| Année: |
1907 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
IV. — Hakodaté
Population catholique 4.358
Baptêmes d’adultes 292
Baptêmes d’enfants de païens 342
Conversions de dissidents 2
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Les principaux événements de l’année 1906 à 1907, pour la mission de Hakodalé, sont le retour de Sa Grandeur, Mgr Berlioz, l’installation des Franciscains à Sapporo, des Pères du Verbe-Divin à Akita, l’incendie de Hakodaté et la mort de M. Chabauty (1).
(1) Voir notice nécrologique.
La diminution des aumônes de la Propagation de la Foi et des dons venant de France, l’accroissement du prix de toutes choses an Japon, le développement à donner aux œuvres déjà existantes, la création nécessaire d’œuvres nouvelles dans un pays qui évolue avec une telle rapidité, ont forcé le vénérable évêque de Hakodaté à prendre le bâton de pèlerin et à parcourir l’Europe et l’Amérique, et à tendre la main aux âmes catholiques et généreuses, pour l’entretien de ses missionnaires et la vie même de sa mission. Ce long et pénible voyage a pris plus d’une année.
Au mois d’août dernier, Sa Grandeur rentrait au Japon, épuisée de fatigue, mais heureuse de se retrouver au milieu de ces chrétientés du Nord, si fidèles et si fières de leur évêque. Ses quêtes lui avaient rapporté quelques ressources, à peine suffisantes pour parer aux besoins les plus pressants ; mais enfin, l’avenir se présentait moins noir, lorsque, quelques jours après, un terrible incendie vint dévorer la ville de Hakodaté, et ensevelir d’un seul coup, vingt fois la somme si péniblement récoltée à travers le monde.
En voici le récit tel que Monseigneur le transmet dans son compte rendu des travaux de cette année.
Hakodaté. — « Quoique le désastre, qui s’attache au nom de cette ville, soit un peu postérieur à la clôture du compte rendu, il faut bien en parler.
« Le 25 août dernier, nous célébrions dans la joie la fête patronale de Morioka et du Japon. Il y eut baptêmes d’adultes, messe pontificale ; et, en évoquant le souvenir du vœu de Mgr Forcade, du 1er mai 1844, nous consacrions de nouveau au très pur Cœur de Marie l’église de Morioka et toute notre chère mission. Nous étions loin de nous attendre à l’épreuve qui nous était réservée.
« Douze heures après, le tocsin sonnait à Hakodaté. Un homme, irrité contre sa femme, lui avait lancé à la tête une lampe à pétrole, qu’il avait sous la main. En un instant, le feu envahit les nattes, se communique aux écrans de papier et fait flamber la maison. Telle est l’origine du sinistre. Mais je vais laisser parler le cher M. Chambon, témoin oculaire et victime de l’incendie :
« Dans la nuit du 25 au 26 août, je fus surpris, à 10 h. ¼ , d’entendre les coups précipités « du toscin. Le vent est-sud-est soufflait depuis plusieurs jours ; et, depuis plus d’un mois, il « n’avait pas plu. L’incendie s’était déclaré à l’est, sur les bords de la mer. M. Ligneul était à « la mission. Je réveillai M. Anchen, et tous les trois, du premier, nous suivîmes attristés, mais « nullement inquiets, les premiers progrès du feu. A 11 heures, le foyer s’était élargi « considérablement. La ville basse était couverte d’une nuée d’étincelles, chassées par le « vent jusqu’au port. A minuit, l’embrasement était général et tel que nous commencions à « perdre espoir. Nous fîmes les premiers préparatifs. M. Anchen consomma les saintes « Espèces, et je donnai de mon côté la communion aux religieuses, prenant moi-même tout ce « qui restait de saintes Hosties. Déjà, avec l’aide de M. Ligneul, qui, malgré son état de « faiblesse, nous prêta si courageusement son concours, nous avions fait de nos registres une « première caisse, et, sans arrêt, nous sortions tout ce que nous pouvions de l’église et de la « mission, pour le porter au jardin, près des arbres. Des amis accouraient vers nous, les uns « nous rassurant, les autres nous faisant part de leurs malheurs.
