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Rapport annuel des évêques

Année: 1892
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr COUSIN

IV. — Nagasaki.


Population catholique 28.886
Baptêmes d’adultes 662
Conversions d’hérétiques 8
Baptêmes d’enfants de païens 281
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LETTRE DE MGR COUSIN, ÉVÊQUE DE NAGASAKI, A MM. LES DIRECTEURS
DU SÉMINAIRE DE PARIS.

Nagasaki, le 17 novembre 1892.

« Bien vénérés Messieurs,

« La dissolution de la Chambre des représentants et les électionsqui ont suivi ont été, cette année, la cause d’une agitation dont le Japon n’avait pas encore eu le spectacle, et qui donne lieu de tout craindre pour l’avenir.
« Dans plusieurs circonscriptions électorales du diocèse de Nagasaki, il y a eu des blessés et des morts, et de leur sang ne germeront certainement pas l’apaisement et la concorde.
« En présence d’un tel déchaînement des plus violentes passions, notre rôle était tout tracé : se tenir tranquilles et laisser passer l’orage, comme l’abeille qui se blottit dans sa ruche pendant la tempête, et au premier rayon du soleil, recommence à butiner sur toutes les fleurs qui se présentent.
« Mais nous avions compté sans les manœuvres électorales, comme on dit dans les pays du suffrage universel.
« Un infime journal d’une province fort éloignée et étrangère à cette mission, eut l’idée néfaste de révéler aux électeurs des deux partis en présence, que l’évêque catholique de Nagasaki avait remis au comte Okuma, chef du parti libéral, la somme de 50,000 piastres, à la condition que si les élections lui étaient favorables et le ramenaient au pouvoir, il déclarerait le catholicisme religion de l’État et nous accorderait toutes sortes de privilèges.
« A peine éclos, le « canard » prit son vol vers la capitale et s’abattit dans les bureaux du principal journal de la cité. Il en sortit bientôt toute une nichée de ses pareils, qui s’élancèrent dans toutes les directions. La classe éclairée et les hommes du gouvernement ne s’y trompèrent pas, mais parmi le peuple, la nouvelle trouva créance et ce fut bientôt dans tous les journaux et les réunions publiques une avalanche de malédictions qui, au fond, étaient dirigées contre nous. Le Gouvernement trouvant avantage à laisser dire que le parti libéral cherchait à vendre le pays aux étrangers, les autorités locales se gardèrent bien, malgré nos démentis, d’empêcher la calomnie de circuler, et les adversaires, pour se laver d’un reproche qui leur était fatal, enchérirent encore sur les diatribes ordinaires pour prouver qu’ils étaient et voulaient rester nos ennemis.
« Les bonzes ne laissèrent pas passer une si belle occasion de se venger de nos petits succès. Ils se mirent partout en campagne et déclamèrent à qui mieux mieux contre le danger de laisser s’introduire au Japon une religion dont le seul but est de renverser le Gouvernement et de livrer le pays à l’étranger. « Tous les chrétiens, disaient-ils, sont des traîtres, et il faut les « punir comme tels. »
« Quelques-uns de nos nouveaux convertis, pris de peur, cessèrent aussitôt leurs pratiques religieuses. Le nombre en est petit, et nous espérons que le calme une fois rétabli, ils nous reviendront, mais il n’en faut pas douter, plusieurs de ceux en qui la grâce agissait déjà et qui se seraient laissés conduire par elle tout doucement jusqu’au baptême, n’ont pas osé braver l’opinion, ou même ont été trompés par les calomnies qu’ils ont entendu débiter contre nous. Que Dieu récompense leur première bonne volonté par une surabondance de lumière, et leur fasse enfin découvrir la voie du salut !
« A part ce coup de vent qui, du reste, ne s’est jamais fait sentir partout avec la même violence, le ministère de nos confrères n’a rencontré que les obstacles ordinaires. Vous les connaissez déjà, sans qu’il soit besoin de vous les rappeler. Je n’ose pas dire que ce ministère ait été bien fructueux, car les petits résultats que nous pouvons enregistrer sont toujours bien au-dessous de nos désirs et même de nos espérances, mais il y aurait ingratitude de notre part à ne pas reconnaître que le Maître de la moisson nous a généreusement favorisés, et que, relativement aux années précédentes, nous avons fait une bonne récolte.
« Le chiffre de nos baptêmes s’est élevé à 1.941 et, dans ce nombre, on compte 662 adultes. Ajoutez à cela 19.000 confessions annuelles et plus de 16.000 communions pascales, qui disent assez le zèle des ouvriers apostoliques et la fidélité de nos chrétiens à remplir les obligations que ce titre leur impose.
