| Année: |
1895 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr OSOUF |
III. – Tokio.
Population catholique 9.016
Baptêmes d’adultes 969
Conversions d’hérétiques 8
Baptêmes d’enfants de païens 344
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LETTRE DE MGR OSOUF , ARCHEVÊQUE DE TOKIO ,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
« Tokio, le 15 octobre 1895.
« Messieurs et vérénés Directeurs,
« Les événements considérables qui se sont passés, depuis un an, en Extrême-Orient, et au milieu desquels le Japon a joué un si grand rôle, sont trop connus pour qu’il soit besoin de vous en parler dans ce compte-rendu. Il serait superflu aussi de dire que ces événements, loin d’être favorables à notre apostolat, ont plutôt ajouté aux difficultés ordinaires qui entravent plus ou moins le progrès de nos œuvres. Peut-être convient-il toutefois de dire un mot sur l’effet produit dans la Mission par l’intervention de la France, à propos des stipulations du traité de paix conclu entre le Japon et la Chine.
« Il n’y a pas à le dissimuler : cette intervention nous a inspiré tout d’abord de graves inquiétudes ; et elles étaient fondées, eu égard à l’indignation qui s’est aussitôt manifestée chez les Japonais, surtout dans les principaux centres. L’attitude prudente et ferme de l’autorité a sans doute puissamment contribué à empêcher que cette indignation n’éclatât et n’amenât quelque catastrophe. Peu à peu l’effervescence s’est apaisée, et quelques journaux de la capitale n’ont pas tardé à rendre justice aux sentiments de vraie sympathie que la presse française avait constamment témoignée au Japon pendant la guerre, et ont expliqué aussi favorablement que possible l’action du Gouvernement français dans l’intervention dont il s’agit, en l’attribuant à la situation particulière de la France vis-à-vis de la Russie.
« En résumé, ici à Tokio, encore qu’un souvenir amer reste au fond de bien des cœurs, les rapports extérieurs entre les Japonais et les missionnaires sont redevenus à peu près ce qu’ils étaient avant l’incident. J’ai demandé à plusieurs missionnaires des autres postes ce qu’ils ont remarqué autour d’eux : les uns m’ont dit qu’ils rencontrent maintenant chez les Japonais plus de froideur que par le passé ; d’autres ne saisissent pas une différence sensible. Il y a lieu d’espérer que, si de nouvelles complications ne viennent pas à surgir, l’orage finira pas passer partout sans nous faire trop de mal. Dieu veuille qu’il en soit ainsi !
« Concernant notre jeune Eglise du Japon, je dois mentionner son second synode, qui a été le premier tenu à Tokio. Il a réuni tous les évêques de la province ecclésiastique, et eux seuls y étaient convoqués. A l’époque du synode de Nagasaki, en 1890, la Corée se trouvait, par décision de la Sacrée Congrégation de la Propagande, groupée avec les Missions du Japon.Mais Mgr Mutel, jugeant que les conditions de son Vicariat se rapprochaient davantage de celles des Missions de la Chine qui sont ses voisines, a demandé à la Propagande d’être rattaché à leur groupe plutôt qu’à celui des Missons du Japon, et, par décret du 18 mai 1894, la Sacrée Congrégation a opéré ce changement.
« L’ouverture du synode de Tokio a eu lieu le deuxième dimanche après Pâques, 28 avril ; une session solennelle, le jeudi 2 mai, et la clôture, le dimanche 12 mai. Le jeudi précédent avait été célébrée une messe de Requiem pour le repos de l’âme de Mgr Midon, évêque d’Osaka, décédé depuis le précédent synode. Dans toutes ces cérémonies, comme aux congrégations particulières, ont été observées aussi fidèlement que possible les prescriptions du Pontifical et du Cérémonial des Evêques.
« Sur la mission de Tokio, j’ai l’honneur, Messieurs, de vous exposer les détails appartenant au dernier exercice 1894-1895.
I
« Les résultats de l’administration se réduisent aux suivants : 969 baptêmes d’adultes, dont 618 à l’article de la mort, 8 abjurations du schisme ou de l’hérésie ; 344 baptêmes d’enfants de païens, dont 292 en danger de mort, et 212 baptêmes d’enfants chrétiens, soit un total de 1.533 nouveaux enfants de l’Eglise. En outre, 183 confirmations, 3.532 confessions annuelles, 2.598 communions pascales, 60 saints viatiques, 70 extrêmes-onctions et 53 mariages.
« Le nombre des baptêmes ci-dessus est de 148 inférieur à celui du précédent exercice, ce qui ne doit guère surprendre eu égard aux circonstances de l’année qui vient de s’écouler.
« La ville de Tokio seule compte pour une centaine de baptêmes dans cette diminution ; elle en avait fourni 1.010 l’an dernier, et cette année elle n’en a donné que 892.
« Le poste de Tsukiji, tout en présentant le beau chiffre de 500 baptisés, reste d’une centaine en arrière sur la moisson précédente. Cette différence porte, pour une moitié environ, sur les baptêmes conférés à l’article de la mort, et pour l’autre moitié sur ceux qui ont été administrés dans les circonstances ordinaires. Quant aux malades et aux pauvres moribonds, ce n’est pas que le zèle des missionnaires et des catéchistes , hommes et femmes, se soit ralenti ; mais les occasions de l’exercer avec succès ont été plus rares. « Pour les baptêmes « des personnes en santé, écrit M. Vigroux, on pouvait espérer, vers le milieu de l’année « dernière, en obtenir un bon nombre à la Noël ; beaucoup de Japonais, en effet, étudiaient la « religion et manifestaient le désir de l’embrasser ; mais voilà que la guerre éclate, et tous les « esprits se tournent alors de ce côté ! Maintenant la guerre est finie et avec elle ont disparu « bien des préoccupations et des inquiétudes ; mais ceux que nous regardions déjà comme des « catéchumènes n’ont plus l’entrain de la première heure, et sans avoir précisément renoncé à « se faire chrétiens, ils montrent moins d’empressement à le devenir. »
« Ogawamachi. – 295 baptêmes : 223 adultes, dont 194 in articulo mortis, 54 enfants dans le même cas et 17 enfants de chrétiens.
« M. Papinot déplore encore le petit nombre des conversions parmi les adultes valides. Il aspire aussi toujours et avec raison, hélas ! après quelque secours extraordinaire de la Providence qui lui permette de remplacer sa pauvre chapelle, devenue depuis longtemps déjà trop étroite et si maltraitée par le tremblement de terre. « La pauvreté, ajoute-t-il dans son « compte-rendu, le missionnaire peut, avec la grâce d’En-Haut, l’accepter pour sa compagne « de tous les jours. Ce qui lui est bien autrement pénible, c’est d’être obligé de la faire « partager à Jésus, le Roi du ciel et de la terre, à qui il voudrait rendre tous les honneurs et « attirer tous les hommages. »
« Asakusa. – 63 baptêmes : 33 d’adultes, dont 14 à l’article de la mort, 8 d’enfants de païens et 22 d’enfants de chrétiens.
« C’est avec tristesse, dit M. Brotelande, que j’apporte, cette année, une si pauvre moisson. « Ma consolation est de voir les anciens chrétiens continuer à bien pratiquer. Parmi eux, il se « maintient surtout un bon noyau qui, je l’espère, nous fournira des coopérateurs zélés, quand « la grâce de Dieu touchera le cœur des païens. »
Honjo. – 23 baptêmes : 3 d’adultes, 8 d’enfants de païens et 12 d’enfants de chrétiens.
« De la part de M. Balette, mêmes doléances sur le petit nombre des conversions de païens ; même bon témoignage aussi sur la fidélité de ses chrétiens à accomplir leurs devoirs religieux. « Malheureusement , ajoute-t-il , leur nombre a diminué sensiblement, cette année. « Grâces à Dieu , il n’y a eu parmi eux aucune défection , mais la mort a fait des vides « nombreux dans leurs rangs , et , de plus , une dizaine de familles , des meilleures, ont dû « quitter le poste pour aller s’établir ailleurs . »
« Azabu. – 11 baptêmes : 5 adultes et 6 enfants de chrétiens.
« Là aussi les efforts de M. Guyon et de son catéchiste ont été grandement contrariés par l’état de l’esprit public.
« Ville de Yokohama. – La paroisse européenne, dont la population est très flottante et qui compte actuellement 334 catholiques, a donné 14 baptêmes d’enfants. Deux adultes japonais y ont aussi reçu le bienfait de la régénération.
« L’établissement des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus, qui dépend de cette paroisse, a encore obtenu de beaux résultats. Le détail en sera donné plus loin.
