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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Japon
Mission: Nagasaki

II. — Nagasaki

Population catholique 43.709
Baptêmes d’adultes 381
Baptêmes d’enfants de païens 721
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La mission de Nagasaki se glorifie à juste titre de ses belles paroisses, formées de groupes compacts de chrétiens, descendants des martyrs, et dont la fidélité à observer toutes les prescriptions de notre sainte religion peut être donnée en exemple à beaucoup de catholiques des vieilles nations chrétiennes. Dieu récompense dans les enfants la foi que leurs parents ont signée de leur sang et proclamée au milieu des tourments.
Les missionnaires chargés de ces paroisses sont absorbés par le ministère quotidien de la visite des malades, de la formation chrétienne de la jeunesse et de l’administration des sacrements. A côté d’un travail, la plupart du temps excessif, ils trouvent de douces consolations dans la piété et le zèle des chrétiens pour le salut de leur âme. S’ils ont une tristesse au cœur, c’est de ne pouvoir s’occuper directement de la conversion des païens. La plupart de ces grandes chrétientés se trouvent dans les îles Goto et dans les environs de Nagasaki. Au loin, c’est le monde tout païen, où émergent, çà et là, quelques groupes de fidèles, récemment convertis. Les missionnaires qui se consacrent à ce ministère d’évangélisation sont des semeurs ; et ils sèment dans les larmes, en attendant le jour où ils porteront les gerbes de la moisson, en chantant le cantique de l’allégresse. Cependant la divine Providence sait déjà leur donner un peu de joie, eu leur montrant les prémices de la grrande récolte.
« Quand la charité catholique, écrit Mgr Cousin, évêque de Nagasaki, demande à ces missionnaires, d’un ton découragé, presque défiant, quels fruits rapportent les travaux de leur apostolat, et pourquoi tant de sacrifices pour de si maigres résultats, ils empruntent avec M. Gracy, pour répondre à cette question troublante, les paroles d’un vieux missionnaire du Canada, dont l’application à notre état actuel n’est pas difficile à faire : « Partout et aussi bien « en France qu’au Canada, il faut semer avant de moissonner et planter avant de recueillir, et « ne pas être si impatients qu’on veuille, comme les usuriers, le profit aussitôt que le prêt. « Quand même, au service de Dieu, il n’y aurait que dépenses et travaux, ils sont eux-mêmes « d’assez grands émoluments et salaires, pour être les preuves et l’exercice de notre devoir et « de notre pieuse volonté envers notre libéral donateur de toutes choses, notre Dieu tout-« puissant... Quant à moi, j’estime que c’est un grand fruit que la confiance, l’estime et « l’amitié que ces peuples ont pour les Français. Car il faut toujours mettre cette base et ces « colonnes avant d’élever le chapiteau, et savoir en faire des amis, avant de les avoir pour « frères. » A toutes les âmes généreuses, continue Sa Grandeur, j’ose donc demander de joindre à la charité matérielle le don d’elles-mêmes par la prière et le sacrifice, pour obtenir la conversion des Japonais, que saint François-Xavier appelait : les délices de son coeur. Voilà un denier précieux que tout catholique de bonne volonté peut verser sans peine à la caisse de la propagation de la Foi.
« Le district de Higo a son centre à Kumamoto et comprend trois autres centres d’action, avec chacun un missionnaire et une communauté religieuse. C’est une organisation parfaite, qui permet d’entreprendre des œuvres impossibles ailleurs. Il y a ici une léproserie, là un hôpital, partout un dispensaire, un ouvroir, etc. Ces différentes œuvres, qui mettent directement le baptême à la portée d’un bon nombre d’enfants et d’adultes en danger de mort, rendent encore à la religion le service de lui concilier peu à peu l’esprit des populations qui en sont témoins, en dissipant d’abord les préjugés et, finalement, en leur faisant estimer une doctrine qui se présente sous le manteau de la charité et du désintéressement. C’est ainsi que M. Lemarié écrit de Yatsushiro :
