| Année: |
1906 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Chatron |
III. — Osaka
Population catholique 3.748
Baptêmes d’adultes 188
Conversions d’hérétiques 2
Baptêmes d’enfants de païens 278
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« Cinq cent cinquante-deux baptêmes, dont cent quatre-vingt-huit d’adultes, voilà la petite gerbe que nous avons recueillie, cette année, écrit Mgr Chatron. Assurément, elle est loin de correspondre aux peines, travaux et sacrifices des missionnaires d’Osaka qui, comme toujours, ne méritent que des éloges.
« Nous avons retrouvé un certain nombre de chrétiens dont nous avions perdu la trace ; c’est ainsi que l’exercice se termine par un accroissement de la population catholique. En réalité, nous avons d’ordinaire plus de chrétiens que n’en porte le tableau annuel, car chaque missionnaire ne compte que les chrétiens qu’il connaît. Le Japonais étant d’humeur voyageuse, il y a des néophytes qui disparaissent, au moins pour un temps, et qui cessent de figurer au tableau pendant une ou plusieurs années.
« Il faut bien le reconnaître, le catholicisme ne fait que des progrès très lents au Japon. A quoi cela tient-il ? Je réponds sans hésiter : au caractère de nos chers Japonais.
« Les sujets du mikado ont accueilli avec joie l’ingénieur, le soldat, le marin, le chimiste, l’électricien étranger, parce que, passionnés pour le progrès matériel, ils voulaient arriver à la civilisation et figurer parmi les grandes puissances. Ils ont montré récemment qu’ils savent se battre selon les principes de l’art militaire ; ils sont entrés dans le concert des nations.
« Ils se sont européanisés sans difficulté en moins d’un demi-siècle. C’était si commode, d’ailleurs. Un beau matin, au saut du lit : un chapeau, un pantalon, un gilet, un paletot, des bottines… et c’est fait, ou à peu près.
« Mais pour se christianiser il faut se dépouiller ; or, les Japonais n’ont pas encore appris ce dépouillement. Ni les Européens, ni les Américains, avec leurs livres historiques, littéraires, scientifiques, etc., n’étaient en mesure de leur enseigner cette science, la plus difficile de toutes pour un cerveau japonais. En effet, le casier religieux du cerveau nippon est sous l’influence d’une idée prédominante, celle du fara da se, qui exclut toute idée religieuse venant de l’étranger. Les récentes victoires du Japon, que le peuple attribue à la supériorité de ses dieux sur le Dieu des chrétiens, l’éloigne davantage encore de toute doctrine autre que le shintoïsme ou le bouddhisme, et surtout du catholicisme.
« La doctrine catholique, en effet, repose sur le principe d’autorité. Ce principe, nos Japonais l’admettraient peut-être, si le siège de cette autorité était au Japon : mais leur orgueil national s’oppose à ce qu’ils admettent qu’un étranger commande chez eux, en dehors de l’empereur.
« Tous les gens de la classe dirigeante pensent ainsi. Ceux de la masse ne sont guère mieux disposés. On rencontre des individus qui, dans les conférences et les conversations privées, se disent admirateurs convaincus de la doctrine catholique. Hélas ! après avoir dit : « C’est beau ! » ils s’empressent d’ajouter : « C’est trop difficile. »
« En 1905, les événements nous firent une situation bien délicate. Comme Français, nous étions censés alliés des Russes, et les esprits susceptibles éprouvaient de la défiance à notre égard. Peu à peu, cette hostilité sourde a disparu, grâce à la prudence des missionnaires et aux explications loyales qu’ils ne se sont pas fait faute de donner en toute occasion, mais particulièrement dans leurs conférences publiques.
« Le Japonais, orateur par nature, est toujours ravi d’entendre bien parler, et applaulit avec enthousiasme une conclusion qui découle d’une majeure solidement établie, d’une mineure surabondamment prouvée. Toutefois, après avoir ainsi écouté avec attention et applaudi des deux mains, il se contente de dire : « C’est beau, en théorie, mais, en pratique, c’est trop difficile.... », et il ne se convertit pas.
« Le terrible fléau de la peste a fait son apparition, cette année, dans la ville d’Osaka et aux environs ; toutefois, grâce aux mesures énergiques prises par l’administration, il n’a fait que peu de victimes.
« Notre champ d’action se trouve un peu rétréci, par suite de la cession du Shikoku aux PP. Dominicains de Manille ; mais il reste encore trop vaste pour nous, à cause de la pénurie de nos ressources.
« Les jeunes missionnaires qui, depuis quelques années déjà, se forment au ministère apostolique sous la direction d’un ancien confrère, sont désormais en état de voler de leurs propres ailes ; il serait temps de leur donner un poste. Pourquoi faut-il que notre pauvreté s’oppose à la création de nouveaux districts ! C’est là, pour moi, le sujet d’une grande anxiété. Je voudrais faire autant de curés de nos jeunes vicaires, et j’en suis empêché par le manque d’argent.
« Les impôts extraordinaires qui, d’abord, n’avaient été établis que pour la durée de la guerre, viennent d’être déclarés permanents. C’est donc le triple qu’il nous faut payer maintenant, et notre allocation reste la même...
« Les Frères de Marie poursuivent avec zèle et succès leur œuvre d’éducation à l’École de l’« Étoile Brillante ». Leur action se fait sentir plus spécialement sur la classe élevée. Ils ont acquis l’expérience et sont maintenant tout à fait à la hauteur de leur tâche. La confiance des parents leur est acquise ; les 500 élèves qui leur sont confiés en sont un témoignage bien consolant.
« Les religieuses du Saint-Enfant-Jésus ont, dans la mission d’Osaka, cinq établissements : un à Osaka, deux à Kobé, un à Kyoto et un à Okayama. Elles dirigent des écoles de langues et arts européens, des écoles primaires et supérieures, des ouvroirs et des orphelinats. Le tout est conduit avec un dévouement, une charité et un zèle admirables.
« L’année dernière, j’avais ordonné deux prêtres japonais. Hélas ! l’un d’eux est déjà aux prises avec la phtisie. Très intelligent et très pieux, ce bon prêtre donnait les plus légitimes espérances, et il va bientôt nous quitter pour aller au ciel. »
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