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Rapport annuel des évêques

Année: 1894
Pays: Japon
Mission: Osaka
Rédacteur:Mgr HENRI

V. ─ Osaka.

Population catholique 4.307
Baptêmes d’adultes 326
Baptêmes d’enfants de païens 151
Conversions d’hérétiques 6
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LETTRE DE MGR VASSELON, ÉVÊQUE D’OSAKA,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.

Osaka, le 4 novembre 1894.

Les gerbes cueillies par les missionnaires dans le diocèse d’Osaka ont été moins nombreuses que l’année dernière. Comme c’est le premier compte-rendu que je vous adresse depuis mon sacre, j’aurais voulu vous envoyer des chiffres magnifiques ; mais tant de difficultés sont survenues, tant d’obstacles ont empêché le grain de germer ! Le nombre des ouvriers n’est pas suffisant ; et, parmi ces ouvriers, plusieurs ont été malades. M. Cotin est allé à Hong-kong reprendre des forces pour des luttes nouvelles. M. Daridon a été retenu pendant plus de trois mois sur son lit ; M. Charron a failli mourir d’une fièvre typhoïde dont il a été longtemps à se remettre. En outre, quelques catéchistes, en particulier ceux de M. Mutz, ont dû s’astreindre à une longue inaction ; après un travail qui les avait épuisés.
Les missionnaires se trouvent toujours en face d’une population dont l’esprit reste attaché aux intérêts matériels. La politique surtout l’absorbe. La dissolution de la Chambre, la reprise des élections et surtout la guerre avec la Chine, n’ont pas laissé aux Japonais le loisir de s’occuper du salut de leur âme. Cette guerre est l’objet de toutes les pensées, de toutes les conversations ; elle entretient le pays dans une véritable fièvre patriotique, très peu favorable à l’exercice fructueux de notre ministère. Espérons qu’après la signature de la paix, les cœurs seront plus calmes et mieux disposés à écouter les divins enseignements.
Quel triste souvenir nous avons gardé de la terrible inondation du mois d’octobre 1893 ! Plus de 12.000 maisons complètement emportées, 50.000 habitations inondées, des morts par centaines, 7.000 digues détruites et 1.082 ponts renversés, les récoltes perdues : en un mot, une affreuse misère, et point de ressources pour distribuer des secours. Oh ! si nous avions eu de l’argent pour recueillir les malheureux, leur donner du riz et des vêtements, nous leur aurions montré la vraie source de la charité chrétienne, et nous en aurions baptisé un bon nombre.
Les deux districts d’Okamaya et de Tottori ont particulièrement souffert de cette inondation. Je l’ai constaté par moi-même dans ma visite pastorale, et les larmes me sont venues aux yeux à la vue de tant de ruines.
Après vous avoir dit nos difficultés, laissez-moi résumer les faits importants de l’année.
Appelé par la volonté divine au gouvernement de ce diocèse, j’ai été sacré le 30 novembre 1893 dans la cathédrale d’Osaka. Comment remercier tous ceux qui ont rendu si belle et si imposante cette fête de famille ? L’amiral Humann et son état-major, beaucoup d’Européens, parmi lesquels des ministres et des consuls, les autorités japonaises, et tous les chrétiens qui avaient pu venir, formaient avec Sa Grandeur Mgr l’archevêque de Tokio, NN. SS. les évêques de Nagasaki et de Hakodaté, tous les missionnaires du Japon central et plusieurs confrères du Nord et du Sud, une magnifique assemblée dont les prières m’étaient si nécessaires. Ma première visite pastorale m’a laissé des souvenirs que je n’oublierai jamais. J’ai vu à l’œuvre mes chers missionnaires. Ils m’ont raconté leurs peines, leurs soucis et leurs rêves apostoliques. Au cours de la visite, j’ai donné la confirmation à un assez bon nombre de chrétiens et régénéré plusieurs païens dans l’eau du baptême. L’esprit de foi et d’obéissance que j’ai rencontré chez nos néophytes m’a bien consolé, et je suis revenu en bénissant Dieu et en rendant grâces à la sainte Vierge.
Cette année, j’ai eu aussi le bonheur d’ordonner notre premier prêtre indigène. La cérémonie a eu lieu dans la cathédrale d’Osaka.
A Kyôto, l’œuvre des gardes-malades se développe de plus en plus. Tous les hôpitaux réclament pour infirmières les enfants des Sœurs, et nos bonnes religieuses ne savent comment suffire à tant de demandes. Plus de quarante adultes ont été ondoyés par ces pieuses et dévouées gardes-malades. Leur seule présence est une bénédiction pour l’hôpital. La même œuvre a commencé à Osaka : déjà cinq ou six jeunes filles ont été demandées aux Sœurs. Comme à Kyôto, elles ont obtenu des baptêmes, et elles en obtiendront encore, car elles ne négligent rien pour faire connaitre et aimer la vraie religion.