« Il y a quelques années à peine, on nous insultait dans les rues et jusque chez nous. On « nous jetait des pierres. Nous étions un sujet de scandale à cause de la croix du Sauveur que « nous prêchions. Depuis, cette haine a fait place d’abord à l’indifférence ; maintenant on « nous témoigne de la confiance et du respect. Profitant de cet état de choses, nous n’avons « pas hésité à planter la croix sur les tombes de nos défunts, et, actuellement, dans cinq « cimetières de la ville, vous pourriez la voir élever ses bras par-dessus les pierres tombales « des païens, sur lesquelles sont gravés d’affreux bouddhas ventrus, aux longues oreilles « pendantes, aux figures allongées et mortes. »
Le même missionnaire rapporte un fait, qui a été pour ses chrétiens la source d’une nouvelle ferveur. « Le 27 mars dernier, une jeune poitrinaire très pieuse quittait ce lieu d’exil. La veille de sa mort, avec l’admirable foi et la lucidité d’esprit qu’elle garda jusqu’à la fin, elle s’écria toutà coup : « Je vois l’Enfant Jésus, Marie et saint Joseph, toute la sainte Famille « qui vient me chercher. Quel bonheur ! La sainte Famille est là vers cet arbre, que vous « voyez à quelques pas. Et comme preuve de la vérité de mes paroles : Toi, qui as l’honneur « d’abriter ce divin trésor (c’était un pamplemousse), tu n’as plus rien à faire ici. Quand je « serai morte, tu mourras aussi. » De fait l’arbre, qui était magnifique à ce moment-là, est « actuellement complètement desséché. »
Dans le même district, à Hitoyoshi, M. Brenguier se félicite du précieux concours que les religieuses lui donnent dans le travail de l’évangélisation. Quoique leurs œuvres soient encore dans un état précaire, elles récoltent déjà des fruits consolants. Une centaine de personnes ont reçu la semence divine dans les catéchuménats. Plusieurs continuent de s’y instruire et se préparent au baptême. Chaque jour, 20 à 25 malades viennent au dispensaire. L’an passé, ils n’étaient que de 10 à 16. L’ouvroir est fréquenté par 16 jeunes ouvrières, contre 4 ou 5 dans le cours de l’exercice précédent.
Ces œuvres étendent chaque jour l’influence du missionnaire et familiarisent les esprits avec la pensée du christianisme. Elles les préparent à répondre à la voix de Dieu, le jour où sa grâce parlera aux cœurs de ces pauvres païens.
A Kumamoto, le centre du district, le P. Paul Fukahori, chargé du ministère sous la direction de M. Corre, remarque dans la population, surtout parmi les étudiants, un intérêt prononcé pour les questions religieuses, puis il ajoute : « Nombreux sont ceux qui assistent à « nos conférences et nous écoutent, rares sont ceux qui croient ce qu’ils ont entendu, et, plus « rares encore ceux qui pratiquent ce qu’ils croient être la vérité. Un des obstacles, c’est la « difficulté que nos chrétiens, encore en trop petit nombre, ont à contracter mariage. Les partis « qui leur conviendraient se dérobent, quand apparaît la question religieuse. Il arrive même « que de jeunes ménages seraient disposés à se faire chrétiens, mais, devant l’opposition des « vieux parents, tout en reste là. De telle sorte qu’après avoir travaillé toute l’année, nous « n’avons pas pu dépasser le nombre de 20 baptêmes d’adultes, en dehors de ceux que les « religieuses ont fait administrer à l’article de la mort. »
Le P. Fukahori rapporte ensuite le trait édifiant d’une jeune fille, enfermée par sa mère et soumise à mille vexations et à de cruels traitements pendant plusieurs mois, pour la forcer à épouser un païen. La courageuse enfant résista vaillamment et fit volontiers le sacrifice d’une belle position qu’on lui offrait, pour conserver sa religion.
Le nombre total des baptêmes d’adultes, dans le district, s’élève à 155, dont 125 à l’article de la mort.
