| Année: |
1898 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Chatron |
V. — Osaka.
Population catholique 4.470
Baptêmes d’adultes 384
Conversions d’hérétiques 11
Baptêmes d’enfants de païens 232
______
« A la fin de l’exercice 1897-1898, écrit Mgr Chatron, la Mission d’Osaka compte 4.470 fidèles répartis dans 19 districts et 34 chrétientés ; 5 églises, 2 chapelles et 22 oratoires improvisés dans des maisons japonaises ; 8 écoles, dont une de garçons, 4 de filles et 3 mixtes, comprenant ensemble 428 élèves ; 4 orphelinats avec 285 enfants ; 8 ateliers ou ouvroirs fréquentés par 128 apprentis ; 3 pharmacies et 32 gardes-malades dans les hôpitaux.
« Outre les missionnaires européens, le personnel se compose de 2 prêtres indigènes, 4 séminaristes dont 2 tonsurés, 41 catéchistes, 12 religieuses du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles, 3 novices et 3 postulantes.
« Le tableau d’administration porte : 384 baptêmes d’adultes, dont 117 in articulo mortis ; 11 conversions d’hérétiques ou schismatiques ; 232 baptêmes d’enfants de païens ; 183 confirmations ; 1.842 confessions annuelles et 1.520 communions pascales ; 41 saints viatiques et 49 extrêmes-onctions ; 34 mariages et 719 décès ou émigrations.
« Nous sommes toujours au temps des semailles, fait remarquer Sa Grandeur ; les temps, les circonstances, les événements politiques rendent le terrain extrêmement aride ; mais les confrères ne se découragent pas, persuadés qu’un jour tant d’efforts et de sacrifices porteront leurs fruits. Déjà une vraie consolation se manifeste : la fréquentation des sacremnents est de plus en plus en honneur, et si les chrétiens n’augmentent pas beaucoup en nombre, ils gagnent certainement en qualité.
« A Tsu, M. Birraux, débarrassé des protestants, reste seul maître du terrain. Au mois de mai dernier, un incendie détruisit à Yamada, à quelques lieues de Tsu, un des fameux temples où sont vénérés les ancêtres du Mikado. Ce fût un deuil officiel pour tout l’empire, mais ce qui n’est pas officiel, ce sont les réflexions que le peuple fit alors, réflexions qui montrent que peu à peu l’esprit des populations se détache des vieux cultes et partant nous devient moins hostile.
« Cette tendance s’est encore manifestée clairement dans la ville même de Tsu, lorsqu’au mois de juin dernier, M. Birraux put transporter ses pénates sur un nouveau terrain plus vaste. A la bénédiction de la maison et de la nouvelle chapelle assistaient bon nombre de païens dont la tenue fut édifiante, et le lendemain, les deux journaux de la ville rendaient compte de la cérémonie en termes plutôt sympathiques.
« A Kyoto, M. Aurientis constate avec bonheur que l’augmentation de 17 baptêmes sur l’exercice précédent porte presque tout entière sur le chiffre des adultes. Là aussi, la sympathie de la population s’est manifestée à notre égard dans une affaire mémorable, qui un moment nous causa de vives appréhensions. M. Aurientis va raconter lui-même le fait :
« Le terrain de la Mission appartenait à un mineur, quand il fut acheté ; la mère du mineur « était tutrice et vendit le terrain en se conformant aux lois de l’époque. Seulement au Japon, « la législation, comme bien d’autres choses, a changé, et après dix ans de paisible possession, « on voulut nous reprendre le terrain, sous prétexte que l’acte de vente était nul. Il fallut plaider.
« En première instance et en appel, nos adversaires perdirent et furent condamnés aux « dépens. N’importe, ils voulurent interjeter appel en cassation. Or, sur ces entrefaites, leur « avocat, pauvre diable sans considération, eut l’idée de profiter des élections municipales de « Kyoto qui avaient alors lieu, pour refaire sa réputation et surtout sa bourse, en se faisant « nommer conseiller. Pour cela, une ruse de guerre lui sembla bien permise.
« Au Japon, les élections se font au suffrage restreint. Maître Patelin se procura la liste des « électeurs et aussi celle de leurs amis, puis prenant son pinceau, il écrivit à l’électeur Pierre « sous le nom d’un ami Jacques, à l’électeur Paul sous le nom d’un ami Jean, pour leur « recommander M. l’avocat un tel, c’est-à-dire lui-même. Malheureusement, la veille des « élections, Pierre rencontra Jacques, et Paul rencontra Jean : Jacques et Jean se défendirent, « bien entendu, d’avoir écrit les lettres en question. On en rechercha l’auteur, on le trouva, et « le lendemain notre homme était sous les verrous, accusé de faux en écriture privée.
« Aussitôt les journaux s’emparèrent de la chose ; l’un d’eux publia un dessin « représentant notre église surmontée d’une immense croix à laquelle était pendu l’avocat, « avec cette légende : Puni à cause de la croix qu’il a attaquée. La population était donc pour « nous et avait vu avec plaisir la déconfiture de notre ennemi (1). »
A Miazu, où il n’est que depuis quelques semaines, M. Prosper Ferrand a pu, en la fête de l’Assomption, baptiser quelques personnes, « entre autres, dit-il, la femme et les trois enfants « d’un policeman. Celui-ci, malgré son sabre, n’a pas l’air terrible et finira bien par nous « arriver. Je lui dis que, quand il sera chrétien, il aura beaucoup plus de toupet pour arrêter les « voleurs. Cela le fait rire, et un homme qui rit est à moitié désarmé. »
A deux lieues de Miazu est un hôpital fondé pour les maladies contagieuses. Le Père y a ses entrées et a pu y faire admettre une infirmière chrétienne de Kyoto qui a déjà baptisé quelques mourants.
(1) Malheureusement l’affaire du terrain n’est pas finie. Je reçois une citation pour le 21 décembre 1898 en Cour de cassation, à Tokio. Si la sentence est contre nous, nous sommes ruinés pour des années. Que Dieu ait pitié de nous ! — (Note de Mgr Chatron.)
M. Luneau, curé de la cathédrale d’Osaka, a eu 56 baptêmes dont 37 d’adultes. En 1897, le 8 décembre, fête patronale de la paroisse, Mgr Chatron a béni solennellement une belle cloche, Julia-Anselma, dont la voix puissante, dit Sa Grandeur, se fait entendre de toute la ville. Trois fois le jour, elle sonne en l’honneur de la Vierge immaculée et invite les chrétiens à la récitation de l’Angélus. La chrétienté de Kishiwada qui jusqu’ici appartenait au district de Wakayama administré par M. Geley, en a été distraite pour être rattachée à la cathédrale ; la bénédiction de la nouvelle chapelle érigée en cet endroit a eu lieu le 10 novembre 1897.
C’est dans la ville épiscopale, le 3 septembre dernier, qu’est décédé M. Charles Mutz. — « Sa mort, écrit Mgr Chatron, a été le digne couronnement de sa vie tout entière, la mort d’un saint. Il s’est endormi dans mes bras pour aller recevoir la récompense acquise par ses mérites. Mais quel vide il fait parmi nous ! Il avait 39 ans d’âge et 13 de mission : son expérience, son zèle, tout en lui promettait le travail le plus fructueux, et le bon Maître l’a rappelé à lui. Résignons-nous à sa sainte volonté, dans la confiance que si nous avons perdu un bon ouvrier en ce monde, nous avons trouvé un puissant protecteur au ciel ! »
Les religieux Marianites, déjà établis à Tokio et à Nagasaki, vont ouvrir prochainement une école dans la ville d’Osaka. Mgr Chatron a le ferme espoir qu’ils réussiront et que leurs succès serviront puissamment la cause de Dieu et de l’Église.
A Uemachi, M. Vagner, occupé surtout à ramener les brebis égarées d’un troupeau qui fut autrefois fervent, n’a pu aborder, comme il l’aurait voulu, l’évangélisation des païens. Enfin, depuis quelques mois, il a pu former un catéchiste convenable ; l’entrain et la vie commencent à renaître. A l’Assomption, il a donné ses premiers baptêmes, et l’année prochaine s’annonce meilleure.
M. Marie, à Tamatsukuri, enregistre 105 baptêmes, dont 52 d’adultes. L’hôpital qu’il a commencé et dont les Missions catholiques ont raconté les débuts, a donné déjà de très consolanls résultats.
« Le but de cet établissement, écrit M. Marie, est de chercher à prendre contact avec les « païens. Pour réussir, il fallait que l’hôpital parût indépendant de toute question religieuse. « Ordre fut donc donné de répondre aux interrogations spontanément posées, mais de ne « jamais circonvenir les malades afin de les engager à embrasser le christianisme. C’était un « leurre ; car dans un hôpital qui n’est autre chose qu’un presbytère, il est impossible que les « entretiens n’aient bientôt trait à la religion. Le médecin dont le dévouement m’avait été si « nécessaire, se fit lui-même chrétien. Comme cette conversion produisit des impressions « diverses parmi ses collègues, et que le développement de notre hôpital rendit bientôt « matériellement impossible à ce médecin la direction simultanée de sa maison et de la nôtre, « nous nous séparâmes d’un commun accord.
« Pour le remplacer, je fis appel à un docteur païen, et l’œuvre prit un nouvel essor. La « présence d’un tel chef écartait toute prévention : la pilule était dorée, aussi elle produisit bon « effet. Trente-huit baptêmes in articulo mortis et autant d’adultes sont dus à cet hôpital, et « ces baptêmes ont été demandés par les intéressés sans être proposés par nous.
« Nous en sommes là aujourd’hui, malgré notre pauvre installation. L’œuvre progresse, « elle s’achèverait promptement, si le provisoire devenait définitif. Le succès ne dépend pas « de nous, mais du concours de quelques âmes riches des biens du monde et émues par les « maux du prochain. Je le répète, l’œuvre est viable : elle vit, elle donne des résultats et en « promet de plus grands encore. Mais vivra-t-elle demain ?… voilà toujours la terrible « question que notre pauvreté nous met sans cesse devant les yeux. »
M. Daridon qui ouvre en ce moment un nouveau poste à Tokushima, dans l’île de Shikoku, a été remplacé à Okayama par M. Relave. Celui-ci, comme son prédécesseur, constate une grande amélioration dans l’état des esprits à l’égard de la religion catholique.
« Dernièrement encore, dit-il, le chef de la police de Tsuyama, deuxième ville du Ken « d’Okayama, est venu me rendre visite et me prier d’aller enseigner la doctrine dans sa bonne « ville, me promettant de se mettre lui-même à ma disposition pour me faciliter les voies. On « commence à venir à nous : le temps semble déjà loin où l’on ne trouvait qu’hostilité « partout. »
A Tottori, M. Faveyrial n’a pas vu se réaliser toutes ses espérances. « Avant les années « d’abondance, écrit notre confrère, il faut souffrir de la disette, et semer dans les larmes pour « que d’autres moissonnent dans l’allégresse. D’ailleurs si ma gerbe n’est pas grosse, les épis « en sont beaux. »
M. Rey qui n’a pris le poste de Fukuyama qu’au commencement de cet exercice, a dû employer, comme toujours en pareil cas, quelques mois pour étudier la situation. Grâce à Dieu, la période d’installation est finie. Déjà un certain nombre de catéchumènes se préparent au baptême. De plus, M. Rey médite de commencer en son nouveau district l’œuvre des vieillards qui lui a si bien réussi à Matsuyama.
« Yamaguchi qui, il y a plus de trois siècles, eut le bonheur de donner l’hospitalité au grand apôtre de l’Orient, est aujourd’hui évangélisé par M. Cettour. Nombreux sont les obstacles. Nulle au point de vue industriel et commercial, Yamaguchi est une ville universitaire. Les écoles y sont très florissantes, mais avec les écoles, c’est l’athéisme qui se répand et imprègne peu à peu l’esprit de la population. M. Cettour n’en a que plus de courage et d’ardeur. Ce poste fut fondé en 1888 par M. Compagnon. Un an plus tard, M. Villion vint s’y établir et pendant longtemps remua dur ce sol ingrat. Plus tard, le regretté M. Mutz vint y achever sa carrière apostolique. Tant de mérites ne seront pas perdus.
« M. Cettour raconte comment son prédecesseur, M. Villion, a fait l’achat de l’immeuble « où est maintenant la Mission : « C’est un tout petit temple shintoïste élevé, il y a cinq ou six « ans, à la mémoire de Jimmu-Tenno, premier empereur de la dynastie des Mikados. Le « peuple, très zélé pour le culte des empereurs, donna sans compter, mais voyant les « proportions minuscules de l’édifice, il crut que l’argent allait ailleurs, et les souscriptions « s’arrêtèrent soudain. Le fonctionnaire chargé du temple, réduit par la famine, laissa là « l’empereur Jimmu-Tenno et alla offrir ses services à d’autres plus généreux. M. Villion, à « qui cela souriait d’arborer le signe de notre rédemption sur ce temple païen, fit parler et agir « en secret, et un beau matin, à la stupéfaction générale, la croix du Christ Jésus brillait sur le « faîte. »
« Dans le district de Hagi, M. Villion regrette que la suppression forcée de certains catéchistes ait nécessairement diminué son cercle d’action sur les païens. Il se multiplie pour y remédier.
« A Hagi même, sa résidence, il continue à jeter à la face des gens des vérités comme celle-ci : Que civilisation ne va pas sans catholicisme, et cela en pleine rue, dans les carrefours fréquentés, et il se fait écouter. Mais que d’obstacles avant de faire le grand pas ! Tantôt c’est un brave homme avec toute sa famille, instruit, chrétien déjà de cœur, que des parents et amis retiennent à la veille du baptême, en le menaçant de cesser avec lui toute relation et même de le bannir ; tantôt un maître d’école, à qui ses supérieurs signifient que, s’il se fait catholique, il perd sa place, son gagne-pain. Quand donc la liberté accordée par l’empereur se fera-t-elle jour dans ces provinces arriérées ?
« Dans les montagnes, la petite chrétienté de Tsu-Wano, fruit des mérites des confesseurs de la foi qui y sont morts en 1871, ne cesse de lui donner des consolations. Lui-même va nous présenter un de ses nouveaux baptisés :
« Pierre Nakashima est un brave garçon qui connaît la religion depuis 12 ans. Son frère est en Amérique, pasteur grassement rétribué d’une société biblique qui l’a emmené de Yokohama pour les Japonais établis à San-Francisco. Il écrivait de là-bas force lettres à son cadet pour lui indiquer les précautions à prendre contre les superstitions du bonze romain, comme il me faisait l’honneur de m’appeler. Pourtant notre Pierre a bien vu que le salut était seulement dans la sainte Église catholique, une et vraie, pour laquelle, en 1871, les fidèles de ce pays ont tant souffert. — Il n’y avait pas de baptistes ni de congrégationalistes parmi eux, répondit-il à son frère. — Aujourd’hui, il est content, le cœur en paix. »
Le poste de Matsuye est créé définitivement. Depuis longtemps, les missionnaires gémissaient de voir le nord-ouest de la mission abandonné à l’hérésie et au schisme. Il fallait à tout prix aller au secours de ces âmes empoisonnées par l’erreur et la calomnie. M. Angles a accepté avec courage cette rude tâche ; il est parti, emportant pour toute arme et ressources son entrain, son zèle et sa petite chapelle.
« Il a plu à la bonne Providence, écrit-il, de donner un commencement de bénédiction à « mes travaux, en m’envoyant une douzaine d’âmes de choix, qui, après une préparation « sérieuse, ont fini par être régénérées dans les eaux du baptême. Une circonstance à noter et « qui est de bon augure pour l’avenir, c’est que, à l’encontre de ce qu’on voit ordinairement « dans les nouveaux postes, nos premiers baptisés sont, sauf trois seulement, des gens de « Matsuye même. Donc pas d’émigration à craindre, et comme ce sont tous de fort braves « gens qui ne m’ont donné que des consolations depuis leur admission au catéchuménat, il y a « lieu d’espérer qu’ils formeront une base solide pour la future chrétienté.
« Bien que la population ne nous soit pas hostile, la province d’Izumo à laquelle appartient « Matsuye, paraît, sans doute à cause de sa position topographique, un peu en retard sous le « rapport des idées. N’est-on pas allé, un moment, jusqu’à accréditer le bruit que j’étais un « ex-officier de l’armée française, un ex-lieutenant-colonel, s’il vous plaît, envoyé au Japon « pour faire de l’espionnage et préparer l’invasion du pays par les armées française et russe « coalisées ? Les preuves ne manquaient pas ; on me voyait souvent courir de tous côtés, « explorer les environs de la ville, un papier à la main pour lever des plans, dresser des « croquis, que sais-je ? Les après-midi en effet, je vais à la montagne pour y réciter mon « bréviaire. C’est sans doute cette circonstance qui avait servi de thème au racontar dont je « viens de parler. »
« A Matsuyama, M. Ferrand a continué la chère œuvre entreprise si vaillamment par M. Rey, l’œuvre des baptêmes in articulo mortis pami les plus pauvres d’entre les pauvres. Les malades honteux et abandonnés, les vieux et les vieilles. « Ah ! j’en ai vu, dit-il, de ces « misères ! Taudis infects, sans natte, ou avec des restes de nattes pourries, chambres étroites « et pleines de vermine où grouillaient quelquefois 7 ou 8 personnes n’ayant qu’un habit pour « toutes ! Sur nos registres, plus de 300 familles étaient inscrites qu’on visitait aussi régulière-« ment que possible, auxquelles on donnait de temps à autre un léger secours et dont on « s’efforçait de tourner en haut les cœurs ulcérés par les misères d’ici-bas. Que de peine il « fallait pour ouvrir un peu ces intelligences engourdies ! mais le premier pas franchi, « venaient les consolations. J’ai passé de douces heures auprès de ces infortunés. Quelques-« uns voulaient absolument que ce fût moi le bon Dieu ; d’autres, les patriarches de ma tribu, « racontaient de très intéressantes histoires sur le Japon d’autrefois ; ceux-là avaient une hâte « fiévreuse d’aller voir le ciel, ce bel endroit dont on leur parlait.
« En dehors de cette œuvre, afin de nous faciliter quelques relations, j’avais accepté « plusieurs élèves de français : officiers, employés de la préfecture ou du tribunal, professeurs « du lycée. Sans aborder à brûle-pourpoint la question religieuse, je les y ramenais peu à peu, « de leçon en leçon. Tous admiraient mes visites dans les plus pauvres quartiers de la ville : « un surtout, substitut du procureur impérial, était touché. Chaque matin avant d’aller à « l’audience, il venait prendre sa leçon, et chaque matin, c’était une nouvelle question sur le « catholicisme. Je compte bien que ce loyal et très intelligent jeune homme fera sous peu le « grand pas. »
« Vers la fin de l’année, M. Ferrand est allé, comme il dit lui-même, planter sa tente vagabonde au nord de la mission, à Myazu. M. Charron est venu le remplacer et enregistre 48 baptêmes. Lui aussi a pris à cœur de continuer l’œuvre de M. Rey.
« Au district de Matsuyama est relié celui de Uwajima. C’est là que M. Charron fit naguère ses premières armes. Il espère beaucoup de ce district qui, bien qu’un des plus jeunes de la Mission, a cependant apporté un bon contingent de baptêmes. Dans l’intervalle de ses courses apostoliques, M. Charron a entrepris la traduction en japonais de l’Histoire générale de l’Église par l’abbé Darras. Tous ceux qui comprennent la nécessité de lutter contre les calomnies ineptes des protestants en montrant notre sainte mère l’Église catholique telle qu’elle est et a été depuis son origine, ne sauraient trop le remercier d’avoir entrepris cette œuvre. Les deux premiers volumes ont déjà paru. Que Dieu l’aide à mener à bonne fin son travail et à trouver les ressources nécessaires pour les frais d’impression ! »
Le district de Kôchi a été fondé en 1882. Vu le nombre des gens baptisés depuis cette époque, la chrétienté devrait être plus nombreuse qu’elle n’est. Malheureusement, comme la plupart des anciennes villes féodales, la ville de Kôchi est bien déchue. L’aspect misérable des maisons frappe tout premier arrivant. L’absence de commerce et d’industrie force les gens du pays à s’expatrier pour aller chercher fortune ailleurs, et les chrétiens n’ont malheureu-sement pas échappé à cette nécessité.
Cependant, malgré ces conditions défavorables, l’œuvre du bon Dieu s’est poursuivie. Aujourd’hui, M. Duthu, que seconde M. Hébert, a une chrétienté sérieuse, tandis que les protestants ont dû fermer leur école faute d’élèves, leurs clubs, etc., et les schismatiques russes plier bagage.
*
* *
Nous ne quitterons pas la mission d’Osaka, sans emprunter au compte rendu de Mgr Chatron quelques passages qui montrent d’heureux changements dans la disposition générale des esprits à l’égard de la religion.
« En considérant la marche des événements depuis plusieurs années, écrit Sa Grandeur, on peut constater, à côté des progrès matériels, un travail de transformation morale tout à notre avantage. Jusqu’ici, la presse, le public, tout était en réalité contre nous. Aujourd’hui, cet état va chaque jour se modifiant.
« Le ton de la presse a changé. Il n’est pas jusqu’au mot « Yaso » — Jésus, pour désigner le christianisme. — naguère encore terme de mépris, qui ne soit maintenant employé avec une intention presque bienveillante. Dans toutes les classes de la société, on entend dire que, s’il y a une religion vraie, c’est le christianisme. Bien des faits peuvent être cités a l’appui.
« Un chef d’usine interroge un de ses amis devant une soixantaine d’ouvriers : « Connais-tu le catholicisnne ? — Non, répond l’autre. — Comment ! mais il n’y a que cela de sérieux en fait de religion. Tu ne pratiqueras jamais les dix commandements, ni moi non plus. Cela n’empêche que c’est vrai quand même. »
« Ailleurs, c’est un catéchiste protestant qui pérore : il dit pis que pendre du Pape, du catholicisme. Un païen se lève et lui crie du milieu de la foule : « Et la conduite des prêtres catholiques, qu’en dites-vous ? » Le susdit catéchiste reste tout interloqué. « Pour cela, dit-il enfin, je les admire comme tout le monde ; c’est difficile de les imiter. — Oh ! alors suffit. » réplique le païen.
« Si nous pénétrons dans l’intérieur des familles, il est facile d’y constater certains besoins, certaines inquiétudes auxquelles nous seuls pouvons répondre efficacement. On remarque également des symptômes favorables au sein du monde officiel. Dans les nouvelles écoles primaires et supérieures, on trouve des directeurs qui ont déjà certaines années de pratique et qui par conséquent ont acquis de l’expérience. Plusieurs d’entre eux ont parmi leurs professeurs des chrétiens, catholiques ou protestants ; or, j’en ai entendu plusieurs se louer de leurs services et les proposer comme exemple. Voici mieux encore : jusqu’à ce jour les ministres du bouddhisme et du shintoïsme avaient seuls la liberté d’entrer dans les prisons pour prêcher aux prisonniers. Désormais, c’est officiellement que les ministres chrétiens jouiront de la même faculté.
« Il n’est pas jusqu’aux bonzes qui ne soient émus de ces changements de situation et ne cherchent à modifier leur tactique à notre égard. Il serait curieux de suivre pas à pas leur évolution. Naguère, ils nous insultaient, nous et notre doctrine ; aujourd’hui, ils nous volent cette dernière. Des bonzes notables font des sermons où ils disent que leur divinité n’est pas autre chose que le créateur de l’univers, et ils appuient leur thèse avec des arguments tirés de nos livres. Plus fort encore : ils essaient de copier nos sacrements. Telle secte tente d’établir une cérémonie solennelle dans le temple pour la célébration des mariages, chose inouïe au Japon.
« Arrêtons-nous là , bien qu’il soit facile d’observer beaucoup d’autres choses encore qui montrent, comme je l’ai dit, que la situation change profondément et chante en notre faveur. Dieu daigne nous donner les moyens et les ressources de profiter, au moment voulu, d’un tel mouvement et de le faire tourner uniquement à sa gloire et au salut des âmes ! »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|