Pendant que nous cherchons par tous les moyens à nous ouvrir le chemin des cœurs, nos ennemis ne dorment pas. A Hiroshima surtout, les bonzes s’acharnent à nous perdre de réputation. Ils ont fait venir de Tokio un orateur anglais qui nous a accusés publiquement d’enseigner une religion fausse, de n’avoir d’autre but que de faire fortune et d’amener tôt ou tard la conquête du pays par la France. Ces calomnies débitées à Hiroshima, courent d’un bout à l’autre du Japon ; mais Satan, le père du mensonge, sera vaincu par la vérité qui se fera jour petit à petit dans l’esprit des populations.
MM. Vagner et Angles ont été définitivement agrégés à la Société. M. Fage est venu augmenter notre petit bataillon, et un nouveau confrère nous est encore annoncé : il sera le bienvenu. Tous, continuant à montrer la même bonne volonté, le même courage, le même entrain, nous irons de l’avant autant que nos faibles ressources nous le permettront, et, forts de la grâce de Dieu, nous ferons la conquête pacifique des âmes au Japon central.
Chez M. Marie, à Tamatsukuri, s’élève une nouvelle église ; l’oratoire japonais ne pouvait plus contenir tous les chrétiens. L’église Sainte-Agnès sera bientôt terminée : nous la devons, on peut le dire, à la charité de M. l’abbé Marnas, vicaire général honoraire d’Osaka, qui, non content de nous aider de sa fortune personnelle, remue ciel et terre autour de lui pour nous trouver des secours.
Le Japon a fêté solennellement, cette année, les noces d’argent de l’Empereur et de l’Impératrice. Nous nous sommes unis à ces enthousiastes manifestations en invitant nos chrétiens à une messe et à une bénédiction du très Saint-Sacrement pendant lesquelles nos prières les plus ferventes ont monté vers le ciel pour les augustes époux.

ÉTAT DE LA MISSION. ─ Au 15 août 1894, la Mission d’Osaka comptait 4.307 chrétiens, répartis dans 15 districts renfermant 44 chrétientés.
Nous avons 3 églises, 2 chapelles et 37 oratoires improvisés dans des maisons japonaises.
Les 11 écoles, dont 5 de garçons, 4 de filles et 2 mixtes, comprennent ensemble 389 élèves, soit 119 garçons et 270 filles.
Il y a dans les 5 orphelinats 353 enfants, et dans les 9 ateliers ou ouvroirs 120 élèves.
Le personnel comprend : 1 évêque, 19 missionnaires européens, 1 prêtre indigène, 9 séminaristes à Nagasaki, dont 1 minoré, 53 catéchistes indigènes, 14 religieuses du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles et 5 novices indigènes.
Le chiffre des baptêmes est de 564 : 326 d’adultes (dont 85 in articulo mortis), 6 d’hérétiques ou de schismatiques, 151 d’enfants de païens, 81 d’enfants de chrétiens.
Les autres sacrements administrés sont : 305 confirmations, 1.641 confessions annuelles, 1.394 communions pascales, 37 saints viatiques, 60 extrêmes-onctions, 19 mariages.
Les décès connus et les émigrations s’élèvent au chiffre de 360.
A ces détails généraux et à cette vue d’ensemble, je dois ajouter des détails particuliers pour vous permettre de mieux apprécier les travaux de chacun. Ayez la bonté de me suivre à travers les districts.
Ise. ─ Dans le district d’Ise, M. Adam, pour glaner 24 baptêmes, a dû lutter contre toutes sortes d’obstacles ; mais particulièrement contre l’esprit superstitieux si profondément enraciné dans les populations. Il comptait, pour augmenter son troupeau, sur plusieurs familles qui, au dernier moment, ont reculé. Elles ont été arrêtées, l’une par les menaces et les moqueries des parents, une autre par la peur de la vengeance des idoles et la crainte de tomber dans la misère ; une troisième par la néfaste influence de ses liaisons. Un vieillard de 78 ans, entre autres, n’ose pas se convertir parce qu’il a marié sa fille à un prêtre shintoïste qui mène son beau-père comme il veut. En revanche, un paralytique et sa femme ont été admirables de foi et de soumission aux lois de l’Église. Ils ont brûlé tout ce qui, chez eux, était du diable ou pour le diable, et ont secoué le joug d’une secte abominable qui leur escamotait de l’argent.
