Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1893
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr JULES-ALPHONSE

IV. ― Nagasaki.

Population catholique 30.502
Baptêmes d’adultes 1.318
Baptêmes d’enfants de païens 236
Conversions d’hérétiques 3
____


LETTRE DE MGR COUSIN, ÉVÊQUE DE NAGASAKI, A MM.
LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.


Nagasaki, le 20 octobre 1893.

« Messieurs et vénérés Directeurs,
« Grâces à Dieu, je n’ai pas à commencer ce compte-rendu par le récit de quelques-uns de ces sinistres qui viennent si souvent jeter la désolation au milieu de nos populations, et dont le premier résultat est ordinairement de paralyser, pour un temps, le zèle des ouvriers apostoliques. « Pendant le dernier exercice, la mission du Japon méridional n’a eu à subir ni typhon, ni inondation, ni tremblement de terre ; le choléra nous a épargné sa terrible visite. La fièvre typhoïde et la dyssenterie, sans avoir complètement disparu, ont sévi avec beaucoup moins d’intensité que les années précédentes.
« D’un autre côté, l’esprit public, si violemment surexcité, à l’occasion des élections législatives, semble être rentré dans le calme. Le gouvernement garde à notre égard son attitude absolument neutre et passive. On pourrait toutefois remarquer, du haut en bas de l’échelle administrative, une certaine tendance à affecter extérieurement envers nous et nos œuvres plus d’infférence et de froideur. Peut-être faut-il en chercher la cause dans la campagne assez virulente menée depuis quelque temps par une partie de la presse contre la clause qui, lors de la révision définitive des traités internationaux, doit donner aux étrangers le droit de résider et de posséder à l’intérieur du pays. Mais cette révision, dont on parle toujours, ne s’exécute jamais et se fera sans doute encore attendre longtemps.
« Notre ministère n’a donc rencontré cette année que les obstacles ordinaires que vous connaissez déjà. D’une part, insuffisance du personnel et des ressources de la mission ; de l’autre, indifférence toujours croissante de la population à l’égard des choses religieuses. Cette indifférence est produite par les livres, les journaux, l’enseignement officiel, la soif du bien-être auquel l’extension du commerce et les relations avec le dehors ont ouvert de nouvelles sources. A ces causes, il faut ajouter l’effervescence des passions politiques, effervescence toujours préjudiciable à la vie morale d’un peuple, et la multiplicité des sectes religieuses qui, tout en se faisant échec entre elles, s’unissent contre nous et n’ont qu’une seule voix pour dire en nous montrant du doigt : voilà l’ennemi !
« Quoi qu’il en soit, le premier sentiment que j’éprouve en commençant ce compte-rendu est un sentiment de profonde gratitude envers Dieu ; car il est impossible de ne pas reconnaître que sa bonté a eu pour nous des attentions particulières, en nous donnant pour la première fois la consolation de lui offrir une gerbe de 2.582 baptêmes, dont 1.318 baptêmes d’adultes.
« Pour rester dans la vérité de la situation, je dois ajouter que ce progrès, si consolant d’ailleurs, ne porte que sur un seul district, celui d’Oshima. Dans les autres, notre petite marche en avant, qui s’est toujours maintenue, a suivi son cours accoutumé, mais, sans vouloir poser des bornes à la grâce divine qui peut changer les pierres en enfants d’Abraham, nous ne pouvons encore prévoir nulle part un mouvement considérable de conversions.
« A Oshima, au contraire, une abondante moisson s’offre d’elle-même aux mains qui voudront la cueillir. C’est ce qui a fait dire à Son Éminence le Cardinal Préfet de la Propagande ces paroles qui sont pour nous un encouragement et un ordre : « Il me semble que « la Providence exige de vous un effort tout particulier pour faire entrer dans le giron de « l’Église ces populations préparées par sa grâce à bien accueillir les travaux de votre « apostolat. » Cet effort, Messieurs, vous savez qu’il n’est pas au-dessus du zèle et du dévouement de nos confrères ; mais notre bonne volonté ne suffira pas à lui donner toute la portée désirable, et les résultats seront proportionnés aux moyens d’action que vous mettrez à notre disposition.