« Devant ces flots envahisseurs, l’incendie chassait une cohue criante vers notre église et la « montagne. A ces appels de gens se recherchant, se mêlait le crépitement des flammes, « parcourant çà et là le faîte des toits pour sy accrocher, l’explosion des cartouches et des « réserves de poudre chez les armuriers, le sifflement des rafales de flammes. La pluie de « flammèches du commencement s’était changée en une grêle de tisons, qui tombaient en fusant sur les bagages des pauvres gens attardés.
« Les quartiers voisins étaient en feu. La mission allait flamber. Depuis deux heures on « arrosait le temple bouddhique, situé au bas de notre église ; mais les flammes « impitoyablement s’en emparaient, et toute espérance pour nous était perdue. Notre position « même n’était plus tenable. Entouré d’étincelles, M. Ligneul jetait de l’eau sur nos bagages, « qui s’allumaient çà et là. Derrière notre clôture, des centaines de personnes ignoraient le « danger qu’il y avait d’attendre encore.
« L’école des Sœurs s’embrasait. Je ne pouvais plus m’y rendre. Il fallait fuir. Saisissant « nos calices avec la malle de nos registres, MM. Ligneul, Anchen et moi, nous dûmes « franchir avec beaucoup de peine la barrière garnie de pointes de fer qui nous arrêtait. C’était « impossible de sortir par le portail.
« Il était 1 heure du matin. La mission brûlait au milieu du crépitement des feuilles de tôle « qui la recouvraient. Protection illusoire en un tel sinistre. L’église était comme auréolée « d’une fumée noirâtre, parsemée d’étincelles. L’embrasement était imminent.
« Poussés par le flot des fuyards, laissant à chaque pas quelques colis, aussitôt consumés, « nous gravissons la montagne. Des milliers de personnes s’y trouvaient déjà. Nous pûmes « rencontrer les religieuses, leurs enfants, des chrétiens et le pauvre catéchiste, malade et « accroupi de lassitude sur ses couvertures.
« En rendant grâce à Dieu de nous avoir sauvé la vie, nous parcourions du regard le maigre « butin que nous avions pu ravir à la rapacité des flammes.
« Un pauvre insensé passant devant les groupes, muets de fatigue et de stupeur, criait, « hurlait comme un fauve, et ajoutait à l’horreur de cette nuit d’incendie.
« Quelques heures plus tard, nous avons voulu revoir ces lieux, où fut le plus beau poste de « la mission. La descente fut pénible. Tôles tordues, froissées, brûlées, jetées çà et là, « ferrailles noircies, cendres fumantes, feuillets de livres calcinés et arrachés avant « combustion complète, débris de cuivre rouge marquant l’emplacement des caisses sorties, « tessons de porcelaine s’effritant sous nos pieds, gouttes de bronze figées éclaboussant le « palier de l’église, marquant l’endroit où était tombée la cloche, arbres dépouillés, noircis, à « l’écorce arrachée et pendante...
« C’était tout ce qui restait de l’église, de la maison, des ornements, de la cloche, du jardin, « de tout ce que nous possédions.
« La ville était encore en feu. Les rues étaient comme barricadées par les fils innombrables « des télégraphes, téléphones et de l’électricité. A grand’peine, nous traversâmes ce désert, où « soufflait un vent dangereux.
« Vers la mairie, nous retrouvâmes les premières maisons restées debout. Une heure après, « nous étions à Kaméda, où nous attendait l’hospitalité si réconfortante de M. Favier.
« Vu de Kaméda, l’incendie avait paru un cataclysme sans probabilité de salut pour « personne. Aussi, le cher confrère nous avait recommandés à Dieu au memento des vivants et « à celui des morts.
« Des morts ? Il y en eut, hélas ! Combien ? La statistique officielle n’en accuse que onze. « Mais, elle ajoute ce détail inquiétant, qu’on est sans nouvelle de plusieurs centaines de « personnes. Il faut croire que quelques-unes se sont enfuies sans laisser leur adresse. Quant « aux autres, n’auront-elles pas eu la retraite coupée par le feu ? Ne seront-elles pas tombées « asphyxiées ? Les impotents, les malades, les enfants, les téméraires aussi, auront-ils pu « sortir à temps de cette immense fournaise ? Il est bien à craindre que non. Il est permis de « supposer aussi que les survivants de ces familles auront jugé plus commode de garder le « silence sur la perte de ceux qu’ils n’ont pu sauver.
