| Année: |
1904 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Evrard |
CHAPITRE PREMIER
____
GROUPE DES MISSIONS DU JAPON
~~~~~~
I. ─ Tokio
Population catholique 9.178
Baptêmes d’adultes 678
Conversions d’hérétiques 8
Baptêmes d’enfants de païens 349
___
Mgr l’archevêque de Tokio se plaît à constater que la guerre russo-japonaise n’a pas causé à la capitale, sous le rapport religieux, le trouble que l’on pouvait redouter tout d’abord. Les missionnaires, sauf quelques rares exceptions, n’ont pas été gênés plus que d’habitude dans l’exercice de leur ministère. Certains confrères de l’intérieur ont été moins heureux et se sont vus obligés de suspendre, pour un temps, les conférences sur la religion. Il y en a même eu qui ont été traités d’espions russes.
Mgr Osouf donne ensuite d’intéressants détails sur l’administration des districts.
Tokio. ─ « Je n’ai point de faits particuliers à signaler, écrit M. Evrard ; les œuvres « établies se soutiennent. Les conférences religieuses ont été continuées, quoique les « auditoires fussent parfois fort restreints.
« Parmi les incidents que je relève dans mes notes, je prends la liberté de citer celui-ci : Le « 8 février, jour de la déclaration de guerre, vers 9 heures du soir, un individu se présente à « moi et se dit réserviste ; de fait, il est porteur d’une feuille de mobilisation. Sa femme « l’accompagne. Pendant toute la journée, ils ont parcouru la capitale à la recherche du « missionnaire, anciennement chargé du district de Mito, qu’ils connaissent. Ne l’ayant pas « trouvé, ils sont venus à la cathédrale. Ils demandent le baptême à titre de catéchumènes. « Voyant mon hésitation à dire oui tout de suite, la femme déclare qu’elle est disposée « personnellement à compléter son instruction religieuse, mais elle insiste pour que son mari « soit baptisé sans retard, car le temps presse. « Demain, dit-elle, il doit être rendu à la caserne « avant 10 heures. » Je fais passer un examen sommaire au réserviste : il sait l’essentiel. Je « renvoie donc les deux époux en leur donnant rendez-vous pour le lendemain de bon matin. « Après une courte exhortation, je baptise le catéchumène, qui entend la messe, quitte l’église, « prend congé de sa femme et se rend à la caserne, à l’autre extrémité de la ville. La femme, « de son côté, se dispose à regagner son village. Elle est tout heureuse. « Désormais, dit-elle, « mon mari vaudra deux hommes. Je l’ai accompagné uniquement pour lui assurer la grâce du « baptême. Maintenant je m’en retourne le cœur à l’aise, et je vais de mon côté me préparer à « recevoir le baptême. » Elle a été baptisée à Pâques. »
« Sur la paroisse d’Asakusa, voici les détails donnés par M. Brotelande : « Je terminais le « compte rendu de l’an dernier en manifestant des espérances qui ne se sont qu’à moitié « réalisées. Les conférences publiques attiraient bon nombre d’auditeurs et, à la fête de Noël, « nous avions le bonheur d’administrer 32 baptêmes. Après une suspension nécessitée par les « occupations de fin d’année et les fêtes du nouvel an, nous avions repris avec confiance ces « conférences, quand la déclaration de guerre vint jeter le désarroi parmi les chrétiens et les « païens. Ces derniers surtout, surexcités au plus haut point, n’avaient guère l’esprit porté vers « les choses religieuses. Nous fûmes donc forcés d’attendre des temps plus heureux pour « travailler sur l’élément païen. Quant aux chrétiens, l’état de guerre ne les a pas détournés le « moins du monde de leurs pratiques religieuses.
« Cette année, j’ai encore profité de l’époque des vacances pour faire un catéchisme de « persévérance et préparer les enfants à la première communion et à la confirmation. Le « résultat surpasse encore celui des deux années précédentes. En dehors des élèves de notre « école, il y a un certain nombre d’enfants chrétiens qui, à cause de la distance ou pour « d’autres raisons, fréquentent les écoles publiques. Tous ces enfants se trouvent pour ainsi « dire en vacances pendant les deux mois de juillet et d’août. De plus, à cette époque de « grandes chaleurs, le travail et le commerce sont plus ou moins ralentis, et bon nombre de « patrons ou de marchands chrétiens consentent volontiers à envoyer au catéchisme leurs « apprentis et domestiques. J’ai eu ainsi le plaisir de voir, trois ou quatre fois la semaine, de « 50 à 60 enfants au-dessus de onze ans assister au catéchisme et se préparer aux sacrements « qu’ils ont reçus à la fin des vacances.
« Notre école catholique continue à vivre malgré la sévérité des règlements sur la neutralité « religieuse, sévérité qu’augmente encore parfois l’esprit étroit et tracassier de certains « inspecteurs. Avant et après les heures de classe régulières, et dans un autre local que l’école « elle-même, nous avons les enfants à notre disposition et leur faisons le catéchisme trois fois « par semaine. Le cher M. Lissarrague fait un cours et moi l’autre. Cette année, deux enfants « païens, qui depuis longtemps venaient à notre école, ont pu amener au baptême toute leur « famille composée de neuf personnes. »
« M. Steichen ne dit qu’un mot de sa chrétienté d’Azabu. Depuis le commencement de la « guerre, écrit-il, nos chrétiens ont redoublé de ferveur ; ils ne cessent de conjurer Dieu « d’avoir pitié de leur pays. Ensuite, comme s’ils voulaient, en quelque sorte, faire violence au « ciel, ces pauvres gens, qui vivent pour la plupart au jour le jour, ont offert 103 piastres à leur « église. Ce détail peut paraître insignifiant ; il montre néanmoins de quels sacrifices est « capable le peuple japonais. »
Postes de l’intérieur. ─ « M. Balet administre les deux districts de Yokosuka et d’Odawara. Je cite son compte rendu : « Le chiffre des conversions obtenues dans mes deux « districts, dit-il, n’augmentera guère celui de la population catholique de la mission. Je suis « heureux toutefois de signaler le caractère touchant qu’offre la conversion d’un officier de « marine qui, depuis plus de deux ans, prenait chez moi des leçons de français. Tout d’abord, « je me servais pour l’instruire de la Bible et des livres profanes indifféremment ; mais « bientôt, il me pria de laisser les auteurs profanes de côté pour ne le faire étudier le français « que dans l’Évangile et le catéchisme. Possédant déjà une certaine connaissance de notre « langue, il arrivait sans peine à comprendre le sens littéral de ces deux livres. De mon mieux, « je lui expliquai le sens profond, religieux et divinement beau, caché sous l’écorce de la « lettre. Il en fut très frappé, et, la grâce aidant, un changement s’opéra dans son âme. Il « goûtait particulièrement la prière de Jésus, le Pater. A plusieurs reprises, il me demanda le « baptême ; mais je ne voulais rien précipiter afin d’éprouver la sincérité de ses dispositions. « Pendant deux ans, il ne s’est pas départi de sa résolution, et chaque fois qu’il était libre le « dimanche, il venait assister à la messe et faire ses prières avec les chrétiens, dont la plupart « sont des gens de basse condition. La guerre à peine déclarée, mon élève se vit appelé pour « servir son pays. Avant de partir, il me supplia de lui administrer le baptême. Je le baptisai la « veille de son départ et lui donnai le nom de Victor. Il est difficile de dire lequel de nous « deux était le plus heureux. »
« M. Cadilhac est toujours chargé du district d’Utsunomiya : La guerre est venue ajouter « un nouvel obstacle à la propagation de la foi, dit-il. J’ai eu le désagrément de me voir « traiter d’espion russe dans les journaux de la localité. Cette sotte accusation a été prise au « sérieux par les païens qui ont essayé de faire aspostasier deux familles. Je suis heureux de « pouvoir dire qu’ils n’ont pas réussi, et de noter ici la réponse d’une bonne vieille de soixante « ans à ceux qui l’exhortaient à l’apostasie. Une dizaine de païens se rendent chez elle, lui « disent que le missionnaire d’Utsunomiya et son catéchiste ont été saisis comme espions et « envoyés dans le Hokkaido, qu’on a mis les scellés sur l’église d’Utsunomiya, qu’il ne lui « reste plus qu’à abandonner le Yaso et à revenir à la religion des ancêtres. La vieille, sans se « troubler aucunement, leur répond : « C’est en Dieu que je crois, et non au Père (au « missionnaire). Si donc vous pouvez mettre le bon Dieu en prison et l’y tenir ; de plus, si « vous pouvez poser les scellés sur la porte du paradis, alors, oui, je serai des vôtres. En « attendant, je reste chrétienne, et vous, retournez chez vous. » L’affaire en est restée là.
« Je ne dis rien à Votre Grandeur de la province d’Utsunomiya. Vous avez pu constater de « visu le bon esprit des chrétiens : nous nous aimons beaucoup les uns les autres. »
─ « En effet, ajoute Mgr Osouf, dans une visite que je fis il y a quelque temps à Utsunomiya pour confirmer une trentaine de chrétiens, je fus ravi, ainsi que le missionnaire qui m’accompagnait, de l’esprit de famille qui règne entre M. Cadilhac et ses chrétiens. On dirait un bon père au milieu de ses chers enfants.
« De Hachioji, M. Mayrand m’écrit ce qui suit : « J’ai déjà ressenti les tristes conséquences « de la guerre. La mobilisation m’a enlevé l’un de mes catéchistes ; Dieu veuille nous le « ramener sain et sauf ! Plus de soixante de mes chrétiens, poussés par la misère, sont allés « chercher fortune ailleurs. La plupart de ceux qui sont partis appartenaient aux deux « chrétientés de Hachioji et d’Ichibugata. Dans ce dernier poste, on se préoccupe beaucoup « trop des événements et on serait assez tenté de reléguer les devoirs religieux au dernier plan.
« Partout ailleurs, les chrétiens remplissent leurs devoirs avec une grande fidélité. A « Hachioji, trois familles se préparent à recevoir le baptême. Dieu veuille leur accorder la « grâce de persévérer ! »
M. Drouart de Lezey déplore l’épreuve que vient de subir la chrétienté de Yamashiro. « Au « commencement de juillet, dit-il, peu de temps après le repiquage du riz, un torrent brisant « ses digues a inondé le village et les rizières de Yamashiro. Plusieurs maisons de chrétiens « pauvres ont été renversées et la récolte de cette année est à peu près perdue.
« La misère est toujours mauvaise conseillère ; au Japon peut-être plus qu’ailleurs, car le « peuple est excessivement impressionnable. Déjà je remarque un certain relâchement chez « mes chrétiens. Dieu daigne dans sa bonté préserver de la tiédeur les brebis de mon petit « troupeau !
« Aucun changement à signaler dans le district de Shizuoka, écrit M. Rey. Le départ du P. « Honjo (appelé comme infirmier dans un hôpital militaire) a laissé un grand vide à « Hamamatsu, où le Père avait su se faire apprécier, surtout pour son zèle à s’occuper des « enfants chrétiens, très nombreux dans cette paroisse. Espérons que la fin de la guerre « ramènera le bon Père au milieu de ses fidèles qui attendent son retour avec impatience.
« L’école des Dames du Saint-Enfant-Jésus à Shizuoka est en progrès. Elle a su s’acquérir « les sympathies de la population, et tout fait espérer que nos dévouées religieuses verront « bientôt leur zèle dignement récompensé. »
Œuvre des Étudiants japonais. ─ « En l’absence de M. Ferrand, qui nous a quittés le 21 « mars dernier pour aller quêter en Amérique, écrit M. Roussel, je me bornerai simplement à « communiquer à Votre Grandeur quelques chiffres relatifs à la maison de famille établie à « Myogodani (Tokio) pour les étudiants japonais ; 31 jeunes gens ont séjourné dans cette « maison ; sur les 25 qui étaient présents avant les vacances, on comptait 7 païens, dont 3 « catéchumènes qui seront sans doute baptisés avant la fin de l’année.
« L’événement principal de l’année a été la bénédiction de la petite chapelle de « l’établissement, le 8 novembre. Mgr le coadjuteur, qui voulut bien prendre la parole, et sept « prêtres y assistaient. Depuis lors, c’est dans cette chapelle, sous les yeux de Notre-Seigneur, « que, matin et soir, nos enfants, même les païens, récitent leurs prières ; et j’ajouterai qu’ils « le font d’une manière très édifiante. Leur formation chrétienne étant le but même de « l’œuvre, nous visons à faire marcher de pair la piété avec une instruction religieuse solide.
« Sous le rapport de la piété, la tâche est assez aisée ; tous sont animés du meilleur esprit, « et les chrétiens s’approchent des sacrements au moins une fois chaque mois. L’instruction « religieuse présente plus de difficultés, car il ne suffit pas à nos enfants de savoir à fond leur « catéchisme. Dans les écoles, et dans le milieu qu’ils fréquentent, ils sont obligés de répondre « à une foule d’objections que des gens beaucoup plus savants qu’eux auraient parfois de la « peine à résoudre sur-le-champ. Aussi n’est-ce qu’avec le temps que l’on peut espérer faire « de ces jeunes gens des chrétiens à toute épreuve.
« Il est d’ailleurs consolant de remarquer que nos élèves païens, ceux qui ne semblent pas « encore songer à se convertir, finissent cependant par acquérir des notions suffisamment « claires sur la doctrine catholique pour en avoir une idée assez juste et l’estimer.
« L’Œuvre des étudiants a fait, au commencement de cette année, un nouveau pas en « avant. Il s’agit d’un cercle de jeunes gens. L’essai est timide encore, puisqu’il se borne « présentement à une réunion générale par mois ; mais il est destiné à se développer de « manière à mettre en relation avec nous le plus grand nombre possible d’étudiants. »
« Sur la maison de Kanazawa, M. Kapfer, qui la dirige, donne les renseignements suivants : « Actuellement, on sait par la ville que nous existons, que nous avons place au « soleil ; et alors que naguère les élèves des deux lycées et du lycée supérieur de la ville, « passant devant la maison, ne nous faisaient que l’aumône dédaigneuse d’un sourire de pitié, « réservant toute leur considération pour messieurs les protestants, ils nous voient maintenant « d’un autre œil, et bien des préjugés sont déjà tombés.
« Les 15 jeunes gens (dont 14 du lycée supérieur) qui ont passé l’année dans la maison, ne « sont pas étrangers à ce revirement de l’opinion. Leur bon esprit, leur union intime, la vie de « famille que nous avons menée ensemble, cette année, m’ont grandement consolé des petits « déboires du commencement. »
Orphelinat des garçons. ─ Il a compté, cette année, 97 enfants, auxquels, dans son rapport, M. Beuve rend bon témoignage :
« Deux de mes enfants, dit-il, sont partis avec joie pour l’armée, réconfortés par la « confession et la sainte communion. Six autres, sortis précédemment de l’orphelinat, ont pris « part à une bataille, où ils ont été victorieux. »
« Mais une vieille habituée de la maison, qui n’en sort pas, qui même s’y attache de plus en plus, c’est « dame Pauvreté ». Elle réclame toujours des secours, et il est difficile de répondre à ses exigences, même dans une mesure raisonnable.
Collèges des Marianites à Tokio et à Yokohama. ─ « Tout ce qui a été dit dans les comptes rendus des années précédentes sur le mérite de ces établissements et le dévouement des dignes maîtres qui les dirigent, est encore l’expression exacte de la vérité. Aussi la confiance qu’ils inspirent ne fait-elle que croître de jour en jour, comme l’indique clairement l’augmentation du nombre des élèves. A Tokio, où l’on ne reçoit que des élèves japonais, on en comptait 276 l’année dernière, et, cette année, ils ont atteint le chiffre de 362, sans compter 90 étudiants qui ont suivi le cours du soir.
« Le collège de Yokohama n’admettant que des élèves européons ou américains et des métis, n’est pas susceptible d’un pareil accroissement, la population étrangère étant assez peu nombreuse. Mais il conserve ses cent et quelques élèves, chiffre qu’il n’est guère possible de dépasser.
Dames de Saint-Maur et Sœurs de Saint-Paul de Chartres. ─ « Tout le monde sait aujourd’hui que, sous la juridiction japonaise, même les étrangers peuvent tenir des écoles, sans distinction de personnes.
« Les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus (Dames de Saint-Maur) dirigent, tant à Tokio qu’à Yokohama, deux écoles ou institutions différentes : une école primaire et une école secondaire de filles, avec enseignement du français et de l’anglais.
« Depuis qu’elle se trouve sous le régime japonais, l’école primaire, dans les deux établissements, a subi une véritable transformation. Elle suit les programmes du gouvernement ; elle est soumise à l’inspection comme les autres écoles, et le niveau des classes y est pour le moins aussi élevé que dans la plupart des écoles de la ville.
« Depuis plusieurs années, un certain nombre d’élèves, après avoir terminé leur cours primaire, désirent continuer leurs études et prendre un diplôme. Dans les écoles supérieures où elles se sont présentées, toutes, jusqu’à présent, ont été reçues. Celles qui professent déjà dans les classes, soit à Tokio, soit à Yokohama, commencent à attirer l’attention, moins encore par leur nombre que par la confiance dont elles jouissent.
« A l’école secondaire, mêmes résultats. Les élèves qui ont achevé leurs études et qui se sont présentées aux examens publics ou autres, ont toutes obtenu des places avantageuses.
« A Yokohama, où l’école secondaire à été ouverte plus récemment, le nombre des élèves externes et pensionnaires augmente chaque année, et leur esprit est excellent. En dehors des classes, on y fait un cours de catéchisme pour les pensionnaires qui le désirent, et bon nombre y assistent avec plaisir. Le pensionnat pour les Européennes et les Eurasiennes continue d’être prospère, malgré les écoles similaires fondées par les protestants.
« Outre ces écoles primaires et secondaires, les Dames de Saint-Maur ont, à Tokio, depuis plusieurs années déjà, un cours de langues étrangères et arts d’agrément, qui dépasse de beaucoup les premières espérances de ces Dames, soit pour le nombre (plus de 80), soit surtout pour la qualité des personnes qui le fréquentent.
« A elles, en effet, il ne s’agit point de donner une éducation quelconque (celle qu’elles ont reçue dans leurs familles est un idéal), mais seulement d’y ajouter le complément européen, nécessaire aujourd’hui. Quant à la distinction, l’aisance, la délicatesse, la docilité, les égards pour les maîtresses, il est difficile d’imaginer mieux.
« Étant donné l’esprit qui les anime, les élèves du cours sont vraiment disposées à recevoir tout le bien que les maîtresses seront capables de leur faire ; c’est un puissant encouragement.
« Une des premières élèves qui sont sorties du cours, a reçu le baptême cette année. Elle fut orientée vers la religion par la directrice japonaise de l’école des filles nobles. En classe, cette dame disait un jour à ses disciples : « Moi, je n’ai pas de religion, mais vous, vous ferez « bien d’en avoir une ; pour une femme, c’est d’un grand secours. » Sur cette parole d’une telle maîtresse, la noble demoiselle dont nous parlons se mit à chercher une religion ; elle rencontra le catholicisme chez les Dames de Saint-Maur ; elle l’étudia et le pratiqua avec ferveur pendant quatre ans. Mariée au commencement de cette année, elle a obtenu de son mari l’autorisation d’être baptisée. Le mari a assisté au baptême avec son frère ; elle est maintenant au comble de ses vœux .
« Le petit hôpital que les Dames de Saint-Maur ont ouvert à Tokio continue d’y rendre de précieux services ; et c’est le cas de rapporter le touchant exemple de charité qu’y a donné, pendant plus de deux ans, la demoiselle du cours qui vient d’être baptisée. Enveloppée de la tête aux pieds dans le long pardessus des étudiantes japonaises, elle venait sans bruit, au moins une fois par semaine, voir ses pauvres malades. Elle les connaissait tous, et elle apportait à chacun ce qui lui plaisait davantage ; à l’un du tabac, à l’autre des fleurs, aux enfants des jouets et des gâteaux. Quand elle n’était pas trop pressée, elle leur faisait le catéchisme pour les préparer au baptême et à la mort. Elle eut la patience de lire à l’oreille d’une bonne vieille l’histoire des martyrs japonais (Senkitsu isho) ; et tout cela avec tant d’amitié et de modestie que ces pauvres gens, attendaient sa visite comme celle d’un ange.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont aussi à Tokio leur école primaire et leur école secondaire, qui procurent, dans un autre quartier de la ville, les mêmes avantages que celles des Dames de Saint-Maur à Tsukiji. De plus, elles ont une école supérieure de filles, officiellement reconnue par le gouvernement, de sorte que les diplômes obtenus par les élèves de cette école les mettent sur le même pied que les élèves des autres écoles supérieures de la ville.
Œuvre de la Presse. ─ « Que de travail pendant une année, écrit M. Ligneul, pour « produire en réalité peu de chose !
« Un volume sur l’éducation de la femme contemporaine a paru, chapitre par chapitre, « dans une revue semi-aristocratique, le Miroir des femmes (les femmes, leur nature, leur « culture, leurs vertus et leurs vices, leur rôle dans la famille, dans la société).
« Une autre série d’articles a paru dans la revue de la Société de gymnastique « sur les « rapports entre l’éducation physique et l’éducation intellectuelle, la part du corps dans la vie « humaine aux différents âges ». ─ A peu près toute la morale y passe ou y passera.
« Enfin le commencement d’une exposition abrégée, raisonnée et claire de la religion « chrétienne. Trois fascicules, sur Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ et l’Église, sont déjà « publiés.
« Le P. Maeda, avec les iustructions qu’il a faites aux chrétiens depuis qu’il est prêtre et le « fruit de ses études journalières, publie, chaque mois, une revue Japonaise de cinquante « pages. Son but est d’exposer la doctrine aux fidèles, et d’intéresser le plus possible d’autres « lecteurs, par la manière chrétienne de traiter les questions du jour, excepté bien entendu la « politique. Cette revue, jointe à l’autre toujours dirigée par M. Lemoine avec le même zèle, « fait que nous en avons deux dans la Mission. Ce n’est pas trop ; à côté de celles-là, il y a « encore place pour beaucoup. Le nombre des journaux et revues édités par les protestants de « toute nuance atteindra bientôt la trentaine, s’il ne la dépasse pas déjà.
« Pour se faire une idée de la vie et du progrès intellectuel au Japon, rien n’est plus « instructif que de consulter la statistique générale annuelle de l’empire. Ainsi, en 1902, sur « les matières religieuses seulement, le chiffre des ouvrages publiés s’est élevé à 1.134. »
« En présence de cette activité prodigieuse d’esprits insatiables d’apprendre, quel regret, ─ ce n’est pas assez dire, ─ quel martyre de ne pouvoir faire davantage !...
~~~~~~~~
<< Retour page précédente
|