A Kameyama, le missionnaire a pu acheter un cimetière, question très importante pour les Japonais. Ainsi les protestants n’en possédant pas encore dans cette ville, un de leurs adeptes, sentant la mort approcher, a eu la force d’aller mourir à Tokio, plutôt que de se laisser brûler comme les païens.
Les protestants et les schismatiques n’obtiennent à Kameyama que de très maigres succès. Leurs chapelles et leurs lieux de réunion se vident et tombent en ruines : le feu qu’ils avaient allumé n’était qu’un feu de paille...
Kyôto. ─ Le catholicisme à Kyôto avance lentement, mais avance toujours. M. Aurientis, qui a gardé la vigueur et l’entrain de ses vingt ans, et qui se dépense sans compter, a recueilli 100 baptêmes. Il a, en outre, la joie, si douce pour le prêtre, de voir ses chrétiens assister régulièrement à la sainte messe et fréquenter les sacrements. Ceux qui sont trop éloignés de l’église ou qui ne sont pas libres de leur temps, font toujours en sorte de venir à la messe, du moins aux grandes fêtes ; alors la superbe église de Kyôto est remplie. Notre vaillant confrère raconte comme il suit l’histoire d’une conversion : « Iwai Hirokichi a 30 ans ; il est « policeman. D’une nature ardente et généreuse, il devait reconnaître la vérité dès qu’elle se « manifesterait à lui. Un jour, dans un incendie, il se jette au milieu des flammes pour sauver « le mobilier des sinistrés. Le toit s’effondre, et il reçoit sur la tête une poutre enflammée. « Quand on le dégage, son corps est tout couvert de brûlures. Le gouvernement l’envoie à « l’hôpital de Kyôto. Fervent bouddhiste, il emporte avec lui ses idoles. Sans respect humain, « il brave les injures et les railleries de ses voisins qui le trouvent trop pieux. Sa fermeté finit « par exciter l’admiration. Soigné par une infirmière venue de chez les Sœurs, il s’étonne de « tant de dévouement, de tant de modestie, de tant de délicatesse. Il questionne et il apprend « que cette jeune fille est catholique. Alors il réfléchit et compare. Dès qu’il peut sortir, il va « trouver le missionnaire et se convertit. Entre temps, il réfute habilement toutes les « objections qui lui sont faites contre la doctrine catholique : très instruit, il embarrasse plus « d’une fois les ministres et les catéchistes protestants. Enfin, à peine est-il complètement « rétabli qu’il amène à Dieu toute sa famille. Ainsi, dans cette vieille capitale du Japon, « véritable boulevard du paganisme, l’œuvre de Dieu fait son chemin comme ailleurs. »
Depuis quelque temps, M. Aurientis était secondé dans ses efforts par un vicaire robuste entre tous et auquel l’ouvrage ne fait pas peur : je veux parler de M. Charron qui, complètement guéri de la fièvre typhoïde et ayant retrouvé sa vigueur physique, est sur le point de quitter le champ de bataille de Kyôto pour aller guerroyer tout seul sur la frontière, à Uwajima. M. Birraux dont la santé laisse à désirer, le remplace à Kyôto.
Myazu. ─ A Myazu, M. Relave a pu enfin s’installer d’une façon convenable. Il occupe une maison plus vaste et mieux située, où il lui sera facile de réunir tous les fidèles. Mais il lui manque une chapelle, et notre confrère compte sur la Providence pour lui fournir les fonds nécessaires à sa construction. ─ 20 baptêmes d’adultes.
C’est un spectacle admirable de voir combien la grâce est puissante pour agir sur les âmes en apparence les plus rebelles. M. Relave instruisait un vieillard de 75 ans qui était arrêté au seuil de l’Église par le respect humain et surtout par la méchanceté de sa femme. Il venait cependant à la mission, écoutait les encouragements et les conseils du Père, priait à l’oratoire et demandait ardemment à Dieu le baptême pour lui et sa femme. Ses vœux ont été exaucés : bientôt en effet la femme manifesta le désir de se convertir comme son mari, et ce fut elle qui l’excita à quitter ses pratiques superstitieuses auxquelles il tenait encore, pour embrasser sérieusement la religion chrétienne. Aujourd’hui tous les deux sont baptisés et donnent le bon exemple à la paroisse.
Osaka-Ouest. Kawaguchi. ─ De la belle campagne de Myazu, passons, si vous le voulez, à la grande ville d’Osaka. Commençons par la cathédrale.
Dans le poste important de Kawaguchi, dès le début de l’année, M. Daridon avait pour objectif, non pas de faire beaucoup de nouveaux chrétiens plus ou moins pratiquants (ce qui ne l’a pas empêché d’enregistrer 62 baptêmes), mais de développer dans le cœur des anciens une piété solide et durable. Le bon Dieu a daigné bénir ses efforts, quoique la maladie soit venue entraver son zèle vraiment apostoliqué. Il cherche par tous les moyens à nouer des relations que rendent souvent difficiles l’émigration des familles dont on ne peut qu’ébaucher la conversion, l’indifférence pour tout ce qui a trait à la religion et les préjugés si profondément enracinés dans l’esprit des païens. Manque de temps, extrême pauvreté, crainte d’être mal vu de celui-ci ou de celui-là, sévérité de la doctrine catholique, tels sont les prétextes mis en avant d’ordinaire par les Japonais pour résister à l’appel de Dieu. En revanche, les vieux chrétiens sont très édifiants. Ils assistent à la sainte messe les dimanches et jours de fête avec une régularité parfaite. Pendant la semaine, ils se réunissent assez souvent pour réciter en commun le chapelet et la prière du soir, lire la vie des saints et parler du bon Dieu.
Notre jeune confrère, M. Prosper Ferrand, fait son possible pour aider M. Daridon dans ses nombreuses occupations. Il prêche, il confesse, il fait le catéchisme ; de plus, il est économe de la résidence épiscopale. Grâce au précieux concours de son vicaire, M. Daridon a plus de temps pour visiter les païens et les chrétiens, pour les recevoir et les instruire.
Osaka-Est. Uchi-awaji-machi. ─ A l’est de la ville, dans le poste d’Uchi-awaji-machi, M. Cotin, malgré le long repos qu’il a dû prendre à Hong-kong, a obtenu 25 baptêmes. S’il était mieux logé, si surtout il avait une chapelle moins indigne de Celui qui l’habite, avec une école pour les enfants, le nombre de ses chrétiens augmenterait rapidement, et il lutterait avec avantage contre les ministres qui, autour de lui, dépensent l’argent à pleines mains.
Dans le poste secondaire de Nara, les chrétiens ont eu l’occasion de réciter le chapelet dans la maison du Préfet. La mère de ce haut fonctionnaire voulait remercier Dieu de la guérison de son petit-fils. Elle est protestante, mais sa secte ne comptant aucun adhérent dans cette ville, elle demanda à un de nos chrétiens si on consentirait à se réunir chez elle pour prier. Le catéchiste et les chrétiens ont accepté volontiers et tout s’est très bien passé. Le Préfet s’est abstenu de paraître ; cependant le fait que je rapporte permet de constater que le monde officiel commence à se rapprocher de nous.
Tamatsukuri. ─ Voulez-vous connaître l’emploi de la journée d’un missionnaire au Japon central ? Ecoutez M. Marie nous dire ce qu’il fait du matin au soir, dans les faubourgs d’Osaka, à Tamatsukuri. Il y a deux catéchistes-hommes et deux catéchistes-femmes. Hiver comme été, il dit la messe à 6 heures et tout le monde doit y assister, ce qui suppose qu’on se lève à 5 heures ; ce petit détail aura son prix quand on verra l’heure du coucher. Après l’action de grâces, compte-rendu de la veille, qui constate ordinairement la fin d’un ennui et le commencement d’un autre. Le Père donne des conseils : il faut encourager tel chrétien, consoler tel autre, ramener un troisième, modérer le zèle d’un quatrième, relever parfois le moral du catéchiste lui-même à la suite d’un insuccès. Quand cette besogne matinale est terminée, chacun s’en va de son côté : visiter des malades ; préparer un chrétien, à la confession, un autre à la première communion, un troisième à la confirmation : arranger des difficultés, verser du baume sur les misères, stimuler les retardataires, gronder les coupables, etc. Et que de patience il faut ! Pour expliquer une seule page de catéchisme ou le Pater, on passe quelquefois des heures et des heures. Quand c’est fini dans une maison, on va dans une autre. Et quel souci continuel pour tâcher d’aborder les païens, leur parler religion, les instruire ! Ce dernier travail ne peut guère commencer qu’à la nuit tombante, et se prolonge souvent jusqu’après minuit. Alors on se quitte, on va dormir sous l’aile de son bon ange, pour recommencer le lendemain. C’est à cette vie, pénible à la nature mais douce au cœur du missionnaire, que M. Marie doit ses 114 baptêmes et le bel état de sa chrétienté. Voilà ce qu’il fait chaque jour : Dieu le bénit. Bientôt son église, dont il dirige lui-même la construction, sera achevée, et alors tous ses chrétiens pourront assister ensemble à la messe.