« Treize mille maisons avaient disparu, ou ne laissaient que des pans de murs en ruine. « Douze écoles sur dix-huit, sept hôpitaux, la poste et la police centrales, la préfecture, le « téléphone, les docks de la Yusen-kwaisha, qui brûlent encore, sont les ruines principales.
« Quatre jours après le sinistre, malgré le nombre considérable des émigrés, malgré le « refuge donné dans les temples, les écoles et les maisons privées, qui étaient restées debout, « quatre mille personnes se trouvaient sans abri.
« Dans une première lettre, Votre Grandeur, espérant que l’église était sauvée, et « s’affligeant des misères de ce peuple, ne doutait pas que je l’eusse mise à la disposition des « sinistrés. Le bon Dieu sait que nous n’aurions pas manqué de le faire. Il nous a privés de ce « suprême bonheur de pouvoir secourir les autres.
« Espérons que l’épreuve tournera au bien des âmes et que la croix ne tardera pas à briller « de nouveau à Motomachi. La sainte Vierge de votre jubilé reste seule sur le rocher, au « milieu des ruines. Elle garde la place, cette place qui vous fut si chère ! Puisqu’il ne s’agit « que de ruines matérielles, la bonne Mère aura des messagers qui nous aideront. »
« Depuis que M. Chambon a écrit cette lettre, ajoute Mgr Berlioz, des anges de charité sont venus, en effet, nous apporter une première consolation. Merci, tout d’abord aux bien-aimés confrères de la Société, qui, de tous les postes de notre mission, de Tokio, des Procures et de Paris, nous ont donné de si touchantes preuves de leurs sympathies ! Merci à nos chers Pères Trappistes et à leurs dignes Sœurs de Notre-Dame des Anges, qui ont pourvu au plus pressé et avec abondance, pour la nourriture et le logement. Combien nous avons été édifiés de voir nos pieuses Sœurs cisterciennes, demander à admettre dans la clôture les orphelines des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, avec les religieuses chargées d’elles ! Une fois admises, nos petites Japonaises se sont fait une loi de garder le silence, pour ne pas troubler la paix du cloître.
« Qui sait si ce séjour momentané ne sera pas plus tard, pour quelques-unes d’elles, le germe de la vocation monastique ?
« Merci à MM. les Marianistes de Tokio, qui, malgré les dépenses entraînées par les œuvres qu’ils entreprennent, ont trouvé le moyen de nous destiner une généreuse aumône ! Merci à tous nos autres bienfaiteurs présents et futurs ! Leur première récompense sera de voir nos établissements de Hakodaté se relever bientôt. Notre confiance est d’autant plus grande, que nous allons entrer dans l’année jubilaire de Notre-Dame de Lourdes : Gaudium annuntiabit universo mundo ! Elle aura sa part de joie aussi, la cathédrale située à l’extrémité de l’Extrême-Orient, puisqu’elle est placée sous le vocable de l’Immaculée-Conception. »
Akita. — Installation des Pères du Verbe-Divin. Depuis longtemps Sa Grandeur Mgr Berlioz désirait des auxliaires, auxquels les œuvres de la jeunesse seraient confiées. Lors de son voyage en Europe, une de ses premières préoccupations, après en avoir conféré avec Son Éminence le cardinal Gotti, préfet de la Propagande, et obtenu son assentiment, fut de chercher des hommes aptes à mettre son plan à exécution. Il s’adressa au vénéré fondateur de la société du Verbe-Divin, qui entra pleinement dans ses vues, et se mit aussitôt en mesure de préparer la fondation d’une maison de son Institut au Japon. La ville d’Akita était toute désignée pour recevoir ces pieux ouvriers évangéliques, privée qu’elle était de titulaire, depuis la mort du regretté M. Cussonneau.
Le T. R. P. Janssen a envoyé trois excellents religieux, qui sont actuellement tout à l’étude du japonais, et se hâtent d’avoir les éléments nécessaires de cette langue, pour fonder leur œuvre de jeunesse et donner des leçons de français, d’anglais et d’allemand. Ils se trouveront ainsi en contact avec l’élite de la jeune génération, dont ils formeront nécessairement le cœur en éclairant l’intelligence.
Sapporo. — Installation des Pères Franciscains. La bonne Providence vient d’envoyer à Sapporo les religieux de saint François. Installés à peine depuis quelques mois dans leur petit couvent, qui eût fait les délices du patriarche d’Assise, voilà qu’ils sont déjà populaires, — populaires dans le monde si intéressant des étudiants.
Dès qu’ils se furent mis à leur disposition pour l’enseignement de l’anglais, du français et de l’allemand, les demandes d’admissions devinrent si nombreuses, qu’il fallut les proportionner au personnel et au local, et l’on dut se limiter à admettre seulement ceux qui avaient une notion suffisante de ces trois langues. Après quelques jours, on comptait déjà 75 inscrits.
Ces heureux commencements nous donnent bon espoir pour l’avenir, d’autant plus que Sapporo est une ville d’étudiants. Si l’enseignement des langues a pour conséquence l’œuvre des « Geshukuya » (maison de famille) et plus tard un collège proprement dit, il est permis de croire que l’élite de la prochaine génération sera amenée à notre sainte religion.
Miyagi-ken. — Après avoir rappelé les principaux événements qui intéressent sa mission, Mgr Berlioz nous conduit à travers les districts et place sous nos yeux les travaux de chaque missionnaire. Cette étude nous fait vivre de la vie même de l’ouvrier apostolique. On est témoin de ses efforts, de ses plans, de leur mise à exécution, des résultats. On partage ses peines, ses espérances et ses joies.
Notre première visite est due au provicaire, qui exerce son zèle non seulement en prenant une large part à l’administration de la mission, mais encore en travaillant comme missionnaire, dans le vaste district qui lui est spécialement confié.
M. Jacquet avait annoncé, l’an dernier, un vrai mouvement. de conversions dans le sud de Miyagi-ken. Grâce à Dieu, nous pouvons constater que ses espérances se sont réalisées, et il a la joie d’enregistrer 128 baptêmes d’adultes. La famine a été un moyen dont la divine Providence semble s’être servie pour attirer ces âmes dans le chemin de la vérité. Le missionnaire regrette vivement de n’avoir pas eu un catéchiste à envoyer dans la partie nord du district. Les populations y sont également bien disposées, et, sans nul doute, la moisson y aurait été abondante.
Les néophytes sont devenus à leur tour apôtres, et ils déploient un zèle au-dessus de tout éloge pour gagner à Jésus-Christ leurs parents, leurs amis et même leurs connaissances des villages voisins. Le bon vieux Joachim Sato, cultivateur aisé de Nagano, qui s’est déchargé du soin de l’exploitation de ses terres, se fait remarquer entre tous par son esprit de foi et de prosélytisme. Tout son temps est consacré à l’étude des livres de religion, ou à l’évangélisation. Il est touchant de le voir prendre avec lui son bento (dîner) et partir dans les villages environnants, cherchant quelque homme de bonne volonté, qui consente à recevoir la parole de vérité. Vingt baptêmes ont été la récompense de ses fatigues.
A Kanagase, la famine avait donné l’occasion au missionnaire de secourir un certain nombre de malheureux, « grâce à un don généreux » de Son Éminence le cardinal Gotti. La reconnaissance a ouvert les cœurs, elle a éveillé la faim et la soif de la justice chez un bon nombre. Il a fallu leur élever un petit oratoire, et, le jour de sa bénédiction, cinquante adultes y ont reçu le baptême.
« Les chrétiens de Sendai progressent visiblement en ferveur ! les offices sont mieux suivis et les sacrements fréquentés plus régulièrement. » A l’article de la mort,36 personnes ont été baptisées, et 17 adultes régénérés ont accru le chiffre de la chrétienté. La mission a acquis un terrain pour en faire un cimetière. « L’école primaire de la Sainte-Enfance prospère. Elle compte une centaine d’enfants de païens, qui suivent tous les offices religieux. »
Le collège d’enseignement secondaire des Sœurs de Saint-Paul a été reconnu officiellement au mois de mars dernier, par le ministre de l’instruction publique. On y donnera les mêmes diplômes que dans les écoles du gouvernement. Cette école est appelée à rendre de grands services, pour l’éducation des jeunes filles de la haute société.