« Au mois de décembre, le P. Bœhrer, suffisamment rétabli grâce aux soins empressés dont il a été l’objet à Béthanie ainsi qu’au Séminaire de Paris, et dont il garde le plus reconnaissant souvenir, est revenu, à la joie de tous, reprendre sa place parmi nous. Il était accompagné d’un jeune confrère que je remercie le Conseil de nous avoir donné, comme je le remercie des deux autres qui nous arriveront dans quelques mois. Notre joie a été tempérée par le départ du P. Tissier, qui a dû nous quitter, au mois de juillet, pour aller demander au Sanatorium le rétablissement d’une santé dont la prodigieuse énergie ne parvenait plus à déguiser le complet épuisement. Nous demandons à Dieu de faire retrouver à notre confrère les forces suffisantes pour qu’il puisse bientôt reprendre sa chaire de théologie au séminaire de Nagasaki.
« D’autres ouvriers apostoliques ont été plus ou moins éprouvés par la maladie ; nous en parlerons dans le cours du récit qui va suivre. Il eût été possible de lui donner plus d’intérêt en groupant certains détails qui se retrouveront à peu près les mêmes dans quelques districts. J’ai préféré laisser à chacun ce qui lui appartient et ne pas intervertir l’ordre accoutumé.
« Notre petite revue de la Mission commencera donc encore par la visite de la chrétienté dont l’administration se fait à la cathédrale, et je laisse la parole au P. Salmon, qui joint à la direction de la Procure et de l’établissement des Religieuses le soin des catholiques européens de la ville de Nagasaki. « Je regrette, dit-il, de ne pouvoir rien faire pour l’instruction « religieuse des Chinois catholiques qui sont ici. J’ignore leur nombre et leurs résidences. Il y « a quelques mois, j’ai été tout surpris d’avoir à baptiser l’enfant de l’un d’entre eux. La « demande était faite par le parrain, Chinois catholique, au nom du père ; mais comme nous « ne parlions que par signes, je ne sais où se trouvent maintenant ces membres de ma famille « spirituelle. »
« J’ai été bien consolé cette année par la conversion d’un anglais, âgé de 48 ans, dont le « retour à la vraie foi est un exemple frappant de la valeur aux yeux de Dieu des œuvres de « miséricorde, quand elles sont faites avec simplicité et droiture de cœur.
« Élevé dans la religion anglicane et venu de bonne heure en Extrême-Orient, mon « néophyte a toujours été charitable et craignant Dieu. Secondé par sa femme qui, elle aussi, « se prépare actuellement au baptême, il a recueilli les orphelins, abrité ceux qui n’avaient pas « d’asile, visité les malades, porté des secours aux prisonniers. Notre-Seigneur ne pouvait « manquer de récompenser ce cœur miséricordieux en l’attirant au sein de l’Église qui seule « peut remettre les péchés et purifier les âmes. Frappé de la conversion à notre sainte foi du « Révérend Garrett qu’il avait connu comme pasteur protestant, à Yokohama, et plein « d’admiration pour l’abnégation et le dévouement des missionnaires catholiques, il demanda « à entrer en pourparlers avec moi et ne tarda pas à se convaincre de la vérité de la religion « catholique. Au commencement de cette année, se sentant atteint d’une grave maladie, il « résolut de ne plus différer sa conversion. Au mois de mars, le jugeant suffisamment préparé, « je lui administrai le baptême in periculo mortis, et, deux mois après, il s’éteignit dans les « sentiments les plus admirables de foi et de résignation. J’espère que cet ouvrier de la « onzième heure a entendu Notre-Seigneur lui dire : « Ce que vous avez fait à l’un de ces « petits, c’est à moi que vous l’ayez fait ; venez donc, le béni de mon Père, possédez le « royaume qui vous a été préparé. »
« A Urakami, malgré le travail constant que lui donne une paroisse de plus de 5.000 chrétiens, dont il est seul chargé, le P. Fraineau ne néglige rien pour amener au bercail du Bon Pasteur les quelques païens qui vivent au milieu de ses fidèles et surtout les « séparés » qui s’obstinent encore à ne pas revenir à la foi de leurs ancêtres. Si le succès ne couronne pas toujours ses efforts, il a du moins le mérite d’avoir fait son possible pour l’assurer. Il a eu d’ailleurs la consolation d’enregistrer encore cette année 39 baptêmes d’adultes, sans compter 107 baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis.
