Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Japon
Mission: Hakodaté
Rédacteur:Mgr Jacquet

IV. — Hakodaté

Population catholique 4.235
Baptêmes d’adultes 280
Baptêmes d’enfants de païens 291
____


« Celui qui jugerait du travail des missionnaires, écrit M. Jacquet, vicaire général de Mgr Berlioz, par les résultats obtenus, serait loin de la vérité. Je suis heureux, en effet, de proclamer que tous mes confrères ont travaillé de leur mieux pour faire connaître notre sainte religion. Plusieurs ont réalisé des prodiges de zèle et de dévouement. Si le succès n’a pas toujours couronné leurs efforts, Dieu seul sait pourquoi. La conversion d’un païen est une chose tellement mystérieuse que, quand on y réfléchit, on ne peut s’empêcher de dire, avec saint Paul : « Les desseins de la Providence sont insondables. Investigabiles viœ ejus. »
« Je dois cependant faire observer que plusieurs causes sont venues entraver notre œuvre d’évangélisation. Les victoires du Japon ont tourné la tête à bien des gens et, vous le savez, l’orgueil ne saurait conduire à la vérité. Le manque de catéchistes, la pénurie de nos ressources, la famine, ont été aussi des obstacles sérieux à l’action des ouvriers apostoliques.
« Par suite du mauvais temps, la récolte a été complètement manquée dans le nord-est de l’île du Nippon. Les paysans, déjà saignés à blanc par la guerre, ont dû vendre le mobilier qui leur restait, et hypothéquer leurs immeubles pour se procurer des vivres, bientôt consommés. Alors, les pauvres affamés sont allés recueillir, dans les montagnes, des glands, des racines de fougère et des écorces d’arbres pour en faire un aliment dont la seule vue soulevait le cœur. Cette nourriture affreuse ne tarda pas, elle-même, à leur être enlevée, car la neige se mit à tomber en si grande abondance que, de mémoire d’homme, on n’en avait vu une pareille quantité. Plusieurs villages furent privés de toute communication avec l’extérieur, et ce ne fut qu’au prix d’efforts inouïs qu’on parvint à ravitailler les malheureux affamés.
« Touchés de tant de misère, les résidents étrangers de Sendai formèrent un comité et firent appel à la charité publique. L’Amérique, surtout, répondit généreusement à cet appel et envoya au comité plus de 200.000 yen. Mais qu’est-ce que cela pour un million d’hommes qui mouraient de faim ! Le gouvernement japonais finit par s’émouvoir et distribua des vivres à ceux qui en avaient un plus pressant besoin.
« Avec le printemps, la misère commença à diminuer : les paysans purent reprendre leurs travaux ou gagner quelque argent. Cependant, à la fin du mois de mars, j’ai trouvé, dans une seule sous-préfecture de l’Iwate, cinq villages, dont les habitants n’avaient encore, pour toute nourriture, que de la paille de riz réduite en poudre et mélangée avec quelques grains de riz ou de millet.
« Les chrétiens des autres missions du Japon nous ont envoyé de généreuses aumônes. Des secours considérables nous sont venus d’Europe, d’Amérique, voire même de la Mongolie, et nous ont permis de soulager les besoins de nos néophytes. »

