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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Cousin

II. — Nagasaki

Population catholique 42.846
Baptêmes d’adultes 492
Conversions d’hérétiques 5
Baptêmes d’enfants de païens 750
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« L’exercice qui vient de finir, écrit Mgr Cousin, ressemble aux précédents, et le rendement de notre récolte spirituelle ne s’écarte pas de notre moyenne ordinaire. Nous avons obtenu 492 baptêmes, dont 245 à l’article de la mort, 5 abjurations, 1.362 baptêmes d’enfants de chrétiens et 750 d’enfants de païens.
« Ce dernier chiffre, seul, est inférieur à celui de l’exercice 1905 ; les deux autres accusent un léger progrès dont il serait puéril de se glorifier. C’est, en résumé, 2.604 âmes que nous avons eu la consolation de régénérer dans les eaux du baptême. Les résultats seraient meilleurs si nous n’avions à lutter contre les obstacles qui se dressent devant nous, et que nous ne pouvons surmonter, à cause de l’insuffisance des moyens matériels mis au service de notre bonne volonté.
« Dans les anciennes chrétientés, le missionnaire est d’ordinaire trop absorbé par le ministère paroissial pour travailler sérieusement à la conversion des infidèles. Quoi qu’il en soit, comme les corps s’attirent en raison directe de leur masse, là où les chrétiens font bloc, ils finissent toujours par attirer à eux quelques-uns des corps errants qui circulent dans leur orbite, je veux dire quelques païens. C’est ainsi que, sur 492 adultes baptisés depuis un an, 224 l’ont été dans les vieux centres.
« Quelle différence avec les districts où les néophytes ne sont pas groupés, et où l’ouvrier apostolique n’a rien pour attirer les païens ! Ici, en effet, les fruits d’un labeur prolongé, les espérances les mieux fondées, parfois même les résultats déjà obtenus, sont à la merci d’un mouvement de l’opinion, d’une souscription pour un but superstitieux, d’un article de journal, d’une calomnie idiote et de mille autres incidents. Écoutons à ce propos M. Joly.
« Bien que je n’en aie rien dit l’an dernier, raconte-t-il, je voyais l’avenir presque en rose. « J’avais baptisé deux professeurs du lycée, et je me disposais à baptiser un notable, que sa « famille allait suivre, sans doute, dans sa conversion. En outre, d’autres familles influentes « du pays semblaient devoir venir à nous. Bref, d’après mes prévisions, un mouvement en « notre faveur se dessinait. Hélas ! il m’a fallu bientôt déchanter. Le notable en question me « fit savoir, quelques jours avant la date fixée pour son baptême, que, vu l’opposition de « plusieurs membres de sa parenté, il se ferait chrétien plus tard. Lui, que je croyais vaillant et « décidé à tout souffrir pour sauver son âme, était en réalité un poltron. Quoique avocat, il « n’avait pas le courage de confesser sa foi devant sa belle-mère, qui ne craignait pas, elle, « de se faire l’avocat du diable dans la circonstance. J’ai été particulièrement sensible à la « déception que la lâcheté de ce catéchumène m’a causée.
« Quant aux autres familles influentes sur lesquelles je comptais pour organiser un centre « de ralliement, elles n’ont pas tardé à m’abandonner à leur tour, quand il s’est agi de Jimmu-« Tenno ; oui, de ce Jimmu-Tenno, mort il y a plus de deux mille ans, et qui nous joue encore « de vilains tours aujourd’hui. Voici comment :
« Pour aviver le patriotisme des habitants du Hyuga, il fut décidé en haut lieu qu’on « démolirait le temple de Jimmu, fondateur de la dynastie qui existait à Miyasaki, et qu’on le « remplacerait par un nouveau et grandiose miya. L’empereur lui-même a, dit-on, prélevé « plusieurs centaines de mille piastres sur sa cassette personnelle, pour aider à la construction « de ce splendide miya. Presque tous les fonctionnaires, professeurs, instituteurs, juges et « autres salariés officiels du département y sont allés, bon gré mal gré, de leur contribution. « Une foule d’autres gens, qui n’émargent point au budget de l’État, du département ou de la « commune, ont suivi l’exemple des fonctionnaires. Le comité des dames de Miyazaki a « manifesté, par la bouche de sa présidente, l’intention d’offrir à la pagode une magnifique « tenture, destinée à en orner le portique, et sur laquelle seraient inscrits les noms de toutes les « associées.