« Il devient, dit-il, de plus en plus difficile de glaner des baptêmes parmi les vieux « chrétiens « séparés » d’Urakami. Cette année, je n’ai que 39 baptêmes d’adultes, dont plus « d’un tiers étaient païens. Cette diminution des conversions parmi les « séparés » n’est du « reste pas étonnante, car tous ceux qui n’étaient point retenus par des empêchements « insurmontables sont déjà rentrés au bercail. Ceux qui restent à convertir se montrent « tellement obstinés dans leur aveuglement, qu’il faudrait des miracles pour leur ouvrir les « yeux et les décider à se ranger enfin sous la bannière de notre sainte religion.
« Disséminés un peu partout dans les différents villages chrétiens, ils se trouvent pourtant « réunis en plus grand nombre dans la partie nord du district, et forment à eux seuls un groupe « de petits hameaux que l’on appelle Yonokami. Ils gardent encore le souvenir de leur origine « chrétienne, mais extérieurement ils vivent comme les païens, observent les fêtes « bouddhiques et se conforment aux exigences de la bonzerie à laquelle ils sont inscrits. Tous « mes prédécesseurs à Urakami ont eu à cœur de convertir ces « séparés » de Yonokami. « Leurs efforts sont restés sans résultat, et je dois avouer que jusqu’à présent je n’ai pas été « plus heureux. Espérons néanmoins que ces diverses tentatives ne seront pas tout à fait « inutiles et que, si elles n’aboutissent pas à une conversion en masse de tout le village, elles « amèneront au moins quelques retours partiels. J’ai recommandé tout particulièrement cette « œuvre aux prières de la communauté indigène de Motobari. Ces filles pieuses et dévouées, « non seulement me sont d’un grand secours pour l’instruction des chrétiens, par les leçons de «catéchisme qu’elles donnent dans les différents villages, mais elles sont ma dernière « ressource dans les cas désespérés, et, par leurs ferventes prières, elles obtiennent des grâces « très particulières. »
« Pour inaugurer son ministère dans le district de Iwojima qui lui a été confié l’année dernière, le P. Durand a pris à tâche d’introduire, dans ses sept paroisses, la pratique de la première communion solennelle des enfants. S’il ne se fût agi que de la fête elle-même, elle eût été acceptée avec enthousiasme ; mais il s’agissait de faire venir, assez longtemps à l’avance, tous les enfants pour des instructions suivies, de les obliger à subir des examens de catéchisme et à prendre part aux exercices d’une petite retraite préparatoire. Le missionnaire y trouva plus d’obstacles qu’il n’avait d’abord pensé.
« Cependant, grâce à sa persévérance, j’ai eu moi-même, le 15 août dernier, la consolation de distribuer le pain des anges et d’administrer la confirmation à 168 enfants réunis dans la belle église de Magome.
« Ces enfants, nous a écrit depuis le P. Durand, sont devenus comme de petits apôtres, « donnant l’exemple des pratiques chrétiennes à leurs parents, enseignant le chemin de « l’église à leurs jeunes frères et sœurs, se faisant leurs anges gardiens pendant les prières du « matin et du soir récitées à l’église. »
« Notre doyen, le P. de Rotz, qui est toujours l’inamovible curé de Shitsu et qui toute sa vie a manié la plume beaucoup moins volontiers que la pioche et le rabot, n’a pas pris la peine de raconter les œuvres nouvelles qu’il a entreprises cette année pour le bien de sa paroisse : on en sait pourtant quelque chose.
« D’abord, malgré la peine qu’il se donne pour jeter à la porte de son district le plus possible de ses chrétiens, afin qu’ils aillent fonder ailleurs des colonies et trouver à cultiver des terres qu’ils n’ont pas chez eux, il s’est aperçu qu’il lui en reste encore beaucoup trop pour son église devenue insuffisante. Il s’est aussitôt mis en devoir de l’agrandir de moitié. Mais en homme qui connaît son pays et sait mesurer ses coups, il s’est contenté, pour commencer, de faire le terrassement de la nouvelle construction et de maçonner les murs des fondations. Ils sont déjà hors de terre et attendent, pendant que le terrain se tasse tout doucement, la reprise des travaux qui ne saurait tarder. Les contributions à fournir par la chrétienté portant sur plusieurs annuités, lui imposeront ainsi une charge beaucoup moins lourde.
