| Année: |
1894 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr PIERRE-MARIE |
III.─ Tokio.
Population catholique 8.709
Baptêmes d’adultes 1.045
Baptêmes d’enfants de païens 417
Conversions d’hérétiques 8
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LETTRE DE MGR OSOUF, ARCHEVÊQUE DE TOKIO,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
Tokio, le 29 septembre 1894.
Messieurs et vénérés Directeurs,
J’ai l’honneur de vous adresser le compte-rendu de l’exercice 1893-1894.
Dès le début, je veux signaler un événement tout récent, qui semble promettre, pour un avenir sans doute prochain, une nouvelle amélioration dans notre situation au Japon. Après environ vingt ans d’attente, voici qu’enfin le Japon a renouvelé son traité avec une puissance européenne, l’Angleterre, celle précisément qui passait pour soulever le plus de difficultés à la solution de cette interminable affaire. On pense que les autres nations qui ont ici leurs représentants, ne tarderont pas à suivre cet exemple ; et il est probable que les nouveaux traités ne diffèreront guère les uns des autres dans leurs conditions principales.
Voici, dans le traité anglais, celles qui nous intéresseraient plus spécialement, si elles entraient dans un nouveau traité avec la France.
1o Liberté de voyager et de résider partout dans le Japon, sans avoir besoin de passeport.
2o Autorisation de posséder des résidences ou autres maisons, mais non le sol sur lequel elles sont élevées ; les terrains ne peuvent être que loués pour un laps de temps d’ailleurs assez considérable, selon les usages du pays.
3o Liberté pour chacun d’exercer non seulement en particulier, mais encore publiquement, le culte auquel il appartient.
4o La juridiction consulaire cessera pour les étrangers à partir de la mise à exécution du traité (ce qui n’aura pas lieu avant cinq ans), et elle sera remplacée par les tribunaux japonais ordinaires. Cette condition du traité anglais n’est pas sans déplaire considérablement à bon nombre de ceux qu’elle concerne. Espérons que les tribunaux japonais ne justifieront pas les craintes qu’elle suscite.
5o L’Angleterre a encore admis que les propriétés possédées par les Anglais dans les concessions européennes, rentreront dans l’administration municipale des villes où ces concessions existent. Toutefois, il ne sera rien changé aux conditions des titres existants, qui conserveront sous la nouvelle administration toute leur valeur actuelle.
Ce traité, signé en juillet à Londres, est arrivé ici déjà ratifié par la reine d’Angleterre ; et, après l’avoir également ratifié, le Mikado l’a publié au Japon par rescrit impérial.
La fameuse question de la Résidence mixte, admise sans difficulté par une partie des Japonais et si vivement combattue par d’autres, se trouve donc désormais résolue par le nouveau traité.
J’en viens maintenant à ce qui regarde la Mission.
I
Aucun nouvel incident ne s’est produit, depuis le précédent compte-rendu, relativement à l’attaque du professeur Inoue contre le Christianisme, dont il a été fait mention. Tandis que les objections et les accusations lancées ou renouvelées par lui ne restent sans doute que trop dans l’esprit de certain public, le bruit qui se faisait autour du livre lui-même a cessé. Mille circonstances, hélas ! n’ont pas encore permis de reprendre en sous-œuvre la réfutation préparée par M. Ligneul, qui fut brusquement arrêtée par la censure, au moment où elle allait paraître.
La situation générale exposée l’an dernier par rapport a la presse reste d’ailleurs absolument la même. Rien ne s’est amélioré non plus dans les ressources de la Mission pour répondre aux besoins, pourtant si pressants, qu’elle éprouve de ce côté.
II
C’est aussi dans des conditions semblables à celles de ces dernières années que les missionnaires ont continué à travailler durant celle-ci. Mêmes luttes politiques dans le pays, au moins jusqu’au jour où la guerre avec la Chine en a distrait les esprits, mêmes dispositions aussi dans la population, autant qu’il est possible d’en juger. Présentement, les préoccupations de tous sont tournées du côté de la Corée, où se livrent les batailles entre les Chinois et les Japonais ; puisse cette guerre s’apaiser bientôt, pour le bien de tous les pays intéressés, et n’avoir point de résultats trop funestes pour aucune de nos chères Missions !
Voici le résumé des comptes-rendus des divers postes ou districts de celle-ci. La population catholique est actuellement de 8.709 âmes ; elle se compose de 8.276 Japonais et de 433 étrangers, Européens, Américains ou Macaïstes.