Les Sœurs infirmières continuent à se dévouer au service des malades. C’est à elles que nous devons nos 86 baptêmes in articulo mortis.
Iwaté. — M. Reynaud a parcouru tout le département d’Iwalé, le plus étendu de l’empire. Que de fatigues et de peines, ce cher confrère n’a-t-il pas endurées, pour faire l’administration des postes semés dans les montagnes ! Il a rencontré aussi de douces consolations. Il aurait voulu pouvoir disposer de plusieurs catéchistes, pour mieux instruire les chrétiens isolés et les enfants abandonnés au milieu des païens. Nous ne doutons pas que la divine Providence, en laquelle il a une si grande confiance, ne lui vienne en aide pour réaliser son dessein.
Morioka. — La population de Morioka se fait remarquer par beaucoup de qualités naturelles. Il semble qu’elle est mûre pour s’attacher à l’évangile, et cependant les conversions se font difficilement ; l’heure de Dieu n’est pas encore venue. Elle a souffert de la famine de 1904 et diminué d’une manière fort sensible. Cinquante trois chrétiens et plusieurs catéchumènes ont quitté la ville, chassés par la misère.
Le missionnaire jouit d’une grande influence dans le peuple, auprès des autorités civiles et des membres de l’enseignement, au point qu’il a été invité à faire partie de la Société pédagogique.
Les chrétiens sont bons. Ils se soutiennent par des réunions et conférences mensuelles, qui se tiennent dans chaque famille à tour de rôle. Selon l’usage du pays, cinq ou six orateurs prennent successivement la parole, traitant différents sujets, répondant aux objections courantes, ils s’encouragent au bon combat et s’excitent à la conversion des païens.
« Le dispensaire des Sœurs de Saint-Paul maintient sa vieille réputation, comme le prouve le chiffre de 17.908 malades, qui ont été secourus. Les pieuses et dévouées infirmières ont préparé la voie au baptême de 188 mourants. L’école a 248 élèves ; c’est un nombre supérieur à celui de toutes les années passées, et qui réjouit le cœur des vaillantes maîtresses, qui luttent avec tant d’avantage contre une autre école libre, établie depuis quelque temps dans le quartier voisin. »
Fukushima. — M. Deffrennes prépare avec un très grand soin 21 nouveaux catéchu-mènes. « Si je ne les ai pas encore baptisés, dit-il, c’est que je tiens à ce qu’ils sachent « parfaitement le catéchisme, et soient prêts à remplir tous leurs devoirs de chrétiens, la « confession inclusivement. » Il ajoute, pour donner un exemple de la puissance de la grâce, le récit de la conversion d’un lépreux : « Parmi eux se trouve un pauvre lépreux, qui, ne sachant « ni lire, ni écrire, a su s’ingénier pour apprendre le mot-à-mot du catéchisme. Ce lépreux est « devenu aujourd’hui l’exemple de son village. Et cependant, quel chemin n’a-t-il pas dû « parcourir pour arriver à conformer sa vie aux préceptes de l’évangile ! Irascible, batailleur, « craint et détesté de tout le monde, il était la peste du village, moins par sa lèpre, que par son « mauvais caractère.
« Lors de la famine de 1905, il fut du nombre de ceux que nous eûmes la consolation de « soulager, et c’est à cette occasion qu’il fut amené à la religion. A mesure qu’il s’instruisait, « un grand changement s’opérait en lui. De colère qu’il était, il devint doux et patient ; il « souffrait plus courageusement sa maladie et supportait mieux l’aversion dont il était l’objet.