« Cela fait, le P. de Rotz, constatant que dans son pauvre village, presque toutes les jeunes filles de 8 à 15 ans passent leur journée dans une inaction dangereuse, s’est préoccupé de leur fournir un asile et un travail en rapport avec leur condition. Dans ce but, à côté de l’ancien ouvroir où une quarantaine de personnes adultes vivent en communauté, il a élevé une belle et vaste construction, invitant les jeunes filles à y venir travailler en commun. Plus de 200, paraît-il, ont déjà répondu au premier appel. Ce beau feu ne durera pas, mais il en restera quelque chose. Chaque fille se nourrit à ses frais et le bénéfice du travail est réparti entre toutes celles qui y ont contribué. A des heures fixes, la récitation des prières et du chapelet, le chant des cantiques, les instructions religieuses données par des catéchistes faisant partie de l’œuvre, viennent, sans suspendre le travail de nos jeunes filles, en rompre la monotonie. Le reste du temps se passe à gazouiller. Actuellement cette ruche bourdonnante est occupée tout entière à fabriquer des filets pour la pêche.
« Je m’en voudrais de ne pas jeter, en sortant de chez le P. de Rotz, un regard sur la paroisse de Kurosaki qui n’est éloignée de là que d’une demi-lieue. Le P. Paul Iwanaga, qui en est chargé, ne s’est pas contenté de l’administration de ses 1.400 chrétiens, mais s’est livré à toutes les industries que peut inspirer le zèle pour ramener au bercail du véritable pasteur les « séparés » qui vivent encore nombreux au milieu de ses fidèles. Il a eu la consolation de donner le baptême à 45 adultes et à 5 enfants de païens en danger de mort. Là aussi, l’église est depuis longtemps beaucoup trop petite pour la chrétienté,et chaque dimanche le prêtre est obligé de célébrer deux fois la sainte messe. Chacun est d’avis qu’une reconstruction s’impose ; on voudrait que la chose fût déjà faite ; mais quand il s’agit d’en venir aux sacrifices nécessaires, personne n’est pressé de se mettre en avant et l’on ne commence jamais.
« Dans le district de Hirado où l’on compte déjà plus de 5.400 catholiques, le P. Matrat, aidé de ses deux auxiliaires indigènes, a fait l’administration ordinaire. Son compte-rendu témoigne d’un travail considérable nécessité par les confessions annuelles, les communions de dévotion, les premières communions des enfants, les courses aux malades, etc., mais ne signale aucun fait digne de fixer particulièrement l’attention.
« Le grand souci de notre confrère est toujours de procurer par tous les moyens possibles la conversion des 10.000 « séparés » qui restent encore dans son district. Mais, hélas ! par leur résistance coupable à la grâce qui les poursuit, ces malheureux semblent rendre de plus en plus difficile leur retour à la foi de leurs ancêtres.
« Les îles Goto qui, depuis quelques années, formaient trois districts, ont été réunies, pendant ce dernier exercice, sous une seule administration, celle du P. Pélu. Il est aidé dans le gouvernement de ses nombreuses chrétientés, qui renferment plus de 9,000 catholiques, par le P. Bertrand et deux prêtres indigènes. La Providence a permis que ces quatre confrères fussent contraints, à tour de rôle, de payer un large tribut à la maladie, ce qui a rendu leur ministère impossible à certains moments et toujours fort pénible. Malgré ces contre-temps, le district de Goto a encore eu la joie d’offrir au Divin Maître de la moisson une belle petite gerbe de baptêmes d’adultes et d’enfants de païens ; je trouve au tableau un total de 94 baptêmes dans lequel les adultes comptent pour la moitié.
