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Rapport annuel des évêques

Année: 1896
Pays: Japon
Mission: Tokio

III. ─ Tokio.

Population catholique 9.217
Baptêmes d’adultes 1.628
Conversions d’hérétiques 7
Baptêmes d’enfants de païens 430
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L’année dernière, les comptes rendus de NN. SS. les Évêques du Japon et presque toutes les lettres de leurs missionnsires insistaient sur le fâcheux résultat qu’avait eu, au point de vue de l’evangélisation, l’intervention de quelques puissances européennes après la guerre avec la Chine. Cette année, plusieurs reviennent sur ce sujet. Pour éviter des redites, nous transcrivons ici la réflexion suivante de Mgr l’Archevêque de Tokio, laquelle nous semble résumer très bien la situation : « Dans certains milieux, écrit Sa Grandeur, les missionnaires se retrouvent vis-à-vis des Japonais à peu près dans les mêmes termes qu’avant la guerre, tandis qu’ailleurs ils ressentent toujours beaucoup plus de froideur. En somme, il sera bien difiicile que l’influence de l’intervention des puissances s’efface partout d’ici longtemps. »
A la suite de cette remarque générale, Mgr Osouf fait le résumé des fléaux qui, dans ces derniers temps, ont désolé plusieurs parties de sa mission, et des améliorations que la Providence lui a permis de réaliser dans certains postes. Les détails, concernant les uns et les autres, se trouvent dans le compte rendu des districts intéressés. Nous allons maintenant suivre Sa Grandeur dans l’exposé qu’elle nous a envoyé : 1o de l’administration et de l’évangélisation de son diocèse ; 2o des établissements de charité et d’instruction.

I. ─ ADMINISTRATION ET ÉVANGÉLISATION

« L’administration des sacrements dans le cours de cet exercice a donné les résultats suivants : 7 conversions de dissidents ; 1.570 baptêmes d’adultes, dont 1.221 in articulo mortis ; 488 d’enfants de païens, dont 430 également à l’article de la mort, et 194 d’enfants de chrétiens ; 339 confirmations ; 3.560 confessions annuelles ; 2.823 communions pascales ; 74 saints viatiques ; 101 extrêmes-onctions ; 52 mariages.
« Le grand nombre de baptisés à l’article de la mort ne grossit pas sans doute le chiffre de la population catholique ; mais il n’en est pas moins une très précieuse bénédiction, dont nous avons à remercier la divine miséricorde. Les heureux chrétiens qui entrent ainsi au ciel aussitôt ou presque aussitôt après leur baptême, sont plus assurés de leur salut que ceux qui doivent, pendant des années, naviguer au milieu de tant d’écueils semés partout, mais principalement dans les pays encore païens. »
La ville de Tokio comprend cinq postes : Tsukiji, Ogawamachi, Asakusa, Honjo et Azabu. C’est là que nos confrères ont eu le bonheur de récolter la plus belle moisson : 202 baptêmes d’enfants de païens et 1.281 d’adultes, dont 1.116 in articulo mortis.
« M. Vigroux qui administre Tsukiji, rend un juste témoignage au zèle de son catéchiste et des jeunes filles aides-catéchistes, que les bonnes religieuses de Saint-Maur se font un bonheur de mettre à sa disposition pour instruire les femmes et rechercher les malades. Je puis bien dire ici, en passant, que le cher missionnaire n’épargne rien de son côté pour exciter et soutenir le zèle de ses ouvriers.
« M. Vigroux mentionne d’abord la circonstance particulière du choléra, qui, à la fin de l’été de l’année dernière, sévit assez cruellement à Tokio. « Dès que le terrible fléau éclata, « écrit-il, nos religieuses fournirent à un hôpital de cholériques cinq ou six gardes-malades, « choisies parmi leurs plus grandes orphelines. Ces élèves remplirent en même temps l’office « de catéchistes auprès des moribonds. Leur excellente conduite leur ayant d’ailleurs gagné « les sympathies des médecins et des autres employés de l’hôpital, elles purent librement « instruire et baptiser beaucoup de pauvres cholériques qui acceptèrent leurs instructions et se « rendirent à leurs exhortations. Le chiffre des baptêmes qu’elles eurent alors la grande joie de « conférer, s’est élevé à près de 500.
« Le petit hospice que nos Sœurs ont ouvert depuis quelques années sur la paroisse de « Tsukiji, a vu mourir aussi bien des malades. A l’exception d’un seul, tous sont morts « chrétiens. Le malheureux qui est resté païen n’a jamais voulu consentir à se laisser instruire. « Il était bouddhiste de la secte du Monto-shu. Comme presque tous les adhérents de cette « secte, il se croyait en possession de la vérité religieuse et sûr d’aller au go-kuraku, le paradis « des bouddhistes. Quand on voulait lui parler de la religion chrétienne, il commençait à se « lamenter et suppliait qu’on le laissât mourir en la paix de sa conscience. Le cas commandait « une grande discrétion, afin d’éviter de lui nuire tout en voulant lui être utile. On pria, on le « traita aussi avec tous les égards possibles. Il s’en montra fort reconnaissant ; mais il ne « voulut jamais entendre parler de christianisme. L’état de son âme est maintenant le secret de « la justice et de la bonté divines !
« C’est avec bonheur que tous les autres malades, morts à l’hospice, ont accepté le « baptême. Sans doute cet asile est bien modeste ; mais il n’en est pas moins pour beaucoup le « vestibule du ciel. Car bien des malheureux n’en sortent que pour aller goûter les joies « éternelles. Quelle doit être alors leur délicieuse surprise et combien grande aussi leur « reconnaissance !
« C’est à ce petit hôpital, après Dieu, qu’il faut attribuer un grand nombre de nos baptêmes « ordinaires. La charité a toujours été un excellent moyen de faire goûter la vérité, en même « temps qu’elle est le gage certain des bénédictions divines. Daigne la bonne Providence nous « procurer toujours les ressources nécessaires pour entretenir une œuvre si utile ! »
« Les résultats obtenus cette année à Ogawamachi, écrit M. Papinot, sont, grâce à Dieu, « plus consolants que ceux du précédent exercice. Le nombre des baptêmes administrés à « l’église a plus que doublé ; les baptêmes in articulo mortis sont aussi en augmentation.
« L’hospice de vieillards, jusque là installé à Honjo, c’est-à-dire à une lieue d’ici, a été « transporté, le 1er avril de cette année, à Koishikawa, ce qui en rend le service beaucoup plus « facile, en même temps que l’hôpital se trouve placé sur la paroisse même à laquelle est « attaché le catéchiste qui le visitait depuis longtemps.
« Enfin, nos comptes rendus annuels ne seront plus condamnés à toujours gémir sur le « mauvais état de notre chapelle. La Providence nous est venue en aide pour la construction « d’une église plus convenable et plus grande. Les travaux ont commencé à la fin de janvier, « et, s’il plaît à Dieu, avant la fin de l’année, nous aurons pris possession du nouveau « sanctuaire. Que Notre-Seigneur récompense ceux qui ont contribué à l’élever, par la « conversion de beaucoup d’âmes qui y viendront prier pour eux ! »
« M. Brotelande dit dans son rapport sur Asakusa : « Le chiffre total des baptêmes est sans « doute meilleur que l’an dernier ; mais comme l’augmentation porte surtout sur les baptêmes « administrés in articulo mortis, le résultat final pour la chrétienté est peu sensible.
« Je n’ai, du reste, qu’à me féliciter du bon esprit et de la fidélité des chrétiens actuels. Si à « ces bonnes dispositions, ils ajoutaient un peu plus de zèle pour la conversion de leurs « compatriotes, ce serait parfait. Peut-être cependant n’est-ce pas le zèle qui leur manque, car « ils ont fait leurs preuves par le passé ; mais grandes sont les difficultés de l’exercer vis-à-vis « des païens. Ceux-ci sont encore trop mal disposés aujourd’hui pour écouter une religion qui « leur prêche la piété, l’humilité, la mortification.
« Je suis loin, toutefois, de désespérer de l’avenir. L’esprit public est si changeant ici, la « grâce de Dieu surtout est si forte, qu’au moment voulu de la Providence, nous pourrons « obtenir encore de nombreuses conversions. »
« Indépendamment de certaines circonstances qui, depuis quelque temps, ont rendu plus difficiles dans la chrétienté d’Azabu les progrès de la religion, le missionnaire qui en est chargé actuellement, croit que la situation même du poste est défavorable. Sans accepter absolument ce sentiment, on peut admettre qu’il a peut-être quelque chose de vrai. De fait, on ne s’était fixé dans ce quartier, sur un terrain simplement loué, que par suite de l’impossibilité de trouver à s’établir autrement peur répondre aux besoins des chrétiens répandus dans les environs. On serait heureux assurément de pouvoir s’installer définitivement sur un terrain acheté à quelque distance de la chapelle actuelle. Mais les terrains sont si chers à Tokio aujourd’hui que, si désirable que puisse être le déplacement en question, on ne voit pas le moyen de l’entreprendre. »
« Il n’y a rien de particulier à signaler quant à la paroisse européenne de Yokohama, où les choses se passent généralement à peu près comme dans les pays catholiques, sauf cependant que jusqu’ici, hélas ! on y manque encore d’une école pour les garçons. Les tout jeunes peuvent aller à l’école des Sœurs. Parmi les plus grands, quelques-uns sont mis en pension au collège des Marianites à Tokio. Mais il en reste toujours un certain nombre que les parents ne peuvent pas y envoyer ; et ceux-là souffrent incontestablement de la situation, soit qu’ils aillent dans quelque école non catholique, soit que les parents négligent de les envoyer nulle part. Combien nous serions heureux si nos chers Marianites pouvaient bientôt établir un simple externat à Yokohama !
« De la paroisse japonaise, qui a son centre à Wakabacho, je dirai seulement que sa petite école compte habituellement 45 élèves. Il lui est bien difficile de prendre un grand développement à cause du voisinage de plusieurs autres écoles puissamment patronnées.
« Le missionnaire qui administre maintenant Wakabacho, y est arrivé, il y a peu de temps, et par suite il ne se trouve pas à même d’en parler avec détails. Outre cette chrétienté, il est aussi chargé de celles de Yokosuka et d’Odawara, détachées du district de Numazu. Il est en effet beaucoup plus facile de les administrer de Yokohama que de Numazu.
« Le district actuel de Chiba, détaché de celui d’Utsunomiya, comprend les trois provinces de Shimosa, Kazusa et Awa. M. Chérel en a été chargé depuis environ un an. « Il m’a fallu, « écrit-il, faire connaissance avec mes chrétiens disséminés dans le Ken de Chiba (les trois « provinces ci-dessus). Les premières visites que j’en ai faites m’ont pris beaucoup de temps. « Aussi le travail auprès des païens a-t-il été nul forcément. Mais ma résolution bien arrêtée « pour le nouvel exercice est de m’occuper le plus possible de l’élément païen, sans pour cela, « bien entendu, négliger les chrétiens. Ceux-ci, en effet, ont aussi grand besoin d’être « soutenus et excités. Dispersés dans un vaste pays et ne pouvant être visités fréquemment par « le missionnaire, ils ne se ressentent que trop, la plupart, de cette malheureuse situation. »
« Il me serait bien agréable, dit M. Cadilhac, de pouvoir annoncer des merveilles opérées « dans mon district d’Utsunomiya par notre sainte religion ; mais le bon Dieu, pour m’enlever « tout prétexte à vanité, n’a multiplié ni mon peuple, ni mes joies. Nos petites chrétientés sont « toujours comme à l’ordinaire. Il y a partout un petit noyau qui s’améliore tous les jours. « Mais, à côté, que de misères ! Et la cause ordinaire de ces misères, c’est le mariage, traité « trop souvent, hélas ! Si légèrement. De toutes les familles qui vont à la dérive, il n’y en a « presque pas qui y soient jetées autrement. Cependant l’espérance est toujours ce qui reste au « cœur du missionnaire. Aussi j’espère mieux pour l’année prochaine ; l’horizon me paraît « déjà moins obscur. »
« Une autre épreuve a atteint en même temps le cher M. Cadilhac et la Mission. Il avait pu se procurer au centre de la ville d’Utsunomiya un terrain très convenable pour installer définitivement les divers établissements de la Mission : chapelle, résidences du missionnaire et du catéchiste, etc. Quelques constructions en assez bon état existaient déjà sur ce terrain. Or un incendie s’est déclaré au milieu de la nuit et les a complètement détruites. M. Cadilhac y a perdu aussi tous ses effets, y compris ses cahiers d’administration, de même que tous ses ornements, sauf ceux qui se trouvaient dans sa petite valise de voyage. De belles pièces de bois destinées à la construction de la chapelle, ayant été malheureusement déposées près des bâtiments incendiés, sont devenues la proie des flammes. Outre les pertes irréparables comme celle des registres, les autres se montent à une somme assez considérable. La cause de cet incendie est inconnue ; il a pu venir de la malveillance ; cependant aucun indice ne porte à le supposer.
« L’année dernière, écrit M. Mayrand, la Mission ayant acheté à Hachioji un terrain dans « une position convenable, je suis en train, en ce moment, d’y construire une maison-chapelle, « en remplacement de l’ancienne petite maison bâtie sur un terrain loué et du reste assez mal « situé. J’espère que désormais, nous trouvant plus en vue, quelques âmes de bonne volonté se « rencontreront qui, faisant trêve un instant aux soucis du lucre, dont l’appât semble seul « émouvoir ces pauvres gens, tourneront leurs regards vers le signe du salut qui s’offrira à « leurs yeux.
« Bien que la construction de cette maison-chapelle, fort modeste d’ailleurs, ne coûte pas « une somme bien considérable, comme cette dépense était au-dessus de mes forces, j’ai fait « appel à la générosité des chrétiens du district, et le bon Dieu leur ayant inspiré un grand zèle « pour sa sainte maison, j’ai recueilli une somme relativement considérable. Ceux qui ont « beaucoup ont donné beaucoup ; ceux qui ont peu ont donné moins ; mais chacun a fait ce « qu’il a pu et les sacrifices que plusieurs se sont imposés, toucheront certainement le cœur de « Dieu. »
« Le schisme et l’hérésie sont représentés à Hachioji par cinq sectes de couleurs et de « nuances différentes. Ils ne cueillent pas beaucoup de lauriers ; néanmoins ils ont empêché « de dormir la fameuse Armée du Salut, qui a envahi le Japon, il y a quelque temps, et tient « son quartier général à Tokio. Un détachement avait été envoyé à Hachioji ; il se composait « d’un capitaine et d’un homme. On les a vus guerroyer à outrance, parcourir la ville, le « drapeau levé et au son du clairon. Les ennemis, un instant stupéfaits de tant d’audace, ont « enfin ressaisi leurs esprits et, répondant à la charge par le rire et les moqueries, les ont « refoulés dans leur forteresse, d’où ils n’ont plus guère osé sortir. Au reste, ils n’ont enrôlé « que très peu de recrues. De plus, les officiers généraux ont rappelé ce détachement et l’ont « remplacé par deux officiers femmes, deux Européennes. L’allure dégagée et les façons tout « américaines de ces dernières ont excité de plus belle les moqueries universelles. Tous leurs « soldats sans exception ont déserté le drapeau, et on ne voit plus aller écouter les « proclamations guerrières de nos amazones que quelques farceurs, charmés de trouver « occasion de rire à leurs dépens.
« Pour ma part, je n’ai pas eu trop à me plaindre des ravages causés par l’invasion ; car le « seul homme sérieux qui avait d’abord été ébloui par les belles paroles des assaillants, en « désertant leur drapeau, est venu se ranger parmi les véritables soldats de Jésus-Christ. »
« Par suite de l’annexion à Yokohama des deux chrétientés de Yokosuka et d’Odawara, le district de Numazu se trouve cantonné dans le Ken de Shizuoka et comprend la province d’Izu avec la partie de la province de Suruga qui se trouve à l’est du Fujikawa.
« Il manque à ce district, dit M. Fournier, de bons et solides catéchistes : Mishima et Izu « n’ont fourni, cette année, qu’un seul baptême d’adulte. Le catéchiste nouveau qu’il a fallu « charger de ce territoire a été malade, et il n’a pu faire le travail que j’attendais de lui. La « ville de Numazu a mieux produit ; elle a donné 10 baptêmes d’adultes, et on y compte « encore une quinzaine de catéchumènes. Dieu daigne les conduire, cette année, jusqu’à la « grâce du baptême ! »
« M. Mugabure administre le district de Shizuoka depuis deux mois et demi seulement. « Ce n’est pas après si peu de temps, écrit-il, que je puis parler du district en pleine « connaissance. Je veux cependant, à cette époque du compte rendu, vous faire part, au moins, « de mes premières impressions, ainsi que de quelques renseignements qu’il m’est permis de « donner.
« La ville de Shizuoka a fourni 6 baptêmes d’adultes et 8 d’enfants de chrétiens. Les « habitants de cette ville sont d’un caractère très tranquille, et les relations avec eux sont « extrêmement faciles pour tout ce qui regarde le commerce ordinaire de la vie. Mais la « question religieuse semble faire peu d’impression sur les esprits. Je crois pouvoir résumer « mon jugement sur cette ville en deux mots : pas d’hostilité, mais beaucoup d’indifférence. « Le catéchiste, d’ailleurs brave et digne homme, qui a rendu de bons services il y a quelques « années, est un peu usé ; il faudrait à sa place un homme plus jeune, plus ardent et plus au « courant des besoins du jour. L’esprit de la chrétienté, du reste, paraît bon.
« Les paysans de Fujieda sont de braves chrétiens. Dans ce poste surtout, le soutenir du « cher M. Testevuide est resté très vivant, et malgré le zèle des confrères qui lui ont succédé, « la parole du premier Père résonne encore aux oreilles de tous. Malheureusement la ville « proprement dite n’est pas entamée, et tant qu’on restera dans le local actuellement occupé, il « sera difficile de se faire suffisamment connaître et de pénétrer dans la classe moyenne et la « haute classe. Conclusion pratique : dès que votre Grandeur pourra bâtir une jolie église dans « le centre de Fujieda, les chrétiens et le missionnaire lui en seront très reconnaissants.
« Je suis très content du catéchiste que je trouve dans la ville de Hamamatsu. Il a bon « esprit, il est intelligent, il excelle à s’introduire auprès des gens, et son plus grand bonheur « est de faire faire de nouvelles connaissances au missionnaire. Dernièrement il a réussi à me « mettre en rapport avec le procureur impérial et avec la famille du chef de la police. Tous les « jours, il reçoit ou fait des visites, et les chrétiens sont d’accord pour me dire qu’il travaille « avec ardeur et sans relâche. Puisse-t-il continuer longtemps ! L’année dernière a donné 11 « baptêmes, et un certain nombre de catéchumènes sont en train de s’instruire. Avec sa jolie « chapelle, sa maison fort convenable et ses 166 chrétiens, le poste de Hamamatsu attire le « missionnaire. Aussi je ne manque pas d’y passer huit à dix jours par mois. Du reste, l’esprit « de cette ville est tout à fait différent de celui de Shizuoka. Il est vif, alerte, batailleur et « quelque peu frondeur. Aussi la discussion est en honneur, et la question religieuse aussi bien « que la question politique est traitée avec un entrain remarquable. En un mot, il y a beaucoup « de vie à Hamamatsu, et, avec la grâce de Dieu, la chrétienté peut donner les plus grandes « consolations au missionnaire qui en est chargé. Fiat ! »
« Le bon Dieu nous a encore visiblement bénis cette année dans le district de Nagoya, dit « M. Tulpin ; les résultats obtenus en rendent témoignage. Aussi éprouvons-nous le besoin de « rendre grâces à Notre-Seigneur à la fin de cet exercice.
« Nos aides ont continué de s’employer de leur mieux, et plusieurs ont merveilleusement « réussi. Grand nombre de chrétiens font aussi de réels efforts pour se perfectionner et se « rendre agréables au Cœur du divin Maître. On sent que la chrétienté se fortifie, et c’est là « pour nous un vrai sujet de joie. La ville de Nagoya surtout se distingue sous ce rapport. La « chapelle est souvent visitée, les sacrements fréquemment reçus, et le dimanche, la piété des « fidèles qui remplissent cette chapelle est vraiment encourageante.
« Après Nagoya, Toyohashi est le meilleur poste de ce district. Les chrétiens y ont bon « esprit, sont réguliers. Le principal reproche qu’on pourrait leur faire, c’est de trop manquer « de zèle pour répandre la religion autour d’eux. Les résultat obtenus cette année dans ces « parages laissent beaucoup à désirer.
« Les provinces de Mino et de Hida sont restées également à peu près dans le statu quo. « L’état des esprits parmi ces populations et les fléau qui accablent si fréquemment ces « contrées contribuent sans doute à cette stagnation. Mais la principale cause doit être le « manque d’ouvriers disponibles pour travailler autant qu’il faudrait dans ces pays. Nous « espérons pouvoir bientôt mieux faire et, en particulier, établir au moins une station à « Takayama, la principale ville de Hida.
« Notre petite école mixte de Nagoya, tout en progressant lentement, va toutefois de « l’avant, et sa bonne réputation devient un secours de plus pour la propagation de la religion. « Déjà plusieurs familles de nos élèves se sont converties et d’autres paraissent disposées à les « imiter. L’école compte présentement environ 60 enfants. La plupart sont encore païens ; « mais nous espérons qu’avec la grâce de Dieu, ce sera l’inverse dans un avenir peu éloigné.
« En terminant, je dirai un mot de notre petit hôpital de vieillards. Plusieurs sont partis « pour l’autre monde, et ils partent tranquilles, joyeux même, emportant avec eux les « consolations de notre sainte religion. Pour eux, la mort ne semble pas être la mort, mais un « congé que l’on prend pour entrer dans la patrie. Il ne reste plus actuellement que 28 « personnes à l’hôpital ; mais huit autres doivent s’y adjoindre tout prochainement : elles sont « déjà admises. Jusqu’à présent, la Providence a pourvu à l’entretien de ce cher petit hôpital. « Qu’Elle nous continue sa précieuse assistance. »
« Les espérances conçues l’année dernière sur la chrétienté de Yamashiro, au district de « Kofu, dit M. Drouard de Lezey, ne se sont pas pleinement réalisées. Les païens, émus du « mouvement de conversions qui s’était manifesté dans cette chrétienté, et qui semblait devoir « s’étendre dans quelques villages voisins, se sont coalisés pour arrêter ces consolants « progrès. Ils se sont mutuellement promis de ne pas se faire chrétiens et de rompre toute « relation avec les catholiques. Autrement dit, c’est, depuis l’année dernière, une persécution « sourde se manifestant par des vexations enfantines qu’il serait trop long de rapporter, mais « qui ont eu pour résultat d’effrayer le plus grand nombre des catéchumènes ; beaucoup ont « reculé et peu ont eu le courage de recevoir le baptême. Depuis quelque temps cependant, la « situation paraît être un peu moins tendue.
« Les chrétiens continuent à avoir bon esprit et à être unis entre eux par les liens d’une « vraie charité. Mais, hélas ! à la saison des travaux de la campagne ils laissent « considérablement à désirer pour l’observation du dimanche.
« Ceux de Kofu, bien peu nombreux, il est vrai, sont incomparablement plus fidèles. Cette « différence me porte à tirer cette conclusion qu’il est bien difficile et très long d’inculquer les « habitudes de la piété à une chrétienté qui, dès le principe et pendant de longues années, n’a « été visitée que par un missionnaire ambulant. Quand les néophytes ne sont pas habitués dès « leur baptême à entendre la messe tous les dimanches, on ne sait, plus tard, comment leur « faire comprendre la gravité de ce précepte.
« La ville de Kofu, adonnée au commerce et aux questions politiques, se montre jusqu’à « présent réfractaire à tout mouvement religieux. Espérons qu’un jour viendra où, par la grâce « de Dieu, cette population intelligente et active comprendra que la fin de l’homme n’est pas « en ce monde. »
« En ce qui concerne Matsumoto même, écrit M. Péri, il est permis de signaler que le « nombre des baptêmes, tout en étant encore bien maigre, est cependant supérieur à celui des « dernières années. Cela ne veut pas dire que le peuple commence à secouer son indifférence, « qui est toujours profonde. Malheureusement les catastrophes de ces derniers temps, gelées « de mûriers, inondations, vont encore continuer de tenir les esprits tournés vers d’autres « questions que la question religieuse.
« A Ueda, j’ai pu enfin réaliser un rêve que je caressais depuis deux ans : grâce à une aide « particulière, j’ai installé un catéchiste dans cette ville, et quoiqu’il y soit depuis fort peu de « temps, il y a déjà trouvé quelques catéchumènes. Dieu daigne les multiplier et en faire de « bons chrétiens !
« Nous nous rencontrons à Ueda, comme partout, en face des protestants, établis là depuis « très longtemps. Ils sont loin d’y jouir aujourd’hui de l’influence qu’ils avaient, il y a « quelques années. Je n’ose m’en réjouir, car trop souvent on nous confond avec eux et nous « subissons la fâcheuse influence de l’éloignement qu’ils ont excité. »
« Les peines que se sont données les chers missionnaires de Kanazawa attendent leur récompense au ciel. Jusqu’ici elle ne leur a pas été accordée dans l’exercice de leur ministère. L’année leur a d’ailleurs apporté plus d’un contre-temps. A Kanazawa même, l’ancien établissement de la Mission avait été complètement empoisonné par le voisinage immédiat d’un théâtre qui s’y était bâti au lendemain de notre installation. Après plusieurs années de patience, force a été de déserter la place et de s’établir ailleurs ; c’est ce qui a été fait. La Mission a revendu son premier terrain et en a acheté un nouveau sur lequel ont été élevées les premières constructions nécessaires. Les missionnaires viennent de s’y installer ces jours derniers.
« A Toyama, ravagée deux fois, presque coup sur coup, par de terribles inondations qui ont désolé les huit dixièmes de la ville, la maison de la Mission a pu heureusement échapper à une ruine complète ; mais les premières réparations n’y étaient pas encore terminées, que la seconde inondation a obligé de tout recommencer. Le catéchiste qui habitait cette maison en est sorti à la nage.
« M. Clément, qui s’était transporté à Toyama après la première inondation, m’écrit qu’il avait vu en ville quantité de maisons dont les toits étaient à moitié découverts, les habitants s’étant ménagé par là le moyen de se sauver en barque.
« A Fukui, où il a été établi aussi un catéchiste, M. Clément a fait plusieurs voyages pendant l’année et chaque fois a prêché devant un certain nombre d’auditeurs.
« En terminant cet article sur l’administration de la Mission, j’ajouterai que la visite pastorale a eu lieu, en novembre de l’année dernière et en mai et juin de cette année, à l’hôpital des lépreux à Gotemba, et dans les postes ou stations de Kofu, Yamashiro, Matsumoto, Nagoya, Toyohashi, Hamamatsu, Shizuoka, Numazu et Mishirna. La confirmation a été administrée dans toutes ces chrétientés, ainsi qu’à Tokio et à Yokohama, où elle l’est d’ailleurs tous les ans.

II. ÉTABLISSEMENTS

« Tous nos établissements d’instruction et de charité, grâce au zèle et au dévouement de ceux et celles qui les dirigent, continuent leur marche régulière, tendant d’ailleurs sans cesse à réaliser les améliorations que les circonstances rendent possibles.
« 1o L’un de nos séminaristes de Nagasaki, celui qui a terminé son service militaire à la fin de la guerre de Chine, a reçu la tonsure des mains de Mgr Cousin en décembre dernier. Les notes obtenues par tous nos chers élèves sont très bonnes sous le rapport de la piété et du travail. Malheureusement la santé de plusieurs laisse à désirer.
« 2o Le collège des Marianites a compté dans le cours de l’année 182 élèves, dont 157 ─ 111 pensionnaires et 46 externes ─ étaient présents à l’époque de la sortie. La statistique de l’établissement donne sur ces 157 élèves les curieux détails suivants : ils appartiennent à 18 nationalités différentes, il y a entre autres 43 Japonais, 35 Anglais, 20 Allemands, 17 Français et 17 Américains. Du côté religieux, ils se divisent ainsi : 48 catholiques et 15 catéchumènes, 37 protestants, 2 schismatiques, 2 juifs et 53 païens. Le milieu dans lequel se trouvent nos chers Marianites les oblige sans doute à une sage réserve relativement à la propagande religieuse dans le collège. Mais cette prudence, qui a le grand avantage de tenir leur porte ouverte à ceux à qui un zèle intempestif pourrait souvent la fermer, est déjà visiblement bénie de Dieu, comme le montrent les chiflres de 12 baptêmes obtenus cette année et de 15 catéchumènes se préparant encore à recevoir ce sacrement.
« J’ai cité, plusieurs fois, les années précédentes, des passages d’articles publiés par le Japan Mail à l’occasion de la distribution des prix au collège des Marianites (l’école de l’Etoile du Matin). Je ne veux pas me refuser le plaisir de citer encore celui-ci, tiré d’un long et très élogieux article du 8 juillet dernier.
« A la distribution des prix, les heureux lauréats pouvaient choisir la personne des mains « de laquelle les prix devaient leur être remis. Or, chose très significative, tandis que « quelques-uns désignaient leur propre père, d’autres le Ministre de France ou l’Archevêque, « la grande majorité s’adressait à M. l’abbé Heinrich, montrant par là le respect et l’affection « qu’ils ont pour le digne Directeur de l’Ecole. » Il suffit d’ailleurs de passer à côté d’une cour de récréation, à l’heure où les élèves s’y divertissent en compagnie de leurs excellents maîtres, pour voir tout de suite quel bon air de famille règne entre tous : ce sont des pères et des fils se récréant ensemble.
« 3o Les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus ont eu, dans leurs deux pensionnats de Yokohama et de Tokio, 142 élèves, et 494 dans leurs autres écoles. Les deux orphelinats ont réuni 743 enfants et les ouvroirs 49 petites ouvrières.
« Le bon Dieu a donné à ces bonnes religieuses une bien grande consolation, en leur permettant de recueillir cette année une magnifique moisson de baptêmes, moisson que le choléra a sans doute notablement contribué à grossir, surtout à Tokio. Dans cette ville, le chiffre total des baptêmes, dus aux sœurs et à leurs orphelines infirmières, s’est élevé à 580. Outre quelques enfants de chrétiens, il comprend 494 adultes et 79 enfants, la plupart à l’article de la mort. A Yokohama, les Sœurs ont baptisé ou fait baptiser 125 personnes, savoir : 87 adultes dont 72 moribonds et 38 enfants.
« Une autre bénédiction accordée aux Sœurs du Saint-Enfant-Jésus, et qui rejaillit aussi sur la Mission, a été la visite de la Révérende Mère Saint-Henri, députée par Mme la Supérieure générale de l’Institut pour visiter les maisons de la Malaisie, du Siam et du Japon. Outre la grande joie causée par cette visite, la Providence l’a permise assurément pour accroître encore le bien que l’Institut fait déjà dans ce pays, en procurant par là aux Supérieures une connaissance plus complète d’une situation qu’il est si difficile d’apprécier exactement de loin, tant le milieu diffère de tout ce qui se voit en Europe.
« 4o La communauté des Sœurs de Saint-Paul de Chartres comptait, cette année-ci, au pensionnat : 48 élèves ; à l’école, 170 ; à l’orphelinat, 162 enfants, et à l’ouvroir, 40.
« Elle a aussi apporté son précieux contingent à l’œuvre des baptêmes, non seulement en procurant directement la grâce de la régénération à 40 malades, à l’article de la mort, mais encore en contribuant à assurer la même grâce à plus de 200 autres malades se trouvant dans la même situation.
« 5o L’orphelinat de garçons entretient 124 enfants, dont 60 apprennent des métiers dans l’intérieur de l’établissement ; les autres suivent les classes attachées également à la maison. Il n’y a rien de particulier à signaler, sinon que la chapelle s’élève enfin. Comme, à part les fondations, elle sera l’œuvre à peu près exclusive des petits apprentis de l’orphelinat, dirigés par leur maître charpentier, on les voit y mettre une grande bonne volonté et peut-être un peu d’amour-propre, ce qu’il ne faut pas trop condamner. Puissent-ils y mettre aussi beaucoup d’amour de Dieu ! Dès maintenant, il est permis d’espérer que le résultat matériel sera très satisfaisant.
« 6o Outre les écoles dirigées par les Sœurs, la Mission en entretient neuf autres comprenant 617 enfants : 465 garçons et 152 filles.
« Parmi les œuvres paroissiales de Tsukiji, écrit M. Vigroux, celle de l’école a continué de « prospérer. Le chiffre des élèves s’est élevé à une cinquantaine ; les divisions supérieures se « sont renforcées, et l’état général est meilleur.
« Les enfants sont d’ailleurs assez jeunes ; car les parents ont souvent hâte de les retirer « pour les faire travailler à la maison, ou même les mettre en service. Les plus âgés n’ont « guère que douze ou treize ans. Ils ont fait alors leur première communion et ont été « confirmés. C’est le moment pour eux de mettre bien à profit les leçons qu’ils ont reçues. « Trop souvent, hélas ! le besoin de vivre les oblige à s’éloigner plus ou moins. Mais on les « voit généralement reparaître avec bonheur le dimanche, et se joindre de nouveau aux petits « camarades qu’ils ont quittés avec regret. »
« Eu égard aux circonstances, écrit de son côté M. Brotelande, notre école primaire, à « Asakusa, continue à donner des résultats satisfaisants. L’an dernier, pour sauver le principal, « nous avons dû sacrifier l’accessoire, c’est-à-dire quelques, cours supérieurs qui n’étaient « suivis que par un nombre trop restreint d’élèves, et nécessitaient des frais qu’on ne pouvait « faire raisonnablement. La mesure était regrettable, car nous perdions ainsi quelques enfants « chrétiens qui durent entrer dans des écoles païennes pour poursuivre leurs études ; mais « c’était inévitable ; il nous était impossible de répondre aux exigences des nouveaux « règlements officiels. Depuis lors et dans l’espace de six mois, nous avons eu deux fois « l’inspection des délégués de la Préfecture ; ils n’ont rien trouvé de sérieux à reprendre. « J’espère donc que nous pourrons continuer tranquillement cette œuvre si importante pour « l’avenir des enfants et de la chrétienté. »
« 7o Quant aux hôpitaux, il a déjà été fait mention plus haut de celui que les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus entretiennent à Tsukiji, ainsi que du petit hôpital de Nagoya pour les vieillards. Il reste à dire un mot de la léproserie de Gotemba.
« Il y a présentement 76 infirmes, dont 67 sont chrétiens et 3 se préparent à le devenir. M. Bertrand, qui réside à cet hôpital, a fait durant l’année dix enterrements, et a baptisé 18 adultes. J’y ai moi-même administré 34 confirmations. « Je suis toujours content de mes chers « lépreux, écrit M. Bertrand ; ils pratiquent bien la religion. Tous se confessent chaque mois, « et quelques-uns plus souvent. L’arrivée des Trappistes ne pourra que les exciter à mieux « pratiquer encore, par les beaux exemples qu’ils leur donneront. » Nous espérons, en effet, voir bientôt arriver ces bons religieux que nous a généreusement promis, pour la léproserie, le Révérendissime Père Abbé de la Trappe de Pékin, quand il est passé au Japon, en janvier dernier, au cours d’un voyage qu’il faisait en Europe. »


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