M. Jacquet passe ensuite en revue tous les districts du diocèse de Hakodaté. Nous allons le suivre et noter, au fur et à mesure, les faits les plus intéressants.
A Sendai, où se trouve la résidence épiscopale, le nombre des fidèles n’a augmenté que de quelques unités, depuis un an, mais leur ferveur s’est sensiblement accrue. L’école des Sœurs de Saint-Paul de Chartres est très estimée et leur hôpital a fourni le beau chiffre de 103 baptêmes.
Les néophytes de la campagne sont bons, quoi qu’ils laissent un peu à désirer sous le rapport de l’instruction religieuse à donner à leurs enfants.
M. Deffrennes n’a qu’une centaine de chrétiens à Fukushima, mais quatre familles sont prêtes à recevoir le baptême. D’ailleurs, quoique peu nombreux, les néophytes de ce district se distinguent par leur esprit de foi et leur fidélité à observer les commandements de Dieu et de l’Église. Ils ont en cela d’autant plus de mérite que le milieu où ils vivent est moins favorable que beaucoup d’autres à la pratique des devoirs religieux. En effet, la ville de Fukushima est un grand centre de commerce ; c’est là que se font presque toutes les transactions de la soie japonaise, et les habitants se trouvent comme absorbés par les préoccupations du négoce. Quoi qu’il en soit, le bon Dieu semble avoir des vues de miséricorde sur un certain nombre de païens, que le missionnaire a sauvés de la mort au temps de la disette et qui paraissent décidés à se convertir.
Une vingtaine d’enfants fréquentent assidûment les écoles dans le district de Wakamatsu, que dirige M. Corgier. Notre confrère se félicite de la piété, du zèle et de l’instruction de ses chrétiens. Grâce à son école de français, il entretient des rapports suivis avec un bon nombre d’élèves du lycée de la ville. « Ces messieurs, dit-il, résument, avant chaque leçon, quelques « pages de nos livres de doctrine. »
« Aucun fait bien remarquable à signaler, dit M. Marion, titulaire de Niigata.
« Je n’ai pas été dépourvu de toute consolation, car les chrétiens déjà formés ont continué à « pratiquer avec ferveur et à s’approcher souvent des sacrements.
L’orphelinat et le petit hôpital de Niigata procurent de grandes consolations au missionnaire. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui dirigent ces deux œuvres, obtiennent les résultats les plus satisfaisants. « C’est un bonheur pour moi, écrit M. Marion, de voir la « presque totalité des orphelines qui ont fait leur première communion, s’approcher de la « sainte table régulièrement tous les dimanches et jours de fêtes. »
Les Sœurs chargées du soin des malades ont vu leur clientèle diminuer, depuis un certain temps. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, quand on songe que, dans cette petite ville, elles subissent la concurrence de quatre-vingt-sept médecins reconnus officiellement, sans compter ceux qui exercent leur art en secret.
M. Raynaud, titulaire de Sado, a profité des vacances pour faire étudier le catéchisme aux enfants, qui l’ont fort bien appris. Trois d’entre eux ont été admis à la première communion.
« De plus en plus, dit avec tristesse M. Raynaud, le paganisme est à l’ordre du jour dans « mon district. L’empereur vient de décréter la réunion des temples shintoïstes et « bouddhiques, qui ne peuvent se subvenir, à eux-mêmes, afin de les conserver coûte que « coûte. »
« Deux baptêmes d’adultes à Tsurugaoka, c’est bien peu, écrit, de son côté, M. Hervé. Je « me réjouis quand même de ce petit succès, si mince et si insignifiant qu’il paraisse, car, aux « yeux de la foi, la conversion d’une âme est quelque chose de si grand ! »

La bonne Providence est venue au secours de M. Dalibert, dont l’installation à Yamagata laissait tant à désirer. Notre confrère a reçu, de France, une somme d’argent, qui va lui permettre d’entreprendre la construction d’une nouvelle église. Il a eu, en outre, la joie de baptiser 10 adultes.
« Les païens, dit-il, me témoignent de l’amitié : les uns, par politique, les autres, par « conviction, font l’éloge de la religion catholique. Certains m’affirment qu’ils ont déjà la foi, « mais... Hélas ! que de mais !… Les vieux parents font la source oreille, la femme ne « comprend pas, les maîtres sont opposés, etc., etc. Et, pour conserver la paix dans la famille, « pour ne pas perdre leurs gages, ils attendent... Eh bien ! si la grâce les attend aussi, il y a de « l’espoir, beaucoup d’espoir dans ce cher district.
« Des maîtres d’école m’invitent à me rendre dans leurs villages : «Vous ferez une « conférence, me disent-ils : tout le village sera là. » Vive-labeur ! et Dieu aidant, le temps de « la moisson viendra. Je continue donc à défricher et à semer. »

M. Mathon, chef du district d’Akita, raconte le trait suivant :
« Il y a deux ans, je vois arriver chez moi une jeune personne, garde-malade de profession, « qui désire m’entendre parler sur n’importe quoi. Je prends mon catéchisme en images et, « trois heures durant, je lui explique les principaux points de la religion. Elle s’en retourne « satisfaite.
« Je l’avais complètement perdue de vue, quand, dernièrement, une petite païenne, qui « fréquente le catéchisme du dimanche, en écoutant mes explications sur le ciel et l’enfer, fit « tout haut la réflexion suivante : « Ah ! si ma cousine, qui est poitrinaire, pouvait recevoir le « baptême avant de mourir ! »
« Je demande à l’enfant où demeure sa cousine, et je m’empresse, le lendemain, de lui « rendre visite. Quelle n’est pas ma surprise de me trouver en face de la garde-malade qui « était venue me voir, deux ans auparavant !
« Elle paraît heureuse de me revoir et surtout de m’entendre parler de religion. Elle-même « demande le baptême. Comme le médecin ne lui donne plus que peu de temps à vivre, je la « baptise après une instruction sommaire, quatre ou cinq jours avant l’Assomption.
« La veille de la fête, je lui conseille de demander sa guérison à Marie Immaculée, mère de « Jésus. La sainte Vierge semble l’avoir exaucée, car, depuis lors, la malade va de mieux en « mieux et peut déjà faire de petites promenades.
« Ses parents païens, qui avaient permis de baptiser leur fille uniquement pour ne pas la « contrister à ses derniers moments, ont été frappés de cette convalescence subite et « inattendue. Ils se sont mis à étudier le catéchisme. Le père fait, chaque dimanche, 8 « kilomètres pour assister à la messe et remercier la sainte Vierge.
« Cette année, à l’occasion de l’Exposition régionale qui avait lieu à Akita, j’ai ouvert une « boutique de livres de religion, en plein marché. Du matin au soir, je suis resté là, près de « mes livres, donnant aux visiteurs des explications sur le catholicisme et les engageant à « acheter, comme souvenir, un de mes livres. J’ai vendu ainsi plus de neuf cents volumes. Ces « livres, répandus aujourd’hui dans tout le département, sont comme autant de sermons qui, « un jour ou l’autre, porteront des fruits. »