« Ces chrétientés, qui sont l’héritage de la première ÉgIise du Japon, se sont conservées, par un effet de la miséricorde divine, dans leur ancienne ferveur. Il n’en est pas de même des chrétientés d’Amakusa et de Chikugo qui, bien qu’ayant la même origine que les précédentes et devant comme elles à un miracle la conservation de leur antique foi, ne procurent pas aux missionnaires qui en sont chargés les mêmes consolations. Mais, comme le remarque le P. Roussel , « cet état de choses est dû beaucoup moins à la mauvaise volonté des chrétiens qu’à « leur défaut d’instruction religieuse », et ce défaut d’instruction doit lui-même être attribué à la pauvreté de ces stations, à leur isolement au milieu des païens, et surtout à l’absence de communications avec Nagasaki. Aussi les Pères Garnier et Roussel, qui en sont chargés, ne perdent-ils pas courage et s’efforcent-ils, malgré l’aridité de leur tâche, d’améliorer la situation. « Je ne vise pas, pour le moment, écrit le « P. Roussel, à convertir les païens. Je « cherche avant tout à conserver et à rendre meilleurs les chrétiens de manière à pouvoir les « proposer pour modèles aux païens qui voudraient venir à nous. »
« Ce dernier raisonnement qui se justifie de lui-même, à Imamura, n’est certainement pas celui que l’on fait dans le district voisin. A Kurume, le P. Sauret n’a d’autre souci que de grossir son petit troupeau. Grâces à Dieu, son zèle, secondé par celui de ses collaborateurs, prêtre indigène et catéchistes, ne reste pas sans résultats, et pendant le dernier exercice il a eu la consolation d’enregistrer 64 baptêmes d’adultes, ce qui porte à 200 le chiffre total des fidèles de ce district. Il comprend trois chrétientés, et notre confrère espère en fonder bientôt une quatrième à Omuta, près des grands charbonnages de Mi-ike.
« Le prêtre indigène qui est chargé de Saga est toujours plein de zèle et de bonne volonté, il ferait beaucoup de bien s’il avait des ressources suffisantes. Sa position ne s’est guère améliorée pendant l’exercice qui vient de finir ; cela tient surtout aux troubles qui ont suivi les dernières élections. Notre confrère Japonais a pu administrer 18 baptêmes, ce qui est certainement, vu les circonstances, un très beau chiffre. »
« Ce n’est encore, dit le P. Raguet, qu’une glane de baptêmes que nous pouvons offrir cette « année au Père de famille : 33 adultes régénérés, deux hérétiques réconciliés, deux baptêmes « d’enfants de chrétiens, deux d’enfants de païens, et c’est tout.
« Notre ministère dans le Bungo n’a guère été fructueux, « Les trois enterrements « solennels qui ont eu lieu à Oita même, les premiers depuis la réintroduction du catholicisme, « ont fait une excellente impression, et plusieurs familles m’avaient témoigné le désir de se « convertir. Malheureusement ces dispositions n’ont pas duré, et les calomnies contre la « religion se sont de nouveau répandues. Nos conférences n’ont eu que très peu d’auditeurs, et « des nombreuses visites que j’ai faites, une seule m’a été rendue. Encore ai-je été poliment « écarté là comme ailleurs. De même les essais d’évangélisation dans les environs d’Oita sont, « j’usqu’ici, restés sans résultat.
« Je puis ajouter que les trois sectes protestantes et le schisme russe sont dans une plus « grande solitude que nous, puisqu’ils n’ont administré d’autre baptême, cette année, que « celui d’une jeune fille servante chez un protestant et désireuse de s’instruire chez nous. Le « ministre l’a baptisée dès qu’il a appris qu’elle voulait se faire chrétienne et qu’elle croyait « en Dieu.
« A Nakatsu, la maladie du prêtre indigène et l’impossibilité de trouver un local « convenable ont stérilisé le ministère ; la chrétienté de ce poste est bien l’une des plus « pauvres que je connaisse. »
« A Usuki, le P. Halbout s’est donné beaucoup de mal dans la ville et les environs, mais « sans résultat sensible. « Nos instructions périodiques sont assez suivies, m’écrit-il ; on nous « écoute, mais on ne se convertit pas. Un fait pourtant montre que la grâce agit tôt ou tard. « J’ai vu, cette année, un conseiller d’arrondissement, qui se sentait mourir, venir tout exprès « à Usuki, à l’insu de sa famille, pour demander le baptême ; quelques jours après, il mourait « content.