Wakayama. ─ J’ai confié le district de Wakayama au prêtre indigène récemment ordonné, le P. Nagata ; et je regrette de n’avoir pas eu un ouvrier déjà expérimenté sous la main pour le placer là. Les païens du pays ne songent qu’à leurs intérêts matériels et trouvent généralement trop gênants les commandements de Dieu et de l’Eglise. Cependant ils tiennent à honneur d’aller écouter le missionnaire, et quand le R Nagata leur rend visite, tous expriment le désir d’avoir des conférences. Les chrétiens dispersés dans les différentes dépendances de Wakayama, sont fervents et se montrent très heureux quand ce bon prêtre indigène peut, de loin en loin, leur dire la messe, les confesser et leur adresser des exhortations.
Kôbé. ─ La ville cosmopolite de Kôbé comprend la paroisse européenne et la paroisse japonaise. La première est confiée à M. Chatron qui, aux fonctions de curé, joint celles de vicaire-général et de procureur. L’ouvrage ne manque pas à ce cher confrère ; mais son zèle, sa prudence et sa bonté sont à la hauteur de sa triple charge. Les Européens, hélas ! ne lui donnent pas beaucoup de consolations. Venus pour s’enrichir, ils ne s’occupent guère de religion, ce qui est une grande peine pour le cœur du missionnaire, d’autant plus que cette indifférence produit une très mauvaise impression sur les Japonais. M. Chatron se trouve dédommagé par la conduite et la piété des enfants des Sœurs.
A quelque distance de la procure, en pleine ville japonaise, M. Perrin demeure debout depuis huit ans sur la même brèche, au milieu d’une population qui est trop mêlée aux étrangers. Il lutte intrépidement contre les protestants qui disposent d’immenses ressources et qui, avec leurs tristes divergences, font croire aux Japonais que la religion d’Occident n’est pas sérieuse.
L’installation du missionnaire dans ce poste laisse aussi bien à désirer. Il lui faudrait une résidence au centre même de la ville, plus vaste et mieux aménagée que celle qui existe. Puisse une âme généreuse entendre le vœu de M. Perrin et le mettre à même de se dépenser, sinon avec plus d’ardeur, ce qui est impossible, du moins avec l’espérance fondée d’obtenir des résultats encore plus beaux que celui de cet exercice, qui accuse 84 baptêmes.
A deux heures en chemin de fer de Kôbé, se trouve la petite chrétienté de Himeji ; malheureusement M. Perrin ne peut la visiter qu’à de rares intervalles, et la première ferveur des néophytes tend un peu à diminuer : que la grâce de Dieu les préserve toujours contre l’indifférence et le relâchement.
Tottori. ─ A Tottori, sur la mer du Nord, M. Vagner n’épargne pas les sekkyo pour répandre la bonne semence dans des esprits généralement mal disposés envers les étrangers.
L’année qui finit a été pour lui une année d’épreuves de tout genre. Pendant l’inondation du mois d’octobre, il a passé des jours affreux ; assez heureux pour échapper à la mort, il a perdu tout ce qu’il avait, et a été témoin de scènes horribles. Plus tard, un jour qu’il voyageait en « kuruma » (voiture à deux roues traînée par un homme), il rencontra une procession shintoïste. Aussitôt plusieurs individus se précipitèrent sur l’homme qui traînait la voiture,se mirent à le frapper, à le piétiner et le laissèrent pour mort sur la place. Ils auraient fait subir le même sort au missionnaire, si quelques païens plus prudents et moins échauffés n’avaient crié à plusieurs reprises : « Ne touchez pas à l’Européen. » L’affaire n’eut pas de suites fâcheuses, mais elle donne une idée de la disposition des esprits à Tottori.
M. Vagner a visité le groupe des îles d’Oki : c’était la première fois que les habitants chrétiens de ces îles recevaient la visite d’un missionnaire. Les communications avec le petit archipel d’Oki présentent de graves dangers, aussi la traversée de M. Vagner a-t-elle été pleine d’émouvantes péripéties qu’il a d’ailleurs gaiement supportées et que l’accueil si cordial de ses chrétiens lui a bientôt fait oublier. Deux chefs de famille païenne ont promis de s’instruire et ont demandé des livres de religion. A son prochain voyage, notre confrère verra si la rosée de la grâce a fait lever la semence qu’il a jetée dans ces îles dont la population est de 30.000 habitants.