« Il est arrivé alors ce qui devait arriver. Les quelques dames chrétiennes qui faisaient « partie du comité protestèrent en bonne et due forme, que, tout en vénérant Jimmu-Tenno, « ancêtre de Sa Majesté, elles ne croyaient pas pouvoir, en conscience, contribuer à « l’ornementation d’un monument où le peuple viendrait faire des superstitions et honorer « Jimmu comme un dieu. Là-dessus, grand émoi. On accuse les chrétiens de n’avoir aucune « idée de la reconnaissance et des devoirs dus aux ancêtres, aux ancêtres impériaux en « particulier, et de manquer de patriotisme. La preuve, la preuve évidente, claire comme le « jour, c’est qu’ils refusent de contribuer à l’ornementation d’un monument élevé à la gloire « de Jimmu-Tenno.
« Les familles sur lesquelles j’avais si naïvement compté, peu soucieuses de partager la « mauvaise fortune des chrétiens, se sont, dès lors, éloignées de nous. Au fond, elles savent « que la vérité est de notre côté, mais qu’importe la vérité, quand elle est persécutée ?
« En résumé voici ma situation : le démon a touché de son mauvais souffle le bon grain qui « commençait à germer. Il me reste à remuer la terre et à semer de nouveau. »
« Religion du patriotisme, ou patriotisme religieux, c’est là un gros obstacle, avec lequel il nous faudra compter longtemps encore. C’est un volcan qui n’est pas toujours en activité, mais dont la moindre secousse peut déterminer une terrible éruption.
« Moins brutal dans ses procédés, le journal a un effet plus pernicieux, parce qu’il agit tous les jours et que son action s’étend partout à la fois. Comment se défendre contre une presse qui puise toutes ses inspirations aux sources protestantes et franc-maçonnes ? Voyez plutôt la scène qui se passe en chemin de fer, dans un compartiment de seconde classe, au moment où le télégraphe donne le résumé de la lettre du Souverain Pontife aux évêques de France.
« Il y a quelques jours, écrit M. Gracy, je me trouvais en voyage. Un monsieur, « correctement, mis à l’européenne, m’aborde, tenant un journal dans lequel il vient de lire « ceci : « Jamais le gouvernement de la République française ne tolèrera une pareille « ingérence dans les affaires intérieures de la France... » Après m’avoir demandé si « j’appartiens à l’Église romaine, mon interlocuteur ajoute : « C’est curieux, de tout temps les « nations ont eu à lutter contre la politique envahissante de Rome. » Je tâche de lui démontrer « que, pour être dans le vrai, il devrait renverser la proposition. Décidément, mes arguments « n’arrivent pas à le convaincre. Son siège est fait : il a pour lui son journal, et demain, il en « lira un autre qui lui tiendra le même langage. Malheureusement, cet état d’esprit est celui « d’un grand nombre au Japon, et il se passera, sans doute, bien des années avant que le public « japonais cesse de ne jurer que par son journal. »
« M. Gracy raconte un fait, d’un ordre tout différent, mais qui montre bien à quel point la population du Japon est et demeure païenne.
« Une jeune fille catholique, déjà orpheline de père et de mère, vient de perdre un frère qui « était son unique soutien. Le modeste pécule, amassé par ce dernier, permettrait à la jeune « fille de s’établir honorablement, mais le conseil de famille se réunit et lui intime l’ordre de « renoncer à sa religion, si elle veut hériter de son frère, parce que le Yasokyo (catholicisme) « est une religion étrangère, contraire à celle des ancêtres. L’appât de quelques milliers de « francs et le reproche sanglant de n’être pas loyale Japonaise, eussent ébranlé la jeune fille, si « sa foi eût été moins forte. Mais elle a tenu bon et s’est vu substituer un païen, totalement « étranger à la famille, auquel on a donné le titre de fils adoptif. »

« Faut-il conclure de tout cela qu’il n’y a rien à faire au Japon et renoncer à l’espoir devoir un jour se lever sur lui le vrai Soleil de justice, qui doit illuminer tout homme venant en ce monde ? Dieu nous en garde ! S’il y a des districts où l’insuffisance des moyens semble vouer le travail du missionnaire à une désespérante stérilité, il en est d’autres où la rosée du ciel est tombée plus abondante et où les consolations ne manquent point.