L’administration, depuis le mois d’août 1893 jusqu’au mois d’août 1894, a donné : 1.681 baptêmes, savoir : 1.045 baptêmes d’adultes, dont 665 in articulo mortis, 417 baptêmes d’enfants de païens dont 354 également en danger de mort, et 219 d’enfants de chrétiens ; ─ 350 confirmations ; ─ 3.520 confessions annuelles ; ─ 2.750 communions pascales ; ─ 64 saints viatiques ; ─ 75 extrêmes-onctions ; ─ et 92 mariages.
Sans que ces résultats soient notablement plus considérables que ceux du précédent exercice, ils sont cependant meilleurs, et ils ne font que confirmer l’espoir qu’avec le retour de temps moins agités qu’ils ne l’ont été depuis la création du Parlement, les progrès de la religion reprendront ici leur ancien cours.
Ville de Tokio. ─ Les cinq postes ou paroisses de la ville de Tokio ont fourni ensemble 1.010 baptêmes ; mais c’est grâce surtout à la visite des malades dans les hôpitaux et à domicile ; car le chiffre des conversions d’adultes en santé est resté exactement le même que l’année dernière : il est de 161. De ces conversions, 89 ont été obtenues à Tsukiji, 35 à Ogawamachi, 23 à Asakusa, 8 à Honjo, et 6 à Azabu. Les malades baptisés en danger de mort appartiennent surtout aux postes de Tsukiji et d’Ogawamachi : à Tsukiji on compte 379 adultes et 110 enfants, et à Ogawamachi 165 adultes et 61 enfants. Dans les trois autres postes, le nombre des moribonds baptisés s’élève à environ une trentaine.
M. Vigroux attribue en grande partie les succès obtenus cette année à Tsukiji, tant auprès des païens que des malades, au zèle plus qu’ordinaire de ses auxiliaires. Il emploie deux catéchistes, et, en outre, les Sœurs ont bien voulu mettre à sa disposition six de leurs plus grandes élèves ; celles-ci lui sont d’un grand secours pour catéchiser les femmes et pour préparer les voies auprès des malades en danger de mort. Je puis bien ajouter que le cher M. Vigroux ne s’est pas épargné lui-même ni pour entretenir le feu sacré chez ses précieux auxiliaires, ni pour visiter personnellement et instruire tous ceux qu’il pouvait atteindre.
A Ogawamachi, M. Papinot n’a pas moins à se féliciter du concours de ses religieuses et de leur employé, pour les 226 baptêmes de malades que mentionne son compte-rendu. Mais il exprime le regret que ses chrétiens se montrent, de leur côté, peu zélés à l’aider dans ses efforts de propagande auprès des païens. Il se plaint même de leur apathie à cet égard. « Est-« ce pour secouer cette apathie générale, ajoute-t-il, que le bon Dieu nous a envoyé le « tremblement de terre du 20 juin ? Je ne sais. En tout cas quelle que puisse être l’impression « produite sur les personnes (et Dieu veuille qu’elle soit salutaire !), l’action sur les choses a « été terrible. Une partie de nos constructions, le parloir des chrétiens, la chambre du « catéchiste, ont dû être démolies de suite. La chapelle a perdu la verticale et s’est inclinée « visiblement du côté de l’Évangile ; il est bien douteux qu’elle puisse rester longtemps « debout. Que saint François Xavier, notre patron, nous vienne en aide et nous obtienne de « Dieu les moyens de lui élever une église qui devient de jour en jour plus nécessaire, et « surtout de lui amener beaucoup de néophytes pour la remplir ! »
Au sujet du terrible tremblement de terre dont parle M. Papinot, j’ai déjà eu la douleur, Messieurs, de vous dire, dans une lettre précédente, quelque chose des immenses dégâts qu’il a causés à Tokio et à Yokohama, dégâts où la Mission et les religieuses ont eu, hélas ! une si grosse part. Je n’y reviens pas ici. Actuellement, et pour longtemps encore, partout dans ces deux villes, les ouvriers, trop peu nombreux pour la circonstance, sont occupés à rebâtir et à restaurer les constructions détruites ou avariées.
M. Brotelande a procuré dernièrement à sa belle chrétienté d’Asakusa le bienfait d’une retraite. C’est pendant la semaine qui a précédé la Pentecôte qu’elle a eu lieu. Plusieurs confrères de Tokio et de Yokohama ont alors prêté leur concours à M. Brotelande. Lui-même avait annoncé la retraite à ses chrétiens quatre mois à l’avance, afin d’y préparer les esprits.