Okayama et Fukuyama. ─ 58 baptêmes composent la gerbe de MM. Luneau et Mutz à Okayama et Fukuyama. L’an dernier, elle était plus forte, parce qu’elle avait été relativement facile à glaner ; mais, cette année, elle a été recueillie au milieu des pierres et des ronces. Comme à Tottori, et encore p1us peut-être, l’inondation a exercé à Okayama et dans toute la province d’effroyables ravages, dont le pays sera longtemps à se relever. M. Luneau et ses chrétiens s’étaient réfugiés sur le toit de leurs maisons. On les a sauvés et conduits à la Préfecture. On voyageait en barque dans les rues. A la mission, un fait vraiment merveilleux a manifesté la puissance de la bonne Vierge. L’autel de Notre-Dame de Lourdes fut déplacé et flotta ; mais la statue de l’Immaculée et le reliquaire du martyr japonais, saint Jacques, restèrent à leur place avec les candélabres et les vases de fleurs.
Une pareille catastrophe rendit impossible, pendant plusieurs mois ; tout travail à M. Luneau ; et, pour comble de malheur, la dysenterie suivit de près l’inondation et fit un grand nombre de victimes à Okayama et aux environs.
Mêmes obstacles, mêmes épreuves dans la partie ouest du district, parcourue en tous sens par M. Mutz, dont la résidence est à Fukuyama. Chez lui, des gens, qui tout d’abord paraissaient très bien disposés, ont cessé de venir à l’oratoire, par suite de l’état de gêne dans lequel ils se trouvaient.
Ceux de la montagne, au contraire, ont montré à lèurs compatriotes païens avec quelle énergie un chrétien supporte les revers de la fortune, les maladies épidémiques et les autres fléaux. La fermeté dont ils ont fait preuve nous a attiré des sympathies, et beaucoup d’enfants païens étudient le catéchisme avec les nôtres. Il y a tout lieu d’espérer qu’ils convertiront leurs parents et les gagneront à Notre-Seigneur.
Le travail de M. Mutz a été très fructueux dans la ville de Tamashima, habitée par un assez grand nombre de chrétiens déjà anciens. Si le personnel au service du missionnaire n’eût pas été paralysé par la maladie, le succès eût été magnifique : ce sera pour l’an prochain, s’il plaît à Dieu.
Hiroshima. ─ J’ai dit, dans l’aperçu général de l’année, que les bonzes faisaient leur possible pour nous discréditer et nous perdre de réputation : c’est dans le poste de M. Angles, à Hiroshima, que leur rage s’affirme d’une manière spéciale. Ils ont une influence énorme dans la ville, où ils organisent des conférences au cours desquelles ils nous traitent d’hommes de sac et de corde, qui méritent d’être pendus haut et court ; mais, comme les lois de l’Empire interdisent de procéder, pour le moment, envers nous avec la rigueur que nous venons de dire, ils conseillent à leurs compatriotes païens d’avoir recours, en attendant mieux, à l’arme si redoutable de la calomnie. Sur les portes des theâtres, ils affichent cyniquement ces mots : Ici, on tue le catholicisme et ses missionnaires, non avec le glaive, mais avec la calomnie. Ils comparent notre religion à un aigle qti’il faut percer de flèches, tandis que les autres sectes ne sont que des corbeaux. De la moquerie, ils passent vite au blasphème. Un bonze, en plein public, nous insultait et défiait Dieu de lui fermer la bouche, parce qu’il n’était qu’un Dieu impuissant. Pour ce bonze et pour les autres, la sainte Vierge n’a été qu’une femme de mauvaise vie, et Jésus le fruit d’un adultère. Pardon de vous dire des choses si odieuses, mais il est bon que vous connaissiez les bonzes.
Non contents de parler eux-mêmes, les bonzes ont appelé un Anglais devenu bouddhiste qui, dans trois ou quatre discours appris par cœur, répète sans cesse que le bouddhisme étant la religion de l’Orient, comme le christianisme est celle de l’Occident, le Japon doit rester fidèle au bouddhisme s’il ne veut pas être méprisé par les Européens. Il nous accuse d’être venus, ici pour gagner des dollars, et en définitive pour livrer le pays aux Français.
La ville de Hiroshima est devenue le quartier général des troupes qui s’embarquent pour la Corée. L’empereur lui-même s’y est transporté avec son état-major, ses ministres et ses députés. Pour loger et nourrir tous les soldats, la ville est sens dessus dessous, et c’est au milieu de ce désordre que M. Angles, dont l’âme est toujours solide comme le granit de l’Aveyron, a pu recueillir 16 baptêmes.