« A Saga, le P. Yamaguchi, avec le secours d’un seul catéchiste, a baptisé 30 adultes et reçu 3 abjurations.
« Le missionnaire de Kurume est toujours au premier rang, pour le nombre des enfants de païens ondoyés à l’heure de la mort. C’est avec une corbeille de 193 fleurs à peine écloses qu’il se présente devant l’Enfant Jésus.
« Dans le district de Higo, qui comprend les quatre postes de Kumamoto, Biwazaki, Yatsushiro et Hitoyoski, le tableau d’administration enregistre 388 baptêmes, dont 158 d’adultes. Les baptêmes d’enfants moribonds sont au nombre de 225.
« Retardée, depuis deux ans, par la guerre, dit M. Brenguier, l’arrivée des Sœurs à « Hitoyoski eut lieu le 19 janvier dernier. Trois religieuses, conduites par la mère provinciale « de Chine, venue exprès pour présider à cette fondation, prenaient enfin possession de la « résidence provisoire qui leur avait été préparée. Deux mois se passèrent à achever « l’installation, et le 19 mars, sous les auspices de saint Joseph, se fit l’ouverture du « dispensaire. Depuis lors, un ouvroir de travaux d’aiguille est venu s’ajouter à l’œuvre « principale, et le tout fonctionne régulièrement.
« L’organisation matérielle est encore bien précaire, le local insuffisant. Catéchuménat, « pharmacie et ouvroir, tout est concentré dans une petite maison japonaise de 30 nattes, « réparties en plusieurs pièces. Le médecin de l’endroit vient une fois par semaine donner des « consultations aux malades. En dehors des religieuses, trois femmes Japonaises sont « employées au service du dispensaire ou à la visite des malades à domicile, une autre est « affectée à l’ouvroir. Nous allons être obligés de construire un local mieux approprié, de « multiplier les visites du médecin et d’augmenter le personnel. »

« A Kumamoto, le P. Paul Fukahori, que M. Corre a chargé de tout ce qui regarde le ministère paroissial, est heureux de constater que la guerre a produit dans les esprits un revirement d’opinion plutôt favorable aux étrangers et à leur religion.
« Les païens, dit-il, ont été frappés de l’esprit religieux des Russes, surtout au moment de « la mort. Ils n’ont plus de mépris pour les étrangers, les missionnaires et les religieuses. « Quant à la religion chrétienne elle-même, ils en font plus de cas qu’avant la guerre. Ils ne « rougissent plus, comme auparavant, d’avoir des rapports avec nous. Quand ils rencontrent « notre soutane, ils n’en sont pas offusqués, et ne se gênent plus pour échanger avec nous les « saluts d’usage.
« Dans nos conférences, les auditeurs sont plus nombreux. Ceux-là mêmes qui ont achevé « leurs études universitaires et obtenu des emplois honorables, prêtent volontiers l’oreille aux « choses de la religion.
« Le malheur est que l’enseignement supérieur se trouve confié à des hommes tout « imprégnés d’athéisme et que, dans les écoles, on enseigne publiquement le darwinisme, « l’évolutionnisme, etc., etc. Que je voudrais me procurer de bons livres pour réfuter toutes « ces théories ! »
« Notre grande joie de l’année a été celle que nous avons tous éprouvée, en voyant S. M. l’empereur décerner à M. Corre la médaille du mérite civil, en récompense des œuvres de bienfaisance qu’il a établies dans le département de Kumamoto : léproserie, hôpital, dispensaires, etc. La cérémonie officielle a eu lieu dans la grande salle des fêtes de la préfecture, et c’est le préfet, en grand uniforme, qui a remis à M. Corre le diplôme et les insignes de la décoration du « ruban bleu ». Tous les journaux ont raconté la chose avec détails et n’ont pas ménagé leurs éloges, qui ont fait grand honneur à la religion aux yeux des païens.
« Pour faire pendant à la récompense impériale décernée à M. Corre, on me permettra de rappeler ici que l’Académie française vient d’attribuer à M. Raguet le prix Stanislas-Julien, pour le dictionnaire français-japonais qu’il a publié avec la collaboration de M. Ono Tota, conférencier du lycée supérieur de Kagoshima.

