| Année: |
1904 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Chatron |
III. ─ Osaka
Population catholique 4.000
Baptêmes d’adultes 231
Conversion d’hérétique 1
Baptêmes d’enfants de païens 357
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Mgr Chatron, évêque d’Osaka, est rentré heureusement dans son diocèse, le 23 décembre 1903. Le retour de Sa Grandeur, après deux ans d’absence, a donné lieu à de grandes démonstrations de joie de la part des chrétiens d’Osaka, heureux de revoir leur Père vénéré. L’allégresse fut d’autant plus vive que le prélat apportait la bénédiction de Pie X aux fidèles de son diocèse, et qu’il s’est fait un devoir de la leur donner lui-même en visitant successivement tous les districts.
Nous extrayons les passages suivants des rapports qui ont été adressés à Mgr Chatron par ses missionnaires :
« L’an dernier, dit M. Luneau, vicaire général, l’Exposition nationale d’Osaka, avec ses « fêtes bruyantes, était le sujet de toutes les préoccupations, au grand détriment de la question « religieuse. Nous espérions rentrer dans le calme au commencement de la nouvelle année, « mais les bruits de guerre avec la Russie ont circulé partout et un malaise général s’en est « suivi ; puis, est venue la guerre avec ses terribles conséquences.
« En ce moment, notre action auprès des païens est complètement entravée. Les nouvelles « qui arrivent des champs de bataille sont le thème obligé de toutes les conversations. Pour « tout Japonais, la guerre est la question vitale, le reste est remis à plus tard. Dans de telles « conditions, il est très difficile, sinon impossible, d’entamer la question religieuse, à moins « d’une circonstance tout à fait extraordinaire.
« A l’automne dernier, une magnifique salle publique fut inaugurée au centre même de la « ville d’Osaka, à Nakanoshima. Les missionnaires s’entendirent pour y donner une grande « conférence religieuse, le 13 décembre. L’auditoire se montra sympathique et nos orateurs « furent écoutés dans le plus grand silence, deux heures durant. En conséquence, il fut décidé « qu’on louerait de temps en temps ce splendide local pour nos conférences. La salle peut « contenir 3.000 personnes, et l’on se flattait d’arriver à la remplir ; mais la guerre a fait « avorter ce beau projet.
« Nos chrétiens sont fidèles à venir aux offices et à recevoir les sacrements. Deux d’entre « eux ont été appelés à une vie meilleure le matin même de la Toussaint.
« Le marchand ambulant, signalé dans les précédents comptes rendus pour sa piété filiale « envers sa vieille mère aveugle, est toujours fervent et zélé. Cette année-ci, le gouvernement « lui a décerné un prix de piété filiale, et les journaux l’ont proposé à l’admiration comme « aussi à l’imitation du public.
« Il prêche à tous ceux qu’il rencontre la religion catholique, et, s’il n’a pas la consolation « de faire de nombreux prosélytes, il ne manque pas, du moins, de baptiser les enfants « moribonds, quand l’occasion s’en présente. Je voudrais avoir beaucoup de chrétiens comme « lui.
« Un jour, il y a de cela quatre ans, il rencontra sur sa route une femme aveugle qui s’était « égarée, et il la remit dans le bon chemin, après lui avoir dit quelques mots de religion. Cette « aveugle, fidèle à la grâce, est devenue une excellente chrétienne. Elle a épousé un aveugle le « 28 juillet 1902. C’était un événement rare, mais que ne voit-on pas au Japon ? Toutefois, vu « la singularité du fait, je n’ai pas osé signaler, dans les précédents comptes rendus, ce « mariage entre deux chrétiens aveugles, qui a été célébré solennellement dans l’église de « Kawaguchi.
« Nos deux aveugles, masseurs de leur métier comme presque tous les aveugles, ne « manquent jamais la messe les jours de dimanche et de fête ; ils sont aussi des modèles pour « la fréquentation des sacrements. Chaque dimanche, avant l’heure de la messe, on entend « leurs bâtons d’aveugles résonner sur les degrés de l’église. Aussitôt, le catéchiste les fait « entrer et les conduit à leur place respective. Il les conduit aussi à la sainte table, et en dehors « de l’église après la messe. Dans la rue, les deux époux vont seuls et sans guide, comme tout « le monde, malgré les voitures qui s’entre-croisent à tout moment. Heureux aveugles, qui « marchent droit aussi dans le chemin du ciel, sans souci des événements du monde !
« Hélas ! nous vivons au milieu d’innombrables païens qui n’ont d’yeux que pour voir les « vanités du siècle et qui ne pensent pas aux choses du ciel, Dieu veuille éclairer leur « intelligence et toucher leur cœur, afin qu’ils se convertissent et deviennent enfants de « l’Église catholique ! »
M. Charron écrit de Matsuyama : « La guerre nous a amené une foule de prisonniers à « Matsuyama. Parmi eux, il y a environ 200 catholiques, à peu près tous Polonais. J’ai obtenu « l’autorisation d’aller dire la messe, le dimanche, là où ils se trouvent en plus grand nombre. « Or, ces prisonniers, comme les troupes du pays au moment de la mobilisation, sont logés « dans les temples. Je vais donc, chaque dimanche, dire la messe dans une pagode. D’ailleurs « dès l’arrivée des Russes, Bouddha et toute sa smala avaient déguerpi. Les autres temples, où « il y a des prisonniers, même orthodoxes, ont été également transformés, car les orthodoxes y « font leurs prières et leurs cérémonies avec beaucoup de piété.
« Des temples païens transformés en églises chrétiennes, voilà un résultat inattendu de la « guerre. J’ajoute qu’il est très consolant. Fasse le ciel que ce ne soit là qu’un prélude, et que « Notre-Seigneur, ayant pris ainsi possession de ces édifices consacrés à l’idolâtrie, y soit « honoré et adoré toujours !
« Dans un hôpital provisoire, il y a environ 400 blessés ou malades. Parmi eux, les « catholiques sont au nombre d’une trentaine seulement. Là aussi, j’ai entrée libre, et le « samedi matin je puis y célébrer la messe.
« Les prisonniers sont entourés de tous les soins désirables. Le gouvernement central et les « autorités militaires locales ont pour eux les égards que comporte leur situation. Si, au point « de vue matériel, ils ne manquent de rien, c’est aussi pour des soldats éloignés de leur patrie « une grande consolation de pouvoir remplir librement leurs devoirs religieux. Je suis « profondément touché de voir avec quel respect ils assistent au divin sacrifice. Eux-mêmes « dressent l’autel provisoire, l’ornent de fleurs, et le dimanche est vraiment pour eux un jour « de fête. Dès le principe, je les ai invités à chanter pendant la messe, mais ils n’avaient pas de « livres de plain-chant. Je leur dis alors : « Chantez en polonais. » Ils chantent en polonais, et « vraiment très bien. Cette messe « polonaise » du dimanche restera un des souvenirs les plus « consolants de ma vie de missionnaire. Daigne Notre-Seigneur accorder à ces chers « prisonniers grâces et bénédictions pendant leur séjour à Matsuyama et leur permettre de « revoir bientôt leur patrie. »
« Pendant que j’écris mon rapport, dit M. Marie, titulaire du district de Hiroshima, la « nature semble me crier la note à donner au compte rendu de l’exercice qui finit. Le vent « souffle en tempête. Il siffle dans les grands arbres et à travers les nombreuses fissures de ma « maison. Il fait, jusqu’à présent, plus de bruit que de mal. Pourtant, de-ci, de-là, tombent « quelques branches pourries que personne ne regrettera, de petits arbustes sont à moitié « déracinés ; les fleurs couchées dans la boue semblent tristes de se voir salir ; enfin la pluie « battante a ravagé les semis... Au-dessus de nos têtes passent rapides et tourbillonnants de « gros nuages noirs qui font peur ! Par intervalles, ils se déchirent et le grand bon soleil se « montre, le temps de dire : Aie confiance, je suis toujours là, et demain... Demain ce sera le « calme : les grands arbres seront encore debout, plus vigoureux que jamais ; les arbustes « reprendront racine, les fleurs se redresseront sans doute, et les semis... Eh ! bien, les semis, « on en fera de nouveaux.
« Voilà bien l’état de mon pauvre district. Et de tout cela, je suis simple spectateur, « désarmé, la guerre m’ayant pris, dès le début, mon unique catéchiste. A quoi bon assombrir « le tableau déjà si noir ? J’attends avec confiance le lendemain de la tourmente. Peut-être le « divin Soleil nous réserve-t-il de bonnes et précieuses surprises. Attendons son heure.
« D’ailleurs, le compte rendu, je ne dis pas de tout le district, mais du poste de ma « résidence serait plutôt un rapport de caserne. Les soldats passent, passent toujours ; caserne, « ma maison ; caserne, ma salle de conférences, caserne, tout ce qui peut fournir un abri aux « soldats.
« Une soixantaine de militaires catholiques, venus d’un peu partout, ont passé ici avec les « autres. Tous ont tenu à se confesser et, autant que possible, à faire la sainte communion « avant le départ. J’ai vu là des âmes vraiment saintes, des chrétiens virils. Il n’est pas jusqu’à « deux ou trois « durs-à-cuire » qui ne m’aient profondément édifié par la spontanéité et la « sincérité de leur retour... avant de partir. »
« Les chrétiens de Kochi, dit M. Trintignac, sont très fervents. Je citerai pour exemple « cette institutrice qui habite à 6 lieues d’ici, depuis deux ans, et qui n’a pas manqué une seule « fois d’assister à la messe le dimanche. Que le temps soit beau ou mauvais, elle fait 12 lieues « à pied, aller et retour, pour assister au saint sacrifice.
« Je citerai aussi à l’ordre du jour ce vieux chrétien de soixante-cinq ans, professeur « d’escrime dans un lycée à 30 lieues de Kochi, qui, venu exprès pour se confesser, « m’exprimait son regret de ne pouvoir attendre jusqu’au lendemain pour faire la sainte « communion. Il ajoutait dans son style de samurai : « Tout à l’heure, à la chapelle, j’ai « expliqué mes raisons au bon Dieu, et Lui ai présenté mes excuses ; j’ai cru bon aussi « d’avertir le Père. » Bon vieillard, ta foi te sauvera !
« Comme je le disais dans mon rapport de 1902, le catéchiste schismatique qui avait cessé « ses fonctions, n’est pas encore remplacé ; néanmoins, le pope du département voisin « continue de visiter une fois par an les quatre ou cinq fidèles qui lui restent à Kochi. Au mois « de mai dernier, une de ses prosélytes qui, presque chaque dimanche, vient entendre la messe « à l’église catholique, me dit un jour que le pope ayant fait sa visite la semaine précédente, « elle s’était confessée à lui et qu’elle venait de communier le matin même avant d’assister à « la messe. « Mais, lui répondis je, le pope est ici et tu assistes à la messe chez nous ? » Alors « elle s’explique : « Le pope est reparti depuis six jours. A son départ il m’avait promis de « m’envoyer la sainte eucharistie ; elle est arrivée, hier soir, par colis postal, et je me suis « communiée ce matin. » Je ne pouvais en croire mes oreilles. Je demandai donc à la bonne « femme si ce n’était pas du pain bénit qu’elle avait reçu par la poste. Elle m’assura que « c’était bien le Saint-Sacrement. « J’ai demandé le Saint-Sacrement, dit-elle ; le pope avait « promis de me l’envoyer, et le pain que j’ai reçu hier était de même forme que les espèces « consacrées, qui sont distribuées aux fidèles dans l’église orthodoxe de Tokio. »
« Grâce à Dieu, écrit M. Cettour, les chrétiens de Yamaguchi, à part une ou deux « exceptions, ne sont pas restés stationnaires. Afin de former en eux l’esprit de Jésus-Christ, « de rendre sa vie plus intense et plus féconde, je continue, comme par le passé, mes « catéchismes de persévérance du jeudi soir. J’ai la joie de vous dire que, cette année, les « réunions du jeudi ont été mieux suivies ; on y a apporté plus d’attention, d’intérêt et de « bonne volonté. Aussi l’esprit de plusieurs s’est-il déjà sensiblement amélioré ; le zèle, la « piété, les vertus vraiment chrétiennes sont en progrès réel. On s’approche plus souvent des « sacrements ; on comprend mieux tout le prix de ces sources de grâces et on en retire des « fruits plus abondants. La foi s’affirme davantage, on est moins craintif, on reste moins « renfermé dans les limites de son individualité, on éprouve le besoin d’agir et de faire « quelque chose pour la gloire du bon Dieu. Voilà certes un progrès, mais il ne se traduit pas « par des chiffres. Toutefois, un jour viendra où des chiffres sortiront de ce progrès moral.
« Pourquoi faut-il que je ne puisse pas dire de mes chrétiens des postes secondaires ce que « je viens de dire de mes paroissiens de Yamaguchi ? Ceux-là se trouvent aujourd’hui dans « des conditions telles qu’il leur est moralement impossible de ne pas déchoir. Ils sont « absolument seuls, n’ayant pas même un lieu de réunion. Jusqu’à l’année dernière, j’ai pu « louer à Kofu une maison où les néophytes se réunissaient pour réciter les prières du « dimanche, même en l’absence du missionnaire. Cette année, il m’a été impossible de « continuer. Ce dernier lien qui les unissait ayant été brisé, l’esprit chrétien diminue et l’esprit « païen reprend le dessus ; on s’attache au présent et on n’a que peu de souci de l’éternité. « Cependant, sur le nombre, il en est qui ont conscience de leur triste situation : ils voudraient « revenir à Dieu, et dans ce but, ils réclament à cor et à cri un missionnaire.
« A Ogori, où j’avais l’espoir d’établir un poste, les choses ne marchent pas non plus. « Grâce à M. Yasui, chef de gare, j’avais là une quinzaine de jeunes gens convaincus qui se « réunissaient chez lui deux fois le mois. La guerre russo-japonaise a dispersé le petit « troupeau. Le chef de gare a été appelé à Ujina, poste de confiance et d’honneur ; le sous-« chef a été envoyé en Corée pour la construction de la ligne de Fusan-Séoul, et les autres sont « dispersés aux quatre vents du ciel. »
M. Cettour remercie ensuite Mgr Chatron d’avoir bien voulu, honorer de sa visite les chrétiens de Yamaguchi. « Notre joie, dit-il, a été d’autant plus vive que votre absence avait « été plus longue et que vous aviez travaillé d’une façon toute spéciale pour nous. Bien que « Votre Grandeur n’ait rien dit de ce qu’Elle avait fait pour Yamaguchi, aucun de nous ne « l’avait oublié. Vos paroles si paternelles, le récit de votre voyage à Rome, de l’audience que « vous accorda notre Saint-Père le Pape, ses paroles que vous nous avez rapportées, tout, cela « est allé au cœur des chrétiens. L’impression de cette pieuse fête de famille ne s’effacera pas « de sitôt. En mon nom et au nom de tous les chrétiens, je tiens à vous redire ici notre « reconnaissance.
« Un autre fait important de l’année, c’est l’acquisition d’un cimetière catholique à « Yamaguchi. Il serait trop long de raconter toutes les démarches qu’il m’a fallu faire, pendant « cinq ans, pour obtenir gain de cause. Je me contente de mentionner le fait, en remerciant le « sacré Cœur de Jésus par les saintes âmes du purgatoire, auxquelles je dois d’avoir réussi.
« Voici maintenant un fait comico-tragique qui mérite d’être raconté. C’était peu de temps « avant l’ouverture des hostilités : les esprits étaient déjà montés. Un bonze parcourait le pays « pour faire des conférences. Arrivé ici, les journaux l’annoncent ; la fanfare-réclame est « embrigadée ; elle fait le tour de la ville, publiant que le soir un grand orateur de Tokio va « donner une conférence au théâtre du Nord et qu’il se propose de terrasser l’hydre du « christianisme. « C’en est fait du christianisme, crient les badauds. ─ Yaso taiji. » « (Pulvérisation du christianisme.) ─ Voilà ce qu’on pouvait lire sur les banderoles de la « fanfare-réclame, et sur les murs du théâtre. Un grand orateur de Tokio ! comme qui dirait, « en France : un illustre orateur parisien !... ça vous donne déjà froid dans le dos. Mes « catéchistes, qui avaient entendu et vu ces annonces foudroyantes, viennent tout ébouriffés « me prévenir de l’événement et me demander s’ils peuvent assister à la conférence. Je le leur « permets avec plaisir, en les rassurant sur l’avenir du christianisme, qui en a bien vu d’autres « et ne s’en porte pas plus mal.
« J’avais moi-même une envie bleue d’entendre cette conférence, qui devait donner le « coup de grâce au catholicisme, mais une chose me retenait à la maison : j’avais un hôte, M. « Marie de Hiroshima, qui venait d’arriver. Planter là ce cher confrère, qui avait fait 60 lieues « pour venir me voir, n’était pas poli ; l’inviter à venir avec moi, n’était guère raisonnable ; je « n’avais donc qu’à renoncer à entendre le célèbre orateur. M. Marie qui avait compris mon « embarras, s’offrit lui-même à m’accompagner. Il faut vous dire que notre confrère est un « vieil habitué des grandes joutes oratoires. Nous partons. Arrivés au théâtre, nous nous « apercevons tout de suite qu’il y aura plus de vent que de tempête. Le nombre des auditeurs « ne répond pas au bruit de la réclame : 200, environ, sont là, écoutant le bonze qui parle déjà. « Nous traversons tout le théâtre et allons prendre place au côté droit de la scène, aussi près « que possible de l’illustre conférencier. Quand l’orateur voit arriver ces deux auditeurs à « longue barbe, il perd la tête, bredouille, patauge et bientôt ne sait plus où il en est ; mais peu « à peu, il ressaisit le fil de son discours, se remet de son émotion et continue à débiter ses « sottises. Cependant, au grand désappointement de l’auditoire, il ne se montre pas si terrible « qu’on l’avait dit, pour le christianisme.
« Il compare les trois grandes religions qui, d’après lui, se partagent le monde, le « bouddhisme, le confucianisme et le christianisme. Il les étudie au double point de vue de la « vérité et de l’avenir social du Japon. Naturellement, la balance l’emporte en faveur du « bouddhisme ; mais, chose digne de remarque, le christianisme vient en second lieu, grâce à « son enseignement dont la sphère s’étend par delà les limites de cette vie, tandis que le « confucianisme se borne à la vie présente. Malgré cela, néanmoins, le christianisme ne peut « être accepté comme religion du Japon. Et pourquoi ? C’est bien simple : parce que le « christianisme est une religion antipatriotique, antijaponaise. Figurez-vous qu’il prêche « l’amour de ses ennemis. Il enseigne que, quand quelqu’un vous frappe sur une joue, vous « devez présenter l’autre ; et que quand on prend votre habit, vous devez donner encore votre « manteau ! Si telle est sa doctrine à l’égard des ennemis, vous devinez ce qu’elle doit être à « l’égard des frères en Jésus-Christ.
« Or, la grande ennemie du Japon, la Russie, est chrétienne ; par conséquent, si jamais le « Japon vient à admettre le christianisme, il lui sera impossible de tourner ses armes contre la « Russie. C’en sera fait de notre pays, de notre sainte doctrine !
« Là-dessus, pendant que l’orateur s’humecte les lèvres, je me lève et demande la parole. « Le bonze déclare qu’il me permettra de parler dès qu’il aura fini. C’est bien ; je m’assieds et « attends. Interloqué par mon interruption soudaine, il se trouble de nouveau et arrive bien « vite à la fin de son discours. Alors, fort de la permission accordée, je gagne la scène, et « commence à réfuter mon antagoniste. Il m’arrête et, sous prétexte qu’il a à me parler, il « m’appelle derrière les coulisses. De tous les points de l’auditoire partent les mêmes cris. « Sur la scène ! sur la scène ! » ─ Vous entendez, dis-je à mon adversaire : c’est sur la scène « qu’on m’appelle ; dès que j’aurai fini mon discours, je viendrai vous écouter. ─ Ne craignez « point, me dit-il, je n’ai ni pistolet, ni sabre : venez donc ici, j’ai à vous causer. ─ Merci ; « comme vous le voyez, je ne suis pas si timide que vous le supposez, et vous seriez armé de « pied en cap que je n’aurais pas peur de vous. Seulement je me dois aux auditeurs qui me « réclament sur la scène ; j’y vais. » Il me suit, et dès que je commence à parler, il se précipite « vers moi pour m’insulter. L’auditoire a déjà jugé l’homme. De son côté, le chef du théâtre, « qui redoute une bagarre, appelle le bonze, discute un instant avec lui et tous deux viennent « me faire des excuses. Ils ajoutent : « C’est très regrettable, mais nous ne pouvons vous « accorder la parole. » Là-dessus, je salue les auditeurs et me retire. Ce fut alors un cri « d’indignation ! Les assistants étaient hors d’eux-mêmes. « C’est une honte ! c’est une « lâcheté », criaient-ils. Au milieu de ce vacarme, nous quittons le théâtre, M. Marie et moi, et « nous rentrons chez nous. Mes catéchistes et quelques chrétiens restèrent au théâtre pour voir « comment les choses tourneraient ; le fiasco fut complet. Dès que l’orateur à tête pelée « reparut sur la scène pour développer sa seconde thèse, tout l’auditoire se leva comme un « seul homme, et partit, laissant l’orateur seul sur la scène. En voilà un, du moins, qui ne « reviendra pas de sitôt attaquer le christianisme à Yamaguchi ! »
Le Saint-Siège a séparé de la mission d’Osaka l’île de Shikoku par décret en date du 27 janvier 1904 pour la confier aux PP. Dominicains de la province de Manille.
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