| Année: |
1905 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Ferrand |
CHAPITRE PREMIER
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GROUPE DES MISSIONS DU JAPON
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I. — Tokio
Population catholique 9.453
Baptêmes d’adultes 590
Conversions d’hérétiques 3
Baptêmes d’enfants de païens 358
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Malgré les préoccupations qui ont agité les esprits dans la mission de Tokio comme dans tout le Japon, le nombre des baptêmes a été de 1.146 : dont, 590 d’adultes, 358 d’enfants de païens et 195 d’enfants de chrétiens ; il y a eu en outre 3 conversions de protestants. L’administration des paroisses et des districts s’est faite à peu près comme de coutume.
Tokio. — A Tsukiji, les catéchismes, les instructions et les conférences n’ont subi aucune interruption, grâce au zèle de M. Evrard.
A Asakusa, M Brotelande n’a eu qu’à se féliciter de la conduite de son troupeau dont l’esprit est excellent et la ferveur peu commune. Il a organisé une fort belle cérémonie à l’occasion de la première communion et de la confirmation des enfants. Son école mixte lui permet de faire le catéchisme d’une façon régulière aux petits garçons et aux petites filles en dehors des heures de classes ; car, au Japon comme en France, la neutralité de l’enseignement classique est de rigueur.
Les postes de Kanda et de Honjo ont suivi leur train de vie ordinaire.
Celui d’Azabu est administré, depuis la mi-mai, par M. Ligneul qui a bien voulu remplacer provisoirement M. Steichen, chargé d’une mission en Europe : « Outre le prône du « dimanche, dit M. Ligneul, les chrétiens d’Azabu ont demandé la continuation des « conférences du samedi soir, inaugurées l’hiver dernier par M. Steichen. Quelques élèves de « l’école supérieure d’agriculture, située dans le voisinage, y apportent des questions sur « l’âme de l’homme, la destinée humaine, la vie et l’âme des bêtes ; et les chrétiens, leurs « doutes personnels et les objections qu’ils ont entendues de la bouche des païens. Les « auditeurs ne sont pas très nombreux, c’est vrai ; mais, tout Japonais étant orateur, il se « charge, pourvu qu’il ait compris ce qu’on lui a dit, de le répéter et le redire à d’autres. »
M. Beuve donne les détails qui suivent sur la chrétienté de Koishikawa : « L’année a été un « peu moins fructueuse que les précédentes. Les nouveaux baptêmes ont à peine comblé les « vides causés par la mort et l’émigration, quoique l’ardeur du prosélytisme ne se soit pas le « moins du monde refroidie chez les chrétiens qui me prêtent le concours de leur zèle.
« Parmi les baptêmes que j’ai eu la joie d’administrer, je dois signaler celui d’une femme « de cent un ans, nommée Asaoka Teiko. Mariée à un noble « samuraï », vieux serviteur des « Tokugawa, elle eut de nombreux enfants. Un de ses fils, établi à Shizuoka, se convertit au « catholicisme il y a une trentaine d’années. A peine baptisé, il crut devoir faire part de son « bonheur à sa famille. Mal lui en prit, car l’orgueilleux « samuraï », fortement imbu de tous « les préjugés des anciens Japonais contre la religion chrétienne, éprouva un véritable accès « de fureur en apprenant cette nouvelle. Après avoir déversé toute sa colère sur son fils, il dit « à sa femme : « Toi, du moins, tu n’embrasseras jamais cette religion perverse. » Un peu plus « tard, il mourut subitement.
« Les enfants et les petits-enfants du défunt ne tardèrent pas à se faire catholiques, sans « rencontrer la moindre opposition de la part de la veuve du « samuraï » ; mais lorsqu’ils la « pressèrent de se convertir elle-même, elle ne voulut rien entendre. La défense que son mari « lui avait faite d’embrasser le catholicisme, était à ses yeux comme une volonté suprême « qu’elle devait respecter, sous peine de manquer de fidélité envers son conjoint.
« Les choses en étaient là, quand des circonstances imprévues la mirent en rapport avec un « excellent chrétien, Pierre Fujii. Agé de soixante-sept ans et ancien catéchiste, cet homme est « un véritable venator animarum (chasseur d’âmes). Il entreprit de convertir la vieille païenne, « qui avait déjà un pied dans la tombe. « Elle sera chrétienne », se dit-il, dès qu’il la connut. A « partir de ce moment, il se mit à l’œuvre avec l’opiniâtreté dont faisaient preuve les anciens « samuraï » pour s’emparer d’une place forte. La place qu’il assiégeait résista longtemps ; et, « si Dieu n’était venu au secours de son apôtre, il est à croire qu’el]e n’eût jamais capitulé. « Mais la grâce amollit peu à peu cette âme endurcie et lui fit comprendre que fermer les yeux « à la lumière, c’était désobéir au Maître suprême, et, sans aucun doute, à son mari, qui, au « moment de la mort, avait certainement reconnu son erreur. Elle se rendit enfin. A la fête de « Noël, elle fut régénérée dans les eaux du baptême et reçut le nom d’Elisabeth. De nombreux « chrétiens assistaient à la cérémonie pour fêter la naissance spirituelle de cette centenaire, « dont la marraine, mère d’un colonel, comptait elle-même quatre-vingt-quatre printemps. La « néophyte semblait ne plus avoir de rides, ce jour-là, tant la joie de son âme rayonnait sur son « visage épanoui. »
Postes en dehors deTokio. — A Wakabacho, paroisse japonaise de Yokohama, M. Papinot a eu la consolation de bâtir une jolie petite chapelle. La bénédiction solennelle en fut faite le 16 juillet dernier.
M. Demangelle placé récemment à la tête des districts de Yokosuka et Odawara, les a déjà parcourus en tous sens. L’accueil que le missionnaire a reçu de ses nouveaux chrétiens ne laisse rien à désirer et promet un heureux succès de son ministère au milieu d’eux.
M. Mayrand, à Hachioji, et M. Drouart de Lézey, à Kofu, appellent la paix de tous leurs vœux : car elle délivrera leurs chrétiens des préoccupations matérielles qui les obsèdent jour et nuit, au grand détriment de la piété et de l’exactitude à remplir les devoirs de la religion.
M. Cadilhac, chef du district d’Utsunomiya, a dû s’occuper des 142 catholiques polonais, prisonniers à Takasaki, ville de son ressort : « Je suis allé passer trois jours avec eux, écrit-il. « Impossible d’exprimer leur joie et celle que j’ai moi-même éprouvée en les voyant si « heureux de ma visite. Tous, sans exception, se sont confessés et ont fait la sainte « communion. Je suis rentré à Utsunomiya confus du religieux respect qu’ils m’ont témoigné. « Ne sont-ils pas allés jusqu’à baiser ma soutane avec amour ! »
L’école que les Dames de Saint-Maur ont ouverte récemment à Shizuoka, auprès de la résidence de M. Rey, est fort bien posée ; elle a l’estime et la sympathie de la haute société, et les succès qu’elle a déjà obtenus sont un gage assuré de ceux que l’avenir lui réserve.
La ville de Hammamatsu a souffert de l’absence du P. Honjo, appelé comme infirmier militaire. M. Daumer, qui a pris la place de cet excellent prêtre japonais, déplore un si fâcheux résultat, tout en s’efforçant de faire le plus de bien possible aux chrétiens de la ville et des environs.
Les 500 prisonniers polonais de Kanazawa ont rempli leurs devoirs de chrétiens comme les 142 de Takasaki, et M. Harnois n’a rien épargné pour les consoler de leur long exil. Ils ont eu la messe le dimanche et le jeudi, dans les deux chapelles improvisées par eux avec beaucoup de goût. L’honneur de servir la messe était réservé aux sergents, qui s’acquittaient de leur office comme pourrait le faire un acolyte.
M. Tulpin demande qu’on veuille bien s’abstenir de compter ses chrétiens de Toyama, qui sont encore très peu nombreux, pour ne considérer que leur piété et leur dévouement : Non numerantur, sed ponderantur.
Œuvre des étudiants japonais. — « A Tokio, la « Maison de famille de Nazareth », « établie à Myogadani, a hébergé cette année 34 jeunes gens, dont 12 païens, écrit M. Ferrand. « Parmi ces païens, 4 se sont convertis et ont reçu le baptême, après une sérieuse préparation. « Cinq autres se disposent à recevoir le même sacrement. Je dois citer la conversion d’un « jeune homme né au sein d’une famille protestante, de la secte des « congrégationalistes »; « ayant de plus un frère et un beau-frère ministres de la religion réformée. Entré protestant « chez nous, il ne tarda pas à éprouver des doutes sur sa religion. Après avoir lutté longtemps « contre lui-même, il se décida à m’ouvrir son cœur. Je pus, dès lors, assister à la conversion « progressive de cette âme simple et loyale. Les doutes disparaissaient puis revenaient pour « disparaître encore. Un jour, je lui conseillai de réciter un « Souvenez-vous » devant la statue « de la sainte Vierge, et de jeter aussi un regard, avec un soupir, vers le Tabernacle. Il se « rendit à la chapelle et fit exactement ce que je lui avais recommandé. Le soir, il vint me « dire : « Père, c’est fini : je crois, je n’ai plus de doutes. Oh ! que je puis heureux ! » Son « abjuration eut lieu le 1er juin.
« La communion mensuelle est en honneur à Nazareth ; l’esprit de foi et de discipline y est « excellent. Nous venons d’admettre six nouveaux païens. »
A Kanazawa, la Maison d’Étudiants que dirige M. Kapfer a donné déjà des consolations, et elle promet beaucoup pour l’avenir. « Un de nos jeunes gens, dit M. Kapfer, a reçu le « baptême à Pâques ; trois autres semblent vouloir imiter son exemple. L’étudiant japonais « s’intéresse à la question religieuse ; il aime à en entendre parler ; il discute volontiers, mais « toujours avec un désir sincère de s’éclairer. »
Orphelinat des garçons. — Le nombre des enfants entretenus dans l’établissement est de 89. M. Beuve rapporte quelques traits de leur charmante naïveté, entre autres celui-ci : « Pendant que les plus jeunes se livrent avec une ardeur sans pareille à des jeux guerriers, les « aînés, plus sérieux, suivent, avec un légitime orgueil la marche triomphante de leurs anciens « camarades qui se battent en Mandchourie. Un jour, un bambin de treize ans s’approche de « moi, après le catéchisme, et me dit : « Père, les soldats devraient rentrer au Japon pour « travailler au développement du pays ; et on devrait nous envoyer, nous, là-bas, batailler avec « les « petits » Russes. Nous serions vainqueurs, allez ! » « — Parmi nos enfants qui sont « allés en Mandchourie, celui qui nous avait laissé le meilleur souvenir tombait frappé d’une « balle le 3 mars, à la bataille de Moukden : deux étaient déjà glorieusement tombés à Port-« Arthur, et deux autres, épargnés par la mort, sont revenus blessés au Japon. »
Collèges des Marianites à Tokio et à Yokohama. — Les établissements de ces savants et dévoués religieux continuent de prospérer. Voici des chiffres qui le prouvent. Il y a deux ans, l’« École de l’Étoile du Matin » à Tokio comptait 276 élèves ; l’an dernier 362 ; et cette année, elle en compte 436. Outre ces élèves, 100 jeunes gens environ fréquentent le cours du soir. Comme on le voit, le progrès est continu.
L’« Institution Saint-Joseph » à Yokohama n’est pas susceptible d’un pareil accrois-sement. En effet, on n’y reçoit pas d’élèves de nationalité purement japonaise ; et, comme le chiffre de la population étrangère reste à peu près stationnaire, le nombre des sujets qu’elle est en mesure de fournir à l’Établissement des Marianites, ne peut guère dépasser la centaine.
Dames de Saint-Maur et Sœurs de Saint-Paul de Chartres. — Pendant le dernier exercice, les communautés des Dames de Saint-Maur à Yokohama et à Tokio ont fait des pertes douloureuses. Celle de Yokohama a perdu deux de ses religieuses, dont l’une, Sœur Sainte-Marthe, était économe de toute la maison et directrice de l’orphelinat. Les nombreuses jeunes filles, qui sont sorties de l’établissement depuis plus de trente ans, ont été l’objet de ses soins assidus et tout dévoués. On a vu à sa mort, quel affectueux souvenir elle avait laissé dans le cœur de ces enfants. Etant allée à Tokio faire visite à la supérieure de Tsukiji, gravement malade, elle revint seule ; et c’est à son arrivée à Yokohama, au sortir de la gare, qu’elle mourut subitement. Si sa mort a été soudaine, elle n’a pas été imprévue ; car, atteinte depuis longtemps d’une maladie de cœur, Sœur Sainte-Marthe s’attendait à un accident de ce genre. D’ailleurs, elle avait fait la sainte communion le matin.
On comprend la douleur des Sœurs et des orphelines, quand elles apprirent cette triste nouvelle. Les élèves, sorties de la maison, même depuis longtemps, assistèrent à la cérémonie des funérailles. Quatre à cinq cents personnes de tout rang suivirent en silence à sa dernière demeure la dépouille mortelle de cette humble Sœur, qui avait consacré sa vie à former de petites Japonaises aux vertus chrétiennes. Bon nombre d’anciennes orphelines ont fait dire des messes à l’intention de celle qui les avait tant aimées.
Pour la communauté des Sœurs de Saint-Paul, à Tsukiji, le grave événement de l’année a été la mort de la Révérende Mère Sainte-Domitille. Sous la direction intelligente, active et un peu austère de cette intrépide supérieure, grâce à l’esprit d’initiative et d’organisation qui la distinguait, la maison de Tsukiji a été transformée et considérablement agrandie.
Après sa mort, le mouvement imprimé par elle ne s’est point ralenti. Il continue avec Mère Sainte-Thérèse, d’une façon aussi régulière qu’auparavant.
Le petit hôpital qu’entretiennent à Tokio les Dames de Saint-Maur, reste toujours dans les mêmes conditions. Pour y être reçu, il faut être très pauvre et très malade. Mais dans cette maison, si pauvre elle-même, que de scènes touchantes ! Le dernier vieillard, qui vient de mourir après avoir reçu le baptême, disait : « A présent, je n’ai plus de désirs, je meurs content. » Et tous, à peu d’exceptions près, tiennent le même langage.
Œuvre de la Presse. — Dans un pays comme le Japon, où tout le monde lit, où les écrivains habiles et bons stylistes sont nombreux, ce qui manque le plus, ce sont des écrivains catholiques capables de lutter avec avantage contre la presse païenne et hérétique.
Néanmoins, le concours apporté par les missionnaires étant devenu plus considérable dans ces derniers temps, il en est résulté une plus grande variété de sujets et de styles.
Les matières traitées dans les revues de M. Lemoine et du P. Maeda sont à peu près les mêmes, avec des nuances dans le ton et la manière de les traiter. Ce sont : l’histoire et la discussion des points controversés de nos croyances, l’exposition de certaines questions de dogme ou de morale, la réfutation des plus grosses erreurs qui courent dans la presse, la réponse aux difficultés dogmatiques ou morales proposées par les chrétiens, des variétés scientifiques, des traits édifiants ou anecdotes propres à répandre l’esprit chrétien, les principales nouvelles du monde catholique, et celles plus modestes de la mission.
Une autre publication périodique, rédigée en français, à l’usage des missionnaires et paraissant tous les trois mois, les Mélanges, a pour but de faire connaître, en résumé, les nouveautés intellectuelles et autres publiées chaque jour au Japon dans les journaux, les revues et les livres. L’utilité de ces renseignements est incontestable ; car, de la part de ceux qui doivent évangéliser les Japonais, la première condition, pour ne pas frapper l’air en vain et donner à côté, est de savoir quelles sont leurs tendances du moment, quelles idées et quels préjugés ils ont dans l’esprit.
Enfin, une quatrième revue, soutenue par M. Ferrand est publiée avec la collaboration de plusieurs confrères et hommes d’éducation, a paru au mois de juillet, sous le titre de Nouvel idéal. Elle s’adresse aux jeunes gens des écoles, aux étudiants catholiques d’abord, s’efforçant de répondre aux dispositions et aux besoins de cette intéressante jeunesse.
Une forme de propagande très usitée chez nos adversaires, ce sont les Tracts. Depuis longtemps, ils étaient désirés et demandés aussi chez nous. M. Lemoine, avec sa librairie catholique, déclare qu’il est en état de supporter les frais de l’entreprise, et l’œuvre pourra donc enfin commencer.
La rédaction de la Théologie catholique continue ; M. Ligneul a publié trois nouveaux fascicules dans l’année. C’est un travail long et difficile, mais quand il sera achevé, on aura un livre classique japonais pour l’étude de la religion.
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