D’autre part, il fit un relevé des retardataires parmi ses ouailles et en distribua les noms entre les chrétiens les plus zélés, spécialement entre les membres des deux confréries du Rosaire et de Saint-Joseph, tenant compte, dans cette distribution, non seulement des sexes, mais encore des raisons d’influence, de parenté, de voisinage, qui pouvaient faciliter une entrée en matière. Chacun eut ainsi un ou plusieurs retardataires particulièrement recommandés à ses prières et a ses bons avis.
« J’ai admiré, écrit M. Brotelande, le zèle que tous ont apporté à cette mission de charité. « Quand je fis moi-même une tournée chez ces chrétiens relâchés, je m’aperçus de suite que « les voies étaient déjà bien préparées.
« Pendant les huit jours que dura la retraite, il y eut deux exercices publics par jour. Celui « du matin fut fixé de bonne heure, afin de permettre aux ouvriers et aux employés de se « rendre à leurs occupations à peu près à l’heure ordinaire. Il comprenait la prière du matin, la « messe et une instruction. Le soir, après la journée de travail, nouvel exercice comprenant la « récitation du chapelet ou la bénédiction du Saint-Sacrement, puis une instruction et la prière « du soir. Entre temps, chacun prenait ses mesures pour venir se confesser et faire d’autres « exercices de piété à sa dévotion.
« Quoique le temps et les chemins fussent assez mauvais, surtout les trois premiers jours, « l’assistance fut toujours nombreuse, même le matin.
« A la clôture de la retraite, le jour de la Pentecôte, Monseigneur officia et distribua la « sainte communion à 314 retraitants. Après la messe, Sa Grandeur donna aussi la bénédiction « papale.
« Dans l’après-midi, après une instruction sur la persévérance, toute l’assistance récita à « haute voix la rénovation des promesses baptismales, avec les actes de consécration à la « sainte Vierge et à saint Joseph.
« Les résultats de cette retraite ont été des plus consolants : les chrétiens ordinaires, les « bons et les fervents ont tous été très remués ; mais ce qui a été plus sensible encore, c’est le « retour d’une quarantaine de retardataires et la régularisation de quelques mariages qui « avaient été contractés en opposition avec les lois de l’Eglise. »
M. Balette ne signale rien de particulier dans sa chrétienté de Honjo ; elle continue, d’ailleurs, les bonnes traditions des années précédentes.
« A Azabu, écrit M. Guyon, presque tous mes efforts, comme ceux de mon catéchiste, se « sont bornés à rechercher nombre de chrétiens que leur négligence, jointe aux changements « successifs de missionnaire qui ont eu lieu et à la disparition d’un catéchiste, avait écartés de « la pratique de la religion.
« Aujourd’hui beaucoup sont revenus, les tièdes se sont raffermis dans l’accomplissement « de leurs devoirs et un petit noyau de chrétiens fervents demeure fidèle à la confession et à la « communion mensuelle et même plus fréquente. Daigne le bon Dieu, l’unique convertisseur « des âmes, nous accorder pour le prochain compte-rendu une plus ample moisson ! Jusqu’à « ce jour, j’ai enregistré 8 catéchumènes qui seront bientôt, je l’espère, régénérés dans l’eau « sainte du baptême. »
Ville de Yokohama. ─ L’installation, depuis si longtemps désirée, d’un missionnaire dans la ville japonaise de Yokohama est enfin un fait accompli. Il y a déjà près d’un an que la maison est construite, et M. Mugabure, chargé de la chrétienté du lieu, l’habite depuis son retour. Elle est bâtie tout à côté de l’école qui sert aussi de chapelle provisoire, comme on l’a dit dans le compte-rendu de 1892. Grâce à un nouvel achat de terrain quia permis d’agrandir l’ancien, il reste auprès de la résidence du missionnaire un emplacement très convenable pour y élever une petite église, bien nécessaire assurément, aussitôt que la bonne Providence nous en procurera les moyens. La ville de Yokohama compte donc désormais deux postes ou paroisses.
La paroisse européenne comprend actuellement 353 catholiques, d’une quinzaine de nationalités différentes. C’est à elle qu’appartient aussi le grand établissement des sœurs du Saint-Enfant Jésus, qui élève plus de 500 enfants, presque toutes japonaises. Le service de la paroisse, confié à M. Pettier, ainsi que la procure de la Mission, se fait toujours très règulièrement mais sans qu’il y ait rien de saillant à mentionner. Le cher confrère a eu toutefois, cette année, la consolation d’admettre dans le giron de l’Eglise, outre 23 enfants de chrétiens, quatre adultes, dont deux païens et deux dissidents. Les détails concernant l’établissement des Sœurs seront donnés plus loin.