« La Passion de Notre-Seigneur devint le sujet préféré de ses pensées et de ses conversations. Il trouva, en se l’entendant lire, les consolations qui lui étaient si nécessaires, et
il y puisa la force de se corriger. Ce changement si extraordinaire ne pouvait passer inaperçu. Il émut le village et les alentours. On sut qu’il fréquentait l’église catholique, et on ne tarda pas à attribuer sa conversion à l’influence de notre sainte religion. Un païen demanda sur-le-champ à se faire chrétien lui-même, et je me suis laissé dire par mon catéchiste que d’autres suivraient cet exemple. Fiat ! »
Wakamatsu. — Le pays d’Aizu comptait, au dix-septième siècle, de nombreux et vaillants chrétiens. M. Corgier ne désespère pas de faire briller de nouveau le flambeau de la foi, sur cette population au caractère courageux et fier. Deux fois la semaine, en deux endroits différents, le missionnaire donne des conférences aux païens. « C’est là, dit-il, un excellent « moyen pour faire connaître notre sainte religion et faire tomber les préjugés. Là, on peut « causer, interroger et être interrogé tout à son aise, devant le hibachi (le brasero). »
Niigata. — A Niigata, les fidèles et surtout les orphelines des religieuses, s’attachent avec une piété touchante à se conformer au désir du Saint-Père, et s’approchent souvent de la table sainte. Ils se fortifient ainsi pour le bon combat et attireront les bénédictions sur cette population de viveurs, où le bien se fait plus lentement que le missionnaire ne le voudrait.
Les Sœurs se livrent avec une activité admirable à l’œuvre des malades. Elles ont eu la consolation d’administrer 21 baptêmes in articulo mortis, « chiffre, qui a bien son mérite, dit « M. Marion, si l’on considère les circonstances de lieu et de temps » .
Un grand exemple de patience et de résignation chrétienne est donné à cette paroisse par un pauvre vieillard, l’image vivante du saint homme Job.
Tsurugaoka.. — Les chrétiens de Tsurugaoka donnent pleine satisfaction à M. Hervé. Les confessions et les communions répétées sont de plus en plus nombreuses. Le ministère auprès des païens donne des consolations, mais au prix de quel travail ! Ils lisent volontiers les livres de religion, et tout spécialement la Revue catholique.
Yamagata. — M. Dalibert a acheté dans des conditions très favorables un beau terrain pour y construire un kyokwai (lieu de réunion). Il a su se ménager de cordiales relations avec les officiers de la garnison, qui l’invitent parfois à leurs fêtes. Les autorités civiles elles-mêmes sont pleines de bienveillance à son égard, et il sait s’en servir pour la plus grande gloire de Dieu elle salut des âmes. Une longue fatigue l’arrête dans son ministère, et a limité à 10 le nombre de ses baptêmes. Mais il lui reste quelques catéchumènes et plusieurs enfants qui se préparent avec soin au sacrement de la régénération.
Hirosaki. — Hirosaki compte plusieurs catéchumènes sérieux. C’est surtout parmi les jeunes gens, que la grâce de Dieu semble chercher les élus. Le poste de Kuroishi se réveille aussi au sentiment religieux. Un grand nombre de païens aiment à lire les livres de religion. Plusieurs étudient en vue de recevoir le baptême.
L’œuvre des enfants, instituée par M. Montagu, porte ses fruits. Chaque dimanche, 60 à 70 petits païens se réunissent à la mission, pour suivre des instructions mises à leur portée.
Les chrétiens retirent un grand profit de la communion fréquente, très en honneur parmi eux.
Aomori. — M. Faurie, grâce à ses connaissances très étendues en histoire naturelle, et tout spécialement en botanique, s’est créé une situation hors pair dans le monde de l’enseignement à Aomori. D’ailleurs, ses travaux sont connus dans le monde entier. Il s’est ainsi acquis des ressources considérables, qui lui ont permis d’établir plusieurs postes dans sa province. Il vient d’être désigné pour visiter les chrétiens de l’île Sakhaline, pour la partie nouvellement annexée au Japon. Son zèle et son activité, qui semblent se multiplier avec les années, sauront lui donner les moyens de les retrouver tous, de leur donner les secours de la religion et de les grouper pour en former une chrétienté sérieuse.
M. Biannic seconde M. Faurie dans ses œuvres et reste tout spécialement chargé du district, pendant la longue absence de celui-ci.
