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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Pélu

II. — Nagasaki

Population catholique 42.055
Baptêmes d’adultes 458
Conversions d’hérétiques 1
Baptêmes d’enfants de païens 805
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Dans la mission de Nagasaki, les trois premiers mois du dernier exercice ont été consacrés au jubilé du cinquantenaire de l’Immaculée-Conception.
Les chrétiens étaient alors occupés à récolter le riz et à semer le blé ; néanmoins, presque tous se sont préparés avec ferveur à la confession et à la communion pour gagner l’Indulgence plénière, et les missionnaires ont passé les mois de septembre, d’octobre et de novembre au saint tribunal.
C’est le beau côté de la médaille ; en voici le revers.
Les chrétiens de M. Pélu ont été particulièrement éprouvés. Une cinquantaine d’entre eux ont péri dans des naufrages. Trois typhons successifs ont ravagé les îles Goto, renversant les maisons et anéantissant les récoltes.
A ces épreuves matérielles, qui n’ont affecté qu’une partie de la mission, il faut ajouter la guerre qui absorbait les hommes, l’argent, toutes les ressources de la nation. Pour rendre la victoire du Japon plus sûre et plus prompte, ne devait-on pas se défendre à l’intérieur contre les amis des Russes ? On en voyait un peu partout, et les missionnaires français étaient l’objet d’une surveillance aussi attentive que discrète. Et le vide se faisait autour d’eux. Tout païen, qui se respectait, ne pouvait entretenir aucune relation avec les prêtres français.
Le missionnaire de Kokura dit à ce sujet : « Depuis un an, pas un païen ne s’est présenté « chez moi, et pas une visite ne m’a été rendue. Ma vie s’est écoulée dans la solitude et « l’attente de jours meilleurs. »
Dans des conditions aussi défavorables, l’œuvre des baptêmes d’adultes ne pouvait donner les résultats accoutumés, et nos confrères de Nagasaki ont été très heureux d’enregistrer 458 de ces baptêmes.
Les établissements de Kumamoto ont fourni à eux. seuls 199 baptêmes d’adultes, dont 175 à l’article de la mort, et 273 d’enfants de païens.
A Oshima, M. Ferrié, avec le concours de ses trois auxiliaires japonais, a régénéré 82 adultes, parmi lesquels 13 seulement à l’article de la mort. M. Sauret et ses catéchistes de Kurume ont offert à Notre-Seigneur deux magnifiques bouquets : l’un de 27 baptêmes d’adultes bien instruits ; l’autre, de 178 baptêmes d’enfants de païens moribonds.

« Parmi mes néophytes de l’année, écrit M. Joly, je dois citer d’abord un idiot. Nous avons « eu, mes chrétiens et moi, mille et mille peines à lui faire comprendre qu’il sortira un jour de « ce vilain monde, où les méchants abusent de sa simplicité ; et qu’il s’en ira tout droit en « paradis, dans un pays si beau, si beau, que plus beau ne peut être.
« A côté de ce pauvre innocent, il y a des professeurs du lycée. L’un d’eux étudiait le « protestantisme depuis quelque temps, et était sur le point de l’embrasser, quand un ami, à « qui il s’efforçait de faire partager ses idées, lui conseilla de venir me voir. Il vint, en effet, et « nous discutâmes ensemble pendant plusieurs mois. J’essayai de le prendre tantôt par la « tête, tantôt par le cœur, je lui démontrai que sa prétention d’expliquer la Bible par lui-« même n’était pas fondée ; rien n’y faisait. Non seulement il s’obstinait à se croire dans la « bonne voie, mais il voulait encore me convertir au protestantisme. Il m’avait pris en pitié, « regrettant sincèrement, disait-il, que je me fusse fourvoyé dans le catholicisme.
« Un beau jour, je ne sais par quel miracle de la grâce divine, mon homme se trouva tout « changé et me déclara qu’il était prêt à entrer dans le sein de la véritable Église. Marié et père « de deux enfants, il découvrit son dessein à sa femme et l’engagea à se faire catholique en « même temps que lui. A partir de ce moment, la vie, au foyer conjugal, devint très pénible. « La femme ne cessait de représenter à son mari qu’il avait tort d’abandonner ainsi les vieilles « divinités du pays pour adorer un Dieu étranger ; que ses ancêtres défunts et ses parents « encore vivants verraient dans sa désertion un manque de piété filiale ; qu’au lieu d’aller au « sortir du lycée tuer le temps chez le missionnaire, il ferait mieux de rentrer à la maison et de « s’occuper de ses enfants... Il y avait lieu de se demander quand cette continuelle obsession « finirait. Le bon Dieu y mit fin en appelant à Lui le plus jeune des enfants, qui, tombé « malade, fut baptisé la veille de sa mort et s’envola au ciel. Les anges comptaient un frère de « plus.
« Il est à croire que l’enfant, arrivé Là-Haut, s’occupa, sans perdre une minute, de celle qui « le pleurait ici-bas et intercéda pour elle : car elle changea immédiatement de sentiments à « l’égard du catholicisme. Elle assista de la façon la plus édifiante aux funérailles de son « enfant, dans l’église ; et, le lendemain, qui était un dimanche, elle voulut entendre la messe. « Depuis lors, elle a appris le catéchisme, et j’ai eu la joie de la baptiser le jour de Pâques, « avec son mari et l’enfant qui leur restait. »

Le district de Hirado ne compte pas moins de 5.207 fidèles qui forment 16 chrétientés. Le chef de ce beau district et ses auxiliaires ont organisé, cette année, des fêtes magnifiques dans trois stations à l’occasion de la première communion des enfants. Ils se sont astreints à faire eux-mêmes le catéchisme aux enfants, une fois par jour pendant un mois, pour les préparer à recevoir Notre-Seigneur avec toute la ferveur désirable.

M. Marmand, missionnaire de Kuroshima, fait les réflexions suivantes que nous sommes « heureux de reproduire : « Cette malheureuse guerre russo-japonaise aura du moins comme « résultat, pour tout Japonais de bonne foi, de résoudre la question de savoir si la religion « catholique est incompatible avec la fidélité à l’empereur. L’île de Kuroshima ne compte pas « tout à fait 2.000 chrétiens : or, elle a fourni 59 combattants, et personne ne conteste qu’ils « aient fait partout leur devoir. Ce n’est cependant pas en mettant de côté leurs croyances « qu’ils se sont préparés à devenir et qu’ils sont restés bons soldats.
« En effet, chacun d’eux, le jour du départ, s’est approché de la sainte Table ; et, après la « messe, à laquelle avaient assisté parents et amis, des scènes touchantes se passaient au « presbytère devant M. Breton et moi. Celui-ci nous recommandait sa femme et ses enfants; « celui-là, son père et sa mère : tous se recommandaient eux-mêmes à nos prières. Ce nous a « été une consolation, pendant toute cette année, de savoir que nos jeunes gens n’oubliaient « pas leurs pères en Jésus-Christ. Ils nous ont écrit directement plusieurs fois ; et, dans les « lettres à leur famille, il y avait toujours un mot pour nous. Leur correspondance finissait « invariablement par une demande de prières ou de messes à leur intention. Ainsi, tel « demande une messe en entrant à l’hôpital ; tel autre, avant la batailIe de Moukden, parce « qu’on lui a dit que l’affaire sera chaude. Plusieurs craignent plus la maladie que l’ennemi ; « donc, ils ont besoin de prières et de messes : toujours le même édifiant refrain. La foi de ces « soldats n’est-elle pas aussi admirable que leur vaillance ? »

« Dans le courant de l’année, écrit de son côté M. Bertrand, j’ai entendu environ 190 « confessions de soldats appelés en Mandchourie. Tous envisageaient la mort sans frayeur, « mais étaient bien décidés à ne pas reculer devant l’ennemi.
« Quelques-uns, sachant qu’ils n’auraient pas de prêtres à côté d’eux sur le champ de « bataille, eussent voulu recevoir l’extrême-onction avant de partir... J’avoue que l’air et « l’accent de conviction naïve, avec lesquels ils me faisaient cette demende, m’ont arraché des « larmes plus d’une fois. »

Les missionnaires de Kokura et Kumamoto ont été appelés à donner aux prisonniers polonais les secours de leur ministère. Ces malheureux soldats, là comme ailleurs, ont fait l’admiration de tous, à cause de la vivacité de leur foi et de leur vénération vraiment extraordinaire pour le prêtre catholique.

Les événements de France ont retardé l’accomplissement des promesses que les Frères de Marie et les Sœurs Franciscaines avaient faites à Mgr Cousin. Il est à espérer, néanmoins, qu’on verra bientôt ces excellents Religieux fonder une école à Kumamoto, et les Religieuses Franciscaines organiser leurs œuvres à Kurume et à Hitoyoshi.
Les Communautés européennes et indigènes ont secondé les missionnaires de Nagasaki avec leur dévouement habituel et ont obtenu des résultats tout aussi consolants que les années précédentes. En prenant, une à une, les œuvres nombreuses qu’elles dirigent, il serait même facile de constater un certain progrès.
A Urakami, la Providence est venue bien à propos au secours des Sœurs de Chauffailles. Depuis plusieurs années, l’autorité municipale mettait la paroisse en demeure de construire une nouvelle école de filles, l’ancienne ne se trouvant pas dans les conditions voulues. Hélas ! l’argent manquait ; et cependant il ne fallait pas abuser de la patience de l’administration. M. Fraineau recommanda à tous les intéressés, religieuses, enfants et parents, de prier chaque jour pour obtenir que la Providence arrangeât cette affaire. Un généreux don de 3.000 yens, tombé en quelque sorte du ciel, a permis de bâtir, sur le terrain des Sœurs, la nouvelle école qui a reçu, après inspection, l’estampille officielle.


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