« Quant au quartier japonais, la petite paroisse de Wakaba-cho, écrit M. Mugabure, est à « peu près dans le statu quo. Il me serait bien agréable de vous présenter un beau chiffre de « baptêmes ; mais , hélas ! la récolte a été pauvre ; avec l’abjuration d’un hérétique , 19 « baptêmes en tout : ils ont été administrés à 8 adultes, 3 enfants de païens et 8 enfants « de chrétiens.
« Comme Votre Grandeur le sait déjà , mes soins et ceux du catéchiste ont été donnés « principalement, depuis plus d’un an, à la recherche des nombreux chrétiens baptisés, il y a « quelques années, et qui ne paraissent plus pour la pratique de leurs devoirs religieux. « Beaucoup ont disparu après avoir plus ou moins traîné misère ici. La plupart, en effet, sont « étrangers , et les vrais citoyens de Yokohama ne sont guère que les habitants des deux « quartiers de Moto-machi et d’Ota-machi. D’après cela, il est facile de voir comment, malgré « le grand nombre de chrétiens portés sur les registres de la paroisse, nous n’avons qu’un « noyau régulier relativement petit. Celui-ci est bon, et, comme l’année dernière, je me plais à « reconnaître que, malgré la grande difficulté que beaucoup de mes paroissiens ont à sanctifier « régulièrement le dimanche, ils font preuve d’une bonne volonté remarquable. »
« Districts de Chiba et d’Utsunomiya. – Par suite de circonstances qui se sont imposées, ces deux districts ont été de nouveau, mais d’une façon provisoire, confiés aux soins du seul M. Cadilhac.
« Il y a recueilli 137 baptêmes ( 26 d’adultes, dont 15 in extremis, 67 d’enfants de païens aussi en danger de mort, et 44 d’enfants de chrétiens )
« M. Cadilhac ne mentionne dans son compte-rendu aucun incident spécial. Mais je lui ai entendu raconter de vive voix un fait bien édifiant que je me fais un plaisir de relater ici. A l’ouverture d’une des chapelles du district de Chiba, il y a quelques années, deux mauvais sujets avaient fait tout leur possible pour troubler la cérémonie religieuse célébrée en cette circonstance. Or, peu de temps après, ils se virent réduits à la misère. Dans le voisinage de l’un d’eux, se trouvait un excellent chrétien, aujourd’hui catéchiste, qui, touché de compassion et fermant chrétiennement les yeux sur le méfait antérieur du malheureux, alla lui offrir de lui donner tous les jours au moins un bol de riz : c’était tout ce que ses modiques ressources pouvaient lui permettre ; et encore pour faire cette charité, il fallait qu’un membre de la famille se privât de ce bol de riz. La très obligeante proposition fut acceptée, bien entendu, et toute la famille se prêta de bon cœur à la bonne œuvre, chaque membre s’imposant à tour de rôle la petite privation. En attendant d’être récompensée au ciel, cette générosité a déjà reçu une récompense bien sensible. Touché de procédés si charitables, le malheureux qui en était l’objet a commencé à mieux apprécier la religion qui les inspirait ; il s’en est instruit, et finalement notre catéchiste a eu la consolation de le baptiser très bien disposé, quelques jours avant sa mort.
« District de Hachioji. – « 29 baptêmes d’adultes, 12 d’enfants de païens en danger de « mort et 22 d’enfants de chrétiens , telle est , écrit M. Mayrand, la toute petite gerbe que « j’ai recueillie cette année, au milieu des deux millions de païens que renferme mon district. « Les difficultés que j’ai rencontrées, sont celles qui existent partout ; et si elles ont été « beaucoup plus nombreuses que les consolations, je ne vois ni dans celles-ci ni dans « celles-là, rien de saillant qui mérite d’être rapporté. »
« District de Numadzu. – Ce nouveau district a été formé d’une partie des deux districts de Hachioji et de Shizuoka. Le premier lui a cédé les territoires où se trouvent les chrétientés de Yokosuka et d’Odawara, et le second la province d’Idzu et la partie de celle de Suruga, qui s’étend à l’est du Pujikawa. C’est dans la ville de Numadzu que M.Fournier, chargé de ce district, a sa résidence, hors le temps de ses courses apostoliques.
« Le recensement de ses chrétiens lui en a fait connaître 504, dont 342 dans le Ken de Shizuoka et 162 dans celui de Kanagawa. Il a administré 52 baptêmes, dont 30 à des adultes, 4 à des enfants de païens en danger de mort, et 18 à des enfants de chrétiens.