Matsuyama. ─ Depuis que M. Rey est installé à Matsuyama, l’assistance à la messe y est plus nombreuse qu’au temps où le missionnaire ne faisait que passer. L’esprit chrétien se développe, et les communions pascales augmentent. Toutefois, il est regrettable que la pauvreté oblige assez souvent les meilleurs chrétiens à émigrer. Les païens, quand M. Rey les exhorte à se convertir, lui avouent qu’ils trouvent la doctrine catholique excellente, mais qu’ils veulent mourir dans la religion de leurs pères, et les bonzes ne négligent rien pour les maintenir dans cette idée. Leur voix est naturellement écoutée par des gens dont elle favorise les passions. Pour réagir, notre confrère a voulu, lui aussi, donner des conférences. Hélas ! presque personne n’est allé entendre une doctrine trop dure aux oreilles des Japonais : Durus est hic sermo, et quis potest eum audire ? Du reste, les protestants méthodistes n’ont pas plus de monde que M. Rey à leurs réunions, et leurs orateurs se morfondent comme lui devant un parterre absolument vide.
La population des campagnes étant plus simple et plus accessible, le missionnaire a tourné ses efforts vers elle, et l’avenir prouvera, je n’en doute pas, que la tentative est excellente. Il a également essayé de pénétrer auprès des détenus, si nombreux dans les prisons de Matsuyama, et a fait des démarches dans ce but. Jusqu’ici elles sont restées inutiles ; mais il reviendra à la charge, et il ne désespère pas de sauver beaucoup de ces malheureux de la prison éternelle de l’enfer.
Les néophytes de M. Rey ont du zèle et lui donnent de grandes consolations. L’un d’eux, apprenant que l’enfant de son voisin païen va mourir, exhorte le père à permettre qu’il soit baptisé et à se convertir lui-même. La demande du chrétien est repoussée. Il attend avec patience, et, pendant la nuit, le païen l’appelle à la hâte, et un petit ange de plus est envoyé au ciel.
Uwajima. ─ Ce poste, confié à M. Birraux, est une terre vraiment ingrate : on la dirait maudite. Armé de son zèle et de sa foi, notre vaillant confrère travaille à la rendre féconde. Il n’oublie pas que son district est encore au berceau et que partout les commencements sont durs. Il cherche sa voie, jette la semence dans les endroits qui lui paraissent les plus aptes à rapporter quelques épis ; il y a déjà lieu de compter sur une petite moisson, car les païens d’Uwajima aiment à entendre parler de religion. Ils se montrent polis, affables même. Ils apprennent le catéchisme, les prières, mais refusent d’aller plus loin, jusqu’à ce jour du moins. Cependant M. Birraux se multiplie, donne des conférences dans tous les quartiers de la ville ; le manque de ressources l’empêche seul de réussir. Malgré tout, en laissant son poste à M. Charron, pour aller aider M. Aurientis à Kyôto, il emporte avec lui l’espérance que son remplaçant récoltera dans la joie ce qu’il a semé dans les larmes.
Yamaguchi. ─ Le diable s’est remué d’une manière extraordinaire, paraît-il, chez M. Villion, à Yamaguchi. Il a soufflé au cœur des païens une haine violente contre les étrangers, et le missionnaire a failli en être victime en plusieurs circonstances. Une première fois, il a été attaqué dans sa résidence par plus de 200 étudiants avinés, qui ont brisé ses fenêtres. Une autre fois, il a été renversé, foulé aux pieds et à demi broyé par dix ou douze individus aux-quels il voulait arracher son domestique qu’ils avaient attaqué sans raison. En dépit de la haine des païens, il a pu enregistrer 10 baptêmes, grâce au zèle d’une catéchumène, qui, après avoir été la femme d’un bonze de noble condition, est devenue un véritable apôtre.
Dans les environs de Yamaguchi, un protestant, ancien bonze, s’étonnait qu’il y eût plusieurs églises chrétiennes. La grâce l’a éclairé. Il sait maintenant où est la vérité, et il fait quatre lieues le dimanche pour venir entendre la messe. Avant sa conversion au catholicisme, il passait des nuits entières à lire la Bible pour y chercher des arguments contre nous. La droiture de son âme a été récompensée.
Kochi. ─ M. Duthu offre à Dieu 28 baptêmes. A Kochi, comme ailleurs, beaucoup de païens ont reculé au moment de faire le pas décisif. Ils veulent jouir des plaisirs de la vie, avant de songer au salut de leur âme ; mais, en se retirant, ils emportent le bon grain qui germera peut-être un jour, comme il a germé dans le cœur d’une bonne vieille dont l’instruction remontait à plus de trois ans.
En ville, l’hostilité contre le christianisme s’est affichée plus que jamais peut-être : on a vu les païens d’une même rue signer l’engagement de ne pas se faire chrétiens, sous peine d’être mis au ban de la société. Les protestants souffrent encore plus que nous de ces dispositions hostiles. Nous avançons toujours un peu, et leurs progrès sont nuls. M. Duthu a eu la joie de ramener une dizaine de brebis qui s’étaient arrêtées en chemin, plutôt par paresse que par mauvaise volonté.
Il a été aussi témoin de l’efficacité souveraine de la grâce sur le fils aîné d’une bonne famille qui habite la campagne. La première fois que le Père alla prêcher dans son village, ce jeune homme souleva les habitants contre le missionnaire et faillit lui faire un mauvais parti. Mais la sainte Vierge guettait cette âme qui s’est sincèrement convertie et est devenue le ferme soutien de la religion autour d’elle.
Un jeune ménage baptisé récemment n’osait plus pratiquer, à cause des tracasseries que lui suscitait sa famille : il cachait son drapeau, comme un soldat qui a peur. Les païens s’en aperçurent, et, chose étonnante, reprochèrent aux deux chrétiens leur lâcheté et les ramenèrent à la pratique de leurs devoirs ; le diable se fit, pour une fois, l’apôtre du bon Dieu.
Bientôt, M. Fage, qui étudie la langue avec ardeur, pourra aider M. Duthu dans le ministère. Les deux missionnaires élargiront alors le champ de leurs opérations et planteront solidement la Croix dans le district de Kochi.
Vous avez fait, chers et vénérés Directeurs, une tournée complète à travers le Japon central Vous connaissez les divers postes, leurs besoins, leurs misères, leurs consolations, leurs espérances. Permettez-moi de vous exposer maintenant en quelques lignes l’état des œuvres spéciales de mon diocèse.
Orphelinat des garçons à Osaka. La direction de l’orphelinat est toujours entre les mains de M. Marie. Les enfants, par leur bonne tenue et leurs progrès rapides, donnent à leur habile Directeur pleine et entière satisfaction ; malheureusement leur nombre reste le même et ne peut être augmenté, faute de ressources. Par suite de notre pénurie, les apprentis ouvriers, surtout les charpentiers, sont aussi mal logés que l’année dernière, c’est-à-dire d’une façon vraiment trop misérable. De plus, à cause de la guerre entre le Japon et la Chine, le travail des ouvriers sur écaille, qui commençait à rapporter quelque chose, a été brusquement interrompu, comme beaucoup d’autres petits commerces.
Communautés religieuses. Nos pieuses et dévouées auxiliaires, les Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles, continuent avec un zèle admirable leur œuvre de dévouement. L’une d’elles, malade de la poitrine depuis deux ans, est allée, très jeune encore, s’unir au ciel à son divin Epoux ; les autres cherchent à pénétrer dans les hôpitaux par le moyen de leurs élèves qu’elles font recevoir comme infirmières. A Kyôto, une trentaine de jeunes filles chrétiennes formées par les Sœurs, et cinq ou six à Osaka, soignent les malades avec un dévouement au-dessus de tout éloge, et font estimer la religion catholique, qui leur inspire une si grande charité pour le soulagement des pauvres infirmes.
Dans les établissements des Sœurs, on constate avec bonheur une solide piété chez les enfants, dont les plus grandes pratiquent avec amour la communion fréquente. Quand les jeunes filles quittent l’orphelinat pour entrer dans le monde et se marier, elles emportent dans le cœur une foi robuste, des principes éclairés, qui, autour d’elles, seront souvent, pour les païens eux-mêmes, un principe de conversion.
Écoles primaires. Nos écoles primaires essayent en vain de lutter avec celles du gouvernement et des protestants, au point de vue de l’influence. Vu les faibles moyens dont nous disposons, la concurrence est absolument impossible. Et cependant, au Japon, si nous avions des écoles florissantes, nous serions plus connus ; on viendrait à nous, et nous obtiendrions des conversions parmi toutes les classes de la société. En attendant que la divine Providence nous envoie les ressources qui nous manquent, nous faisons ce que nous pouvons, et nous arrivons à gagner l’estime, voire même les sympathies, de ceux qui sont témoins de nos efforts.
Séminaristes. Par suite de l’ordination de notre premier prêtre indigène, nos élèves au séminaire de Nagasaki sont réduits au chiffre de 9. Ils sont pieux et étudient sérieusement ; j’ai la confiance qu’avec la grâce de Dieu, ils deviendront des apôtres zélés, et nous aideront à convertir un grand nombre de leurs compatriotes.
Chers et vénérés Directeurs, remerciez avec nous le bon Dieu pour les résultats obtenus ; comptez sur la reconnaissance des missionnaires et des chrétiens d’Osaka pour tout le bien que vous nous faites ; aidez-nous de votre mieux à réaliser nos plans d’avenir et croyez à ma bien respectueuse affection.

† HENRI,
Évêque d’Osaka



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