Oshima. — « A l’automne de 1906, écrit M. Chambon, les Révérends Pères Trappistes, « sur un terrain loué à d’excellentes conditions, établirent près d’Ono un pied-à-terre. « L’élevage prospère dans cette plaine parsemée de villages, et les paysans sont tout heureux « d’avoir un débouché pour vendre leur lait à la fromagerie qui vient d’y être installée. Une « famille d’ouvriers du monastère vint y habiter. Quelques autres, poussées par les hasards de « nombreux déplacements, s’y fixèrent également. Tout l’hiver, je m’y rendis souvent, « admirablement secondé par le cellerier des Pères, le Père Jean-Baptiste. Chaque fois je « réunissais les voisins et les connaissances. La conversation passait volontiers du laitage aux « questions religieuses. Tantôt je faisais une petite conférence, tantôt j’intéressais ces braves « gens par des projections. La salle se trouvait alors trop petite. « Bref, voilà une nouvelle « chrétienté qui se fonde sous les auspices du monastère. Puisse-t-elle se développer et imiter « la ferveur de celle qui a été formée à Notre-Dame du Phare ! »
Sapporo. — « L’œuvre du catéchisme, qui est, dit Mgr Berlioz, la note caractéristique de cette chrétienté, continue à porter ses fruits de plus en plus. Nous arrive-t-il d’aller faire une visite à Sapporo et d’y célébrer la sainte messe, nous nous demandons si nous ne nous trouvons pas dans une communauté religieuse d’un nouveau genre. J’aime à penser que c’est pour récompenser la ferveur et la fidélité de ces néophytes, que la bonne Providence y a envoyé les religieux de saint François. »
Otaru. — « M. Cormier, chargé de ce poste, rapporte, dans son compte rendu, un fait curieux : « Une païenne illettrée, très hostile à notre sainte religion, peut-être parce que sa « belle-mère était chrétienne, avait une maladie d’estomac très douloureuse, contre laquelle « tous les remèdes jusque-là étaient restés impuissants. Or, une nuit pendant son sommeil, elle « vit le buste d’une dame au voile bleu, se pencher vers elle et lui dire : « Adorez Dieu et vous « guérirez. — Comment dois-je l’adorer ? » demanda la malade. Alors la dame fit le signe de « la croix et récita trois fois le Pater en japonais. Elle lui donna ensuite à boire et ajouta : « « Sans recourir au médecin, vous guérirez. — Si je guéris, répond la malade, je ferai tout ce « que vous me direz. » Alors l’apparition s’évanouit et la malade se réveilla. Elle eut « l’impression que ce songe était extraordinaire. Aussi, le matin, en faisant sa toilette, le texte « du Pater, qu’elle avait entendu en songe, lui revint en partie à la mémoire. Inconsciemment « elle répétait les premières phrases, dont elle se souvenait. Son mari et son fils, tout intrigués « de l’entendre redire cette prière, voulurent en connaître la raison. Elle leur raconta son songe « de la nuit. De fait, en se levant, elle se trouvait mieux ; le soir, la guérison était complète.
« Quelques jours après, le catéchiste passant devant la maison, elle l’appela pour lui « demander si, dans la religion chrétienne, il y avait une prière commençant par les mots « qu’elle avait retenus et récitait. Les explications furent données ; et, toute joyeuse, cette « brave femme s’est mise avec ardeur à l’étude de tout le Pater et du catéchisme. »
Mororan. — « A Mororan, les difficultés du ministère naissent tout spécialement de l’instabilité de la population. C’est la partie du Yéso où se retrouve le plus fort groupement des Ainos, population aborigène du Japon, gens doux et tranquilles, avec leur religion, leurs usages particuliers et dont l’esprit est assez peu ouvert. M. Dossier, s’est mis courageusement à l’évangélisation de ces contrées. Mais son activité aurait besoin, pour produire tous ses fruits, du secours d’un catéchiste dont il a été privé jusqu’à présent, faute de ressources nécessaires pour le payer.
Asahigawa. — « Asahigawa est le dernier poste de la mission au nord du Yeso. Le missionnaire rencontre de grandes difficultés à fixer ses chrétiens dans le pays. Ce sont en grande partie des colons qui cherchent fortune, passent et repassent d’un lieu à un autre. M. Hutt raconte un touchant exemple de deux d’entre eux, qui ont dû s’exiler pour cause de leur foi. « Un païen vit avec horreur son fils aîné embrasser la religion chrétienne. Tous les « moyens furent employés pour le faire apostasier mais sans succès. Le père prit le parti de se « taire. Mais, après l’aîné, c’est le second fils, et finalement sa femme elle-même, qui se « mettent à étudier le catéchisme. N’y tenant plus, il brisa croix et statues, brûla les images « religieuses et interdit l’accès de sa maison à ses fils et petits-fils, qui durent chercher un abri « dans une masure ouverte à tous les vents, et cela par un froid de 35º au-dessous de zéro.
« Combien je fus édifié de les trouver tous heureux de souffrir pour le nom de Notre-« Seigneur ! Je n’ai pas eu besoin de les exhorter à rester attachés à leur foi. Cependant cette « situation était trop précaire. Aux environs de Pâques, ils partirent pour l’île Sakhaline. « Depuis, il m’ont écrit plusieurs fois. Leurs lettres m’ont consolé, mais je le serais bien « davantage, s’ils revenaient au bercail du district d’Asahigawa ! »
Notre-Dame du Phare. — « En appelant les Cisterciens et les Cisterciennes au Japon, Sa Grandeur Mgr Berlioz avait devant les yeux le bien opéré par les fondateurs de cet ordre fameux au douzième et au treizième siècle. A cette époque 1.700 monastères se trouvaient disséminés sur le sol de notre vieille Europe. Autour de ces monastères se groupaient les populations, que les moines civilisaient et christianisaient, en même temps qu’ils les rendaient laborieuses et honnêtes, défrichant avec elles les terrains marécageux et incultes, que les princes et les rois cédaient à ces vaillants pionniers de la prière et de la pénitence.
Ce que firent jadis les moines, les Trappistes sont appelés à le faire au Japon. Déjà ils sont à l’œuvre et comptent des succès. Quinze indigènes goûtent aujourd’hui avec nos religieux, français pour la plupart, les douceurs de la contemplation. Ce genre de vie, mélangé de prière, d’étude et de travail manuel, plaît tout particulièrement aux Japonais. Leur naturel doux, conciliant, leur respect de l’autorité et d’autres qualités encore, les rendent vraiment aptes à la vie religieuse.
En outre, sur les dépendances du monastère a pris naissance une petite chrétienté très fervente. Les Révérends Pères Trappistes ont cédé à des familles païennes un lopin de terre et une modeste habitation. Elles sont vite devenues chrétiennes. C’est une douce consolation de les voir, chaque dimanche, hommes, femmes et enfants, arriver à la petite chapelle, parfois sous une pluie battante ou enfonçant dans la neige jusqu’aux genoux, de les rencontrer par les chemins égrenant leur rosaire, de savoir que chaque soir la prière se récite en famille.
« Les Révérends Pères Trappistes avaient aussi un orphelinat agricole. Hélas ! ils ont dû le fermer et renvoyer les enfants pour un temps, afin d’occuper eux-mêmes leur logement, après un incendie qui a dévoré le monastère. Depuis ce jour inoubliable du 29 mars 1903, il n’a pu être relevé de ses ruines. Nos bons religieux viennent de mettre la main à l’œuvre, mais ils sont dans un grand embarras, car ils n’ont pu encore recueillir les ressources que demande cette entreprise dispendieuse. Tout en connaissant bien la sainte pauvreté, le belle Dame de saint François, ils placent leur confiance dans la Providence, et espèrent pouvoir affermir cette fondation de Notre-Dame du Phare, et même essaimer dans un avenir plus ou moins prochain.
« Les Soeurs Cisterciennes sont moins comprises. Les Japonais s’expliquent plus difficilement cette vie pour des femmes. N’empêche que quelques jeunes filles bien douées ne se trouvent heureuses que dans ce cloître. Elles sont pieuses, et le cœur de Notre-Seigneur doit être content d’elles, car elles passent de longs moments aux pieds de Jésus-Hostie. Bref, elles font la consolation de leur supérieure, qui a su gagner leurs cœurs , chose capitale, surtout au Japon.
« Daigne le Seigneur envoyer à ces deux monastères de nombreuses vocations, et permettre qu’ils réalisent au plus tôt sur la terre du Japon, ce que l’histoire impartiale a dit des moines d’Europe : « Qu’ils l’ont défrichée, civilisée et christianisée. »
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