| Année: |
1898 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Cousin |
IV. — Nagasaki.
Population catholique 35.645
Baptêmes d’adultes 426
Baptêmes d’enfants de païens 317
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Mgr Cousin, avant de nous montrer, dans leurs districts respectifs, ses missionnaires ou prêtres indigènes qui « tous, ont pris la peine que Dieu leur demandait par la voix intime de la conscience », nous dit en termes saisissants l’impression que lui ont produite les relations des ouvriers apostoliques.
« Nulle part, écrit Sa Grandeur, je n’ai entendu retentir la fanfare triomphale, pas même le chant joyeux du laboureur qui rentre, après une journée de gros labeur, avec la certitude que ses travaux seront payés au centuple. C’est presque partout l’accent plaintif d’une âme complètement oublieuse du bien accompli et toute préoccupée de celui qu’elle n’a pu faire. C’est bien l’âme du vrai missionnaire que l’on entend alors.
« Rien d’ailleurs qui sente la lassitude et le découragement. La récolte n’a pas donné tout ce qu’on attendait, tout ce qu’elle promettait ; les greniers ne sont pas plein ; le moment de se reposer et de jouir n’est pas encore venu : on se remettra au travail avec une nouvelle ardeur, avec plus de confiance que jamais, parce que l’on priera davantage Celui qui nous commande de semer et d’arroser, et qui se réserve le reste. Et c’est en agissant ainsi qu’on a le droit de compter sur la bénédiction céleste.
« Elle ne nous a pas fait défaut pendant le dernier exercice plus que dans le passé, et nous en devons à l’Auteur de tout don parfait d’infinies actions de grâces. Malgré les difficultés particulières contre lesquelles le ministère apostolique doit lutter au Japon et que vous connaissez depuis longtemps, malgré la maladie qui a gêné considérablement, quand elle n’a pas complètement annihilé le travail d’un grand nombre de missionnaires et de prêtres japonais, les chiffres du tableau d’administration, sans dépasser de beaucoup ceux des années moyennes, accusent cependant presque partout un léger progrès.
« Les confessions annuelles, les communions pascales et de dévotion ont été plus nombreuses que jamais et nous consolent, autant qu’il est possible, de la vue de quelques malheureux que la faiblesse, l’ignorance ou les passions tiennent pour un temps éloignés des sacrements.
« Le nombre total des baptêmes administrés dans le diocèse s’est élevé à 2.035, comprenant 426 adultes, dont 135 in articulo mortis, 317 d’enfants de païens et 1.292 d’enfants de chrétiens. »
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M. Salmon, chargé du district dont la cathédrale de Nagasaki est le centre, rapporte deux faits bien touchants qui montrent une fois de plus l’efficacité des derniers sacrements.
« J’aime à mentionner la sainte mort d’un pauvre Anglais, hydropique depuis deux ans. « Dans les nombreuses visites que je lui avais faites pendant sa maladie, j’avais été frappé de « sa patience, de son affabilité, mais le dernier jour me l’a montré comme éclairé d’une « lumière céleste et plein d’une dévotion que je ne lui connaissais pas. Mon cher malade « s’unissait avec ardeur aux prières des agonisants, réclamait que je l’entretinsse de Dieu et « des saints, demandait pardon à sa femme des impatiences dont il s’était rendu coupable « envers elle et la bénissait avec effusion, après m’avoir consulté sur la convenance de cette « action. »
« Une autre fois, au lieu de la grâce d’une sainte mort, les derniers sacrements ont procuré « une guérison remarquable, tout à fait inattendue des docteurs qui soignaient le malade. « J’avais été appelé de grand matin pour donner le saint viatique et l’extrême-onction à un « compatriote condamné par les médecins. Après la cérémonie, la famille du moribond laissa « toute la matinée les cierges allumés de chaque côté du crucifix et demeura en prières pour la « guérison de son chef, tant et si bien qu’avant la fin du jour le malade était guéri et se « promettait, malgré son âge et de nombreuses infirmités, encore dix ans de vie. »
Cinq mille huit cents fidèles à administrer avec le concours de deux prêtres japonais, tel est le ministère dévolu à M. Fraineau dans son district d’Urakami. Il a eu la joie d’enregistrer 20 baptêmes d’adultes et 151 d’enfants de païens, et l’empressement des fidèles à s’approcher de la sainte table témoigne que la foi est restée bien vivante dans cette chrétienté, où sont encore nombreux ceux qui pour elle ont été condamnés à la prison et à l’exil.
« Malgré cela, le regard vigilant et exercé du pasteur lui fait découvrir plus d’un indice de dangers pour un avenir prochain. Les jeunes gens n’ont plus, comme les anciens, le culte du village où l’on se cantonnait pour vivre loin de l’élément païen. Il y a, au contraire, chez un grand nombre, une tendance marquée à se répandre au dehors, à nouer des relations, à essayer enfin de gagner en peu de temps beaucoup d’argent, fallût-il pour cela s’éloigner, s’expatrier même et se priver pour longtemps des secours religieux que l’on trouve chez soi. Heureux encore, si, à la fin, des circonstances providentielles sur lesquelles il serait téméraire de compter, permettent aux dévoyés de faire une mort édifiante, comme celui dont M. Fraineau raconte ainsi l’histoire :
« Il avait quitté Urakami depuis plusieurs années pour aller à Formose. De là, ses affaires « l’avaient de port en port conduit jusqu’à Pinang. Dernièrement, il eut besoin de revenir au « Japon. Débarqué à Shimonoséki, il prit aussitôt le chemin de fer pour Nagasaki. Mais « bientôt il sent les premières atteintes de la fièvre, et force lui est de s’arrêter à Fukuoka. A « peine à l’hôtellerie, où il a été déposé, il se rend compte de la gravité de son état et en fait « informer sa famille. Sa sœur qui est une de mes catéchistes d’Urakami, prend aussitôt le « train pour Fukuoka. Son premier soin, en arrivant, fut d’aller chercher le missionnaire du « district et de l’amener près du malade qui, depuis longtemps, absorbé par les soucis de son « commerce, avait négligé ses devoirs religieux. Il se confessa, m’a-t-on dit, avec des « sentiments de profond repentir.
« C’était la veille de l’Assomption. Sentant son mal empirer et ayant perdu tout espoir de « recouvrer la santé, il a voulu au moins venir mourir dans son pays natal et se faire enterrer « dans le même cimetière que les siens.
« Le soir même de son arrivée dans sa famille, j’étais appelé pour l’administrer, car il « n’avait pas encore reçu l’extrême-onction ; le lendemain, il rendait son âme à Dieu, « remerciant la sainte Vierge de lui avoir inspiré ce dernier voyage pour lui procurer, à son lit « de mort, l’absolution du prêtre et les secours des derniers sacrements. »
« De Nagasaki, si l’on se dirige vers le nord en longeant la côte, on passe au milieu de nombreuses îles qui se succèdent à peu près sans interruption jusqu’au détroit de Hirado. Sur cet espace d’une vingtaine de lieues, on rencontre 17 chrétientés inégalement groupées, et l’on peut admirer un certain nombre de jolies églises, ici, couronnant gracieusement une falaise à pic ; là, émergeant coquettement, à mi-côte, d’une petite forêt de camélias. C’est un ensemble de plus de 7.000 chrétiens répartis en quatre districts et administrés par cinq prêtres, dont trois japonais.
« Le ministère a eu les consolants résultats que l’on pouvait espérer au milieu d’une population profondément attachée à la foi de ses ancêtres. Le travail auprès des chrétiens n’a pas empêché les ouvriers apostoliques de glaner quelques épis au milieu des broussailles qui obstruent le champ du Père de famille, et leur zèle a été récompensé par une soixantaine de baptêmes d’adultes. »
Dans l’île de Kuroskima qui forme le district de M. Marmand, celui-ci est heureux de constater que l’esprit de foi se maintient à un niveau très satisfaisant. Sur une population chrétienne de 1.870 âmes, six homnmes seulement n’ont pu être admis à la réception des sacrements.
Il y a également, dans cette île, une communauté de femmes que le missionnaire se plaît à signaler. Elles sont au nombre de quatorze, s’occupent de la culture et du tissage et mènent une vie exemplaire sous tous les rapports. Presque toutes sont catéchistes et rendent, comme telles, les plus signalés services, car elles n’épargnent ni leur temps ni leur peine.
Le district de Hirado, qui a pour centre principal la grande île dont il porte le nom, compte 4.000 catholiques et 13 chrétientés. Les communications de l’une à l’autre sont loin d’être faciles, et l’administration en est pénible, ce qui rend d’autant plus appréciables les résultats obtenus par M. Matrat et son vicaire indigène, le P. Hamabata.
Leur compte rendu de l’année porte 508 confirmations, près de 3.000 confessions annuelles et, en dehors des communions pascales, 5.400 de dévotion. Il y a eu, en outre, 47 extrêmes-onctions qui ont dû parfois occasionner de longs et durs voyages de jour et de nuit, malgré les vents et les vagues : enfin 15 baptêmes d’adultes et 38 d’enfants de païens.
« Aux préoccupations du ministère paroissial, il faut ajouter pour le pasteur les soucis d’une église en construction depuis plus de deux ans. Grâce à son zèle, à sa générosilé, et aussi au bon vouloir de ses paroissiens, il a eu la joie de terminer à peu près une œuvre qu’il aime beaucoup, parce qu’elle lui a beaucoup coûté. C’est une véritable merveille, presque un monument, que cette église de Hoki, fièrement campée sur une hauteur d’où elle domine tout le détroit de Hirado. » Mgr Cousin a été bien heureux de donner au missionnaire et à ses fidèles la consolation de la bénir solennellement le jour de saint Joseph.
Le grand district de Goto que M. Pélu administre avec le concours de deux confrères européens et de deux prêtres japonais, compte actuellement 10.500 catholiques pour lesquels le service religieux se fait dans 25 églises ou chapelles et 20 oratoires.
Dans certaines localités, on trouve encore bon nombre de séparés, la plupart alliés à des familles déjà en possession de la vérité catholique. Tout espoir de les ramener n’est pas perdu ; eux-mêmes reconnaissent qu’un jour ou l’autre ils devront revenir à la religion prêchée par les missionnaires. « Dernièrement, écrit M. Pélu, l’un d’eux qui est policeman « depuis plusieurs années, ayant appris que j’allais dans son village, a demandé un congé pour « s’y rendre en même temps que moi. Il s’est occupé de réunir tout le monde et n’a pas hésité « à déclarer que, sans plus tarder, les séparés devaient pratiquer cette religion qui est bien « celle de leurs ancêtres. »
Les païens, eux non plus, ne sont point aussi réfractaires que par le passé. Tous ceux que le missionnaire rencontre ou qui viennent le voir, ne manquent jamais de louer les chrétiens et la religion qu’ils pratiquent ; ils ne sont pas du reste, sans avoir une connaissance au moins sommaire de la doctrine catholique.
« Ce que je redoute en ce moment, dit encore M. Pélu, c’est l’arrivée des protestants. Ils « ont eu jusqu’ici le bon goût de dédaigner nos îles, mais déjà l’un d’eux a fait annoncer sa « venue pour l’époque de l’ouverture du pays aux étrangers. Il ne sera probablement pas le « seul à venir semer l’ivraie de sa fausse doctrine, qui produira chez les païens et aussi chez « nos jeunes gens chrétiens, déjà trop amateurs de nouveautés, l’indifférence religieuse. »
Avant de quitter cet intéressant district, nous extrairons du tableau d’administration les chiffres suivants : 529 baptêmes, dont 47 d’adultes et 58 d’enfants de païens ; 5.489 confessions annuelles et 11.829 communions de dévotion ; 112 mariages et 73 extrêmes-onctions. La Sainte-Enfance a fait adopter par des familles chrétiennes 12 de ses pupilles, et 52 sont allés au ciel remercier l’Agneau divin du baptême qu’ils venaient de recevoir.
Amakusa qui ne compte encore que 754 chrétiens, enregistre 465 confessions et presque autant de communions pascales. Les baptêmes, au nombre de 78, en comprennent 28 d’adultes et 10 d’enfants de païens.
M. Corre administre, avec deux prêtres indigènes, le district de Higo qui comprend quatre chrétientés : Shitoyoski, Yatsushiro, Kumamoto et Honmioji. Il accuse 74 baptêmes, dont 59 in articulo mortis.
Le poste des lépreux, Honmioji, va entrer dans une nouvelle phase, grâce aux sœurs Franciscaines missionnaires de Marie qui ont bien voulu répondre à l’appel de Mgr Cousin et se mettre au service des membres de Jésus-Christ les plus souffrants et les plus délaissés.
« Qu’il me soit permis, écrit Sa Grandeur, d’exprimer ici toute ma reconnaissance à la « vénérée Supérieure générale et par elle, à toutes les personnes charitables qui sont géné« reusement venues à son aide pour lui permettre d’entreprendre cette œuvre difficile. Ces « saintes filles feront aimer autour d’elles la religion qui peut inspirer un pareil dévouement, « et sous leur direction, l’œuvre, j’en ai l’espoir, se développera rapidement et produira des « fruits abondants de salut. »
Dans ses limites relativement restreintes, la province de Chikugo renferme trois districts indépendants. Celui d’Imamoura qui compte près de 1.800 fidèles tous descendants d’anciens chrétiens, est administré, par le prêtre japonais, P. Honda.
Deux obstacles principaux semblent paralyser en partie le zèle du pasteur. C’est d’abord l’habitude invétérée, à laquelle ne croient pouvoir se soustraire grand nombre de familles, d’envoyer leurs enfants en condition chez les païens, depuis l’âge de douze ans jusqu’au mariage. Quand ils reviennent au village, il leur reste à peine le souvenir d’une première communion faite à la hâte ; toute trace d’instruction religieuse a presque disparu : on est habitué à se passer des commandements de Dieu et de l’Église, et l’on a pris aux païens leur esprit frondeur et sceptique.
En second lieu, les jeunes gens demeurés au village, afin de ne pas paraître arriérés sur leurs camarades païens des environs, veulent avoir à Imamoura tous les divertissements qui ont de la vogue dans le pays. Le loup, cependant, ne semble pas encore maître de la bergerie, car le tableau d’administration enregistre 937 confessions annuelles et, en dehors de 840 communions pascales, plus de 1.900 communions de dévotion. Avec 5 baptêmes d’adultes, il y en a eu 19 d’enfants de païens.
Les deux autres districts de la province sont Kurume et Yanagawa, celui-ci de formation récente. Dans le premier, M. Sauret, malgré des difficultés de plus d’une sorte, a eu la consolation de régénérer 37 adultes dans les eaux du baptême. Le second ne compte encore que 29 catholiques, dont 4 ont reçu le sacrement de la régénération des mains du nouveau titulaire, M. Lebel.
Une partie de la province de Chikuzen avec Fukuoka pour chef-lieu, forme le district de ce nom. Il ne comprend que 49 catholiques, et le dernier exercice a donné 8 baptêmes d’adultes.
Dans les trois postes qui viennent d’être nommés, nos confrères se trouvent en plein paganisme, et c’est sur cet élément païen, partout ingrat, qu’ils doivent exercer leur zèle. Il en est de même à Kokura, avec des difficultés plus grandes qu’ailleurs.
Kokura, petite ville par elle-même sans importance d’aucune sorte, étant devenue, ces derniers temps, le chef-lieu d’une division militaire, ses habitants ont été, de ce fait, envahis par une fièvre de spéculation. qui ne laisse place à aucune autre préoccupation. La question religieuse est évidemment reléguée bien loin, au rang des chimères, et les bonzes, qui songent d’abord à leur bourse et à leur ventre, sont les premiers à s’en plaindre. Les denrées les plus indispensables sont hors de prix, et les maisons à louer, comme les terrains à acheter, sont inabordables.
Heureusement pour M. Claudius Ferrand, qui est chargé de ce district, il rencontre à côté de ces misères, des consolations que l’on ne trouve pas dans les autres postes. Les mines de charbon, fort nombreuses dans tout le Buzen et le Chikuzen, ont attiré à elles des gens de tous les pays, même des vieilles chrétientés des environs de Nagasaki. Venus souvent pour des raisons dont les meilleures ne valent rien, tant que le prêtre n’est pas allé à eux, ils n’ont rien fait pour aller à lui. Mais, dès qu’ils l’ont aperçu, leur foi s’est réveillée, et pour ainsi dire, sans effort, ils se sont remis à la pratique de leurs devoirs religieux.
Il y eu, à Kokura, 9 baptêmes d’adultes et 11 d’enfants de païens.
A Nakatsu, qui est aussi en Buzen, M. Fr. Bertrand se désole également de ne pouvoir trouver à louer une maison convenable et de payer très cher une bicoque aussi étroite qu’elle est insalubre, et qui est loin de faire honneur à la religion qu’on y prêche. A ce lamentable état de choses sont venues se joindre beaucoup d’autres difficultés, en premier lieu les fâcheuses conséquences des prédications maladroites de pasteurs ou catéchistes méthodistes qui ont blessé les Japonais dans ce qu’ils ont de plus sensible : l’honneur national, et qui ont ainsi contribué à répandre partout l’idée que le christianisme est le plus grand ennemi du Japon.
Dans le Bungo, le nouveau titulaire du poste d’Oita, M. Bouige, est allé visiter ses chrétiens qui, sans être nombreux, sont disséminés un peu partout. Il a fallu ensuite essayer de se créer des relations pour préparer des conversions nouvelles. La tâche était d’autant plus difficile qu’il a dû passer une partie de l’année sans catéchiste. Il a pu cependant enregistrer 6 baptêmes d’adultes.
La chrétienté de Kagoshima et son missionnaire, M. Raguet, viennent de passer par une série d’épreuves capables de paralyser le ministère le plus zélé et le plus actif. L’ennemi de Dieu et des hommes a jeté le découragement et la défiance dans un certain nombre d’âmes de bonne volonté que la grâce amenait tout doucement à l’Église, et il en a fait sortir plusieurs autres qui y étaient déjà entrées.
Dans le même district, à Mygazaki, M. Joly apporte sa petite gerbe de 17 baptêmes. « Il y « en aurait eu davantage, écrit le missionnaire, si le démon n’avait usé de violence à la « dernière heure. A la veille de devenir chrétiens, trois catéchumènes vinrent me déclarer que, « menacés d’être chassés de la maison paternelle et mis au ban de toute leur famille s’ils « renonçaient ouvertement à la religion de leurs ancêtres, ils préféraient remettre à plus tard la « réception du baptême. »
Le plus éloigné des districts, dans la direction du sud, est situé dans l’archipel d’Oshima, qui est à mi-chemin entre le continent et le groupe de Riu-kin. « Il semble, écrit Mgr Cousin à propos de ce dernier archipel, que depuis longtemps nous devrions avoir repris possession de ces îles, où les premiers missionnaires de notre Société résidèrent avant de pouvoir pénétrer au Japon, et qui furent par conséquent le berceau de nos Missions actuelles. Ce n’est pas que le désir nous en ait manqué ; à plusieurs reprises, différents missionnaires y ont fait des voyages d’exploration et même quelques tentatives d’évangélisation. Les résultats acquis ou plutôt entrevus ne semblent pas nous créer l’obligation de brusquer les choses, au risque de rogner le budget déjà insuffisant des œuvres commencées ailleurs, pour l’établissement d’un poste si lointain et qui sera forcément très dispendieux. Nous attendons l’heure de la Providence et le signal qu’Elle voudra bien nous donner. »
Dans le groupe d’Oshima, le district de Naze est toujours sous la direction de M. Ferrié qui l’administre avec le concours de M. Brenguier et de deux prêtres japonais. Il y a eu, pour les différentes stations, 73 baptêmes d’adultes. « Celui des ouvriers apostoliques qui a recueilli « les meilleures consolations est le P. Nakamura. Seul, sans catéchiste, ce jeune prêtre qui « était au début de son ministère, a su allumer le feu sacré dans plusieurs villages où son zèle « s’est dépensé sans compter pendant toute l’année. »
Les autres centres d’action, dans le même archipel, sont Chinaze où M. Halbout constate chez les païens des environs une tendance à se rapprocher des chrétiens, et Daikuma administré par M. Richard qui a baptisé 12 personnes, dont 4 adultes et 4 enfants de païens in articulo mortis.
« Le fait principal de l’année, écrit M. Richard, a été la conversion d’un païen, possesseur « de l’unique temple de l’endroit. Cet homme reçut le baptême à Noël, ainsi que sa fille. Le « soir du même jour, les deux idoles qu’il avait adorées si longtemps, étaient apportées dans « mon grenier, et quelques jours après, le temple lui-même, situé sur une jolie petite colline, « en face de notre église, disparaissait également, sans soulever la moindre réclamation de la « part des païens.
« Un autre fait qui concerne également le poste d’Urakami, mérite d’être signalé. En « l’absence du sous-préfet et du maire de Naze, eut lieu un examen, à l’effet de choisir un « instituteur pour l’école d’Urakami-Daikuma. Le candidat qui sortit avec le nº 1, fut évincé « par le fonctionnaire délégué aux écoles, sous prétexte que la mère et d’autres parents de ce « jeune homme étaient catholiques. Déjà, dans toutes nos chrétientés, le bruit se répandait « qu’aucun des nôtres ne pouvait aspirer à un emploi du gouvernement. Le prêtre indigène « d’Urakami ayant fait des réclamations auprès du sous-préfet, celui-ci donna purement et « simplement son congé à l’employé qui avait ainsi abusé de sa fonction et fit publier, dans « tous les villages où il y a des chrétiens, le résultat de cette affaire qui tournait ainsi à « l’avantage de notre sainte religion.
« En somme, les troubles suscités, il y a quelques années, par ceux qui sont restés païens « au moment de la conversion d’une partie du village, tendent à s’oublier ; les inimitiés créées « à cette occasion s’éteignent peu à peu, et le fossé qui séparait les deux camps, commence à « se combler. J’ose donc espérer que les baptêmes d’adultes de cette année sont le signal « d’autres plus nombreux. »
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Mgr de Nagasaki, après cette revue des différents postes de sa mission, nous dit quelques mots sur les établissements d’un intérêt plus général et n’appartenant à aucun district en particulier.
« Le sanatorium que les religieuses avaient ouvert, il y a quelques années, pour le service des équipages de la division navale française, a été transformé en hôpital international par un docteur américain catholique qui l’a pris à sa charge. Les soins à donner aux malades sont toujours confiés à la communauté, qui consacre à cette œuvre une sœur expérimentée et une novice japonaise munie de son brevet d’infirmière.
« Au commencement de l’année scolaire, le séminaire comptait 48 élèves, divisés en 4 cours : théologie, sciences et deux cours de latinité. Il ne nous a donné, durant le dernier exercice, qu’un seul prêtre. L’ordination a eu lieu en février. On dirait que la Providence nous l’a envoyé pour prendre la place de celui que la mort devait nous ravir quelques mois plus tard. C’est le 2 juillet que le pèlerinage de celui-ci s’est terminé. Après quelques mois d’un ministère dont les débuts promettaient un bon ouvrier, il a végété pendant toute une année avant de s’éteindre doucement, laissant à tous l’exemple d’une grande patience et d’une parfaite résignation à la volonté de Dieu.
« Nos jeunes latinistes sont en général pleins d’ardeur pour l’étude et de bonne volonté. Mais ils ne voient pas sans inquiétude se dresser devant eux la loi militaire qui les guette au défilé de leurs vingt ans. Ceux qu’elle prend ne reviennent pas tous, car pas plus au Japon qu’ailleurs, la caserne ne sera jamais une pépinière du sacerdoce.
« L’un de nos meilleurs élèves qui a dû nous quitter ainsi, il y a deux ans, se trouve, grâce à Dieu, en garnison à Omura à deux pas de l’orphelinat des garçons. Le prêtre japonais qui en est directeur, a mis une petite chambre à la disposition du séminariste-soldat. Celui-ci ne manque pas, dès qu’il a une permission, d’accourir là pour y retrouver le loisir de prier à l’aise, et aussi ses livres de classe, vieux amis, qui ne seront pas pour lui presque des inconnus, quand il reviendra l’an prochain au séminaire.
« Un autre, un tonsuré celui-là, qui a fait ses trois ans, y compris la campagne de Chine, et plusieurs 28 jours, est encore rappelé cette année pour les grandes manœuvres d’automne. On ne lui demande que trois semaines, et il espère que ce sera la fin. Deo gratias !
« L’école des catéchistes qui a compté 18 élèves, a terminé l’année en donnant à six d’entre eux le diplôme de fin d’études. Puisse ce petit bataillon de renfort rendre tous les services qu’on attend de lui ! Trois sont destinés à Oshima d’où ils sont originaires. Comme le séminaire, cette école doit aussi compter avec la loi militaire, et ce n’est pas la moindre difficulté qui s’oppose au développement d’une œuvre si utile.
« Après bien des délais et des soucis de plus d’une sorte, nos religieux marianites vont enfin pouvoir entrer en jouissance de leur nouvelle maison. Ce magnifique établissement qui fait déjà grand honneur à la religion que nos chers instituteurs prêchent si bien à leur manière, ne se bornera pas à exciter l’admiration de tous ceux qui le voient, il attirera, j’en suis persuadé, des élèves nombreux qui trouveront là plus qu’ils ne cherchent : la connaissance de la vérité religieuse à côté et au-dessus de l’enseignement inscrit au programme. Pendant l’exercice qui vient de finir, 88 élèves ont passé par l’école. Tout fait prévoir que ce nombre sera dépassé ; déjà on annonce des pensionnaires pour la rentrée prochaine, et j’entends dire que de nos chrétientés il est venu plusieurs demandes d’entrée au postulat.
« L’établissement nouveau des religieuses qui vient aussi de s’achever, malgré qu’il paraisse plus modeste, n’en est pas moins une maison qui fait grande figure et semble assez vaste pour abriter commodément toutes les œuvres qui doivent s’y coudoyer : communauté, noviciat, pensionnat, classes d’externes étrangères et indigènes, ouvroir, orphelinat, etc.
« Les élèves étrangères qui ont fréquenté les différents cours professés pour elles au couvent, se sont élevées pendant le dernier exercice au nombre de 59. Les classes japonaises en ont compté environ 200, parmi lesquelles il n’y avait que 36 catholiques. L’école communale que les religieuses tiennent dans la chrétienté d’Urakami, a été fréquentée par 188 enfants, dont 8 païennes. En dehors de cette population écolière, les religieuses entretiennent encore dans leurs deux maisons de Nagasaki et Kumamoto un personnel de 170 enfants environ, répartis entre deux orphelinats et autant d’ouvroirs. Ces œuvres-là appartiennent à la Sainte-Enfance et sont entretenues par elle.
« En parlant de la Sainte-Enfance, je ne puis m’empêcher d’adresser ici un mot d’éloge et de remerciement à nos modestes communautés indigènes, qui ne refusent jamais de prêter à cette œuvre leur concours aussi dévoué que désintéressé, dans tous les districts où elle est établie. Leur zèle me semble égaler au moins celui de nos bonnes sœurs, car il doit s’exercer dans un milieu absolument dénué de décorum et où les ressources sont plus précaires, parce qu’il n’y a pas d’industrie qui puisse en créer sur place.
« Cette année encore, le nombre des enfants de païens baptisés in articulo mortis a quelque peu dépassé le chiffre du précédent exercice. C’est pour beaucoup de localités la preuve d’un vrai zèle de la part du missionnaire et de ses catéchistes ; c’est surtout pour moi le gage assuré de la protection du ciel sur les œuvres d’évangélisation qui sont notre premier but, et où nous nous heurtons chaque jour à tant d’obstacles. »
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