« Dans bien des districts, le nombre des communions de dévotion (11 à 12.000 à Urakami), l’assistance régulière à la sainte messe, les dimanches et fêtes et même dans la semaine, sont la grande consolation des missionnaires. Il y a aussi des chrétientés où les pieux exercices du mois de Marie, du Saint-Rosaire, du Sacré-Cœur , du Carême et, en tout temps, du Chemin de la Croix, sont suivis avec une piété véritable qui prouve qu’au milieu de ce pays encore païen, il y a des lieux privilégiés où Notre-Seigneur est connu, des âmes droites qui l’aiment et le servent en esprit et en vérité.
« L’état de la mission », que je joins à ce compte-rendu, suffirait à vous faire saisir d’un coup d’œil l’ensemble de notre personnel et de nos établissements, et à vous indiquer sommairement les districts où le mouvement de conversions, sous l’action de la grâce, a été le plus grand. Les résultats obtenus ne sont pas toujours du reste la mesure exacte des moyens mis en œuvre et du zèle dépensé. Dieu seul peut apprécier à sa juste valeur le mérite de ceux qui travaillent pour Lui, et n’attendent que de Lui leur récompense. Espérons donc que cette récompense sera la même pour tous les missionnaires du Japon méridional. La preuve en serait longue, si je voulais reproduire intégralement les relations d’ailleurs fort intéressantes que j’ai reçues de la plupart des districts, et qui racontent en détail le ministère de chaque jour, les espérances conçues et longtemps caressées, les essais tentés, les succès obtenus et souvent aussi les déceptions nombreuses, les difficultés et les déboires. Permettez-moi de prendre seulement dans quelques-unes de ces relations les faits les plus saillants, les plus propres à vous donner une idée claire de notre situation.
« La petite communauté étrangère qui dépend de la cathédrale et dont je suis chargé, dit le « P. Salmon, compte des Autrichiens, des Français, des Américains, un Belge, un Italien, des « Portugais et quelques Chinois. Ce n’est pas la calomnier que de la dire peu fervente. « Cependant elle n’a pas complètement perdu la foi ! Vienne une occasion décisive, et celui « qui semblait absolument éloigné de l’Eglise, réclame son assistance. C’est ce que j’ai « constaté avec joie, en février, au sujet d’un petit commerçant italien qui, se croyant en « danger de mort, me fit appeler pour recevoir les sacrements. Ne trouvant pas la maladie « grave, je me contentai d’exhorter mon paroissien à faire baptiser la Japonaise avec laquelle « il vivait, ensuite à se marier religieusement avec elle. Il l’a fait, et deux de ses compagnons « catholiques l’ont imité. »
« Dans l’intérieur de la ville, le prêtre japonais, qui est chargé de la paroisse indigène, avait, depuis trois ans, sa petite chapelle et sa résidence dans une maison de location. Outre qu’un état si précaire est toujours sujet à mille inconvénients, cette installation provisoire ne répondait pas à l’un des buts pour lequel elle avait été faite. En effet, notre maison était trop petite pour recevoir les prêtres indigènes de passage à Nagasaki. Il fallait les envoyer chez leur collègue de la ville, et là encore la place manquait.
« Nous avons dû nous résigner à un lourd sacrifice, et nous avons cru que la Providence nous y invitait en nous faisant rencontrer un magnifique terrain, situé au pied de la Montagne des Martyrs, et sur lequel était jadis l’hôtel du prince d’Omura. Le palais a disparu, mais il restait assez de constructions pour nous dispenser de bâtir. Quelques réparations ont permis d’aménager un nombre de chambres suffisant pour loger nos prêtres indigènes, même quand ils sont tous réunis pour la retraite ; nous avons là aussi des salles de conférences, et un local assez spacieux qui sert de chapelle provisoire à la jeune chrétienté : la place est tout indiquée pour une belle église, dont la vue dira la rentrée du catholicisme dans une ville qu’il a fondée et qui longtemps lui appartint tout entière.
« Le P. Fraineau, à qui les consolations ne manquent pas dans sa nombreuse chrétienté d’Urakami, met au premier rang celle qu’il éprouve à voir la dévotion filiale de sa paroisse envers la très sainte Vierge. Impossible de ne pas jeter en passant un coup d’oeil sur le tableau ravissant qu’il en offre :
« ... Pendant les mois de Marie et du Rosaire, chaque soir, l’église se remplit comme aux « grandes fêtes. Et cependant ce sont les deux époques les plus pénibles de l’année pour les « travaux de l’agriculture. Au mois de mai, on coupe le blé, on prépare déjà les rizières... Au « mois d’octobre, on coupe le riz, on recueille les pommes de terre. A ce moment-là, dès le « matin, tout le monde est dans les champs ; le jour suffit à peine pour le travail, on le « prolonge jusqu’à la dernière lueur du crépuscule.
« La cloche de l’église tinte alors ses Ave Maria de l’Angelus et appelle en même temps « aux exercices en l’honneur de Marie.
« Les enfants se réunissent autour du père et de la mère ; on s’agenouille, le visage tourné « vers l’église, et par la salutation angélique on consacre à la sainte Vierge la dernière heure « du jour.
« La prière terminée, on se lève, on rajuste ses habits, on secoue la poussière, on essuie la « sueur de son visage, et pendant que quelqu’un se dévoue pour porter à la maison les « instruments de travail, le reste de la troupe prend le chemin de l’église. Ce n’est en effet « qu’après avoir assisté aux exercices du mois de Marie ou du Rosaire que ces braves gens « vont prendre le repas du soir et se reposer des rudes fatigues de la journée. — Les exercices « du Carême sont aussi suivis avec beaucoup de ferveur et de dévotion. Le Chemin de Croix, « qui se fait alors tous les dimanches, après le salut, et le vendredi soir, à la tombée de la nuit, « attire toujours un grand nombre d’hommes et de jeunes gens… »
« Pour la première fois, cette année, j’ai été l’heureux témoin de la belle procession de la Fête-Dieu, qui a lieu dans cette pieuse chrétienté. Avec quelle émotion je portais en triomphe le Dieu de l’Eucharistie là où naguère tous les habitants étaient sommés de fouler la croix aux pieds. La jeune fanfare de la paroisse, en jetant à tous les échos ses notes plus bruyantes qu’harmonieuses, ne laissait ignorer à personne cette douce vérité : à Urakami, le Christ a vaincu ses ennemis, il règne sur ses enfants. « Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. »
« Le P. Marmand, dans son district des îles de l’entrée du port, a sept églises ou chrétientés différentes à desservir : « ... C’est, dit-il, celle de Takajima qui me cause le plus de soucis et le « plus de joie, si l’on peut associer ces deux mots. Il y a là, en effet, une population « hétérogène au possible, qui vit presque tout entière du produit de la mine de charbon, dont « les galeries s’étendent dans toutes les directions, jusque sous la mer. Le missionnaire « constate avec joie que, malgré un contact malsain et journalier, le petit noyau de chrétiens se « conserve magnifiquement. Deo sit gloria !
« Mais quelle tristesse de voir que pour la population païenne, la propagande religieuse est « impossible, par suite de l’instabilité des familles et des individus et du débordement des « mœurs !
« Parmi les descendants des anciens chrétiens qui restent encore séparés nous faisons « chaque année quelques petits progrès. Pendant le dernier exercice trois vieillards ont été « baptisés, à l’article de la mort. Une bonne vieille a reçu le sacrement de la régénération au « moment de paraître devant le bon Dieu, et laissé son mari bien décidé à se faire instruire. Ce « brave homme, chef collecteur des aumônes ou contributions du clan des séparés pour le « bonze de Kashiyama, a d’abord donné sa démission, puis s’est rendu très régulièrement « chez le catéchiste pendant un mois environ. Mais les persécutions journalières et les « mauvais traitements de son fils aîné, chef de famille, l’ont découragé et il a cessé de se faire « instruire, du moins ouvertement. J’ai confiance qu’il nous reviendra un peu plus tard ; Dieu « lui accordera sans doute la grâce du baptême, car il continue à réciter en secret les prières « qu’il a apprises, et il ne participe plus à aucune réunion des séparés, dont il était un des « chefs.
« Un mot sur l’achèvement et la bénédiction de l’église de Okinoshima. Le 7 avril dernier, « dès le matin, malgré des menaces de pluie, toute ma chrétienté se mettait en mouvement. Il « est enfin arrivé le jour si désiré qui doit couronner trois années de labeurs ; chrétiens et « missionnaire sont dans l’allégresse, tout est prêt pour recevoir l’envoyé du Seigneur : « Benedictus qui venit innomine Domini.
« Entouré de notre cher vicaire général, des supérieurs, professeurs et élèves du séminaire, « des religieux, frères de Marie, et de plusieurs missionnaires, vous avez bénit notre église, « Monseigneur, et chanté une messe pontificale dont l’éclat était rehaussé par la présence de « la fanfare d’Urakami. Cette fête est restée gravée dans le cœur des chrétiens et de leur « missionnaire. Trois mille personnes sont accourues de toutes les îles voisines. La moitié des « spectateurs était païenne ; cela dit assez tout l’intérêt qui s’attache aux manifestations « extérieures de notre culte.
« La voilà donc, cette bélle église de Saint-Michel avec sa façade blanche, surmontée d’un « clocher et de quatre clochetons, dominant toute l’entrée de la rade et s’imposant aux regards « des Japonais et des Étrangers, que de nombreux navires à vapeur amènent chaque jour à « Nagasaki.
« Merci à tous ceux qui nous sont venus en aide, et que saint Michel les protège !... »
« Hirado est peut-être le district où les « séparés » se trouvent encore en plus grand nombre. L’ambition du P. Matrat et de son vicaire japonais serait de les ramener tous à la véritable pratique du Christianisme, et ils ne négligent aucun moyen pour atteindre ce but. Cette année, le zèle de notre confrère a été paralysé par la maladie, qui lui a laissé à peine assez de forces pour le ministère ordinaire auprès des chrétiens, et par les intrigues d’une société que le maire et le bonze d’un gros village ont organisée pour ruiner la légitime influence des chrétiens.
« ... Mais, continue le P. Matrat, laudetur Jesus Christus ! Ce que la malice des hommes et « le mauvais état de ma santé nous ont empêché de faire pour la conversion des infidèles, le « bon Dieu l’a fait lui-même et bien mieux que nous : voici comment. L’an dernier, depuis le « mois d’août jusqu’au mois de novembre, une épidémie de dysenterie a ravagé Ikitsuki, « Ojima, Shishi et Nejiko. Ce fléau a été pour beaucoup d’âmes une grâce de salut. « J’employai sept infirmières chrétiennes qui, tout en soignant les corps, baptisèrent les « enfants en danger de mort, et les adultes qu’elles pouvaient convertir à leurs derniers « moments. Elles réussirent au-delà de nos espérances, car elles firent plus de 60 baptêmes.
« Plusieurs d’entre elles eurent beaucoup à souffrir, deux gagnèrent la maladie. Mais toutes « furent admirables de patience, de courage et de zèle. Leur charité qui ne faiblit pas un « moment fut un grand exemple, une vraie prédication pour les païens. J’espère que leurs « mérites seront une semence de conversions qui lèvera plus tard…
« L’administration des sacrements dans les 21 chrétientés du district s’est faite « régulièrement, sans grandes difficultés. Malgré la maladie, nous avons pu visiter au moins « trois fois chaque chrétienté ; d’abord pour entendre les confessions des enfants qui n’ont pas « encore fait la première communion, ensuite pour donner les sacrements aux fidèles qui ont « déjà communié, et enfin pour revoir ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne « s’étaient pas approchés de la sainte Table, à la visite précédente... »
« Avant de sortir des districts chrétiens, laissons le P. Pelu nous donner quelques détails bien édifiants...
« Cette année, la première communion a eu lieu dans trois chrétientés différentes, et 170 « enfants y ont pris part. Ces belles fêtes émeuvent profondément les parents, et personne ne « voudrait s’exposer à voir son enfant retardé faute d’instruction, aussi tous leur enseignent-ils « ou leur font-ils enseigner le catéchisme.
« L’établissement de la confrérie du Saint-Rosaire dans le district de Shimo-Goto, a été le « fait le plus saillant de l’année. Elle compte déjà dans chaque village beaucoup de membres « choisis parmi les plus fervents. Lorsque je crois devoir indiquer quelque pratique utile au « bien de la chrétienté, je suis certain d’avance que si tous ne répondent pas à mon désir, la « confrérie donne l’exemple et entraîne les autres. C’est ainsi que les jeunes gens et les jeunes « filles qui ont reçu la confirmation, deviennent des aides précieux pour enseigner la lettre du « catéchisme aux petits enfants de leur voisinage, et même à leurs parents moins instruits.
« Dans certaines chrétientés, le soir, lorsque les travaux ne sont pas pressants, la famille se « réunit autour du foyer, et souvent un enfant de 10 à 12 ans se fait le petit docteur de la « réunion. Souvent aussi, la journée du dimanche se termine par la récitation à haute voix et « en commun de tout le catéchisme, et les passages défectueux de cette récapitulation sont « l’objet d’une étude spéciale dans les cours de la semaine. Puisse cette excellente pratique se « généraliser ! »
« A Amakusa, le prêtre japonais qui a été chargé du ministère sous la direction du P. Ferrié a pu enregistrer 25 baptêmes d’adultes parmi ceux que nous appelons « séparés ». « Là « encore, la maladie a été la meilleure des prédications. On constate, dit le P. Ferrié, de vrais « miracles opérés par la grâce, comme le prouve le fait suivant dont j’ai été témoin à mon « dernier voyage à Amakusa.
« Kuboyama était un des plus riches et des plus influents personnages du village de Oye. « Ses ancêtres avaient été chrétiens, mais je ne sais pourquoi il détestait profondément le « Catholicisme, et empêchait ceux sur lesquels il avait quelque autorité de revenir à la « pratique de la véritable religion.
« Dès que je fus chargé du district d’Amakusa, j’essayai d’apprivoiser cet homme qui « m’avait frappé par sa droiture et sa fermeté de caractère. Il s’établit aussitôt entre nous des « relations amicales. J’étais bien reçu chez lui, mais il ne fallait pas faire tomber la « conversation sur la religion. « Je connais le Christianisme, disait-il, et quand je voudrai me « convertir, je vous le dirai de moi-même ; en attendant, ne parlons pas de cela. » Ainsi en fut-« il pendant trois ou quatre ans.
« Peu à peu, ce brave homme en arriva à dire moins de mal de la religion, il permit à sa « femme, à ses enfants, à ses petits-fils et à tous ses fermiers de s’instruire et de recevoir le « baptême, mais lui-même demeurait toujours inébranlable. Les jours de grande fête, il ne « venait pas, comme les autres « séparés », voir les cérémonies de l’Église...
« Sur ces entrefaites, il tombe malade et me fait appeler immédiatement. Je l’exhorte à « bien mourir, mais sa famille me prend à part et me prévient qu’une chose très grave pèse sur « le cœur du malade ; l’inimitié la plus complète règne entre lui et son frère. Depuis dix-huit « ans, ils n’ont jamais échangé une seule parole, et quand ils se rencontrent sur le chemin, ils « passent sans se saluer. Le maire et les principaux du village ont été priés d’intervenir, le « frère a consenti à se réconcilier, mais le malade refuse absolument de le voir.
« Revenu près du mourant, je lui parle de Dieu et de la vie future, et j’aborde l’affaire de la « réconciliation. « Père, me dit-il, je veux sauver mon âme, et j’en remets tout le soin entre « vos mains. Je ferai tout ce que vous voudrez. »
« La réconciliation eut lieu en présence des parents et amis qui la désiraient depuis « longtemps. Le malade reçut le baptême et, le lendemain, il leva les yeux sur moi en versant « des larmes : « Avez-vous encore, lui demandai-je, quelque chose sur la conscience ? — « Non, dit-il, je m’afflige de ce qu’ayant connu depuis si longtemps le bon Dieu, je l’ai aimé « si tard ! Il mourut quelques jours après dans ces saintes dipositions...
« Dans un district où il n’y a pas d’anciens chrétiens, le P. Sauret a partagé avec ses « auxiliaires, prêtres indigènes et catéchistes, le bonheur d’enregistrer 73 baptêmes d’adultes. « Mes catéchistes, quoique nouveaux convertis, sont admirables d’entrain. Chaque jour, je « leur explique la doctrine, et les voilà partis jusqu’au soir à la recherche des âmes. Les « baptêmes obtenus ne représentent pas le travail accompli ; car, pour en avoir cinquante, il « faut en préparer plus du double, et en essayer quatre fois plus. Les gens sont trop occupés « pour venir s’instruire chez nous, il faut aller chez eux, c’est déjà beaucoup d’obtenir qu’ils « cessent le travail quand le catéchiste se présente. Avant l’admission au baptême, on leur fait « au moins une soixantaine de visites... Souvent le catéchiste vient me dire : « Il importe « d’envoyer dans telle maison une femme catéchiste, j’y suis bien allé moi, mais je n’ai pu « rien faire. Il faut commencer par exhorter la maîtresse de maison et, quand je suis là, elle ne « paraît pas devant moi. — Pourquoi faut-il absolument exhorter la femme tout d’abord, « répliqué-je, c’est inutile ; si le mari se fait chrétien, la femme le suivra. — Oui, mais le mari « ne veut pas avoir l’air de s’instruire. La catéchiste pouvant pénétrer jusqu’à la maîtresse de « maison, lui parle de religion. Le mari qui entend dira peut-être que la religion est bonne « pour les femmes et inutile aux hommes : cependant, par curiosité il écoutera les paroles de « la catéchiste, et finira par désirer lui aussi qu’on le prépare au baptême. » — Tel est en effet « le principe de la plupart des conversions obtenues cette année. »
« Le P. Raguet, après avoir raconté que, dans la province de Bungo, où restaient concentrées toutes les œuvres du district, son zèle et celui de ses auxiliaires n’ont pas recueilli les fruits que l’on se croyait en droit d’attendre, se félicite d’avoir pu commencer effectivement l’évangélisation de la province voisine, celle de Hyuga.
« … Je suis heureux, dit-il, de pouvoir y compter déjà trois chrétientés.
« 1º Nobeoka, avec 12 fidèles appartenant à d’excellentes familles, quelques catéchumènes « et des espérances assez fondées de prochaines conversions.
« 2º Takachiho, avec 9 néophytes, soit trois familles et quelques catéchumènes.
« 3º Miyazaki, avec une résidence inaugurée récemment et un catéchiste à demeure. « Quelques personnes s’y instruisent et nous savons que la population a été très édifiée des « débuts de notre ministère en cet endroit. J’ai semé le bon grain dans quatre autres endroits « de Hyuga et j’espère qu’il germera grâce à la simplicité des habitants. Le Bouddhisme n’y « est guère pratiqué ; le Shintoïsme, quoique plus en faveur, n’enthousiasme pas la « population, et les exagérations des Protestants ont révolté beaucoup d’esprits.
« Il m’est impossible de renseigner Votre Grandeur sur l’état des sectes dissidentes, les « données étant par trop contradictoires, et le chiffre des baptêmes administrés par elles étant « six ou sept fois et même dix fois plus grand que le nombre de leurs adeptes. Les Russes ont « disparu, cette année même, de Nakatsu, d’Usuki et de Nobeoka. A Oïta, c’est à peine si on « s’aperçoit de leur présence. Ils doivent encore cependant être à Myakonojo, mais on ne les « trouverait pas ailleurs.
« Les « Congrégationalistes » comptent une centaine de baptisés dans le Hyuga. Les « Anglicans », une quarantaine, et cinq ou six à Oïta. Les « Méthodistes » m’ont affirmé avoir « administré une cinquantaine de baptêmes, mais ils sont ridiculisés et n’obtiennent que des « résultats insignifiants. Les « Presbytériens » ont à peine trente fidèles.
« Nos succès dépassent donc ceux de toutes les sectes dissidentes réunies ; de plus, le bon « exemple de nos nouveaux chrétiens rayonne aux environs, surtout celui de trois juges « catholiques et de leur famille. J’ai entendu dire par des personnes peu suspectes que l’Église « catholique est plus appréciée que les autres au Bungo et au Hyuga.
« En résumé, dans mon district, cette année, le grand obstacle est venu de la lutte électorale « qui chez nous a été purement religieuse. La calomnie inventée contre l’Évêque de Nagasaki « a donné naissance à une foule de brochures et de caricatures non seulement contre les « chrétiens, mais contre ceux qui étaient censés en relation avec nous. Plusieurs en ont « souffert dans leur commerce ; une famille chrétienne a été chassée de la maison qu’elle « louait, malgré ses protestations de n’être d’aucun parti. D’autres fidèles ont dû cesser « momentanément leurs rapports avec nous ; et ceux qui nous fréquentaient avec l’intention « de se convertir, se sont mis à l’écart... »
« Grâce au don de M. Marnas, dit le P. Roussel, chargé du district de Chikuzen, on a fait « pour la première fois à Fukuoka l’essai d’un catéchiste originaire du pays même et « récemment converti.
« Jusqu’à présent, cet essai a réussi. On conserve en même temps deux catéchistes venus « des districts des vieux chrétiens. Le nouveau catéchiste forme avec sa femme un ménage « d’anciens Samurai de haut rang, tombé, hélas ! dans la pauvreté comme beaucoup de ses « pareils. Néanmoins l’un et l’autre connaissent quantité de personnes à Fukuoka, et si, au « point de vue de l’instruction religieuse, ils ont encore à gagner, ils remplissent du moins leur « rôle avec zèle. Pour le moment, ce rôle consiste à élargir le cercle de nos connaissances, à « nous amener le plus de monde possible, et à décider les païens à étudier la Religion, après « quoi les deux autres catéchistes se chargent de la préparation au baptême. Les deux tiers des « chrétiens baptisés cette année ont été convertis de la sorte, et j’espère que le mouvement ne « fera que s’accentuer.
« A Fukuoka, le quartier marchand (Hakata) me paraît inattaquable. Les bonzes Shinshu « très influents et très habiles, y ont formé de vastes associations, et y ont si bien embrigadé le « peuple, qu’un commerçant qui se ferait catholique, serait moralement obligé de fermer sa « boutique et de plier bagage. C’est du moins ce que disent tous les Japonais. Une école « supérieure, qui compte environ 200 bonzes étudiants, contribue encore à activer le « mouvement bouddhiste. Il faudra un missionnaire thaumaturge pour enlever d’un coup la « position, car il est peu probable qu’elle cède par fractions.
« Il y a dans la ville de Fukuoka trois sectes protestantes qui prétendent avoir obtenu un « total de 350 baptêmes, mais si, le dimanche, on va dans leurs temples, on ne trouve guère, « dans chacun d’eux, que 20 à 30 adeptes réunis. Cette grande facilité avec laquelle les « Japonais protestants abandonnent leur religion, tient à la facilité non moins grande avec « laquelle pasteurs et catéchistes administrent leur soi-disant baptême, sans requérir ni « préparation, ni instruction. Et pourtant si leurs adhérents les quittent, ce n’est pas qu’ils « redoutent la sévérité du décalogue : la question du divorce, pas plus que celle des « superstitions, ne paraît nullement les gêner. J’en pourrais citer plusieurs exemples. Par « contre, il existe à Fukuoka, une société de tempérance, à laquelle sont contraints de « s’agréger au moins tous les méthodistes, et dont font même partie quelques païens. Voilà le « cas de dire : « Cœci, excolantes culicem, camelum autem glutientes. »
« Dans le district de Higo, le P. Corre, avec le concours des religieuses qui ont une maison à Kumamoto, a pu administrer 39 baptêmes d’adultes « ... Le quatrième trimestre, écrit-il, nous en a donné 22, un peu plus que les trois premiers trimestres réunis.
« Le jour de la Pentecôte, on a pour la première fois chanté la messe, et le 15 août, nous « avons eu la même solennité. Depuis le jour de la Pentecôte également, nous avons la « récitation du Chapelet le soir, tous les dimanches et jours de fêtes. Cet exercice semble tout « particulièrement déplaire au démon, et à la première réunion, on a jeté des pierres sur notre « maison, chose étonnante dans un quartier si tranquille.
« Notre catéchuménat (j’aime à lui donner désormais ce nom) compte 24 hommes, presque « tous pères de famille. Nous avons refusé beaucoup de demandes, à cause des dépenses. « Cette petite société fait l’admiration de tous ceux qui la voient. Chaque matin, prière en « commun suivie de la messe, pendant laquelle on récite le Chapelet à haute voix. A l’issue de « la messe, catéchisme d’une heure ; le soir, second catéchisme suivi de la prière. Avec ce « système, en moins de deux mois, les catéchumènes sont beaucoup plus avancés qu’après « deux ans de rapports avec les catéchistes, dans les conditions ordinaires. Aussi, je ne crois « pas exagérer en affirmant que pendant ces trois mois, il s’est fait plus de bien à Kumamoto « que dans les trois années qui ont précédé. Parmi les 24 catéchumènes, 6 ont déjà reçu le « baptême. Je compte les garder jusqu’à leur première communion. Tous vont faire instruire « leurs femmes et leurs enfants.
« Je dois rendre témoignage au dévouement et au précieux concours de nos religieuses. « Elles n’ont pas créé des maîtresses en piano, en peinture, etc., comme leurs rivales « protestantes ; mais elles ont fait de bonnes chrétiennes en leur communiquant leur foi « robuste et simple. Je ne fais donc qu’un vœu pour nos bonnes sœurs ; puissent-elles bientôt « s’installer définitivement et développer un peu leur œuvre ...
Le P. Ferrié, supérieur du district de Satsuma, n’y afait encore que de rares apparitions. A Sendai et Sarayama, malgré les belles espérances conçues précédemment, le P. Delmas n’a pu recueillir aucun baptême, principalement, pense-t-il, à cause des troubles politiques. Au chef-lieu, à Kagoshima, le P. Shinlada a augmenté de 16 brebis son petit troupeau. « C’est peu, dit « le P. Ferrié, pour une ville si peuplée, mais c’est beaucoup si l’on considère les difficuItés « au milieu desquelles on a cueilli ces épis.... Je dois signaler ici la conversion d’un catéchiste « protestant de Kagoshima sur lequel nous comptions depuis longtemps. Dans mon premier « voyage à Satsuma. il y a trois ans, je rencontrai ce brave homme à Sendaï, et je jetai dans « son cœur la première semence de vérité. Depuis cette époque, le doute qui le torturait « l’empêchait de faire le dernier pas vers le Catholicisme. La lutte dura trois ans et la grâce
« triompha.
« Le converti renonça aux fonctions de catéchiste protestant qu’il exerçait depuis quinze « ans, et aux ressources qu’elles lui procuraient. C’était la misère à brève échéance pour lui et « les siens. Elle arriva plus affreuse encore qu’on ne l’avait prévu.
« Est-ce une vengeance du démon furieux de voir échapper une si belle proie ? Est-ce un « secret dessein de la divine Providence qui a voulu punir dans cet homme sa longue « résistance à la grâce ? Toujours est-il qu’une cruelle maladie l’a conduit jusqu’aux portes du « tombeau, et depuis huit mois il est sur son lit de douleur.
« La misère est venue à la suite de la maladie, et il s’est vu refuser l’hospitalité partout où « il l’a demandée. Ses cinq enfants, trop jeunes pour travailler, ont manqué de nourriture et de « vêtements. Lui-même a manqué de ressources nécessaires pour consulter le médecin. « Cependant ce brave homme, plein de reconnaissance envers le bon Dieu, supporte toutes ces « épreuves physiques et morales avec une patience et une force admirables.
« L’année dernière, au mois de novembre, un pauvre charpentier qui avait reçu le baptême « à Kagoshima, fut appelé à Oshima, groupe d’îles situées non loin de l’archipel de Riu-kiu, à « près de deux cents lieues de Nagasaki.
« Il parla de la religion catholique et les habitants désirèrent la connaître. Nous reçûmes à Kagoshima une lettre nous invitant à aller prêcher l’Évangile à Oshima.
« La distance était si grande, les communications si rares et si difficiles, que je ne pus « répondre à ce premier appel. Au commencement de décembre, une seconde lettre plus « pressante nous fut adressée, bientôt suivie d’une personne d’Oshima qui nous donna de vive « voix des détails si précis sur les bonnes dispositions des habitants que je me crus obligé de « faire un voyage.
« J’arrivai le 31 décembre à Naje, ville principale d’Oshima. Pendant dix jours, je donnai « des instructions auxquelles assistèrent presque tous les habitants de la ville. Quand j’eus fini « d’expliquer les points les plus importants de notre sainte Religion, je priai ceux qui « désiraient se faire catholiques de me donner leur nom par écrit. Deux jours après, on « m’apportait une liste de près de cinq cents familles. Je me rendis immédiatement à Nagasaki « pour consulter Votre Grandeur, sur ce qu’il y avait à faire.
« Au mois de mars, accompagné d’un catéchiste, je retournai à Oshima. Depuis cette « époque, nous avons travaillé nuit et jour à instruire ces pauvres gens, et, à l’Assomption, « nous comptions cent soixante-douze personnes régénérées par le baptême. Le nombre de « ceux qui s’instruisent est difficile à déterminer. J’ai parcouru quelques autres villes et « villages ; partout j’ai trouvé le même empressement et la même soif de vérité. La moisson « qui se prépare est belle, pourvu qu’on ne la laisse pas sécher sur pied, et pour la récolter il « faudrait beaucoup d’autres ouvriers. »
« A l’heure qu’il est, Oshima compte un missionnaire de plus. Le P. Marmand a fait le sacrifice du ministère auquel il était habitué parmi les vieux chrétiens, pour se dévouer à ce travail aussi méritoire que nouveau pour lui.. Il est arrivé à Oshima pour constater que les espérances étaient magnifiques. Il a vu, à deux lieues de Naje, un village dont tous les habitants sans exception étaient sur le point de recevoir le baptême. « Je suis, dit-il, dans « l’admiration devant un pareil enthousiasme et tant de bonne volonté. » De proche en proche, la sainte contagion semble se répandre, et des villages éloignés de huit à dix lieues nous demandent des missionnaires.
« Je n’ai pas besoin, bien vénérés Messieurs, d’insister sur les grands devoirs que la divine Providence nous impose à tous. Ces devoirs sont clairement indiqués par la parole que le P. Ferrié vient de nous dire : « Pour recueillir la moisson qui se prépare, il faudrait d’autres ouvriers et en grand nombre ! »
« Séminaire. — Le Séminaire où, comme vous le savez, nous n’admettons de nouvelles recrues que tous les quatre ans, s’est trouvé réduit à sa plus simple expression. La rentrée prochaine va remettre nos cadres au complet et nous dépasserons probablement la soixantaine. Il paraît que des autres diocèses, tout un petit bataillon de renfort nous arrivera. Il sera le bienvenu.
« L’école des catéchistes se prépare à faire entrer en lice six de ses élèves dont les cours sont terminés. Dans quelques jours, ils recevront leur destination, et j’espère qu’ils pourront rendre quelques services, d’abord en qualité d’aides-catéchistes, et plus tard comme véritables catéchistes.
« Comme je vous l’annonçais l’an dernier, la Société de Marie a donné au Japon méridional des religieux pour ouvrir une école dans la ville de Nagasaki. Ils sont au nombre de quatre, dont un prêtre, et on en annonce deux autres pour la fin de l’année. Je n’étonnerai personne en affirmant que tout le monde a été édifié par leur fidélité à remplir leurs devoirs, et par l’esprit d’abnégation avec lequel ils ont supporté les épreuves du début sans lesquelles ne se fondent pas les grandes œuvres de Dieu.
« La première difficulté a été d’obtenir l’autorisation d’ouvrir, avec des professeurs étrangers, une école dans la ville. Cela froissait violemment l’esprit ombrageux de la population et, à la préfecture, on ne cherchait pas à réagir. On peut aussi, sans jugement téméraire, penser que les professeurs de l’école normale, du lycée, etc., ne songeaient guère à favoriserle projet. Toujours est-il qu’une première demande resta trois mois sans réponse, et, de guerre lasse, nos religieux ouvrirent leurs cours en dehors de la ville, dans le quartier européen.
« Tous les enfants de la concession, sans distinction de culte ou de nationalité, accoururent aussitôt, mais leur nombre ne se montait pas à une quinzaine.
« On demanda alors l’autorisation de faire en ville des cours d’adultes, le soir, sans droit de résidence pour les professeurs. La demande fut accordée, et dès les premiers jours se présentèrent trente élèves. C était un premier pas, on revint bientôt à la charge pour les cours du jour. Saint Joseph nous obtint l’autorisation pour le jour de sa fête ; mais on ne permettait pas encore aux professeurs d’habiter intra muros. C’est seulement au mois de juin que cette dernière autorisation a été donnée, et nos chers religieux n’auraient plus rien à désirer, s’ils pouvaient trouver un local assez vaste pour attirer beaucoup d’élèves et commencer l’internat. Celle qu’ils se plaisent à appeler leur « Bonne Mère » ne les abandonnera pas.
« J’ai essayé, bien vénérés Messieurs, de vous donner une idée du peu que nous avons fait pendant l’année. Si vous reconnaissez que la grâce de Dieu nous a permis d’opérer quelque bien, vous nous aiderez, j’en ai la confiance, à mieux faire dans l’avenir, en priant beaucoup pour nous et en nous accordant tous les secours qui seront en votre pouvoir.
« Recevez, etc.

« † JULES ALPH.,
« Évêque de Nagasaki. »


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