« En somme, le Bungo ne semble pas offrir de grandes espérances. Le bon Dieu nous a « relativement dédommagés au Hyuga, et je crois qu’un travail plus suivi y donnera les « meilleurs résultats. Au chef-lieu, à Myazaki, nous comptons déjà un pusillus grex de 28 « fidèles bien édifiants, dont l’exemple fera apprécier la religion catholique dans cette ville, « où l’hérésie dominait. Nous ne sommes pas encore à la hauteur de nos adversaires, mais « nous les dépasserons bientôt.
« Ils voulaient accaparer les sympathies de la population par l’établissement d’une salle « d’asile. J’ai pris les devants et nous comptons déjà 21 enfants pour le premier mois. « Naturellement on a répandu à cette occasion toutes sortes de calomnies contre nous, et « l’administration nous a ordonné de suivre les programmes du gouvernement ; néanmoins, je « crois que la considération qui en résultera pour nous et l’intérêt que portent les parents à « notre asile nous seront profitables. »
« A Fukuoka, dit le P. Bœhrer, la petite chrétienté éparpillée parmi les 53.000 habitants de « cette grande ville, a fait des progrès très sensibles dans la ferveur. A part les réfractaires « habituels, les néophytes non contents de remplir avec fidélité le devoir pascal ont mis en « honneur la communion fréquente. Ils sont rares les dimanches où je n’ai pas au moins une « dizaine de communions.
« J’ai eu le bonheur d’administrer 15 baptêmes d’adultes dont 12 à Fukuoka et trois chez le «P. Ariyasu, mon auxiliaire à Kokura, qui a ainsi goûté les premiers fruits de ses travaux. »
« Nous n’avons pas encore eu l’occasion, dans ce compte-rendu, de passer d’un district à l’autre en chemin de fer. Cette fois nous pouvons prendre le train à Fukuoka, et, quatre heures après, nous aurons parcouru les 30 lieues qui nous séparent de Kumamoto.
« A la date du 3 décembre 1892, le P. Corre m’écrivait ce qui suit : « Il y a bientôt un an, je « vous adressais un rapport sur les lépreux qui, comme vous le savez, viennent de tous les « coins du Kiushu chercher un refuge dans les environs du temple de Honmioji, près de « Kumamoto, et y forment une véritable colonie. L’état de ces malheureux me préoccupe de « plus en plus, et j’ai même été amené à leur associer, dans une commune sollicitude, les « compagnons de leur triste existence : les syphilitiques, les aveugles, les boiteux et autres « infirmes de tout genre qui peuplent cette nécropole vivante de Honmioji.
« Dans la plupart de mes petites promenades, un irrésistible attrait conduit mes pas dans la « direction de ce temple. Dès qu’ils m’aperçoivent, les malades accourent de tous côtés vers « moi et implorent mon assistance. Je les réconforte par quelques bonnes paroles, puis je « rentre chez moi, le cœur navré de tant de misère. Et souvent je me dis qu’avant de mourir il « me faut faire quelque chose pour ces pauvres malheureux rachetés comme nous par le sang « de Jésus-Christ. »
« Pendant cet exercice, grâce aux secours qui lui sont venus de la Mission et surtout de l’extérieur, le P. Corre a fourni au poste de Kumamoto le moyen d’acquérir deux terrains spacieux et bien situés, au centre de la ville. L’un est destiné à la résidence du missionnaire ; l’autre au catéchuménat des hommes ; les religieuses ayant chez elles celui des femmes.
« Le catéchuménat des hommes compte, en ce moment, 52 sujets.
« Pour en finir avec la visite des différents districts, il nous reste à entreprendre un véritable voyage par mer, 7 à 800 kilomètres, et à nous transporter jusque dans les îles du Sud, à Oshima. Nous ne ferons que saluer en passant Satsuma et ses trois petites chrétientés où rien de saillant n’a été signalé.
« Les espérances que nous avaient données les postes fondés, l’année dernière, dans l’île « d’Oshima, dit le P. Ferrié, se sont en grande partie réalisées. Nous comptons déjà plus de « 1.100 chrétiens répartis dans six villages qui ne forment qu’une seule commune. Ce résultat « eût été dépassé de beaucoup si nous avions eu les moyens d’action suffisants.