Quant à la paroisse japonaise, M. Mugabure m’en écrit ce qui suit : « C’est avec la plus « grande joie que mes chrétiens japonais ont accueilli la nouvelle de la fondation d’une « paroisse uniquement composée d’éléments indigènes. Et lorsque, dans le mois de janvier « 1894, j’ai eu le plaisir de les réunir dans leur petite chapelle et de leur annoncer que Votre « Grandeur m’avait député pour être leur curé, avec résidence au milieu d’eux, ils ont prouvé, « par leur empressement religieux, que leur plus grand désir venait d’être comblé.
« Après avoir refait l’état des âmes, travail difficile et à renouveler forcément de temps à « autre (la ville de Yokohama possédant la population la plus flottante qu’il soit possible de « voir), je puis dire aujourd’hui avec bonheur que notre petite chapelle de Wakabacho (c’est « le nom de la rue où est située la chapelle) se trouve à peu près remplie, les dimanches et « jours de fêtes, d’une population chrétienne très édifiante.
« Afin de soutenir ces bonnes dispositions, j’ai voulu établir, le dimanche, des réunions « particulières, dont l’idée a été très bien accueillie par mes paroissiens. Le premier dimanche « du mois, dans l’après-midi, réunion pour les membres de la confrérie du Saint-Rosaire, « hommes, femmes et enfants. Après la récitation du chapelet, il y a une instruction sur la « sainte Vierge. Le deuxième dimanche, réunion des enfants : répétition de toutes les leçons « du catéchisme apprises durant le mois, et explication des points les plus importants. Le « troisième dimanche, réunion des femmes : explication détaillée des devoirs des mères « chrétiennes, surtout pour ce qui regarde l’éducation des enfants. Le quatrième dimanche, « réunion des hommes où l’on traite un peu plus certains points de controverse, et où l’on « appuie aussi plus fortement sur l’autorité du père de famille, dont nos Japonais sont si fiers, « et dont le bon ou le mauvais usage peut avoir des conséquences si différentes. Je ne sais si je « me trompe, mais je crois que ces réunions contribuent à la régularité de l’assistance aux « offices et aussi à la complète observation du saint jour du dimanche.
« Maintenant, Monseigneur, dois-je m’arrêter sur le petit nombre de baptêmes de cette « année ? Plus que personne, je voudrais vous présenter une longue liste de nouveaux fidèles ; « mais puisque le succès ne dépend pas de nous, nous ferons du moins nos efforts pour que la « qualité supplée à la quantité. » M. Mugabure a obtenu, avec l’abjuration d’un hérétique, 31 baptêmes conférés à 20 adultes, dont 5 in articulo mortis, 2 enfants de païens et 9 enfants de chrétiens.
District de Chiba. ─ N’ayant pas reçu de détails concernant le district de Chiba, je ne puis qu’indiquer ici le chiffre des baptêmes qu’il a fournis et dont le total est de 82. Ils se partagent entre 14 adultes, 42 enfants de païens et 26 enfants de chrétiens.
District d’Utsunomiya. ─ M. Evrard, tout récemment chargé du district d’Ustunomiya, se borne aussi à peu près à transmettre la note des baptêmes administrés par son prédécesseur. 21 adultes, 7 enfants de païens et 2 enfants de chrétiens ont reçu la grâce de la régénération, et un hérétique celle de sa conversion à la vraie foi. La première visite que M. Evrard vient de faire dans ses chrétientés lui a donné lieu de constater que les néophytes sont disséminés dans des villages épars et éloignés les uns des autres, circonstance bien défavorable pour leur avancement dans la vie chrétienne. Dans plusieurs endroits, il y a eu aussi des défections qui ont malheureusement arrêté le mouvement des conversions.
District de Hachioji. ─ Dans le district de Hachioji, M. Mayrand a baptisé 66 personnes, savoir : 22 adultes. 17 enfants de païens et 27 enfants de chrétiens. Les enfants de païens ainsi que 9 adultes ont été baptisés à l’article de la mort.