« Je réunis, chaque dimanche, à Hirosaki, écrit M. Montagu, les enfants du quartier où se « trouve ma résidence, pour les instruire et les amuser tout à la fois. Quelques familles ont pris « ombrage de cette insinuation de l’esprit chrétien dans l’âme des enfants, et leur ont interdit « ma maison, mais la majorité de mes auditeurs me reste fidèle, et j’espère arriver à faire « entrer quelque lumière dans ces jeunes intelligences.
« D’un autre côté, sept ou huit jeunes professeurs m’ont demandé de leur exposer les « principes de la religion catholique et de leur expliquer l’Évangile, car ils possèdent tous la « Bible, inévitable cadeau des sociétés protestantes. Une fois par semaine, depuis trois mois « déjà, ils sont venus écouter mes explications, et trois d’entre eux se sont déclarés « catéchumènes. Daigne Notre-Seigneur les fortifier dans leurs bonnes dispositions. »
A Morioka, M. Pouget se réjouit du retour au bercail de six ou sept brebis errantes. En ajoutant, chaque année, une petite escouade à sa compagnie, il espère passer un jour chef de bataillon.
D’un autre côté, les fêtes sont célébrées avec plus d’éclat et les offices mieux fréquentés. Dans deux ou trois circonstances, l’assistance païenne a été même tellement nombreuse que, pour prévenir les désordres, notre confrère s’est vu obligé d’exiger des billets d’entrée. La bienveillante publicité, donnée par les deux principaux journaux de la ville aux aumônes que le missionnaire catholique a distribuées pendant la famine, a été pour lui une excellente réclame. Le maire de Morioka a offert aux Marianistes un emplacement et une subvention dans cette ville, s’ils consentaient à fonder une école de commerce semblable à celle d’Osaka. Le propriétaire d’un grand hôpital est disposé à leur céder son établissement pour y organiser une école de médecine. Un chef d’institution libre leur propose également son école, maison et terrain, s’ils veulent accepter sa succession. Le directeur du lycée vient de prier M. Breton de donner des leçons d’anglais dans l’établissement. Si les catholiques ne profitent pas de ces dispositions bienveillantes, n’est-il point à craindre que les protestants, plus avisés, n’envahissent la place et ne ruinent l’influence de nos missionnaires à Morioka ? Telle est la question qui se pose. Les Sœurs Saint-Paul de chartres ont baptisé 133 adultes ou enfants de païens dans leur hôpital. Elles ont instruit 165 jeunes filles dans leur école.

— La famine qui régnait dans tout le sud du Nambu aurait pu être, pour beaucoup de païens, l’occasion de connaître la religion qui aime les pauvres, les humbles et les malheureux ; mais, hélas ! pour soulager et secourir tant d’infortunes, il eût fallu à M. Rousseau des ressources extraordinaires ; or, il n’en avait que de très limitées. « Je n’ai jamais « mieux senti, dit-il, que pendant ces tristes mois de l’hiver dernier, à la vue de tant de « misères, qu’il nous manque deux choses : de l’argent et des catéchistes. »
M. Hutt s’est occupé surtout de ramener aux pratiques religieuses les vieux chrétiens égarés dans son lointain district d’Asahigawa, fondé tout récemment. Il fait beaucoup d’éloges des soldats catholiques qui y sont en garnison, et il voit avec plaisir un certain nombre de païens étudier sérieusement la doctrine.
M. Lafon compte 45 nouveaux catéchumènes à Sapporo. M. Dossier a remplacé, auprès de lui, M. Billiet, qui a passé la plus grande partie de l’année au sanatorium de Hong-kong.
Les Sœurs de Hakodaté ont baptisé 169 enfants ou adultes moribonds, malgré la défense qui leur a été faite par la police de donner des consultations et de visiter les malades à domicile. Leur école compte 357 élèves.

M. Deffrennes, qui est chargé du séminaire et de l’orphelinat de Sendai, a formé un magnifique chœur de jeunes chantres avec les séminaristes et les enfants de la Sainte-Enfance. « Il a fait là un véritable tour de force, dit M. Jacquet, et je me demande comment il a pu si « bien réussir en si peu de temps. »

Les Pères Trappistes et les Religieuses Cisterciennes continuent leurs œuvres de prière et de mortification, tout en défrichant leur immense propriété.


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam