| Année: |
1903 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Cousin |
II. — Nagasaki
Population catholique 40.028
Baptêmes d’adultes 552
Conversion d’hérétique 1
Baptêmes d’enfants de païens 633
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Après avoir parlé de la douleur qu’éprouvèrent les chrétiens du diocèse de Nagasaki, à l’occasion de la mort de Léon XIII, et la joie qu’ils manifestèrent, à la nouvelle de l’élection de Pie X, Mgr Cousin ajoute : « Dans ces deux circonstances, la presse japonaise s’est fait un devoir de mettre chaque matin sous les yeux de ses lecteurs les nouvelles de Rome, les accompagnant, des commentaires les plus sympathiques. C’était une véritable révélation pour les païens, et bon nombre d’entre eux ont été étonnés de voir quelle grande place l’Église catholique et son chef occupent dans le monde.
Sa Grandeur est tout heureuse de constater l’augmentation progressive du nombre des catholiques dans sa mission. Ils sont aujourd’hui 40.028, et il y a quinze ans, on n’en comptait que 25.000.
« En 1888, dit Mgr Cousin, le Japon méridional, réduit aux limites actuelles du diocèse de Nagasaki, figura pour la première fois dans le compte rendu général des travaux de la Société : il comptait alors 25.000 catholiques avec 19 missionnaires et 8 prêtres indigènes. Les postes occupés par les missionnaires étaient au nombre de 10, et tous, sauf celui d’Oita, se trouvaient établis dans les anciennes chrétientés. A l’heure qu’il est, ces anciennes chrétientés ont mis à la disposition des 22 prêtres qui les administrent une quarantaine d’habitations assez confortables, et, dans les principaux centres païens du diocèse, 28 missionnaires ou prêtres japonais habitent des résidences qui sont, à deux ou trois exceptions près, propriété de la mission.
« Presque toutes nos églises d’il y a quinze ans ont été reconstruites ou réparées, et leur nombre s’est élevé de 47 à 63 ; 40 oratoires sont venus s’ajouter aux 13 qui existaient en 1888.
« En outre, dans cet intervalle, les Marianites ont fondé à Nagasaki un établissement prospère qui occupe 15 religieux et 5 professeurs laïcs. Au lieu de 5 religieuses françaises, nous en avons 35, réparties en 5 communautés. Grâce au zèle de ces précieux auxiliaires, la mission a été dotée d’établissements d’éducation et de bienfaisance dont nous ne saurions trop apprécier les services. Les plus en vue sont un collège, un pensionnat, une léproserie et un hôpital.
« Est-ce à dire qu’ainsi outillés nous allons opérer des miracles de conversion parmi les païens ? Hélas ! non. Nous devrons nous contenter de prendre une certaine quantité de poissons dans nos filets, chaque année, car, les pêches miraculeuses seront toujours rares au Japon, à moins d’une intervention directe de la Providence. Or, personne n’a le droit de compter sur une intervention de ce genre.
« A ne considérer que le chiffre des baptêmes, les résultats de l’exercice 1902-03 sont sensiblement les mêmes que ceux de l’an dernier. Nous n’avons pas reculé, je me plais à le constater. Dans les conjonctures présentes, ce fait d’avoir conservé nos positions est très significatif : il prouve que les prêtres et leurs auxiliaires ont travaillé avec un dévouement infatigable ; 24.368 confessions et 21.516 communions annuelles, 56.300 communions de dévotion attestent bien haut, le zèle des pasteurs et l’esprit de foi qui anime les brebis. »
Mgr Cousin énumère ensuite les résultats obtenus dans chacun des districts de la mission.
La moisson la plus riche a été recueillie à Kumamoto, où M. Corre, secondé par cinq prêtres et trois communautés de religieuses, a enregistré 144 baptêmes d’adultes et 166 d’enfants de païens.
Les îles d’Oshima ont produit 83 baptêmes d’adultes, dont 12 seulement à l’article de la mort, à la grande joie de M.Ferrié et des trois prêtres japonais, ses auxiliaires.
L’administration si absorbante de 12.000 chrétiens disséminés dans un grand nombre d’îles, n’a pas empêché M. Pelu, chef du district de Goto, de régénérer, avec le concours de M. Kleinpeter, de M. Heuzet et de ses 4 autres collaborateurs, 63 adultes et 83 enfants de païens.
Les 4 missionnaires du district d’Urakami, sans négliger leurs 6.000 chrétiens, ont trouvé le temps de préparer 44 adultes au baptême et d’ondoyer 171 enfants moribonds.
« ... Les adultes baptisés à Urakami, dit M. Fraineau, sont pour la plupart de ces vieux « chrétiens que nous appelons séparés et qui, ayant résisté si longtemps à la grâce, sont plus « difficiles à convertir que les païens eux-mêmes. Sourds à toutes nos exhortations, ils « s’enfonçaient de plus en plus dans leur endurcissement. Est-ce la grâce du Jubilé qui, après « avoir purifié les âmes de nos chrétiens, a répandu sur ces malheureux égarés les trésors de la « miséricorde divine ? J’aime à le penser, car le retour simultané des quelques familles de « séparés qui restaient encore dans le village de Hamaguchi a été vraiment providentiel. Le « temps relativement long qui a été consacré à les instruire et à les éprouver, ne les a pas « découragés, et, après plusieurs mois d’une préparation sérieuse, ils ont été régénérés dans « les eaux du baptême. Le 31 mai, fête de la Pentecôte.. . »
Les séparés d’Iwajima n’ont pas imité ceux de Hamaguchi : ils persévèrent dans leur aveuglement. En revanche, M. Durand et son vicaire le P. Hamabata ont eu la joie de baptiser 33 adultes, parmi lesquels figurent tous les membres de la famille la plus influente de Agomori.
M. Garnier, à Amakusa, compte 23 conversions de séparés ; le P. Iwanaga en compte 22, à Kurosaki.
Le P. Yamaguchi, installé à Saga, dans une maison louée, où règne le plus complet dénûment, n’a pas perdu son temps puisqu’il annonce 26 adultes baptisés en moins d’un an.
Pour récompenser le zèle de cet excellent prêtre japonais, Mgr Cousin lui a fait savoir que la résidence du missionnaire, la chapelle et la salle de conférences de Saga qui avaient été détruites par un incendie, il. y a deux ans, vont être reconstruites, grâce à la générosité d’une insigne bienfaitrice des missions du Japon. « Que Dieu, dit Sa Grandeur, daigne récompenser « en cette vie et en l’autre celle qui sait si bien cacher les bonnes œuvres qu’elle fait ! Son « nom, pour n’être pas publié sur la terre, n’en est pas moins inscrit au ciel sur le livre de vie « et dans nos cœurs éternellement reconnaissants. »
L’insuffisance des ressources, l’hostilité d’une partie de la population, l’influence des bonzes et l’indifférence générale pour tout ce qui ne procure pas le bien-être matériel, ont empêché M. Sauret de remporter les succès des années précédentes, à Kurume. Notre cher confrère voudrait avoir des religieuses françaises dans son district. Il s’est déjà donné beaucoup de mal pour réaliser ce projet, mais il se demande encore s’il pourra arriver à ses fins. Une chose essentielle lui fait défaut, « le nerf de la guerre ».
Quatorze baptêmes ont été administrés par M. Bœhrer à Fukuoka, ville de 70.000 habitants, où le démon règne en maître. « Que ne puis-je le détrôner, dit le missionnaire, et faire régner à sa place notre doux et aimable Sauveur ! Adveniat regnum tuum...
« A côté des plaintes résignées, dit Mgr Cousin, de ceux qui, ayant supporté généreusement le poids du jour et de la chaleur, se figurent qu’ils n’ont pas reçu le salaire auquel ils avaient droit, je dois noter les accents joyeux de ceux dont les espérances ont été à peu près comblées. Ces échos me viennent surtout des districts qui ont reçu la visite pastorale, et dans lesquels de nombreuses confirmations ont été administrées. L’année, d’ailleurs, pourrait être appelée l’année des confirmations, car j’ai eu la consolation d’en administrer près de 1.700. Pour cela, il m’a fallu parcourir plusieurs districts très étendus et j’ai été grandement édifié au contact de mes prêtres et de leurs fidèles.
« … Le grand événement de l’année, m’écrit M. Matrat, a été votre visite, dont prêtres et « chrétiens de Hirado vous remercient bien sincèrement. A cette occasion, 563 personnes ont « reçu le sacrement qui rend parfait chrétien. Les 4 stations principales du district ont reçu « votre visite, et, dans chacune d’elles, vous avez bien voulu adresser publiquement des « exhortations aux fidèles. Votre parole a été partout écoutée comme la parole de Dieu.
« A Madara, le jour même de la confirmation, un catéchiste vint me trouver et me dit : « Monseigneur connaît très bien les chrétiens de notre village. Le sujet qu’il a développé ce « matin nous convenait tout particulièrement ; il nous a donné les avis dont nous avions « besoin et nous les suivrons, car ils viennent de l’évêque… mais c’est vous, Père, qui aviez « sans doute renseigné Monseigneur... »
« Or, vous le savez, je ne vous avais rien dit de spécial au sujet de Madara, avant la « cérémonie de la confirmation. C’est donc le Saint-Esprit qui vous a suggéré ce que vous « aviez à dire. Dans les trois autres postes, votre parole a de même été écoutée et reçue « comme la parole de Dieu : partout elle a été vraiment utile aux âmes... Encore une fois, je « vous dis merci de tout cœur, en mon nom, au nom des prêtres, mes auxiliaires dans le « district, et au nom de tous les chrétiens de Hirado. »
« C’est également pour administrer la confirmation que, dans le courant du mois de mai, j’ai entrepris le voyage d’Oshima. Depuis sept ans, je n’avais pas eu l’occasion de visiter les chrétiens de cette île lointaine. Si ma visite était impatiemment attendue, j’avais moi-même un vif désir d’aller constater sur place les résultats déjà obtenus et les magnifiques espérances qu’ils nous font concevoir.
« Mon premier voyage à Oshima avait été contrarié par une épidémie de petite vérole qui s’était déclarée à Naze, un peu après mon arrivée. Par suite de l’interruption des communications, j’avais dû reprendre la mer sans avoir visité d’autres postes que ceux d’Urakami et de Daikuma, en dehors de Naze. Plus heureux cette fois, aucun accident n’est venu gêner mon programme, et j’ai pu voir chez eux, dans leurs résidences, au milieu de leurs chrétiens, les six prêtres qui travaillent à étendre le règne de Dieu parmi nos chers insulaires.
« J’ai vu d’abord M. Richard qui était tout heureux de me faire les honneurs de Kado, sa nouvelle fondation. Là, tout est l’œuvre personnelle de notre cher confrère. Les chrétiens, c’est lui qui les a convertis, instruits et baptisés. La résidence et la chapelle, c’est lui qui les a construites sur un terrain qu’il s’est procuré, en puisant un peu dans sa propre bourse et beaucoup dans celle de la Providence. Sa foi a été récompensée ; il a réussi et je l’en félicite.
« … Les premiers mois de l’exercice qui vient de finir, écrit ce cher confrère, furent « employés à terminer les constructions de Kado. La bénédiction eut lieu le jour de Noël. Les « chrétiens du poste de Sekirubé s’unirent à ceux de Kado pour la circonstance et des agapes « fraternelles terminèrent la fête.
« Après Pâques, commença la préparation des confirmands. Aucun de mes catéchistes « n’ayant encore été confirmé, je dus préparer moi-même tout mon monde. La préparation « éloignée avait commencé avec l’année par les premières communions que je faisais faire « tantôt ici, tantôt là. Enfin l’heureux jour arrive ! Votre Grandeur visite d’abord Kado, le « dernier-né des postes chrétiens d’Oshima, et ensuite Sekirube ; 75 néophytes reçoivent les « dons du Saint-Esprit. Depuis lors je donne tous mes soins à la belle moisson que le soleil de « la grâce fait mûrir, surtout à Sekirube. »
« Nous avons dans ce dernier poste un terrain vaste et bien situé, mais la maison qui sert de résidence et d’oratoire est dans un état pitoyable. Il faudrait la remettre à neuf, car je me demande avec inquiétude si je puis autoriser un missionnaire à habiter et les chrétiens à se réunir dans une pareille masure.
« A l’étape suivante, je rencontre M. Halbout, nouvellement établi dans son poste d’Akaogi, dont l’installation matérielle est due tout entière à son zèle industrieux.
« ... L’année qui vient de commencer, écrit-il, a été signalée par deux faits importants : la « construction d’une petite église-résidence, et la fête de la confirmation administrée pour la « première fois dans la partie nord de notre île.
« En arrivant à Akaogi, l’an dernier, je n’y avais trouvé, comme installation, qu’une « maison louée et qui consistait pour ainsi dire en un simple toit posé sur des colonnes. Pas de « cloisons à l’intérieur ; quelques semblants de murs à l’extérieur, et, quand mon domestique « allumait son feu dans le coin que l’on appelait cuisine, j’étais souvent obligé de sortir pour « n’être pas suffoqué par la fumée. Le propriétaire n’ayant pas voulu me louer la maison « attenante à celle que j’occupais, je me décidai à construire une résidence. Je cherchai un « terrait convenable que j’achetai. Je réunis ensuite les matériaux nécessaires, et, à Pâques, « tout était à peu près terminé. Je fis alors la dédicace du nouvel édifice, en présence de tous « les chrétiens de la région et d’un grand nombre de païens. »
« Le lendemain du jour où je donnai la confirmation à Akaogi, je renouvelai la même cérémonie à Tekebu, chez le P. Nakamura, dans une maison, propre il est vrai, mais absolument japonaise. Cet oratoire improvisé qui suffit en temps ordinaire, est beaucoup trop étroit quand les chrétiens des villages voisins accourent pour voir l’évêque, à l’époque de la visite pastorale. Alors, c’est un encombrement qui laisse à peine au célébrant la liberté de se mouvoir à l’autel.
« Sans doute, je ne suis rien moins qu’habitué à trouver, dans les chrétientés de mon diocèse, des chœurs de cathédrale où les cérémonies peuvent se déployer dans toute leur ampleur : néanmoins, grâce à Dieu, la plupart de nos stations possèdent une véritable église, avec sanctuaire séparé de l’assistance. Je l’avoue en toute simplicité, lorsque je me sens sous les pieds une pauvre natte, et que je ne puis faire la génuflexion sans heurter les fidèles accroupis derrière moi ; lorsque, à chaque mouvement de tête, ma mitre se trouve en contact avec le plafond, je me demande avec une certaine inquiétude quelle impression nos néophytes doivent emporter d’une fonction épiscopale, dont ils sont témoins pour la première fois ? Dieu a ses vues et, quand il voudra faire rayonner le culte dans toute sa splendeur aux yeux du peuple japonais, il nous fournira les moyens de lui bâtir partout des temples moins indignes de sa majesté.
« De Tekebu, mon itinéraire, fixé d’avance, me conduisait chez le P. J. Kataoka, à Chinaze. La course, ou pour mieux dire la traversée, était longue ; car, pendant mon séjour à Oshima, j’ai toujours voyagé par mer.
« Après chaque cérémonie, je remontais en pirogue et mes six rameurs, frappant l’eau en cadence, nous faisaient glisser assez rapidement sur l’onde ; chaque coup d’aviron faisait jaillir une petite gerbe qui retombait en pluie fine sur ma soutane violette. Pauvre soutane, elle ne tarda pas à perdre sa couleur et à prendre une autre teinte : désagrément inévitable et dont j’aurais en mauvaise grâce de me plaindre.
« A Chinaze, j’eus le plaisir de trouver une jolie petite église et une résidence bien aménagée, construites naguère par M. Halbout.
« De Chinaze, je me rendis successivement à Daikuma, Urakami et, Naze, chrétientés qui ne m’étaient pas inconnues.
« Chaque parcours en pirogue durait en général plusieurs heures, ce qui me donnait l’impression, en débarquant dans un nouveau poste, d’être à une grande distance de celui que je venais de quitter. Or, souvent il y avait à peine une lieue, à vol d’oiseau, entre les deux, qui n’étaient séparés que par une montagne. Nos villages chrétiens sont cachés au fond d’une baie qui s’allonge à perte de vue. Pour en sortir, nous côtoyions un promontoire pareil à un doigt immense tendu vers la haute mer. Quand nous avions doublé le cap, nous apercevions devant nous une baie semblable à celle que nous venions de quitter, et, au fond de la baie, le village où nous nous rendions.
« Au bout de quinze jours, je quittai Oshima. J’avais confirmé près de 400 néophytes, et j’emportais dans mon cœur la douce persuasion de l’avenir prospère qui est reservé à nos jeunes chrétientés de l’île, sous la conduite de leurs zélés apôtres.
« Dans les autres parties de mon diocèse, où les ouvriers apostoliques se trouvent en face de l’élément païen, l’œuvre de l’évangélisation est moins avancée et le jour des abondantes récoltes paraît plus éloigné. La situation générale ne me paraît pourtant pas moins bonne que précédemment ; plusieurs comptes rendus donnent même à entendre qu’elle s’améliore peu à peu. La question religieuse est posée maintenant dans les journaux et les livres. Le gros public ne s’y intéresse encore que médiocrement, mais certains esprits sérieux, qui ne font point de bruit et restent longtemps ignorés, s’en préoccupent, et, grâce à eux, la masse du peuple finira par comprendre que cette question mérite d’être étudiée.
« ... Bon nombre de païens instruits, dit M. Brenguier, voient leurs préjugés disparaître, au « contact du missionnaire, et reconnaissent la vérité de la doctrine catholique, sans avoir le « courage de l’embrasser. Que de fois je me suis senti consolé et fortifié à la vue des « sentiments de plusieurs bonnes familles, païennes en apparence, mais qui sont déjà de cœur « avec nous. Tel maître de maison, par exemple, donne chez lui la place d’honneur aux « images de Notre-Seigneur en croix, à celles de la sainte Vierge ; tel autre fait régulièrement « sa lecture favorite de la revue publiée par les missionnaires et de nos livres religieux ; un « troisième vient fréquemment demander conseil au missionnaire pour ses affaires intimes et « la direction de ses enfants. Sans doute, la conversion n’est pas définitive ; toutefois, le « résultat obtenu est déjà considérable : il prouve qu’un travail mystérieux se fait dans les « âmes, et ce travail tôt ou tard portera ses fruits... »
« D’après le P. Paul Fukahori de Kumamoto : « ... Aujourd’hui, les infidèles comprennent « que le christianisme est la vraie religion des nations civilisées. C’est surtout la jeunesse des « écoles qui pense ainsi ; mais de là à la conversion, il y a encore loin. Pour décider ces jeunes « gens à nous fréquenter , il faut les attirer par l’appât de quelques avantages matériels. Aussi, « presque tous les jours, je donne dans l’après-midi des leçons d’anglais à un certain nombre « d’étudiants. Présentement, j’ai une douzaine d’élèves. Au cours de mes leçons, je parle de « religion, et quelques-uns sont déjà catéchumènes. Le soir, je vais visiter leurs parents et « leurs voisins, cherchant l’occasion de faire tomber la conversation sur les questions « religieuses et de les expliquer.
« Les vrais adversaires de notre religion ne sont pas tant désormais le bouddhisme et le « shintoïsme que le protestantisme et le rationalisme. Les protestants sèment l’ivraie dans tout « le Japon. A Kumamoto, on rencontre de nombreux Révérends, prédicants et zélateurs, qui « travaillent de toutes leurs forces. Mais ils n’ont guère d’adeptes que parmi la jeunesse des « deux sexes qui fréquente les écoles, et qui est attirée par les jeux, les chants, la musique, le « bruit et l’étude de l’anglais. Rares, très rares sont les familles dont tous les membres sont « convertis, et les adeptes de l’hérésie ne semblent pas avoir une foi bien ferme à l’existence « de Dieu ; de sorte que, malgré le grand nombre de leurs adhérents, on peut se demander « combien les protestants ont de vrais fidèles. »
« Comme vous le voyez, conclut Mgr Cousin, notre situation est restée à peu près la même, pendant l’exercice qui vient de prendre fin. Si elle ne s’est point notablement améliorée, elle n’est pas devenue moins bonne. A cause de l’insuffisance de nos moyens d’action, le nombre des œuvres et des établissements est demeuré stationnaire. Je dois reconnaître néanmoins que les dispensaires et catéchuménats, dirigés par les communautés religieuses de Kumamoto, Biwazaki et Yatsushiro ont recueilli des fruits plus abondants. A Yatsushiro, un petit hôpital est venu compléter le dispensaire qui existait déjà.
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance, dont le fonctionnement est rendu si difficile par les formalités légales dont je vous ai parlé dans un précédent rapport, a vu croître néanmoins le chiffre des baptêmes d’enfants moribonds. Il y en a eu 633. La plupart de ces enfants privilégiés sont déjà en possession de la gloire éternelle et intercèdent pour ceux qui leur ont ouvert le ciel.
« Le mérite principal revient au zèle infatigable de nos communautés françaises et japonaises. Rien ne saurait m’être plus agréable que de leur en témoigner ici toute ma reconnaissance. En dehors des communautés, le district de Kurumé mérite une mention spéciale, car, sans recevoir d’allocation spéciale, il a tressé et offert à l’Enfant Jésus une belle couronne de 112 fleurs nouvellement écloses.
« Le collège des Frères de Marie maintient sa réputation et continue de faire le plus grand honneur à notre mission, qui en est justement fière. Il a compté jusqu’ici 210 élèves, dont 25 internes : sur ce nombre 35 seul européens, 25 chinois et 150 japonais.
« Nos bons Religieux qui avaient d’abord établi leur noviciat Japonais à Tokio, ont été amenés par les circonstances à le transférer à Nagasaki. Il a été inauguré, au mois d’avril, avec 15 novices, dans un local voisin, mais indépendant du collège.
« Chez les religieuses de Nagasaki, le nombre des élèves n’a pas dépassé 127 ; 86 Japonaises, internes et externes, fréquentent les cours. Je ne sais si l’on peut espérer de voir augmenter ce nombre, car, d’après la loi, les écoles libres ne peuvent recevoir que les élèves qui ont suivi tous les cours des écoles primaires officielles, et les jeunes filles qui fréquentent les écoles supérieures sont encore assez rares. De plus, la ville vient d’ouvrir un lycée de filles. Les familles qui rêvent pour leurs enfants des diplômes officiels, donneront certainement la préférence au lycée sur le pensionnat des religieuses, où l’éducation est meilleure sans doute, mais où l’on n’obtient pas le fameux brevet supérieur.
« Vous avez dû remarquer, Messieurs, que depuis plusieurs années le nombre des élèves de notre séminaire tend à diminuer. La cause en est qu’aucun de nos prêtres japonais n’a de patrimoine et que la mission doit pourvoir à tous les besoins des élèves ecclésiastiques, pendant leur séjour au séminaire, et à ceux des prêtres, après leur ordination. Pour entretenir un clergé nombreux, il nous faudrait des ressources que nous n’avons pas. La bonne Providence peut nous les procurer ; espérons qu’Elle daignera nous venir en aide pour donner à l’œuvre du clergé japonais tout le développement désirable. »
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