« Parmi les causes qui contrarient particulièrement les succès du ministère dans le milieu « où je me trouve, dit M. Mayrand, je signalerai l’activité véritablement fébrile avec laquelle « on se livre à la culture des vers à soie, à la préparation et au commerce du fil. Dans certains « endroits, on fait jusqu’à trois récoltes de cocons par an. Pendant qu’on y est occupé, inutile « de parler de religion ; on ne pense qu’au lucre, et c’est à peine si l’on prend le temps de « manger et de dormir. La ville de Hachioji surtout se fait remarquer pour cette passion du « lucre.
« J’espère un peu plus des campagnes environnantes, où, depuis l’hiver dernier, j’ai pu « ouvrir quelques lieux de conférences. Ainsi, à Itsukaichi, un chrétien aisé nous aide « volontiers de son crédit et de son argent. A Hamura, le maire, encore païen, nous prête sa « maison pour y réunir les gens de son village et des environs. Malheureusement la grande « étendue de mon district ne me permet de faire, ni par moi-même, ni par mes catéchistes, ce « qui conviendrait pour recueillir toutes les âmes de bonne volonté qui peuvent se rencontrer « ici et là. Puissent le personnel et les ressources de la Mission, Monseigneur, nous permettre « d’améliorer cet état de choses ! »
District de Shizuoka. ─ Y compris les 24 baptêmes donnés à des lépreux de l’hôpital de Gotemba, le district de Shizuoka en compte 68, qui se répartissent entre 51 adultes, 5 enfants de païens in articulo rnortis et 12 enfants de chrétiens.
« Nos chrétiens de Shizuoka, écrit M. Steichen, commencent à comprendre que la charité « leur fait une obligation de travailler au salut de leurs frères les païens ; et pour leur rendre « justice, ils s’en acquittent assez bien. Dans les autres postes, ce bon mouvement peut exister « dans une volonté plus ou moins sincère ; mais jusqu’à présent il ne s’est pas encore produit « au dehors. »
District de Nagoya. ─ M. Tulpin a recueilli une belle moisson dans celui de Nagoya ; il a baptisé 168 personnes, 75 adultes, 81 enfants de païens et 12 enfants de chrétiens. Les enfants de païens ont tous été baptisés en danger de mort.
C’est surtout dans la ville de Nagoya qu’ont eu lieu les baptêmes d’adultes. A l’époque de ma tournée de confirmation dans ces parages, en automne dernier, je fus moi-même l’heureux témoin du bon mouvement qui se manifestait. Outre les confirmations, il y eut le même jour une quarantaine de baptêmes.
Dans cette visite, j’eus l’occasion de rencontrer un néophyte dont M. Tulpin me rapporta quelque chose de bien touchant. Lors de la persécution des chrétiens de Nagasaki, en 1870, ce Japonais avait été chargé de conduire de Kyôto à Nagoya une troupe de ces pauvres persécutés, envoyés en exil. On les faisait marcher les mains liées derrière le dos. Or cet homme, ému de compassion pour ces chrétiens, qu’il savait bien n’être nullement des malfaiteurs, prit sur lui, une fois que l’on fut sorti de la ville de Kyôto, de les débarrasser de leurs liens, afin de soulager d’autant leurs souffrances le long de la route. Le bon Dieu a récompensé cet acte de charité, en faisant à ce Japonais, il y a quelque temps, la grâce de s’instruire et de se convertir au christianisme. Et quel a été son parrain au baptême ? Le domestique actuel de M. Tulpin, l’un de ces chrétiens exilés, confiés autrefois à sa conduite !
« Le petit hôpital des vieillards va comme à l’ordinaire, écrit M. Tulpin. Trois de nos bons « vieux nous ont quittés pour un monde meilleur. Ils sont déjà remplacés et et le nombre de « nos pauvres pensionnaires est toujours de 26. »
District de Kofu. ─ Le compte-rendu de l’année dernière annonçait que M. Drouart, alors chargé du district de Matsumoto, préparait une division de ce district, pour en former un second qui aurait pour centre Kofu, chef-lieu de la province de Kai. Cette division a été effectuée. Voici ce que M. Drouart écrit du nouveau district de Kofu :
« Malgré le nombre assez restreint dé baptêmes obtenus cette année, et malgré surtout la « peine que j’éprouve de n’avoir pu jusqu’ici baptiser un seul païen dans la vaste plaine qui « entoure Kofu, je dois cependant bénir Dieu des consolations qu’il a daigné m’envoyer.
« L’année dernière, en avril, la population catholique de Kofu se bornait au modeste « chiffre de 7 chrétiens ; actuellement elle en compte 57, de sorte que, chaque dimanche, dans « la pauvre chambre japonaise qui sert de chapelle, j’ai un nombre suffisant de fidèles pour « me donner la douce illusion d’une paroisse. 34 adultes y ont reçu le baptême pendant « l’année et sept ou huit catéchumènes se préparent à le recevoir dans quelques mois.
« La paroisse de Yamashiro reste toujours stationnaire ; les chrétiens continuent, comme « par le passé, à consoler leur missionnaire par leur bon esprit et leur fidélité à pratiquer leurs « devoirs religieux ; mais aussi, il faut l’avouer, à l’attrister quelque peu par leur manque de « zèle.
« L’hiver dernier, de nombreux sekkyo ont été faits régulièrement dans différents villages « aux environs de Kofu. Partout on écoute volontiers et on admire la doctrine et la morale « chrétiennes. Malgré cela, je n’ai pas encore pu avoir un seul baptême. L’esprit de la « campagne est bien différent de celui des villes. Les habitants d’un village sont tous liés les « uns aux autres, ou plutôt esclaves les uns des autres. Les premiers qui croient, n’osent pas « souvent faire le pas décisif, par crainte de l’opinion publique. Je reconnais que, dans de « pareilles conditions, il faut une rare énergie pour affronter l’inimitié de tout son voisinage, « en se faisant chrétien le premier dans un lieu tout païen. Mais ce qui est difficile à l’homme, « devient facile avec la grâce de Dieu. »
District de Matsumoto. ─ Après avoir rendu divers services spéciaux à la Mission, pendant près de deux ans de séjour à Tokio, M. Péri a repris l’administration du district de Matsumoto lors de la division qui en a séparé Kofu. « Le poste, écrit-il, n’offre rien de particulier, cette « année. Si nous ne faisons pas de progrès, du moins nous nous maintenons en face des « protestants, qui accuseraient plutôt un recul, malgré leur grand nombre de catéchistes. Trois « sectes sont représentées à Matsurnoto, et quelques autres dans les environs. Les méthodistes « sont à peu près les seuls à garder quelque influence.
« La réputation du catholicisme est bonne, et les catholiques restent plus fidèles à leur « religion que tes protestants. Malheureusement quelques divisions entre eux viennent de « temps en temps entraver les progrès du bien. Néanmoins, et cela diminuera la triste « impression que doit produire le pauvre chiffre de baptêmes que j’apporte (2 adultes et 7 « enfants de chrétiens), j’espère que le petit troupeau va s’augmenter un peu. Je dois baptiser « 4 adultes le jour de l’Assomption.
« Actuellement, ce qui me manque le plus, c’est une femme catéchiste : plusieurs femmes « ont besoin d’être instruites pour recevoir le baptême, et d’autres ont à faire leur première « communion ; comme elles ne connaissent pas les caractères, il faut leur lire, expliquer et « faire apprendre la doctrine. Je cherche un moyen de sortir de cette difficulté, et jusqu’ici je « ne l’ai pas trouvé. »
District de Kanazawa. ─ « Sans avoir donné les résultats que nous aurions désiré, écrit M. « Clément, l’année qui vient de s’écouler, a cependant été meilleure que la précédente pour le « district de Kanazawa. 10 baptêmes d’adultes, 22 communions pascales, 9 confirmations, et « l’établissement de deux nouvelles stations dans les villes préfectures de Toyama et de « Fukui, voilà en deux mots ce qui s’est fait.
« Dans la ville même de Kanazawa, sur les 39 chrétiens qui s’y trouvent actuellement, une « trentaine pratiquent très régulièrement. Mais malheureusement ils ne prêtent aucun concours « au missionnaire pour travailler auprès de l’élément païen. Et pourtant, maintenant plus que « jamais, et dans ce pays plus encore que dans tout autre (car les provinces de l’Ouest sont la « forteresse du bouddhisme), le missionnaire aurait besoin de bons et nombreux auxiliaires. « Depuis l’année dernière, les bonzes ont redoublé d’ardeur pour faire échec au christianisme. « Les personnages un peu en vue, comme les officiers, les professeurs, etc., se portent eux-« mêmes, en face des populations, comme les défenseurs du bouddhisme (auquel cependant « ils ne croient point et qu’ils ne pratiquent nullement). Ils agissent ainsi extérieurement dans « un but sot-disant patriotique.