« Les jeunes chrétientés d’Oshima, qui se présentaient d’ordinaire avec de magnifiques gerbes, n’ont, cette fois, fourni que quelques épis. « Pourquoi, écrit M. Ferrié, malgré les « efforts constants des missionnaires, Dieu n’a-t-il pas voulu répandre avec plus d’abondance « sur nos travaux la rosée féconde de sa grâce ? C’est le secret de sa Providence, dont il serait « téméraire de scruter les mystérieux desseins. Les épreuves matérielles ne nous ont pas « manqué. Deux terribles typhons à trois mois d’intervalle, ont détruit les moissons. Un « incendie a détruit, en trois ou quatre heures, plus du tiers de la ville de Naze, et a plongé « dans la misère 29 familles chrétiennes.
« Nos jours de consolation ont été ceux qui ramenaient au pays les soldats chrétiens après « la guerre. Ils étaient partis nombreux, mais, grâce à une protection spéciale de la sainte « Vierge, au retour pas un ne manquait à l’appel.
« Plusieurs avaient vu la mort de près et n’y avaient échappé que par miracle. Aussi ne « craignaient-ils pas d’affirmer qu’ils devaient leur salut à la protection de Marie, dont tous « portaient la médaille et qu’ils invoquaient si fréquemment. »
« A ma grande et très agréable surprise, je l’avoue, dans tous les rapports qui me sont parvenus, j’ai trouvé le même bon témoignage rendu à la piété de nos braves soldats par les missionnaires. Je tiens à citer le rapport de M. Pelu.
« Partout, dit-il, dans ce grand district qui comprend près de 13.000 chrétiens, le retour des « soldats a été une fête pour le village et aussi pour le missionnaire, si heureux de constater « leur esprit de foi et leur empressement à remplir les devoirs religieux. Le séjour à la caserne « ne les a pas changés. Sur le champ de bataille, en voyant la mort de près, ils ont senti « s’affermir la volonté de rester et de se montrer toujours bons chrétiens.
« A peu près partout, on a organisé une fête religieuse en leur honneur, et ils sont venus « remplir le devoir pascal sous les yeux émus de leurs parents et de leur pasteur.
« Les morts n’ont pas été oubliés et, en bien des endroits, l’administration municipale a « pris l’initiative de faire célébrer un service funèbre pour les soldats chrétiens de la commune « tombés au champ d’honneur. Au jour fixé, le maire venait, avec les conseillers municipaux « et les écoliers, assister à la cérémonie et, pour ne parler que de ce que j’ai vu, je suis obligé « d’avouer que la tenue de tous ces païens a été fort convenable. »
« Voici quelques-uns des chiffres que je trouve au tableau d’administration du district de Goto. Total des baptêmes : 603, dont 45 d’adultes, 92 d’enfants moribonds et 461 d’enfants de chrétiens ; 7.555 confessions annuelles ; 6.798 communions pascales et 13.961 de dévotion ; 7 prêtres sont chargés du ministère de ce district qui compte 12.760 catholiques, 43 religieuses indigènes, Amantes de la Croix, 28 églises et 18 oratoires.

« Dans le district de Hirado, nous avons 5.303 catholiques, 7 églises bénites, 4 oratoires, une communauté des Amantes de la Croix (25 religieuses). Le ministère est confié à 4 prêtres qui ont enregistré 209 baptêmes, dont 27 d’adultes et 14 d’enfants de païens.
« Le chef de ce beau district, M. Matrat, va se trouver en mesure de construire une église à Tabira, au printemps prochain. L’emplacement nécessaire a été acheté par les chrétiens.
« La construction de cette nouvelle église n’est pas le seul souci, ou plutôt la seule ambition de M. Matrat ; son compte rendu en trahit deux autres. La première est de s’implanter dans la ville même de Hirado, que plusieurs chrétientés florissantes enlacent de tous côtés, mais où nous n’avons pas encore pu nous procurer un pied-à-terre.
« J’ai déjà fait l’acquisition d’un terrain aux portes mêmes de la ville, écrit-il ; une « résidence y sera installée bientôt. Je ne compte pas sur de nombreuses conversions à brève « échéance, mais j’espère, avec la protection de saint François-Xavier, amener à la foi « quelques âmes de bonne volonté.
« Qui ne se rappelle, en effet, que l’apôtre des Indes et du Japon séjourna pendant un mois « à Hirado et y fit des miracles de conversion ? C’était au mois d’octobre 1550. Peu d’années « après, en 1557, cette ville eut la gloire d’offrir à Dieu la première rose du martyre au Japon, « dans la personne d’une jeune fille au service d’un Samuraï. Ce dernier, ne pouvant la faire « apostasier, lui trancha la tête d’un coup de sabre. Plus tard, soit à Hirado même, soit aux « environs, d’autres martyrs, en très grand nombre, attestèrent par l’effusion de leur sang la « vérité du catholicisme. Je compte sur leur intercession puissante auprès de Dieu pour attirer « la rosée céleste sur cette terre arrosée de leur sang... »
« La seconde ambition de M. Matrat est d’entreprendre sérieusement la conversion de l’île de Ikitsuki, où il reste encore 6.000 « séparés ».
« Il est vrai, dit-il, que depuis bientôt trente ans, les pauvres égarés de l’île de Ikitsuki ont « abusé de la grâce. Si l’on juge de l’avenir d’après le passé, on serait tenté de croire que tous « les efforts que l’on fera pour ouvrir les yeux de ces aveugles volontaires seront inutiles. « Cependant, au seizième et au dix-septième siècle, Ikitsuki fut arrosé du sang de tant de « martyrs que, là encore, j’en ai la confiance, on pourra voir se vérifier tôt ou tard le mot de « Tertullien : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. »

« Cette course rapide à travers quelques districts nous ramène à Nagasaki, d’où il sera facile de jeter un coup d’œil sur les œuvres générales de la mission. Mais il faut encore nous arrêter quelques instants à Urakami, et constater que ce grand district conserve la bonne place qu’il s’est acquise, dès le commencement, dans le tableau de notre administration.
« Il compte actuellement 6.404 catholiques, 4 missionnaires ou prêtres japonais et 3 églises.
« La communauté indigène de Motobari, qui se compose de 38 religieuses, fournit des catéchistes à la paroisse d’Urakami, et des directrices à plusieurs œuvres dans le diocèse. Les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus dirigent l’école communale des filles. Deux associations, l’une sous le vocable du Sacré-Cœur pour les jeunes garçons, l’autre sous celui de la Sainte-Vierge pour les jeunes filles, comptent plus de 300 membres chacune. Des conférences spéciales réunissent les associés chaque dimanche, avant ou après la bénédiction du Saint-Sacrement, selon la saison. En dehors de cette direction donnée par le prêtre dans les conférences hebdomadaires et les confessions mensuelles, chaque hameau a son chef de section dont le devoir est de veiller sur la conduite des membres de l’association.
« Grâce aux soins particuliers dont elle est entourée, la jeunesse d’Urakami a beaucoup « gagné sous le rapport de la bonne conduite. Elle a maintenant l’amour du foyer, et ne rêve « plus, comme autrefois, les promenades et les partis de plaisir loin de l’œil des parents. »
M. Fraineau, chef du district, signale 376 baptêmes dont 33 d’adultes et 175 d’enfants de païens, 2.681 communions pascales, 9.247 de dévotion et 232 confirmations.

« A Nagasaki, les deux paroisses réunies ne comptent que 723 catholiques. Quoique la plupart soient des chrétiens de vieille souche, on ne trouve pas parmi eux la cohésion qui fait la force de nos belles chrétientés de l’intérieur et met la vie dans une paroisse. Victimes de la misère ou de l’inconduite, un certain nombre d’entre eux ont déserté leur village pour venir à la ville. Ce sont des brebis égarées, après lesquelles il faut courir sans cesse et qu’on ne réussit pas toujours à ramener au bercail.
« Nagasaki n’est donc pas un milieu favorable à la conversion des païens, qui ont trop souvent, hélas ! sous les yeux les mauvais exemples de chrétiens Japonais et d’une foule d’étrangers dont la moralité laisse tant à désirer. Aussi, malgré le zèle des deux prêtres japonais dont l’ambition serait de faire beaucoup de baptêmes, 20 adultes seulement ont été régénérés pendant le dernier exercice.
« M. Salmon, qui s’occupe des catholiques étrangers, est aussi chargé du couvent, et c’est dans son ministère d’aumônier qu’il trouve ses plus douces consolations.
« J’aime à admirer, raconte-t-il, les voies de la Providence à l’égard de deux petites filles « qui furent envoyées de Kurume, il y a huit ou neuf ans, au couvent des Sœurs du Saint-« Enfant Jésus. Leur père païen voulait que ses enfants fussent élevées par les religieuses, et « se proposait de les reprendre ensuite pour en tirer profit d’une manière ou de l’autre. Les « fillettes, âgées alors de treize et quatorze ans, apprirent vite le catéchisme, reçurent le « baptême, firent leur première communion et furent confirmées. Il y a quatre ans, on leur « permit de passer les vacances chez leurs parents à Kurume.
« Émerveillé de voir la bonne mine de ses deux filles, le père fit tout ce qu’il put pour les « garder chez lui ; mais il avait signé un contrat qui l’obligeait à les laisser au couvent jusqu’à « l’âge de vingt ans. Les Sœurs exigèrent que le contrat fût observé.
« A leur retour au couvent, la plus jeune des deux sœurs manifesta nettement son dégoût « du monde et déclara aux religieuses qu’elle ne voulait plus revoir Kurume. Pendant l’année « qui suivit, elle se mit à cracher le sang, mais ne voulut pas quitter son travail. Jusqu’à la fin, « elle lutta vaillamment contre le mal qui la minait, sans jamais se plaindre ni demander « aucune faveur. Quand, à bout de forces, elle dut garder le lit, elle réclama l’extrême-onction, « tout heureuse de penser que bientôt elle allait quitter la terre et s’envoler au ciel.
« Sur ces entrefaites, sa sœur aînée, excellente chrétienne elle aussi, épousait, du « consentement de son père, un jeune homme d’une bonne famille d’Urakami. »
« En ce qui concerne l’Œuvre de la Sainte-Enfance, il nous faut remercier Dieu des bénédictions qu’Il a daigné répandre sur elle et sur ceux qui lui consacrent leur dévouement. Le chiffre de 750 baptêmes, bien qu’il soit un peu inférieur à celui de l’an dernier, forme encore une belle gerbe, que je suis heureux de déposer, au nom de la mission, aux pieds de l’Enfant Jésus. Nous la devons, en grande partie, à nos chères communautés françaises et japonaises. Qu’elles aient à s’occuper des orphelinats, des dispensaires, des crèches, ou à remplir le rôle de baptiseuses ambulantes, l’amour de Dieu leur met au cœur un courage que rien ne rebute, un zèle que rien ne lasse et on est sûr de les trouver partout où il y a une âme à ravir au démon.

« Au mois de septembre 1905, le séminaire comptait 18 élèves appartenant à la mission de Nagazaki. Parmi eux, il y avait deux diacres qui ont été ordonnés prêtres à la Saint-Pierre, et deux théologiens, qui ont reçu les ordres mineurs. Ces derniers vont être envoyés en district, pour faire, en qualité de catéchistes, l’année de probation qui doit précéder leur appel au sous-diaconat. Nos six philosophes ont été admis à la tonsure avant les vacances.
« Pour rassurer les personnes qui s’étonneraient de voir si diminué le nombre de nos séminaristes, je tiens à dire que cette diminution n’est due ni à un refroidissement de l’esprit chrétien chez nos catholiques, ni à l’absence de vocation chez leurs enfants. Le conseil de la mission, effrayé de ce que l’avenir semble nous réserver au point de vue matériel, n’ose plus prendre la responsabilité d’appeler au service de l’Église des jeunes gens auxquels, après leur ordination, nous ne pourrons peut-être pas fournir l’honnête sustentation requise par les saints canons. La mission de Nagasaki n’a aucune ressource par elle-même : et nos meilleures chrétientés sont incapables, pour longtemps encore, de subvenir à l’entretien du clergé indigène déjà existant.

« Les Marianistes ne sont pas obligés comme nous de prendre des mesures pour restreindre le nombre de leurs élèves. Ils font, au contraire, tous leurs efforts pour l’augmenter et y réussissent à merveille.
« Depuis un an, les cours de leur collège ont été suivis par 380 élèves, répartis en trois catégories : 1o école de commerce ; 2o école primaire supérieure japonaise ; 3o école enfantine pour les étrangers. Les inspecteurs de la préfecture et du ministère de l’Instruction publique, qui ont fait, à différentes reprises, la visite de l’établissement, ne lui ont pas ménagé les éloges, dont la presse locale s’est faite l’écho sympathique et bienveillant.
« La Société de Marie, en donnant la préférence à Nagasaki pour y fonder son second établissement au Japon, avait en vue nos anciennes chrétientés, où elle espérait trouver des vocations à l’état religieux. C’est ainsi qu’à l’ombre du collège, nous avons vu naître successivement un postulat, un noviciat, un scolasticat. Nos dévoués auxiliaires ont actuellement 32 postulants, 8 novices et 5 scolastiques.
« Les postulants suivent les cours du collège ; tout en vivant séparés des autres élèves, ils doivent rester à Nagasaki. Le noviciat et le scolasticat, étant des œuvres à part, doivent vivre de leur vie propre. Jusqu’ici, la nécessité avait obligé les trois catégories à vivre côte à côte, en se gênant mutuellement. Il y a tout lieu d’espérer que ce provisoire va bientôt cesser, grâce à la construction d’un nouvel établissement, pour lequel un vaste emplacement vient d’être acquis à Urakami.
« Il ne m’appartient pas de trahir les confidences qu’on a bien voulu me faire, mais si la bonne Providence fournit à nos zélés religieux les ressources dont ils ont besoin pour remplir tout leur programme, la nouvelle fondation est destinée à rendre, non seulement à la Société de Marie, mais aussi à la mission de Nagasaki, des services éminents.
« En attendant, je ne saurais oublier que la fondation d’un collège à Kumamoto, promise depuis longtemps, est en voie d’exécution depuis le mois d’avril. Trois religieux, dont un prêtre, sont là, sans autre appui que l’obéissance, sans autre ressource qu’un dévouement inlassable, occupés à réunir les premiers matériaux de ce qui sera bientôt le collège de Kumamoto. Humainement parlant, la chose paraît impossible : mais l’expérience prouve qu’avec les Marianistes, la Providence ne regarde guère aux miracles quand ils sont nécessaires. J’en ai vu tant d’autres que je compte encore sur celui-ci.

« Chez les religieuses du Saint-Enfant-Jésus (Chauffailles) dont la maison principale est à Nagasaki, les œuvres déjà commencées ont suivi leur train ordinaire, sans rien offrir de bien saillant. Elles comprennent, pour Nagasaki seulement, un pensionnat avec 63 élèves, une école primaire avec 121, un orphelinat avec 48 enfants, un ouvroir avec 27 personnes. Leur école d’Urakami compte 221 élèves, presque toutes chrétiennes.
« A Kumamoto, outre un dispensaire, un catéchuménat et un orphelinat, les Sœurs de Chauffailles ont encore une école que l’on peut appeler professionnelle. Elle a pour but d’enseigner aux dames de la ville à tenir une maison à l’européenne.
« Les Sœurs Franciscaines missionnaires de Marie ont pour œuvre principale à Biwazaki, dans la banlieue de Kumamoto, une léproserie qui abritait au mois de juillet 23 malades. En recevant sa décoration, M. Corre n’a pas manqué de dire qu’il l’acceptait au nom des Sœurs, qui l’avaient méritée mieux que lui.
« Autour de Biwazaki, on trouve encore d’autres œuvres : dispensaire, catéchuménat, orphelinat, ouvroir, qui, toutes, exigent de la part des religieuses beaucoup de soin, de zèle, de travail et de sacrifices. Rien de tout cela ne leur coûte. Qu’elles en soient remerciées et que Notre-Seigneur les en récompense ! Qu’elles veuillent bien aussi agréer l’expression de ma gratitude pour leurs nouvelles fondations de Kurume et de Hitoyoshi.
« Avec le même esprit de sacrifice et le même dévouement, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres se consacrent tout entières à Yatsuhiro au soin de leur hôpital, qui a reçu pendant l’année 71 malades, et autour duquel s’épanouissent toutes les œuvres que nous avons admirées à Biwazaki.
« Essayer de raconter en détail tout le bien que font ces saintes filles, quel que soit l’habit qu’elles portent, ou le nom qu’on leur donne, serait m’exposer à la tentation de mêler beaucoup d’éloges à mon récit. Or, il est entendu que cette monnaie-là n’a pas cours dans les régions supérieures où habitent les épouses de Jésus-Christ. Donc merci, mes Sœurs, et que Dieu vous le rende ! »



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