« La ville de Numadzu, dit M. Fournier, paraît se remuer ; il y a déjà eu 13 baptêmes. Les « anciens chrétiens sont aussi devenus plus fervents. Le premier dimanche après mon arrivée « à Numadzu, je ne comptais que 6 chrétiens à la messe ; aujourd’hui ils sont une trentaine. « Malheureusement , je ne puis guère passer à Numadzu plus d’une semaine par mois. – « Yoshiwara donne peu d’espérances . L’esprit de la ville et des environs est étroit et « tracassier. Deux bonnes familles émigrent : l’une est déjà à Tokio, et l’autre vient s’installer « à Numadzu. – La station de Mishima marche bien : sur 12 baptêmes qu’elle a produits, 9 « sont de la ville même. Elle vient toutefois de subir une certaine épreuve à l’occasion « du double changement du catéchiste et de la maison de réunion. – Odawara est en « souffrance. A Yokosuka, rien de saillant. Les chrétiens sont bons, mais, hélas ! trop peu « nombreux. »
« District de Shizuoka. – 19 baptêmes : 4 d’adultes et 15 d’enfants dont 3 de païens in articulo mortis.
« La guerre a tellement préoccupé, pour ne pas dire absorbé les esprits, écrit M. Steichen, « que ma faible voix est restée sans écho. Ajoutez à cela la maladie et la mort de mon meilleur « catéchiste, et vous comprendrez aisément les causes de mon insuccès . Je dois dire, du « moins, que mon petit troupeau ne s’est nullement départi de sa fidélité à accomplir ses « devoirs religieux. »
« District de Nagoya. – Particulièrement béni de Dieu pendant le précédent exercice, le travail des missionnaires de ce district l’a encore été très sensiblement dans le cours du dernier. La circonstance de la guerre, qui ailleurs a contrarié l’œuvre de l’évangélisation, semble ici l’avoir favorisée. Je laisse M. Tulpin rapporter ce qui s’est produit :
« Nagoya étant le siège de la division militaire qui a le plus donné et le plus souffert dans « la dernière guerre, nous avions à en redouter un contre-coup funeste à nos œuvres. Grâces à « Dieu, c’est le contraire qui est arrivé. Outre les prières offertes pour demander la victoire, « nous nous sommes aussi pleinement associés aux manifestations patriotiques des chrétiens « et des païens pour les succès obtenus. Et de là est résulté un rapprochement visible de la « population et de l’armée vers notre sainte Religion.
« Voici d’ailleurs quelques détails aussi édifiants qu’intéressants : Un capitaine « d’infanterie , officier d’avenir , n’a pas voulu partir pour le théâtre de la guerre sans avoir « reçu le baptême. C’est lui qui, en tombant grièvement blessé sur le champ de bataille de « Kogasai, le 19 décembre dernier , proférait ces belles paroles : « Mon âme à Dieu et mon « corps à l’Empereur ! » Un autre officier, capitaine d’artillerie, bien que très jeune encore, « n’ayant pu recevoir le baptême avant son départ trop précipité, nous a envoyé par son « lieutenant, lui aussi chrétien de cœur, un souvenir de son métier de soldat, « un boulet », en « demandant de le placer à l’église comme offrande au bon Dieu. A son retour de Chine, il « nous disait : « Dans les moments pénibles, mon lieutenant et moi, nous parlions de Dieu, « nous pensions aux prières que vous faisiez pour nous, et nous y trouvions un redoublement « de courage. Malgré les périls, le froid et les privations de toute sorte, nous rentrons sains et « saufs. En partant, je vous offrais un boulet, aujourd’hui je vous apporte une cloche trouvée à « la prise du fort de Fukushu, en Mandchourie. »
« Nous avions aussi, continue M. Tulpin, six sergents et plusieurs soldats dans le 1er corps « d’armée, dont faisait partie la division de Nagoya. Tous sont revenus en bonne santé. Deux « sergents-majors surtout ont grandement édifié nos chrétiens, pendant la campagne, par leurs « lettres admirables de foi et de charité. Nos infirmiers militaires, au nombre de sept, ne sont « pas encore rentrés ; mais nous savons qu’ils vont bien et que l’un d’eux, en particulier, a « baptisé un bon nombre de soldats mourants.
« Les catéchistes de Nagoya méritent aussi le meilleur témoignage ; ils ont travaillé autant « qu’ils ont pu et Notre-Seigneur a béni leurs efforts : 93 baptêmes d’adultes, 42 « d’enfants moribonds et un nombre respectable de nouveaux catéchumènes attestent « suffisamment leur zèle et leur activité.