« A Fukui et à Toyama, le travail est encore beaucoup plus difficile, et une première « difficulté assez considérable a été de louer des maisons. A Toyama, un médecin chrétien, « venu de Hakodaté, nous a rendu pour cela de grands services ; à Fukui, c’est grâce à une « ancienne élève des Sœurs de Yokohama que nous avons réussi à nous installer dans cette « ville. Quoique n’ayant que deux catéchistes, je n’ai pas hésité à m’en séparer pour profiter « des occasions favorables qui se présentaient. Quant aux espérances prochaines dans ce vaste « district, oû se rencontrent tant de difficultés particulières, elles doivent être pour le moment « très modestes. Mais nous en sommes au travail de défrichement, et il faut espérer qu’a près « ce premier labeur, d’autres pourront recueillir une meilleure récolte. »
III
Les établissements d’instruction et d’éducation sont à peu près ce qu’ils étaient l’année dernière, ils comptent seulement quelques dizaines d’élèves de plus.
Au collège des Marianites, leurs classes ont vu passer pendant l’année 142 élèves : 23 sont sortis pour divers motifs, la plupart à cause du changement de domicile de leurs parents. A la fin de l’année scolaire, le nombre des présents était de 120, dont 85 pensionnaires et 35 externes.
Je reproduis volontiers ici quelques détails de statistique qui montrent de combien d’éléments divers est composé ce personnel : des 120 élèves, 31 sont catholiques, 15 catéchumènes, 15 protestants, 2 juifs et 57 païens ou sans religion. La variété est plus grande encore du côté des nationalités : il y a 43 Japonais, 23 Anglais, I4 Français, 12 Allemands, 5 Américains, 5 Italiens, 3 Espagnols, 3 Hollandais, 3 Suisses, 3 Chinois, 2 Portugais, 2 Danois 1 Autrichien et 1Écossais ; soit 14 nationalités représentées dans un collège de 120 élèves !
A l’occasion de la séance annuelle de distribution des prix, la Revue française du Japon a encore rendu au collège des Marianites (l’Ecole dé l’Etoile du Matin) le témoignage le plus flatteur.
La construction de l’établissement définitif a été commencée il y a près d’un an, et les travaux se poursuivent avec activité. C’est dans une partie des nouveaux bâtiments qu’a eu lieu la distribution des prix. Les invités ont été à même d’apprécier la grande amélioration qui se produit dans les conditions de l’établissement.
Les deux maisons des Sœurs du Saint-Enfant Jésus, à Yokohama et à Tokio, comprennent ensemble : aux pensionnats 94 élèves, et aux orphelinats 730 enfants, dont 500 suivent les classes : les autres sont encore trop jeunes pour étudier.
Rien de saillant à signaler cette année en ce qui regarde les écoles de nos bonnes religieuses, toujours si dévouées d’ailleurs à leurs œuvres ; mais je suis heureux de dire pour quelle large part elles ont contribué, dans leurs localités respectives, au total des baptêmes obtenus dans la Mission. A Yokohama, c’est à 140 personnes, dont 81 en péril de mort, qu’elles ont procuré le bienfait de la régénération ; à Tokio, le chiffre est monté jusqu’à 212, et, sur le nombre des baptisés, 173 l’ont été aussi en danger de mort.
A côté de ces bénédictions, une grande épreuve est venue frapper ces deux établissements. Par suite du terrible tremblement de terre du mois de juin, les bâtiments occupés par les Sœurs elles-mêmes ont dû être démolis complètement pour être rebâtis à neuf. A Yokohama, cette nécessité a été évidente aussitôt après la catastrophe, les murs étant lézardés dans tous les sens. A Tokio, ce n’est qu’en réparant les blessures apparentes, que l’on a découvert le pitovabie état de la construction. Elle avait été faite partie en bois et partie en briques, les briques n’étant que du remplissage entre les diverses pièces de la charpente qui soutenait le tout. Or les colonnes en bois qui étaient noyées dans l’épaisseur des murs une fois dénudées, on a vu qu’elles étaient presque toutes pourries. Le seul parti à prendre était donc de refaire aussi la maison à neuf, comme à Yokohama. De là une énorme dépense pour les communautés du Saint-Enfant Jésus, ajoutée au grand embarras présent d’exécuter de pareils travaux dans des établissements où se meut tous les jours un personnel si nombreux !
De leur côté, pour le dire tout de suite, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres,à Ogawamachi, ont payé un très large tribut à la même catastrophe. Chez elles, ce sont les grands bâtiments destinés à leurs élèves, pensionnaires et orphelines, qui ont été gravement avariés. De prime abord, on a cru qu’il serait nécessaire de les renverser aussi de fond en comble. Mais, après un plus mûr examen, on a jugé qu’en démolissant l’étage, le rez-de-chaussée pouvait rigoureusement être conservé. Quoique le plan eût bien ses inconvénients, à raison des besoins de l’établissement, on s’est cependant résigné à l’adopter, afin de diminuer des dépenses qui resteront encore très lourdes, et dans l’espoir de pouvoir plus tard compenser autrement ce dont on se prive pour un temps. Mais, là aussi, il faut voir les cours remplies de décombres et de matériaux de toute sorte, pour se faire une idée de l’extrême embarras qu’il y a à tenir un pensionnat et un orphelinat dans un pareil milieu !
Le personnel de ces deux institutions, d’ailleurs, ne varie pas sensiblement. Le pensionnat a une quarantaine d’élèves ; l’orphelinat 169 enfants et les classes sont, suivies par 120.
L’école ayant été récemment reconnue par le gouvernement, 7 élèves se sont présentées au premier examen à subir pour obtenir le brevet d’institutrice, et sur le nombre 6 ont été reçues. C’est un résultat très encourageant pour un début.
L’orphelinat des garçons, dont quelques élèves des plus intelligents ont été admis à suivre les cours du collège, n’a eu aussi qu’à s’applaudir des succès que ces élèves y ont obtenus. A la distribution des prix, ils ont été des mieux partagés.
A l’intérieur de l’établissement, l’école et les ateliers continuent de fonctionner aussi bien qu’on peut le désirer dans les conditions présentes. Toutefois, le local affecté aux petits ouvriers est devenu trop étroit et insuffisant, surtout celui des charpentiers. Le besoin d’une chapelle plus décente et plus spacieuse se fait aussi vivement sentir. Ce sont des compléments indispensables qu’il faudra ajouter à ce qui existe, aussitôt que les moyens le permettront.
L’orphelinat entretient actuellement 120 enfants, dont une moitié suit encore les classes ; les autres apprennent divers métiers.
Je ne vois rien de particulier à signaler au sujet des autres petites écoles de la Mission. Elles sont au nombre de 10 et comptent 485 élèves : 269 garçons et 216 filles.
Une nouvelle école, qui ne figure pas parmi ces 10, vient d’être construite à Nagoya, et les classes en seront ouvertes dans quelques jours. De bonnes raisons font espérer qu’elle aura là d’heureux résultats.
IV
Je ne dirai qu’un mot des œuvres en faveur des malades. Toutes celles mentionnées dans le précédent compterendu se poursuivent avec zèle et ne cessent de produire d’excellents fruits. On a déjà vu plus haut quelle belle moisson les communautés ont si efficacement aidé à recueillir dans les postes où elles sont établies.
L’hôpital des lépreux à Gotemba, à la direction duquel M. Bertrand se dévoue si cordialement, s’organise de mieux en mieux chaque jour. Sous le rapport religieux, ces pauvres malades ont tout ce qu’ils peuvent désirer. 24 d’entre eux ont été baptisés durant l’année. Ils sont habituellement au nombre de 80 environ.
M. Tulpin nous a déjà dit, à l’article ci-dessus, concernant Nagoya, que son hôpital de vieillards conserve aussi son chiffre ordinaire de 26 habitués. Leur pauvreté est sans doute devenue pour eux un vrai privilège que le bon Dieu leur a fait ; la plupart ne seraient peut-être jamais devenus chrétiens, s’ils n’eussent eu à demander place dans cet asile !
Je ne veux pas terminer ce compte-rendu, Messieurs et vénérés Directeurs, sans vous faire part de la consolation que j’ai partagée avec tous mes chers missionnaires, la semdine dernière. A l’issue de notre retraite annuelle, j’ai ordonné prêtres nos deux diacres japonais, ainsi que M. Heck, l’un de nos excellents Marianites. Grande a été aussi la joie des chrétiens japonais en voyant leurs compatriotes honorés du sacerdoce. A la cérémonie, la cathédrale a été trop petite pour contenir ceux qui voulaient y assister.
Plaise à Dieu que Tokio puisse voir de temps en temps des ordinations à la prêtrise et pour un plus grand nombre d’ordinands ! Car, malgré vos bienveillants efforts pour nous assister, il est toujours vrai de dire : operarii pauci...
Veuillez agréer...
† PIERRE-MARIE,
Archevêque de Tokio.
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