« Je dois mentionner ici le zèle et le dévouement des catéchistes qui sont à notre service. Ils ont travaillé nuit et jour à instruire les catéchumènes et à préparer à la confession les chrétiens que nous avions baptisés l’année dernière. Les difficultés que nous avons souvent rencontrées ne les ont pas découragés un seul instant ; les fatigues qu’ils ont éprouvées, la maladie qui en a quelquefois été la suite, n’ont pas ralenti leur ardeur ; ils ne se sont pas reposés un seul jour. Nous avons trouvé aussi parmi nos chrétiens des hommes de « dévouement qui nous aident beaucoup dans le ministère d’évangélisation et qui promettent « de devenir de bons catéchistes.
« Pendant longtemps les bonzes ont essayé de nuire à la propagation du Christianisme dans « l’île d’Oshima ; ils ont lancé contre nous les calomnies les plus absurdes. Pour intimider des « populations encore peu familiarisées avec les choses du dehors, ils n’ont pas craint de leur « dire que nous enlevions le foie aux malades, que nous enfoncions des clous dans la tête des « mourants. Le temps a fait justice de toutes ces absurdités et nos ennemis n’ont recueilli que « le mépris des gens qu’ils voulaient tromper. Une difficulté d’un autre genre mais bien plus « grave, que nous rencontrons actuellement, vient de l’impossibilité dans laquelle nous « sommes de faire assister tous les chrétiens, le dimanche, à la sainte messe. Nous ne trouvons « pas à louer une maison assez vaste pour les contenir. La plupart sont obligés de se tenir « dehors pendant le saint sacrifice, et, les jours de pluie, ils s’en retournent chez eux sans « avoir rempli le devoir dominical. Je ne suis pas sans inquiétude en pensant aux suites que « peut entraîner cet inconvénient. Si ces pauvres gens s’habituent ainsi, dès le « commencement, à se passer de l’assistance à la messe, ou bien à la remplacer par quelques « prières qu’ils récitent chez eux, il sera bien difficile d’en faire de bons et solides chrétiens.
« Pour remédier à cet état de choses, il faudrait, dès maintenant, construire trois églises. « Les ressources que la Mission nous a accordées, unies à quelques secours que j’ai reçus de « France, ne suffisent pas pour nous permettre de commencer les constructions. »
« Comme vous le savez déjà, le P. Ferrié, après avoir été seul à Oshima, pendant quelques mois, a eu le P. Marmand pour compagnon depuis le mois d’octobre 1892. Le P. Cocherie est allé les rejoindre après Pâques et, dans quelques jours, le P. Halbout s’embarquera lui aussi pour partager leurs travaux.
« Voici quelles furent les premières impressions du P. Marmand à son arrivée : « N’ai-je « pas trop présumé de mes forces en acceptant ce poste où il y a tant à faire ? Voyez plutôt ce « village d’Urakami, d’où il m’a fallu revenir hier en pirogue. Il y a là 740 personnes (tout le « village), qui apprennent les prières avec enthousiasme. C’est prodigieux, c’est miraculeux, « ne cesse de répéter le P. Ferrié. Avec un tel spectacle sous les yeux, me voyez-vous « toussant, toussant toujours à ne pas pouvoir dire un mot ?
« Il y a dans la même baie et non loin les uns des autres, trois gros villages. L’un, Urakami, « s’est converti en bloc ; il est admirable d’entrain et de bonne volonté. Un second, Ariya, suit « l’exemple d’Urakami et déjà nous envoie des enfants pour apprendre les prières ; tout le « village est très bien disposé. Enfin, un troisième bourg de 150 familles demande aussi à « recevoir la bonne nouvelle. Demain le P. Ferrié va envoyer un homme louer une maison à « Daïkuma, et je m’y installerai pour faire mes débuts. L’infatigable P. Ferrié se charge de « circuler entre Hajé et les deux villages d’Urakami et d’Ariya ; c’est un travail de géant qui, « mené à bonne fin, avec la grâce de Dieu, peut donner 1.500 baptêmes dans l’année. Et ce « n’est pas tout, Monseigneur, on nous demande encore de trois ou quatre autres villages plus « ou moins éloignés d’ici. J’avoue que je n’ai pas le courage de m’en aller à sept ou huit « lieues de mon confrère pour répondre à l’appel qui nous vient d’Akakina et des environs. « Dans l’état de santé où je suis, je ne puis vraiment pas répondre de moi. »
« A la rentrée du mois de septembre 1892, le séminaire était au grand complet, on y comptait 65 élèves, répartis en cinq cours ; théologie, sciences, philosophie et latin (2 classes), sans compter plusieurs cours de japonais auxquels tous ont dû prendre part.