« Un besoin qui se fait de plus en plus sentir à Nagoya est celui d’une église. Il y a « longtemps déjà que la pauvre chapelle provisoire est trop petite pour la chrétienté. Au mois « de janvier dernier, force a été de chercher un moyen de l’agrandir. Mais ce qu’on a pu y « ajouter ne suffit déjà plus, et on ne sait à quel expédient recourir, dans l’état actuel des « choses, pour pouvoir placer tout le monde.
« Nos chrétiens ont pourvu à un autre besoin non moins pressant en achetant un cimetière. « Jusqu’alors nous étions à la merci des bonzes pour les enterrements dans les cimetières « ordinaires. Le nôtre a le grand inconvénient d’être éloigné de la ville ; mais il n’y a pas eu « moyen de trouver mieux.
« L’entrain de nos néophytes et leur esprit de régularité et de piété, spécialement à Nagoya « et à Toyohashi, nous sont un sujet de grande consolation. Dieu leur fasse la grâce de « conserver toujours ces bonnes dispositions !…
« Le petit hôpital des vieillards continue de porter ses heureux fruits . Quatre de nos « protégés en sont sortis cette année, pour passer à une vie meilleure. Sur les 31 qui restent, 7 « ont reçu dernièrement le saint baptême , si bien qu’actuellement tous sont chrétiens. Ces « bons vieillards se montrent pleins de reconnaissance pour les soins dont ils sont l’objet, et « ils prient chaque jour pour leurs bienfaiteurs. – Au mois de novembre dernier, nous avons « pu ajouter six chambres aux anciennes ; s’il plaît à Dieu, six autres y seront encore bientôt « ajoutées, grâce à un don particulier qui nous a été fait pour cela. »
« District de Kofu. – M. Drouart de Lézey en a toujours la direction. La Providence avait « disposé les choses de manière à ce qu’il fût assisté dans son administration et même « remplacé durant une absence de plusieurs mois à laquelle l’a condamné son état de santé. « Sur l’avis du médecin, il est allé passer quelque temps au sanatorium de Hong-kong. Il en « est revenu notablement soulagé, mais sans pouvoir reprendre immédiatement son travail. « Or, M. Balet a administré le district pendant tout ce temps , et c’est lui qui a rédigé le « compte-rendu dont voici les principaux passages :
« L’état général des chrétiens est satisfaisant dans les deux chrétientés de Kofu et de « Yamashiro , les plus importantes du district. Très rapprochées l’une de l’autre et placées « ainsi sous l’œil du Père qui réside au chef-lieu, l’esprit chrétien y prend racine peu à peu. « Tout en laissant encore à désirer, l’assistance à la messe le dimanche et l’observation des « fêtes y sont en progrès. Le jour de Pâques, j’ai eu la consolation de voir plus de cent « personnes dans la chapelle de Yamashiro, et il y a eu une soixantaine de communions. Ce « fut assurément un beau jour pour cette petite paroisse. Dès la veille, les guirlandes, les « oriflammes , les lanternes, ornements obligés de toute fête au Japon, donnaient à la petite « chapelle une physionomie de joie bien conforme au mystère du jour. Et pendant que 29 « adultes régénérés par les eaux du baptême prenaient place dans le bercail du Christ « ressuscité, le bruit répété des bombes et des pétards allait porter aux oreilles des païens « étonnés la nouvelle que l’Eglise de Jésus-Christ prenait une place plus large au milieu « d’eux.
« Mais, dès le lendemain, le plus en vue de ces nouveaux chrétiens apprenait à ses dépens « la vérité de cette parole du Maître : « Je suis venu diviser le Père d’avec ses enfants. » « Maudit et renié par son père, haï et rejeté par son beau-frère, il ne s’est point laissé ébranler. « A peine cet orage de famille paraissait-il calmé, qu’un autre éclate au dehors, à « l’occasion des élections municipales. Notre néophyte, ayant réuni le nombre de suffrages « voulu pour l’emporter sur son concurrent païen, les tenants du diable se soulèvent : « Pas « de chrétien dans le conseil, puisque les chrétiens refusent la contribution pour nos « pagodes. » – Un moment la lutte a failli prendre la tournure d’une bataille, et les « vexations n’ont pas été épargnées à nos chrétiens, surtout aux petits et aux faibles. Grâce « toutefois à la patience et au sang-froid des nôtres, et aussi à l’intervention d’un riche « païen, qui ne ménageait point les dures vérités à la coterie des bouddhistes, le calme « extérieur s’est rétabli.
« En somme , malgré l’absence forcée du titulaire du poste , ou plutôt grâce à ses « souffrances et à ses prières, le mouvement de conversions qu’il avait vu se déclarer l’an « dernier ne s’est pas ralenti : 39 baptêmes d’adultes, dont 28 à Yamashiro et 11 à Kofu, et 9 « baptêmes d’enfants sont venus nous apporter à l’un et à l’autre une vraie consolation. De « plus, nous avons l’espoir de nouveaux succès dans ces deux localités ; à Yamashiro, le bon « mouvement paraît se continuer ; à Kofu, quelques catéchumènes s’annoncent. »
« District de Matsumoto. – 8 baptêmes dont 5 d’adultes et 3 d’enfants de chrétiens.
« Cette année, écrit M. Peri, je n’ai rien de particulier à signaler pour le poste de « Matsumoto. L’indifférence ordinaire des habitants pour les questions religieuses et les « soucis de la guerre ont rendu illusoire l’espérance que j’avais un instant conçue de voir « s’augmenter un peu, dans le courant de l’année, le nombre de mes chrétiens.Tout n’est pas « perdu cependant, et parmi les connaissances assez nombreuses que nous avons faites, « aujourd’hui que les esprits sont plus calmes, quelques âmes de bonne volonté se déclareront « peut-être. Pour ce qui regarde les anciens chrétiens, la pratique est restée bonne. Mais « qu’est-ce que ce petit nombre en comparaison de la population du district ?
« District de Kanazawa. – 5 baptêmes d’adultes et 3 baptêmes d’enfants, dit M. Clément, « sont le bien maigre résultat obtenu depuis un an. Je n’ose pas dire que la guerre et surtout « l’intervention de la France dans les affaires du Japon avec la Chine ont été la cause de ce « peu de succès, car depuis trois ans, nous sommes presque au même point sous ce rapport. « Mais ce que je puis affirmer cependant, c’est qu’elles ont été un nouvel obstacle au travail « des missionnaires. Espérons que quand les derniers événements seront un peu oubliés, nous « pourrons, moyennant la grâce de Dieu, travailler avec plus de fruit. »
II
« Après les renseignements qui précèdent sur les divers postes de la Mission, j’en viens aux Établissements d’instruction et aux Œuvres de charité.
« 1° – Quoique nos séminaristes étudient au séminaire de Nagasaki, je ne veux pas omettre de signaler ici quelques détails qui les concernent. Je dirai d’abord que l’un d’eux a reçu la tonsure des mains de Mgr Cousin, à l’ordination de Noël dernier.
« Ils sont toujours au nombre de cinq. A l’époque des vacances. Il en est sorti un qui a paru ne pas réunir les conditions voulues pour l’état ecclésiastique. Mais il se trouve déjà remplacé par notre cher soldat qui dut, en 1892, interrompre ses études pour satisfaire à l’obligation du service militaire. Comme, avant de venir chez nous, il avait acquis quelques connaissances en médecine, il a été employé, durant tout le temps de son service, à l’hôpital militaire de Fukuoka d’abord, et à l’ambulance de Port-Arthur, après la prise de cette place par les Japonais. Grâces à Dieu, ce jeune homme s’est très bien conservé. La bonne Providence lui avait ménagé la faveur de trouver un missionnaire dans la ville où il rempissait ses fonctions d’infirmier, et il en profitait pour se confesser chaque semaine comme au séminaire. Le dimanche, il avait l’habitude de servir la messe et de faire la sainte communion. Plusieurs camarades, tant à Port-Arthur qu’à Fukuoka, lui ont dû de recevoir la grâce du baptême. Daigne Notre-Seigneur lui donner de continuer avec fruit ses études ecclésiastiques et de devenir ensuite un saint prêtre !
« 2° – Le collège des Marianites va toujours en se développant davantage : chaque année lui apporte, en moyenne, une augmentation de 20 à 25 élèves. C’est encore ce qui est arrivé en 1895 ; l’établissement a compté jusqu’à 175 élèves, et 146 étaient présents à l’époque de la sortie pour les vacances. Le Japon Mail lui a donné un nouveau témoignage d’estime à l’occasion de la dernière distribution des prix. « Cette cérémonie, dit-il dans son numéro du « 16 juillet, a eu lieu à Tokio, le 8 courant, en présence de nombreux assistants, parmi lesquels « on voyait les Représentants de la France, de l’Angleterre, de l’Italie et beaucoup de Japonais « marquants de la classe officielle et du corps de l’enseignement. Les différentes pièces du « programme ont été parfaitement exécutées, et les élèves ont fait preuve d’une préparation « très soignée. L’école semble progresser constamment, et il est à regretter qu’on ne soit pas « assez libéral pour accorder à une si excellente maison d’éducation le titre d’école publique « dûment reconnue. »
« 3° – Des trois établissements tenus par nos Religieuses, je dirai d’abord que les grands dégâts que leur avait causés le terrible tremblement de terre du mois de juin de l’année dernière, ont été très avantageusement réparés. Les nouvelles constructions offrent les garanties qu’il est possible de prendre contre le retour de pareilles catastrophes. Ces travaux ont imposé aux deux Congrégations de très lourds sacrifices, dont nous leur sommes profondément reconnaissants.
« Leur générosité ne s’est pas bornée d’ailleurs à rétablir ce qui avait été ruiné ; l’une et l’autre ont encore voulu profiter des circonstances relativement favorables que la Providence leur a ménagées, pour étendre davantage leurs terrains, et, par là, rendre possible un nouvel accroissement de leurs œuvres.
« La communauté des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus a fait l’acquisition d’un terrain situé sur une colline, à une petite distance de la ville de Yokohama, où vient d’être établie une colonie de leur orphelinat , les enfants de la salle d’asile. Outre que ces enfants se trouvent là à la campagne, dans des conditions excellentes pour leur âge, le vide qu’elles ont fait dans la maison de Yokohama améliore doublement la situation des plus grandes enfants qui y restent ; il en résulte un encombrement moins grand, et l’établissement prend, pour ces enfants comme pour le public, une physionomie d’un niveau plus élevé.
« De son côté, la communauté des Sœurs de Saint-Paul de Chartres a pu acheter un terrain attenant à l’établissement de Ogawamachi. Depuis longtemps, il semblait être un complément nécessaire à cet établissement, et il eût été très regrettable de manquer l’occasion de se le procurer. Sans doute cette occasion s’est présentée à une époque de grande gêne pour les Sœurs ; mais elles ont fait néanmoins les sacrifices nécessaires, et j’ai bien la confiance qu’elles auront lieu plus tard de s’en applaudir.
« Voici l’état de ces précieux établissements pendant l’exercice 1894-1895 et les résultats obtenus par rapport aux baptêmes.
« Les deux maisons des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus à Yokohama et à Tokio ont compté dans leurs pensionnats 59 internes et 64 externes, et dans les orphelinats 849 enfants, soit près de 120 de plus que l’année dernière. Les cours ont été suivis par 514 élèves. Les baptêmes obtenus tant dans ces maisons qu’en ville, ont atteint les chiffres de 104 à Yokohama et de 185 à Tokio ( Tsukiji ). Parmi ces baptisés, 161 adultes et 42 enfants se trouvaient en danger de mort.
« L’établissement des Sœurs de Saint-Paul de Chartres à Ogawamachi a réuni au pensionnat 43 internes et 5 externes ; l’école ordinaire a compté 106 élèves et l’orphelinat 148 enfants. Outre une vingtaine de baptêmes que la Sœur infirmière a administrés elle-même à des malades moribonds qu’elle soignait en ville, les visites que fait dans les hôpitaux un Japonais employé par les Sœurs, ont puissamment contribué à obtenir 130 autres baptêmes in extremis enregistrés à Ogawamachi.
« 4° – L’orphelinat des garçons n’a point subi de modifications sensibles ; il compte seulement une dizaine d’enfants de plus que l’an dernier. Du reste l’école et ses ateliers continuent de marcher comme à l’ordinaire. Le nombre des baptêmes de l’année a été de 12.
« La nouvelle chapelle dont le précédent compte-rendu signalait la nécessité, n’est pas encore commencée ; mais des matériaux se préparent. Les bois de construction étant devenus très chers depuis la guerre de Chine, M. Rey s’est ingénié pour tâcher de se les procurer plus avantageusement, en achetant des arbres sur pied. Ce système lui fera faire sans doute quelques économies ; mais il lui a déjà occasionné, à lui-même, bien des soucis, et à ses petits ouvriers, un apprentissage un peu dur, qui ne leur a cependant pas été inutile.
« 5° – Le nombre des écoles ordinaires reste le même que l’année dernière ; celui des élèves également, sauf une minime augmentation ; mais deux des anciennes écoles, auxquelles il a fallu renoncer, ont été remplacées par deux nouvelles. Celles-ci sont déjà assez prospères.
« L’une d’elles est l’école de Nagoya, dont le précédent compte-rendu annonçait la construction. M. Tulpin écrit que ce n’est pas sans de grandes difficultés qu’il a pu obtenir de la Préfecture l’autorisation de l’ouvrir ; enfin il y a réussi, et son succès semble avoir si peu déplu à l’autorité, que le maire du quartier a bien voulu présider lui-même la cérémonie d’ouverture, et que plusieurs employés de la Préfecture se sont aussi rendus à l’invitation qui leur avait été faite d’y assister. De plus, l’impression produite sur la population par l’établissement de cette école a été heureuse. Les païens, jusque-là plus ou moins bien disposés, se montrent maintenant les amis des missionnaires, et plusieurs ont demandé à s’instruire de la religion, en manifestant déjà un certain désir de l’embrasser. Au mois d’août, l’école comptait une quarantaine d’élèves.
« L’autre école nouvelle est due à M. Papinot. Dans le populeux arrondissement de Hongo, qui dépend de sa paroisse, il y a de nombreuses et grandes écoles : université, lycée supérieur, écoles secondaires et aussi plusieurs écoles primaires bien installées. Mais toutes ces écoles sont inaccessibles à une partie considérable de la population trop pauvre pour payer les rétributions exigées. Le cher missionnaire a donc songé à subvenir aux besoins de cette classe pauvre, en installant au milieu d’elle une école plus modeste et plus en rapport avec ses faibles ressources. La Mission lui a accordé un petit secours pour la mise à exécution de ce projet, et l’école a été ouverte le 1er avril dernier. Elle a commencé avec le nombre plus que modeste de 10 enfants. Au mois d’août, elle en comptait 72, dont 45 garçons et 27 filles. Non seulement tous ces pauvres enfants païens apprennent le catéchisme en même temps que ce qui s’enseigne dans les autres écoles primaires ; mais , trois fois par semaine, l’école sert de salle de réunion où se donnent des instructions sur les premières vérités du christianisme. Les parents des élèves y assistent en bon nombre. Il y a donc lieu d’espérer que la nouvelle école donnera des résultats doublement heureux. Dieu fasse qu’il en soit ainsi !
« L’organisation de plusieurs anciennes écoles s’est déjà quelque peu améliorée. Si Dieu le permet, cette amélioration va gagner encore. Malgré nos faibles ressources, toujours trop restreintes pour le milieu et les circonstances où nous nous trouvons, nous essayons de quelques mesures qui ne peuvent que relever nos écoles.
« 6° – Quant aux hôpitaux et autres œuvres de charité en faveur des malades et des infirmes, tout se continue avec le même zèle de la part des missionnaires et de nos bonnes Religieuses. Après avoir déjà mentionné plus haut les bénédictions que Dieu a accordées au dévouement des Sœurs pour les malades et les mourants, et signalé le développement que prend le petit hôpital des vieillards à Nagoya, il me reste à dire un mot de l’hôpital des lépreux de Gotemba.
« Le nombre de ces pauvres infirmes varie généralement de 70 à 80 : au commencement d’août, ils étaient 70. Pendant l’année, il y a eu 17 baptêmes et 15 décès. Nos chers lépreux ont ordinairement le bonheur de mourir chrétiens. Une dizaine d’entre eux, qui ne l’étaient pas encore quand M. Bertrand m’a envoyé sa note, se disposaient à le devenir. La bonne œuvre, commencée il y a bientôt huit ans, par le bien regretté M. Testevuide, continue donc de porter chaque année de très heureux fruits. Dieu en soit loué !
« Tels sont, Messieurs et vénérés Directeurs, les renseignements qu’il m’est permis de vous donner sur l’état et les œuvres de cette Mission, pendant l’exercice 1894-1895. La recommandant toujours à votre religieuse sollicitude, je vous demanderai, une fois de plus, de rendre grâces à Dieu avec nous pour les bénédictions qu’Il a bien voulu lui accorder et Le prier de daigner la bénir plus abondamment encore. Le besoin du secours divin se fait, chaque jour, sentir davantage, au milieu de tous les obstacles qui viennent ici contrarier les progrès de la vraie foi.
« Veuillez agréer…..
« ‡ PIERRE-MARIE, »
« Archevêque de Tokio. »
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