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Rapport annuel des évêques

Année: 1896
Pays: Japon
Mission: Hakodaté
Rédacteur:Mgr Berlioz

VI. ─ Hakodaté.

Population catholique 4.643
Baptêmes d’adultes 291
Conversion d’hérétique 1
Baptêmes d’enfants de païens 350
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« Nous venons de passer une année vraiment désastreuse, nous écrit Mgr Berlioz. Après le raz de marée du 15 juin dernier qui a fait tant de victimes en quelques minutes et dans lequel nous avons perdu un excellent confrère, sont venues des inondations telles qu’on n’en avait pas vu depuis cinquante ans. Puis le 31 août et les jours suivants, de violents tremblements de terre ont jeté dansla consternation les habitants de deux de nos départements. On a enregistré près de 300 morts à l’occasion de ce terrible fléau ; les maisons renversées se chiffrent par milliers, et toutes les autres ont été plus ou moins endommagées. Nos deux résidences de Morioka et d’Akita, celle-ci surtout, ont subi de sérieux dégâts : murs lézardés, tuiles tombées et charpente disloquée. Enfin nous avons eu beaucoup à souffrir des incendies : au printemps, notre résidence d’Otaru a été la proie des flammes et n’est pas encore relevée, faute de ressources. Tout dernièrement encore, 2.700 maisons ont été brûlées dans la ville de Hakodaté. Nous pouvons donc dire que nous avons travaillé in angustia temporum.
« Les obstacles qui se dressent à l’horizon nous condamnent parfois aussi à une situation bien pénible. L’idée qu’il faut se désintéresser de la religion des étrangers, poussée par un sentiment d’étroit patriotisme, n’est pas encore sur le point de tomber. Cette autre, qu’il est honteux pour le Japon civilisé de recevoir des leçons de morale, comme un vulgaire pays barbare, éloigne aussi bien des âmes de la vérité. Enfin, ces dernières années, une espèce d’illuminisme religieux s’est emparé des masses et les porte à des excès tels que le Gouvernement a dû intervenir d’office, mais sans succès. Si cet illuminisme s’en tenait là, on ne le mentionnerait que sommairement, mais voilà que cette année, on a mené une campagne dans la presse pour en faire reposer le côté odieux sur la religion catholique. Le compte rendu de M. de Noailles fournissant une étude intéressante sur la matière, je me lais un plaisir de vous communiquer son travail.
« Vous n’êtes pas, m’écrit-il, sans avoir entendu parler de la nouvelle religion qui s’est « greffée très adroitement sur le Bouddhisme et le Sinthoïsrne, qui vit parallèlement avec ces « deux sectes et prend de plus en plus d’extension, malgré la prohibition du gouvernement, la « fermeture de ses temples, et peut-être même à cause de cela.
« La religion du Ten-ri-kyô, déjà très répandue à Sado, continue de s’y propager « rapidement. Des actes notoires d’immoralité l’ont fait interdire ailleurs ; ici, rien de « semblable ne s’étant produit, ouvertement du moins, la police n’a pas eu à intervenir « jusqu’à présent, mais elle surveille de près les adeptes de la nouvelle doctrine.
« Le Ten-ri-kyô se divise en deux branches principales, comme la secte bouddhique du « Hon-gwan-ji : le Ten-ri-kyô proprement dit, fondé par une femme nommée Miki qui est « morte en 1888, et le Ren-mon-kyô, qui a à sa tête une autre femme, Shimamura-Mitsu.
« On a voulu faire croire que le Ten-ri-kyô dérivait du catholicisme et que la femme Miki « avait d’abord été engagée par les missionnaires pour prêcher le christianisme, à raison de « 4.000 dollars d’appointements. Puis le Japon ayant été ouvert aux étrangers, Miki fut « remerciée, et c’est alors qu’elle fit bande à part et travailla à la fondation de cette religion « qui réunit déjà tant d’adeptes. Il suffit d’indiquer cette calomnie sans s’arrêter à en prouver « la fausseté.
« Tous les adeptes ne connaissent pas les secrets de la secte. Le vulgaire adore le Ten-riô « (Roi de la doctrine du Ciel). Pour allécher les croyants, on les réunit assez souvent, et on « leur persuade qu’une fois entrés dans le Ten-ri-kyô, ils gagneront beaucoup d’argent et « obtiendront la guérison de toutes leurs maladies. Le rite observé dans ces réunions est « d’ailleurs attrayant : on y boit de l’eau-de-vie de riz ; le bruit du tambour et les notes de la « harpe des prostituées se mêlent au son de la cloche, et puis l’on danse. L’étourdissement « produit par cet enthousiasme mène ordinairement à d’ignobles scènes d’immoralité. Les « initiés qui ont goûté au charme de ces bacchanales, ont bien vite oublié famille et affaires ; « ils n’hésitent pas à dépenser jusqu’à leur dernière sapèque pour prolonger leur ivresse. On « comprend que l’autorité civile intervicnne au nom de l’honnêteté et du maintien de l’ordre « public.
« Les initiés secrets ont des livres qu’ils tiennent soigneusement cachés. On sait toutefois « qu’ils renferment la théorie d’un dieu unique, formé de dix personnes qui trônent aux quatre « points cardinaux, aux points intermédiaires, et à chaque extrémité de la voie lactée. Huit « président respectivement aux éléments du monde et les deux autres aux lois de la « génération. Ces divinités sont représentées sous des symboles empruntés à la mythologie « japonaise : la première, par un dragon à une tête et à une queue ; la seconde, par un serpent « à douze têtes, trois queues et trois dards ; la troisième, par un homme-poisson ; la « quatrième, par une femme-serpent blanc ; celle du Nord, par l’anguille ; celle du Sud, par « un serpent noir ; celle de l’Ouest, par la sole ; celle de l’Est, par la silure ou poisson-chat ; « et enfin les deux dernières, sous des formes humaines, les deux ancêtres du Japon Izanagi-« no-mikoto et sa femme Izanami-no-mikoto, qui auraient fait sortir la race japonaise de « milliers de dojô, sorte de lamproie très abondante dans ce pays.
« Outre ces livres, il y en a encore un que connaissent seulement les parfaits initiés, et « qu’il est impossible de se procurer ; c’est le livre des révélations. On y annonce, paraît-il, « l’époque où le Japon deviendra le plus grand pays du monde, les phases de sa décadence et « les événements qui doivent se passer dans mille ans.
« Les offrandes agréables sont au nombre de trois : l’eau-de-vie de riz, l’eau destinée aux « guérisons et une sucrerie nommée Kom-pei-to (petite boule de sucre en forme d’étoile.)
« Les hommes peuvent et doivent vivre 110 ans, s’ils savent éviter huit maladies morales : « l’envie, la parcimonie, l’amour, la haine, l’attachement aux richesses, l’orgueil, la rancune « et la colère.
« Cette religion, malgré son absurdité, et peut être pour cela même, a beaucoup de « partisans. Là où le gouvernement l’a interdite, elle s’est formée en société secrète, et là où « on la tolère, elle gagne du terrain. A Sado, on connaît au moins 10.000 adeptes, et les « temples sont pleins les jours de leurs fêtes.
« Des miracles, disent-ils, ont été constatés. Trois malades auraient été guéris, et cela « semble vrai d’après tous les renseignements que j’ai pu me procurer ; mais j’ai hâte « d’ajouter que les soi-disant miraculés sont devenus fous, tous les trois : d’autres disent « possédés du diable. »
« Les nouveaux traités que le Japon a signés avec les puissances étrangères, continue Mgr Berlioz, devant être mis en pratique dans quelques années, nous avons cru que le moment était venu de faire bénéficier notre mission du précieux concours des Cisterciens Réformés de Notre-Dame de la Trappe. Nous avons été aidés en cela par deux chrétiens de Hakodaté, qui nous ont cédé leurs droits sur un terrain à défricher situé à l’entrée de la rade, et réunissant les conditions désirables pour notre projet.
« De plus, M. Lecomte et d’autres confrères me persuadant que le monastère provisoire pourrait être construit sans engager les fonds destinés à nos œuvres, nous avons adressé notre demande au T. R. P. Abbé de la Trappe de Pékin, qui a bien voulu entreprendre le long voyage de Hakodaté, où il est arrivé le 1er janvier dernier. Il s’est montré satisfait de nos humbles conditions, et a promis de revenir à l’automne avec une colonie de religieux de son Ordre.
« M. Lecomte, chargé de bâtir le couvent suivant le plan laissé par le Révérendissime Père Abbé, s’en est acquitté très heureusement, grâce aux secours et aux encouragements qui nous sont venus de Nosseigneurs du Japon et d’autres Missions de la Société, des chers confrères du Japon et des Procures, et de plusieurs bienfaiteurs d’Europe.
« L’abbaye de Notre-Dame du Phare sera, Dieu aidant, inaugurée dans quelques semaines, et nous espérons qu’elle deviendra une source de grâces pour le Japon.
« Cette fondation arrive juste à la veille de la date trois fois séculaire du martyre des vingt-six Saints Japonais, mis en croix à Nagasaki, le 5 février 1597. Que par leur intercession, nous soyons à l’abri des difficultés que l’enfer ne manquera pas de nous susciter à l’occasion de la nouvelle œuvre !
« Dans le but d’étendre un peu l’action de notre personnel et aussi pour que notre orphelinat agricole de Hakodaté soit dirigé avec plus de succès, nous nous sommes arrêtés ,au dessein d’en confier la gestion aux Trappistes. Le T. R. P. Abbé a bien voulu, en cela aussi, accéder à nos propositions et il a été décidé que l’Orphelinat de Notre-Dame des Anges deviendrait la première grangia de l’abbaye de Notre-Dame du Phare. Les religieux y seront installés dès cette année.
« Voici maintenant quelques passages du compte rendu de M. Lecomte sur le poste de Hakodaté :
« Dieu bénit les travaux et les prières des Religieuses. S’il ne leur épargne pas les « épreuves, il leur donne aussi de grandes consolations : la sœur infirmière a baptisé douze « adultes et cent sept enfants de païens. Qui pourra dire ce qu’il lui a fallu de patience, de « dévouement, de visites à domicile, de soins, d’attentions maternelles pour offrir à Jésus et à « Marie cette belle moisson ! Quelques médecins se sont montrés jaloux de sa clientèle, mais « ils n’ont pu lui nuire.
« Le noviciat des Religieuses continue de prospérer. Au Japon aussi Dieu choisit et forme « des âmes qui se consacrent à son divin service. »
« Le district nouvellernent fondé du Yezo Sud a été confié à M. Ribaud. Voici quelles sont « ses premières impressions :
« J’ai parcouru à peu près dans tous les sens ce district du Yezo Sud, dont Votre Grandeur « m’a chargé depuis quelque temps. Durant ces nombreux voyages, j’ai pu me rendre compte « de visu du développement intense qu’a pris, ces dernières années, la colonisation dans les « campagnes fertiles de ces provinces. De quelque côté qu’on se dirige, à chaque pas on « rencontre des essaims d’immigrants posés çà et là au milieu de ces terres si incultes et si « abandonnées, il y a vingt ans, et déjà si prospères aujourd’hui. Dans certains endroits, ces « agglomérations de cultivateurs ont pris la proportion de gros bourgs, qui ne tarderont pas à « rayonner eux-mêmes et à envahir toute la presqu’île.
« Rien de plus apte à devenir chrétien que cette population agricole. Les mœurs « patriarcales et l’éloignement des grands centres et de leur influence délétère, n’ont pas peu « contribué à leur donner la grande droiture d’esprit qui la caractérise.
« Pourquoi faut-il être obligé de dire que le protestantisme et la religion russe ont eu plus « tôt que nous les moyens d’entamer cette population honnête ? Leurs ministres, leurs popes « et leur armée de catéchistes, les mains pleines de dollars, ont envahi cette terre depuis « plusieurs années déjà. Ils étaient là au commencement de la formation de ces nombreux « villages ; ils en ont pris possession dès le début, s’y sont installés d’une manière « permanente, se sont en un mot rendus maîtres de cette vigne, à laquelle la vérité aurait déjà « pu faire produire de si abondants fruits de salut.
« Considérée au simple point de vue humain, la lutte qui commence à s’engager dans ce « district entre le parti catholique, composé d’un seul missionnaire et d’un seul catéchiste, et « les partis hérétique et schismatique, si bien assis et si puissants, semble tout à fait inégale. « Ce serait même un sujet de tristes réflexions pour le missionnaire, si son regard ne s’élevait « pas plus haut, s’il ne se rappelait qu’il en a toujours été ainsi depuis les origines du « christianisme, que les enfants des ténèbres sont plus habiles que les fils de la lumière et que « Dieu pour confondre les puissants s’est toujours servi de faibles moyens, afin de nous « apprendre que ce n’est pas l’homme qui opère, qui convertit, mais sa main divine dont nous « ne sommes que de très imparfaits et grossiers instruments. »
« M. Deffrennes qui a la charge de la chrétienté de Morioka, m’écrit en ces termes :
« Quoique le chiffre des baptêmes d’adultes soit bien modeste, Votre Grandeur éprouvera « cependant une consolation en apprenant que le nombre des baptêmes in articulo mortis « surpasse de 20 celui de l’année dernière.
« Vous savez mieux que moi qu’on ne peut juger du travail opéré par le nombre des « baptêmes seulement.
« Rechercher les chrétiens, ramener à l’église ceux qui s’en tenaient éloignés, instruire les « enfants, essayer quelques moyens d’exciter la ferveur des fidèles, telle est la tâche que je « me suis imposée cette année. Les consolations que j’y ai déjà éprouvées et les bons résultats « que j’en attends dans l’avenir, me feront oublier, je l’espère, les difficultés que présente un « pareil travail. Certes elles ne manquent pas par ailleurs ; une espèce d’apathie, beaucoup de « respect humain, on dirait même quelque chose qui touche au dédain, rendent mes efforts « inutiles au moins dans bien des cas. »
« Nous avons toujours à nous louer du zèle de nos chères sœurs de Saint-Paul de Chartres. L’école et la pharmacie qu’elles ont à Morioka sont vraiment sur un pied florissant. Que de païens, adultes et enfants, devront le salut de leur âme au dévouement de ces précieuses coopératrices !
« Iwaté a perdu son missionnaire, M. Rispal, dans le raz de marée du 15 juin dernier. Jusqu’à cette date notre regretté confrère avait administré quinze baptêmes, et il laisse après lui une liste de vingt-neuf catéchumènes, dont un bon nombre seront régénérés dans le courant du prochain exercice. C’est M. Deffrennes qui est chargé maintenant du soin de ce district, tout en conservant la chrétienté de Morioka, où il sera aidé par M. Reynaud.
« Les chrétiens de l’Iwaté font une souscription pour élever un monument à la mémoire de M. Rispal. Il consistera en une petite chapelle qu’on bâtira sur le rivage de Kamaishi, où il a été emporté. Les néophytes de cette localité qui ont survécu à la catastrophe, ont voulu consacrer à l’achat de l’emplacement de la future chapelle les premiers secours qui leur ont été accordés, alors qu’ils étaient sans abri, saris effets et dépourvus de tout. Que Notre-Seigneur bénisse leurs genéreux sentiments !
« M. Jacquet enregistre pour Sendai et Miyagi un total de 204 baptêmes, dont 150 ont été administrés par les dévouées Sœurs de Saint-Paul de Chartres.
« L’année dernière, écrit ce confrère, j’avais l’honneur de signaler à Votre Grandeur les « obstacles qui me semblaient s’opposer a la propagation de notre sainte Religion ; les mêmes « causes existent encore, ou plutôt ont existé jusqu’à présent. En effet, bien que la signature « de la paix soit chose faite depuis plus d’un an, les troupes de Sendai se sont trouvées « jusqu’au mois de mai sur le pied de guerre pour être envoyées à Formose, où elles sont « restées jusqu’en avril. Leur rentrée qui a duré plus de deux mois, a été pendant tout ce « temps le signal de fêtes bruyantes, et le jour et la nuit. Les amusements n’ont pas laissé de « place aux autres affaires, à l’étude de la religion par conséquent. Enfin le calme est revenu, « et j’espère que les résultats de l’année prochaine seront encore plus consolants que ceux de « la présente année.
« Les relations que j’avais commencées précédemment avec la jeunesse des écoles, ont « continué cette année. Je constate de plus en plus qu’il m’est bien difficile d’avoir des cours « réguliers, et cependant c’est la condition sine quâ non pour réussir. Il nous faudrait des « auxiliaires pour donner ces répétitions de langues.
« Je suis heureux de constater que depuis le printemps dernier l’école des Sœurs marche « de mieux en mieux. La distribution des diplômes a été faite cette année sous la présidence « de M. le Préfet, accompagné de toutes les notabilités de la ville. En face des progrès « obtenus, progrès auxquels il ne s’attendait point du tout, il n’a pu s’empêcher d’adresser les « felicitations les plus élogieuses aux maîtres, maîtresses et élèves. Il a été émerveillé de ce « qu’il constatait, a-t-il dit, et il n’a pas craint de déclarer publiquement que c’était l’école la « mieux tenue de toute la ville et de tout le département, et il suppliait les parents qui « désiraient donner une éducation soignée à leurs filles, de les envoyer à l’école des Sœurs. « Les journaux de la ville se sont fait l’écho de ces éloges et aussitôt on a vu le nombre des « élèves augmenter de plus du double en quelques jours.
« Les chrétiens de la campagne n’ont pu être visités qu’en partie. M. Pouget, qui en est « chargé, l’aurait fait sans la terrible catastrophe qui a désolé toute la côte Est. Aussi le « nombre des confessions et communions annuelles est-il inférieur à celui de l’année « dernière.
« Un mot en terminant sur les Russes et les protestants. Le vent ne semble guère favorable « au schisme et à l’hérésie. Les Japonais détestent la Russie, et par le fait même sa religion. « Quant aux protestants, les dollars commencent à diminuer un peu, dit-on, et le prosélytisme « aussi. Lorsqu’ils en seront réduits à la portion congrue, comme les missionnaires « catholiques, je crois que le protestantisme sera bien malade au Japon.
« Cependant il ne faut pas se faire illusion, Par leurs écoles, ils tiennent une partie de la « jeunesse. Sans doute les élèves ne fréquentent le temple que pendant qu’ils suivent les cours « du lycée, un grand nombre du moins, mais il est vrai quand même que nous avons en eux « des ennemis plus à craindre que les païens, plus hostiles et plus rebelles à la vérité. »
« M. Favier, missionnaire à Fukushima, m’écrit de son côté : « Je signalai l’année dernière « deux ou trois causes, qui, à mon avis, avaient empêché nos efforts de produire le bien qu’on « en pouvait attendre, et je n’ai pas été le seul à constater ces obstacles, car il appert à la « lecture du compte rendu, que plusieurs confrères des Missions du Japon ont éprouvé les « mêmes déboires et les ont attribués aux mêmes causes. Cette année n’est pas encore l’année « des conversions en masse ; malgré cela, le nombre des baptêmes d’adultes est presque de « moitié supérieur à celui de l’année dernière.
« Un autre obstacle, c’est l’extension effrayante que prend ici la religion appelée Ten-ri-« kyo. Je me suis même vu dans la nécessité de prémunir quelques chrétiens contre ce danger, « tant le mouvement se généralise. Du moins est-il permis d’augurer que, si le démon s’agite « de la sorte dans ce pays où il règne en maître, c’est qu’il sent que son temps est fini, que le « sang des Martyrs dont fut arrosée, il y a juste trois cents ans, cette terre bénie du Japon, « germe enfin et va détruire à jamais son sceptre maudit. »
« Le prochain exercice, dit M. Christmann, qui administre le district de Niigata, semble « nous promettre plus de baptêmes, car un mouvement de conversions se manifeste dans deux « ou trois endroits. Ce qui est remarquable, c’est que plus on s’éloigne des populations du « bord de la mer pour aller du côté des montagnes, plus les gens paraissent honnêtes, et « partant accessibles à la Religion.
« Je suis très content, en ce moment, de l’esprit de la chrétienté de Niigata. Il ne s’agit que « d’augmenter le nombre des fidèles, et il me semble qu’on y arriverait avec un catéchiste de « plus.
« L’école dirigée par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres marche toujours bien : l’esprit « des enfants continue de s’améliorer, et la réputation de l’établissement est bonne. Ce qui le « prouve, c’est que la conduite édifiante des élèves a été l’occasion pour plusieurs païens de « demander le baptême afin de pouvoir les épouser, et ce bon mouvement ne semble pas « s’arrêter. »
Orphelinat agricole. ─ « Dieu daigne continuer ses bénédictions à cet établissement qui compte un personnel de 41 chrétiens. La vie au grand air et le travail manuel exercent une heureuse influence sur le moral, comme sur le physique de nos chers enfants. Sous l’habile direction et en face des admirables exemples des Religieux Trappistes, ils ne feront que prospérer, nous en avons la ferme confiance. »


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