« Après les examens du premier semestre, un certain nombre parmi les nouveaux venus, ayant paru trop faibles pour continuer leurs études, ont été remis à leurs familles. En outre, on a pensé qu’avant d’appeler nos jeunes gens au sous-diaconat, il y aurait un grand avantage à leur faire passer au moins une année auprès d’un missionnaire pour les initier aux difficultés du saint ministère. Cette épreuve que tous nos minorés subissent en ce moment, aura pour eux, si j’en crois les renseignements déjà reçus, les meilleurs résultats. De la sorte, le séminaire, à la sortie du mois de juillet, ne comptait plus que 52 élèves, dont 19 appartiennent aux autres diocèses du Japon.
« Il y a un an, sept élèves ont quitté l’école des catéchistes, après y avoir terminé leurs cours, et ont été répartis en différents districts.
« L’expérience a prouvé une fois de plus que ces jeunes gens, malgré leur bonne volonté, ont encore beaucoup à apprendre au point de vue pratique, avant de pouvoir rendre tous les services que l’on attend d’eux. N’ayant jamais vécu au milieu des infidèles, nos élèves ne les connaissent pas. De même, ils ignorent les usages de la société qu’ils n’ont point eu l’occasion de fréquenter, au fond des campagnes où ils sont nés. C’est une nouvelle étude qu’il leur faut faire sur place. Quoi qu’il en soit, leurs débuts n’ont pas été mauvais, et s’ils persévèrent, tout fait espérer qu’ils seront un jour excellents catéchistes.
« Notre petite communauté de Marianites se compose maintenant de six religieux. On en attend un septième qui doit arriver prochainement d’Amérique. Il vient prêter main forte au professeur d’anglais, qui, depuis le mois d’avril, a été engagé par la Préfecture pour faire chaque jour une classe au lycée.
« Chez eux, les Frères de Marie ont eu tous les succès qu’ils pouvaient raisonnablement espérer, eu égard à l’exiguité du local dont ils sont obligés de se contenter provisoirement. Il leur est venu autant d’élèves que leurs classes pouvaient en contenir, c’est-à-dire une trentaine pour les cours du jour et 40 environ pour ceux du soir. Quand la Providence leur aura permis de s’établir sur un emplacement assez spacieux et dans des bâtiments mieux adaptés à l’œuvre pour laquelle ils sont venus, ils auront, je n’en doute pas, des consolations plus en rapport avec leur zèle et leur dévouement.
« Dans leurs trois établissements de Nagasaki, Kumamoto et Urakami, il n’a manqué aux religieuses, pour faire tout le bien qui était à leur portée, que des ressources plus considérables. Malgré les limites trop étroites dans lesquelles leurs œuvres ont dû se renfermer, elles ont eu près de 400 enfants dans les orphelinats, les ouvroirs et les écoles. L’heureuse influence qu’elles exercent autour d’elles réussit souvent, beaucoup mieux que toutes les prédications, à détruire les nombreux préjugés qui retiennent encore beaucoup d’âmes, assez droites d’ailleurs, éloignées de la vérité.
« L’orphelinat que la Mission possède dans les environs d’Omura, voit peu à peu croître sa bruyante population. On y reçoit le trop-plein de nos petites succursales des différents districts. L’établissement compte pour le moment une vingtaine d’enfants. Ils suivent les cours des écoles primaires, occupent le reste de leur temps à de petits travaux manuels dans les dépendances de la propriété.
« Permettez-moi, Messieurs, de vous présenter en terminant, au nom de tous mes confrères, la nouvelle expression de notre bien vive gratitude pour l’intérêt toujours si bienveillant que vous ne cessez de témoigner à notre chère mission, et de vous demander de vouloir bien nous accorder le secours de vos prières et saints sacrifices, dont nous avons besoin plus que jamais pour suffire à la tâche que la Providence nous impose.

« † JULES-ALPHONSE,
« Évêque de Nagasaki. »

~~~~~~~



<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam