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Rapport annuel des évêques

Année: 1897
Pays: Japon
Mission: Hakodaté
Rédacteur:Mgr Berlioz

VI. — Hakodaté.


Population catholique 4.643
Baptêmes d’adultes 303
Conversions d’hérétiques 6
Baptêmes d’enfants de païens 401
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« Les faits qui marquent dans cette mission l’année jubilaire des 26 Martyrs, écrit Mgr Berlioz, sont l’installation des Trappistes et la bénédiction d’une église que M. Jacquet a construite à Sendai.
« C’est le 29 juin qu’a eu lieu cette dernière cérémonie. Mgr Osouf, accompagné de trois confrères de Tokio, a daigné venir la présider et procurer à ses anciens missionnaires et chrétiens le bonheur de sa présence. En nous accordant le jour de sa fête, Sa Grandeur nous a prouvé qu’elle se retrouvait en famille au milieu de nous, et nous lui en sommes vivement reconnaissants. Le T. R. P. Abbé, dom Bernard, a bien voulu, lui aussi, s’associer à notre réunion. Afin qu’elle fût le plus complète possible, il avait été décidé qu’on profiterait de la circonstance pour vaquer aux exercices de la retraite annuelle. La plupart des confrères de la Mission ont donc pu venir. Grâce au savoir-faire de M. Jacquet et au dévouement des Sœurs de Saint-Paul, tout s’est effectué en bon ordre et à la satisfaction générale.
« On peut dire que la population entière a pris part à la fête. Les autorités civiles et militaires ont fait honneur à l’invitation de M. Jacquet, et une foule innombrable, venue de la ville et des campagnes, n’a cessé d’affluer. On a évalué à plus de 15.000 le nombre des visiteurs, le 29 juin, et, les jours suivants, ils n’ont cessé de venir, malgré le mauvais temps. Tous les journaux de Sendai ont tenu à publier une relation de la cérémonie, et à donner une description détaillée du monument qui devient une des merveilles de la capitale des provinces du nord.

« Les RR. PP. Trappistes, écrit M. Lecomte, sont arrivés le 28 octobre à Hakodaté ; dès le « lendemain, ils chantaient le Salve Regina à Notre-Dame du Phare, et y commençaient leur « vie de pénitence et de prière. Le Seigneur a béni d’une manière visible cette fondation ; je « l’en remercie de toutes les puissances de mon âme. Qu’il daigne favoriser ainsi les travaux « qui restent à exécuter et les conduire à bonne fin !
« Les religieux ont souffert du froid et de toutes sortes de privations. Les chrétiens « admirent leur patience et leur courage ; et les infidèles, en voyant leur genre de vie, les « prennent pour des êtres surhumains.
« Une famille Aïno a été baptisée au monastère. Elle s’instruisait depuis assez longtemps « et venait régulièrement à l’église. Son baptême était différé, tant il importe de donner une « instruction solide à ces premiers néophytes, qui seront le modèle des autres ! Mais une « femme a failli mourir, et le R. P. Abbé, qui la savait instruite, l’a baptisée. Son mari et ses « enfants l’ont été aussi. Jusqu’à présent, ils se montrent fidèles à leurs devoirs et semblent « apprécier, comme il doit l’être, le trésor de la foi et de la grâce. Les autres Aïno, voyant les « portes de l’église ouvertes devant eux, se préparent à y entrer, et continuent leur instruction « avec zèle.
« Les Sœurs de Saint-Paul, ajoute M. Lecomte, ont eu 157 baptêmes in articulo mortis, « dont 6 d’adultes et 151 d’enfants de païens. Jamais le bon Dieu ne leur avait donné une plus « belle récolte. Au ciel, cette phalange prie pour les religieuses, pour nous, pour leur pays et « pour les associés de la Sainte-Enfance.
« La Mère Supérieure construit une nouvelle maison. Dès que les travaux seront terminés, « elle se propose de développer les études et de suivre plus exactement le programme du « Ministère de l’Instruction publique. Quand ces réformes seront connues, le nombre des « externes et des pensionnaires augmentera.
« Les orphelines ont un grand désir de bien faire ; elles étudient et travaillent avec ardeur ; « elles sont pieuses et aiment la communion fréquente. Ces dispositions assurent leur « persévérance ; mais elles grandissent aussi, et plusieurs sont en âge d’être établies. Déjà « quinze ont quitté l’orphelinat depuis que j’en ai la direction. Tant qu’elles ne sont pas « mariées, leur avenir m’inquiète beaucoup. J’espère que Marie qu’elles aiment tant à prier « les préservera de tout danger.
« Le noviciat prospère. Quatre Sœurs indigènes feront profession ce mois-ci. Professes, « novices et postulantes n’ont qu’un même désir : servir Dieu, le faire connaître, se dévouer « dans les écoles ou au service des malades, surtout des plus pauvres. »

« Dans le Ezo sud, M. Ribaud a installé un catéchiste à Arikawa, et, dès la première année, a obtenu 9 baptêmes et une conversion d’hérétique. Il se prépare à fonder une nouvelle chrétienté à dix lieues de Hakodaté, au milieu d’une colonie de Samurai, venue de Shonai. Déjà, notre confrère est entré en relation avec plusieurs familles qui ont manifesté l’intention d’étudier. Tout fait espérer que, là aussi, il récoltera bientôt des baptêmes.
« Sapporo est confié aux soins de M. Lafon. Voici un extrait de son compte rendu. « En « venant présenter ma petite récolte, je devrais peut-être rougir à cause de son exiguïté, et « pourtant j’avouerai que je suis presque fier. Peut-on demander au colon qui fait les premiers « défrichements, de récolter autant que les laboureurs de terres soignées et engraissées depuis « des années ? Je suis content de cette gerbe, parce que je la sais bonne et propre à une « nouvelle semence ; je suis content, parce que, si mon petit troupeau n’a pas consi« dérablement augmenté, il s’est amélioré ; je suis content, parce que, si le défrichement est « pénible, long et difficile, la terre est bonne, et que, avec du soin, du travail et de la « persévérance, elle donnera un jour le cent pour un. J’ai déjà semé, dans trois ou quatre « villages, quelques bonnes graines qui commencent à prendre racine ; mais il faut qu’elles « pénètrent bien dans la terre, et, par conséquent, il faut du temps. Ce qui rend la moisson « particulièrement tardive par ici, c’est que, outre les difficultés ordinaires, les gens ne sont « pas groupés ; ils sont généralement peu instruits, et ils ont à compter avec la lutte pour la « vie, qui est particulièrement âpre, les premières années de colonisation. Mais peu à peu, les « terres s’améliorent, la vie devient moins dure, et alors les chrétiens de la première heure se « rappellent avec plaisir que dans les moments de douleur, la religion a été leur consolation et « leur soutien, et c’est la chose du monde qu’ils aiment le plus. Tels sont les chrétiens de « Sapporo ; ils ne sont pas encore riches, mais ils commencent à vivre presque à l’aise, en « travaillant toujours.
« Ils désiraient bâtir un oratoire, avec un appartement pour le missionnaire. Ils n’ont pas « attendu la fortune pour mettre leur projet à exécution. Cet hiver, réunissant leurs forces ils « ont coupé les bois dans les montagnes et les ont transportés ; ils ont acheté ceux qui « manquaient, et en engageant une partie de leurs récoltes à venir, ils sont parvenus à bâtir « une petite chapelle bien convenable ; le missionnaire pourra désormais habiter au milieu « d’eux, même à l’époque des grands froids. Dieu veuille me donner beaucoup de chrétientés « comme celle-là, où tout le monde travaille aussi bien à l’entretien de l’âme qu’à celui du « corps. Cela, je l’espère de la grâce de Dieu, et je dirai même que mon espoir est « sérieusement fondé.
« Le village de Yuni, par exemple, a huit catéchumènes qui s’instruisent sérieusement, « bien que lentement, car ils ne savent pas lire. J’y ai baptisé, l’hiver dernier, et administré, le « vendredi-saint, un jeune homme qui a fait une belle mort. Depuis longtemps déjà, il était « instruit et pratiquait la religion aussi bien que le meilleur chrétien ; mais je le faisais « attendre à cause de l’indifférence très prononcée de ses parents. Devant la maladie, il n’y « avait plus à hésiter. Il est difficile de dire la ferveur avec laquelle il a reçu le baptême et « ensuite les autres sacrements. Ses parents ont été si touchés de sa foi, de sa résignation et de « sa confiance, que, depuis lors, ils étudient avec zèle catéchisme et prières. J’avoue que moi-« même, qui l’ai assisté, je ne désire rien tant qu’une mort semblable. »

« M. Billiet est encore seul pour administrer l’immense district du Ezo nord, baigné à l’est par l’Océan Pacifique, au nord par la mer d’Okkostk, et à l’ouest par la mer du Japon. Les chrétiens qui sont disséminés sur la vaste étendue de ce territoire, viennent un peu de toutes les parties de l’empire japonais, et il y en a certainement dont nous ne connaissons pas l’existence. Le missionnaire n’a pu faire qu’à moitié l’administration de ce poste ; il a dû rebrousser chemin pour cause de maladie, et remettre à plus tard la visite des autres chrétiens et des catéchumènes qui l’attendent.
« M. Marion a recueilli l’héritage du regretté M. Rispal dans l’Iwaté ; sa résidence principale est Hitokabé. Il a eu le bonheur d’inscrire 14 baptêmes d’adultes et une conversion de schismatique. Notre confrère constate que le schisme russe est en baisse dans son district ; beaucoup de ses adeptes ont cessé de pratiquer, et ceux qui prient, se tournent en général vers la religion catholique. C’est ainsi qu’actuellement plusieurs familles d’un village voisin de Hitokabé se préparent à l’abjuration. M. Marion se félicite du zèle de son catéchiste, Yoshida Kizo, le même qui a échappé au raz de marée de 1896.

« M. Jacquet qui, comme nous l’avons vu, est chargé du district de Sendai, enregistre parmi les résultats obtenus dans l’année 26 baptêmes d’adultes dont 4 in extremis, et 2 conversions de dissidents.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, ajoute-t-il, ont eu de leur côté 108 baptêmes « d’adultes in extremis, 5 d’idiots de naissance et 58 d’enfants de païens en danger de mort. « L’école de ces mêmes Sœurs continue à prospérer. Elle jouit d’une excellente réputation, « soit comme installation et tenue, soit comme éducation. »
« Notre confrère termine son rapport par le récit touchant de la conversion d’un vieillard de 70 ans et de sa femme, obtenue par leur petite-fille âgée seulement de 5 ans. « Le père de « cette enfant avait été baptisé in extremis, il y a deux ans, lors du choléra. Au moment même « où il reçut le baptême, un mieux subit se manifesta dans son état, et bientôt, contre l’attente « de tous, il fut guéri de la terrible maladie. Une fois rétabli, ce brave homme n’oublia pas la « faveur dont il avait été l’objet ; il instruisit sa femme et la fit baptiser ainsi que sa fille ; il « aurait bien voulu procurer la même grâce à ses vieux parents ; mais bouddhistes fervents, « ils résistèrent à toutes ses exhortations. Cette année, il revint à la charge, car il avait à cœur « de les présenter au baptême pour la bénédiction de l’église. Sur sa demande, j’envoyai « plusieurs fois le catéchiste les exhorter, mais tout fut inutile. Cependant leur petite-fille, « voyant qu’ils ne voulaient pas se convertir, se mit à les prêcher à son tour. Elle ne cessait de « leur dire que, s’ils ne se convertissaient pas, ils n’iraient pas au ciel, mais en enfer avec le « diable. Or ces bons vieillards qui s’étaient montrés inflexibles vis-à-vis de leur fils et du « catéchiste, ne purent résister à la prédication de cette enfant de cinq ans ; à la grande joie de « tous, ils déclarèrent qu’ils voulaient le baptême. Ils le reçurent le jour de la bénédiction de « l’église. Ex ore infantium perfecisti laudem ! »
« De Myagi, dont il a l’administration, M. Pouget envoie le compte rendu suivant. « Un « jeune missionnaire ne rêve que belles et abondantes moissons ; il voudrait voir du premier « coup

« La javelle à plein poing tomber sous sa faucille, »
« mais hélas ! comme dit le proverbe, il y a souvent loin de la coupe aux lèvres. Et le dicton « n’est que trop vrai pour moi, puisque la blonde récolte de mon rêve se réduit à peine à une « modeste gerbe de glaneur ; 20 baptêmes, c’est bien peu ! Mais sur ce petit nombre, ai-je au « moins la consolation d’en compter 13 d’adultes. Treize, mauvais nombre, dit-on, et c’est « pour cela sans doute que trois d’entre eux sont déjà morts. N’importe, j’ai bon espoir pour « ceux qui restent ; ils sont généralement jeunes, pleins de force, et promettent déjà « d’observer fidèlement le Crescite et multiplicamini de l’Ecriture.
« Il va sans dire pourtant que les 18 catéchumènes que j’accuse pour l’année prochaine, « donnent de plus prochaines espérances. Cinq d’entre eux auraient déjà reçu le baptême le « jour de la bénédiction de l’église de Sendai, si les travaux de la saison leur avaient permis « d’entre-prendre le voyage. Les autres, quoique moins avancés, sont déjà instruits des « principales vérités de notre sainte religion, et pourront entrer bientôt, eux aussi, dans le « giron de l’Eglise. »

« Tandis qu’en certains endroits on signale un mouvement de recul chez les protestants, M. Favier constate qu’ils se démènent vigoureusement dans le département de Fukushima qui lui est confié. « Ils ont, écrit notre confrère, jusqu’à trois et quatre catéchistes dans les villes de « cinq à six mille âmes. Des écoles sont établies, pour les filles surtout, et ils convoquent les « jeunes gens à leurs cours où l’on enseigne l’anglais et même le latin. Certains catéchistes « sont chargés de signaler les plus intelligents et les plus studieux, afin que les ministres « puissent, grâce à leurs relations, leur obtenir des places à Tokyo, au chemin de fer, dans les « banques, etc. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’ils ne parviennent pas à de plus grands « résultats, malgré les ressources employées et le zèle incontestable dont ils font preuve. Mais « ne leur suffit-il pas, à eux et à Satan leur père, d’avoir semé l’indifférence religieuse, d’avoir « éloigné tout le monde de la religion catholique ? Sans doute, nous sommes la vérité, et tout « homme de bonne foi avec qui nous pouvons discuter, ne tarde pas à en convenir ; j’en ai eu « cette année des exemples frappants. Par malheur, notre voix ne peut pas produire tout l’effet « que nous désirons sur cette foule immense, dont elle atteint à peine quelques individus. »

« M. Christmann a la joie de constater, dans le Niigata, une situation toute contraire en ce qui concerne les protestants anglais et américains. Les révérends, voyant l’inutilité de leurs efforts au milieu de cette population indifférente, ont pris le parti de battre en retraite et d’aller protester ailleurs. « Pour nous, dit le missionnaire, ayant la vérité, nous triompherons un jour « ou l’autre, la grâce de Dieu aidant. Je continue à être en relation avec les officiers du « gouvernement, ce qui fait que nous sommes assez bien vus. »
« M. Christmann raconte ensuite l’histoire d’une orpheline païenne de 16 ans, dont la jeune sœur avait été adoptée par les religieuses de Saint-Paul. L’oncle inhumain, qui avait la charge de pourvoir à l’avenir de l’aînée, résolut de la vendre pour un commerce infâme. Le jour de la livraison ayant déjà été fixé, la pauvre victime demanda et obtint la permission d’aller faire ses adieux à sa cadette. Arrivée à la Mission, elle exposa sa situation au missionnaire et le supplia de la sauver. M. Christmann, s’étant convaincu de la vérité de ses paroles, la fit conduire à l’école des Sœurs. Or, après deux jours, son oncle ne la voyant pas revenir, vint prendre des informations auprès du catéchiste. On lui dit que l’enfant se trouvait à l’école et qu’elle n’en voulait plus sortir. Ayant demandé à la voir, il en reçut la même réponse ; de plus, pour bien prouver sa résolution, la jeune fille alla quitter les beaux vêtements qu’elle avait apportés et les rendit à son oncle. Celui-ci se retira fort ennuyé, parce qu’il avait déjà reçu 40 dollars pour la vente de l’enfant. Le lendemain, il revint avec l’entremetteuse de cet odieux trafic et voulut exiger qu’on lui livrât l’orpheline. Il essuya un refus, comme de juste. Il se rendit alors à la police et déposa une plainte contre le catéchiste. Mais quand celui-ci eut exposé le cas tel qu’il était, force fut bien aux spéculateurs de se retirer, car la nouvelle loi japonaise est formelle : lorsqu’il s’agit de ces contrats infâmes, l’autorité paternelle ne compte pour rien, si la partie intéressée refuse son consentement. »

Dans le même département de Niigata, mais à la campagne, se trouve aussi M. Mathon à qui, en même temps, est confiée l’île de Sado. Ce missionnaire a eu la joie d’enregistrer quelques conversions dans les longs et fréquents voyages qu’il a accomplis à travers son district. Mais persuadé qu’il obtiendra de meilleurs résultats, dorénavant, il compte limiter ses courses, pour se livrer plus spécialement à l’évangélisation de chaque localité en particulier. « Malgré la mauvaise réputation du Niigata, dit ce confrère, je ne me laisserai pas aller au « découragement, je travaillerai avec toute l’ardeur de mon âme, laissant à Dieu le soin de « faire germer la semence que j’aurai laissé tomber. »


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