécessaire de confier plusieurs nouvelles charges à M. Vigroux, entre autres celles d’administrer la chrétienté de Tsukiji et de pourvoir aux divers besoins, temporels et spirituels, de l’hôpital des Lépreux, à Gotemba. Par suite, M. Cadilhac, jusqu’à présent vicaire de M. Vigroux dans le district de Tokio, se trouve maintenant obligé de soigner presque seul environ 3.000 chrétiens disséminés dans six provinces ! La charge est évidemment trop lourde, et j’aspire à pouvoir la diminuer au plus tôt.
« A Matsumoto, écrit M. Peri, la chrétienté se maintient. L’assistance à la messe est bonne, et les sacrements sont fréquentés assez régulièrement. Mais il y a peu de zèle pour procurer de nouvelles conversions. A Yamashiro, l’ensemble est moins satisfaisant, et il semble même inspirer quelque crainte au missionnaire.
« Quant à Kanazawa, M. Clément y est fixé depuis trop peu de temps pour en parler avec quelques détails. Espérons que le noyau de chrétiens qui existe déjà, dans cette ville, se développera peu à peu. Les 10 adultes récemment baptisés ajoutent encore à cet espoir.

ENSEIGNEMENT. ─ « La très importante affaire de l’éducation et de l’instruction de la jeunesse est toujours l’objet du plus grand zèle de tous ceux et celles à qui elle est plus spécialement confiée, dans la Mission.
« Le Collège dirigé par les Marianites voit d’ailleurs le nombre de ses élèves croître chaque année, non pas sans doute aussi notablement que le mérite de l’établissement le conseillerait aux familles indigènes qui ont des enfants à élever. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il est ordinaire à beaucoup de Japonais de prendre leur temps pour accorder toute leur confiance à des maîtres étrangers. Quelques-uns regardent aussi à ce qu’en pensent leurs voisins, même après que leur propre appréciation est formée. D’ailleurs, jusqu’à présent, MM. les Marianites ont eu à peine le suffisant, en fait de bâtiment, pour recevoir le nombre d’élèves qu’ils ont maintenant. Quand ils auront leur établissement définitif, dont la construction doit être prochaine, l’espace et l’aspect, surtout dans la magnifique situation qu’ils occupent, s’ajouteront heureusement à toutes les autres conditions qui ont déjà attiré, spécialement de la part des Européens de toute nationalité, tant de considération et de confiance à cette nouvelle école.
« Le jour de la distribution des prix, au mois de juillet dernier, l’assistance nombreuse et distinguée qui remplissait la salle était un nouveau témoignage de cette estime générale. Au moins deux cents personnes étaient venues assister à la fête ; et, parmi elles, on remarquait les ministres de France, d’Autriche-Hongrie, de Russie, le chargé d’affaires du Portugal, des membres de la Légation d’Espagne, et diverses autres notabilités étrangères et indigènes. Plusieurs journaux anglais de Yokohama rendaient compte ensuite, dans les termes les plus flatteurs, des exercices qui avaient précédé la distribution des prix, exercices qui faisaient ressortir, une fois de plus, l’habileté des maîtres et aussi les excellentes aptitudes de leurs élèves en général.
« Les pensionnats des Dames de Saint-Maur à Yokohama et à Tokio, et celui des Sœurs de Saint-Paul, à Ogawamachi, ont compté seulement quelques élèves de plus que l’année précédente, environ une douzaine. Ce n’est certes pas la faute de nos bonnes religieuses, toujours si dévouées à toutes leurs œuvres ! Plusieurs causes peuvent contribuer à retarder le développement de ces pensionnats. Il est possible qu’une de ces causes vienne précisément de ce qui est cependant un grand bienfait pour les jeunes filles entrées jusqu’ici dans ces maisons. Arrivées païennes, elles sont presque toutes devenues chrétiennes, un peu plus tôt ou un peu plus tard. Sans doute leur conversion a été parfaitement libre de leur part. Il se peut, néanmoins, que le fait détourne les familles, encore étrangères sinon hostiles au christianisme, d’envoyer leurs enfants dans un milieu produisant de telles influences. En outre, malgré la séparation qui existe, à l’intérieur des maisons de nos religieuses, entre le pensionnat et l’orphelinat, il paraît bien, cependant, que la juxtaposition de ces deux divisions de l’établissement n’est pas favorable au progrès du pensionnat.

SAINTE-ENFANCE.─ « Il n’y a aucun changement notable à signaler, cette année, par rapport aux œuvres soutenues par la Sainte-Enfance. Les orphelinats dirigés par les Sœurs du Saint-Enfant Jésus (ou de Saint-Maur) et par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres sont toujours aussi pleins que possible ; et les enfants, grandes et petites, y sont constamment l’objet de toute la sollicitude de Ces nouvelles mères que leur donne la Providence.
« L’orphelinat des garçons, confié à M. Rey, se maintient également sur un bon pied. Ses petits ateliers, en particulier, paraissent être de plus en plus en faveur, non seulement auprès des enfants de la maison, mais aussi devant le public, qui leur témoigne beaucoup de sympathie. Une nouvelle catégorie de petits ouvriers, celle des cordonniers, vient de s’ajouter aux plus anciennes, comprenant boulangers, charpentiers et tailleurs. Jusqu’à présent, ces ateliers n’ont encore que l’avantage d’apprendre des métiers aux enfants. Les légers profits que les uns peuvent produire n’arrivent pas toujours à combler les déboursés nécessités par les autres.
« Quant aux écoles, celles des orphelinats, soit de garçons soit de filles, fonctionnent toujours très régulièrement. Il en est de même des petites écoles établies près de plusieurs églises. Les autres, qui sont moins sous la main des missionnaires, donnent plus de souci, pour leur faire produire le bien qu’on en attend. Il faut parfois se résigner à en supprimer quelqu’une ici, pour la remplacer là où l’on espère un résultat meilleur. En somme, on a pu au moins maintenir, dans l’étendue du vicariat actuel, l’ensemble de ce qui existait, l’année dernière.

JOURNAL. ─ « Je ne veux pas omettre de dire au moins un mot, dans ce compte-rendu, du journal japonais publié parla mission depuis un certain nombre d’années. M. Drouart de Lezey en a présentement la direction, et il y apporte le plus grand zèle.
« Ce journal, contenant des articles religieux, scientifiques, historiques, etc., a principalement pour but de porter quelque connaissance de la religion chrétienne à des hommes qui ne viennent pas la chercher chez les missionnaires ou dans leurs chapelles.
« Une feuille catholique s’impose d’ailleurs d’autant plus dans ce pays, que la presse est pour le schisme et l’hérésie, autour de nous, un grand moyen d’action. Il n’est pas possible de le leur abandonner exclusivement, sans essayer d’en profiter comme eux. En cela nous ne faisons que suivre les avis et les instrustions données à tous par le Souverain Pontife, notre guide à tous égards.
« Notre modeste journal ne passe pas inaperçus parmi les autres journaux. Une quinzaine de ceux-ci ont déjà damandé à échanger avec lui leurs feuilles respectives, et plusieurs de ses articles ont été reproduits dans de grands journaux de Tokio.

CONSTRUCTIONS, etc. ─ « Les travaux de construction ou de restauration exécutés cette année dans la mission regardent Utsunomiya et Ogawamachi.
« A Utsunomiya, M. Vigroux a pu, grâce aux secours particuliers que lui ont procurés ses amis, élever une habitation très simple, mais bien convenable, pour le missionnaire chargé d’administrer les vastes provinces du district. Cette ville, chef-lieu du Ken (ou département) de Tochigi, relie ce Ken à celui de Mito. Par sa position et les lignes de chemins de fer qui la traversent, elle est le centre naturel de tout le pays. Déjà nombre de chrétientés naissantes existent tout autour. Pour ces chrétientés dispersées, l’installation d’Utsunomiya, si modeste qu’elle soit, leur sera d’un grand secours, pour se réunir autour du missionnaire, hors le temps de ses voyages, les dimanches et jours de fête.
« A Ogawamachi, M. Papinot a trouvé aussi le moyen de transformer complètement la pauvre chapelle du lieu. Elle n’est plus reconnaissable. Improvisée, jadis, dans une vieille construction japonaise toute en bois, dont les soutiens menaçaient ruine depuis longtemps, elle a été d’abord comme rajeunie à sa base, puis l’intérieur refait tout à neuf a pris la physionomie d’une jolie petite chapelle à trois nefs, avec fausse voûte. Sans doute, ce n’est pas un monument à durer des siècles ! Mais, à défaut de ressources suffisantes pour faire mieux, cette restauration, qui peut répondre aux plus pressants besoins, pour un certain nombre d’années, vu surtout l’agrandissement procuré par la construction d’un nouveau sanctuaire, est d’un immense avantage pour la chrétienté. Cette amélioration est due au généreux concours de quelques familles européennes qui fréquentent Ogawamachi, et à une petite cotisation des chrétiens indigènes, ainsi qu’au bon goût de M. Papinot et à la direction qu’il a donnée aux ouvriers dans l’exécution des travaux.
« Je terminerai ce compte-rendu en rappelant les principales épreuves qu’il a plu au bon Dieu de nous envoyer pendant cet exercice.
« A la clôture du précédent, la mission faisait déjà une perte considérable par la mort de M. Cussonneau, emporté en quelques jours par la fièvre typhoïde.
« Sur la fin de décembre et au mois de janvier, l’infiuenza envahissait à son tour les maisons de la mission, à Yokohama d’abord, puis à Tokio. A Yokohama, tous les missionnaires et leurs domestiques furent pris en même temps. Mais, grâces à Dieu, la maladie ne fut mortelle pour personne. A Tokio, elle commença à sévir à l’orphelinat des garçons, à Sekiguchi. M. Rey eut jusqu’à 130 malades à la fois dans son établissement ! C’était un véritable hôpital.
« MM. Cadilhac et Berger allèrent porter secours au pauvre confrère, qui succombait de fatigue et de soucis. Hélas ! M. Berger, revenu à Tsukiji pour prendre un peu de repos, se trouva lui-même atteint de la maladie, et il expirait au bout d’une semaine, le 18 janvier.
« MM. Ligneul et Steichen souffraient également. Dès le lendemain de l’enterrement de M. Berger, M. Ligneul fut contraint de garder le lit, et huit jours après, il recevait l’Extrême-Onction, le médecin regardant son état comme absolument désespéré. Grâces à Dieu, ce sacrement des mourants parut être pour notre cher confrère comme une sorte de résurrection. Depuis, il alla constamment de mieux en mieux ; et, s’il lui est resté durant sa longue convalescence, et même après, un souvenir trop réel de sa maladie, il n’en a pas moins repris, avec l’ardeur qui le caractérise, tous ses travaux ordinaires.
« Pendant que l’influenza causait ainsi tant de douloureuses anxiétés, M. Testevuide continuait d’éprouver assez fréquemment ces violentes douleurs d’estomac qui l’avaient condamné au repos, depuis le mois de décembre. Son état toutefois, tout en nous remplissant tous d’une vive compassion pour un confrère très aimé et souffrant, n’inspirait encore à personne aucune crainte sérieuse. On croyait à une maladie que le repos et quelques soins dissiperaient après un peu de temps. On comprenait fort bien d’ailleurs combien un missionnaire si zélé devait souffrir moralement de sentir ses chrétientés un peu négligées forcément, par suite de son état de santé. Aussi, quand, après Pâques, se croyant mieux, M. Testevuide voulut aller visiter celles qui se trouvent le long du Tokaido, afin de faire remplir le devoir pascal aux chrétiens, on ne songea pas trop à l’en détourner, le médecin ne s’y opposant pas lui-même, et vu l’espoir que cette sortie, accompagnée de quelques précautions faciles à prendre, pourrait même faire une diversion avantageuse pour lui. Hélas ! comme on l’a déjà dit plus haut, le pauvre Père revint épuisé... Peu après son retour, le docteur déclara que, sans en avoir encore la preuve certaine, il craignait fort que le mal ne fût un cancer à l’estomac. En tout cas, pour lui assurer plus de tranquillité qu’il ne s’en accordait à côté de ses chers chrétiens, le médecin trouva bon d’envoyer le malade au sanatorium de Hong-kong. Le docteur de l’établissement constata bientôt la réalité de la maladie soupçonnée par son confrère de Tokio. Et ce mal fit de si rapides progrès, qu’environ deux mois après, le 3 août, notre cher confrère rendait sa belle âme à Dieu. Il allait recevoir, nous n’en doutons pas, la récompense méritée par une sainte vie et tant d’œuvres de zèle, dont une des dernières avait été la fondation de l’hôpital des lépreux, près de Gotemba.
« Mais quelle perte pour la mission que celle d’un tel ouvrier ! Surtout quand on considère le ministère étendu qu’il exerçait, et l’extrême difficulté de l’y remplacer, tous les autres missionnaires se trouvant eux-mêmes si entièrement employés dans d’autres charges. Il a fallu cependant se résigner à faire plus d’un sacrifice, afin de soutenir le principal...
« En attendant qu’Il nous envoie d’autres secours, que Dieu daigne nous multiplier ses grâces, pour qu’aucune des œuvres de la mission n’ait trop à souffrir de cette dernière épreuve, non plus que de toutes les précédentes ! »




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