Au sud du Higo, est le grand district de Satsuma, confié à MM. Raguet et Cavaignac. L’oratoire provisoire de Kagoshima sera bientôt remplacé par une chapelle en pierre, plus digne de rappeler le souvenir de saint François-Xavier. M. Raguet y met tout son cœur. M. Cavaignac, de son côté, a acheté un terrain à Sendai, son centre d’action. Il y bâtit actuellement une chapelle, une résidence et une salle de conférences. Leur action sur le monde païen s’étend et il n’est pas douteux que, grâce à l’intercession de saint François-Xavier, ils récolteront bientôt les fruits de leurs travaux, qui leur valent déjà ce consolant éloge de leur évêque : « Ces deux confrères ont bien mérité de la mission, et je suis heureux de leur en témoigner ma reconnaissance. »
A Oshima, les progrès sont lents. Mgr Cousin en attribue la cause aux changements forcés du personnel. MM. Ferrié et Richard sont tombés malades. Un retour en France a été jugé absolument nécessaire pour rétablir leur santé, Un prêtre japonais, leur auxiliaire, a dû être rappelé au Kiushiu. Il faut du temps aux nouveaux ouvriers apostoliques pour connaître les néophytes, gagner leur confiance et se créer des relations parmi les païens. « Cependant, à l’heure actuelle, l’œuvre de l’évangélisation semble reprendre sa marche normale, et, si j’en crois certains bruits, dit Mgr Cousin, il y a, dans plusieurs localités, l’espoir fondé de voir mûrir prochainement de belles moissons. »
M. Fressenon, qui administre la chrétienté de Nazé, en attendant le retour de M. Ferrié, apprécie de la façon suivante la situation :
« Si le nombre des baptêmes d’enfants de chrétiens a doublé pendant le dernier exercice, « cela vient uniquement de ce que, grâce au zèle industrieux et patient de quelques jeunes « gens dévoués, j’ai eu le bonheur de voir revenir sincèrement, du moins je l’espère, aux « pratiques chrétiennes, totalement abandonnées, plusieurs familles, dont le premier soin a été « de faire conférer le baptême à ceux de leurs enfants qui ne l’avaient pas encore reçu. A leur « exemple, quelques autres familles reviendront avec empressement à remplir tous leurs « devoirs... Quant aux baptêmes d’adultes, je regrette de n’en avoir que dix à présenter... » « Venus presque tous d’ailleurs, uniquement dans le but de faire fortune en quelques années, « les habitants nomades de Nazé n’ont pas le temps de regarder au delà des intérêts « matériels... Cependant il est juste de reconnaître que parmi la population fixe, et même « parmi les pouvoirs constitués, le christianisme rencontre plutôt la bienveillance et même « l’estime. Jamais aucune tracasserie administrative n’est venue entraver l’œuvre de « l’évangélisation. Il y aurait, au contraire, lieu de remarquer une disposition à rendre service « en toutes circonstances. Moi-même, bien que Je sois personnellement inconnu, je suis invité « aux nombreuses cérémonies officielles. J’ai toujours été agréablement surpris, dans les « occasions de ce genre, de rencontrer un accueil empreint non seulement de la plus exquise « politesse, mais aussi d’une véritable cordialité. »
« Après avoir quitté Nazé, poursuit Mgr Cousin, si nous voulons faire une excursion aux avant-postes, nous aurons à traverser plusieurs districts, ceux d’Urakami-Daikuma, Sekirubé et Akaogi, où trois prêtres, le P. Kataoka et MM. Bouige et Halbout, ont travaillé surtout à développer l’esprit chrétien parmi leurs néophytes. Nous arrivons à Takébu et à Akakina, chez le P. Dominique Nakamura, qui, dans un compte rendu sommaire, nous indique les moyens qu’il emploie pour faire connaître la religion aux païens qui l’entourent : « 1º Mes catéchistes et moi, presque tous les soirs, nous parcourons les maisons des fidèles et des infidèles, pour instruire les uns et convertir les autres.
« 2º A Akakina et à Takébu, nous avons une école du soir, dans laquelle, quatre fois la « semaine, garçons et filles, à tour de rôle, se réunissent pour faire des études profanes et « recevoir, par surcroît, une leçon de catéchisme. C’est parmi les païens qui les fréquentent « que nous recrutons nos catéchumènes.
« 3º Tous les dimanches, je visite quatre localités, célébrant la messe dans deux endroits, « avec sermon pendant le saint sacrifice, ou catéchisme après.
« 4º Tous les ans, nous donnons quatre grandes conférences avec projections « photographiques.
« 5º Les catéchistes et leurs aides ont pour mission principale d’assister aux classes du soir « et de profiter de toutes les occasions pour exhorter les païens, les attirer vers la religion et « les décider à l’étudier sérieusement. »
« Sur la côte est du Kyushiu, deux districts seulement se trouvent constitués, celui de Hyuga et celui du Bungo. M. Joly, titulaire du premier, a sa résidence habituelle à Miyazaki. Il a donné 13 baptêmes. Le premier sur sa liste est un adolescent de dix-huit ans, le premier de son cours au lycée de Miyazaki, où il n’avait plus que quelques mois à passer avant d’entrer au lycée supérieur et, de là, à l’Université. » « Le bon Dieu en décida autrement, dit M. Joly. « Certain jour, un juge, qui lui payait ses frais d’école, car il était pauvre, m’engagea à aller le « voir, me disant qu’il avait contracté un gros rhume, qui pourrait bien dégénérer en maladie « de poitrine. J’y allai donc et me trouvai en présence d’un jeune homme, doux comme un « agneau, auquel j’enseignai immédiatement les principales vérités de la religion, et qui se les « assimila avec autant d’aisance qu’il l’avait fait pour les sciences purement humaines. « Cela « te plaît-il que je vienne ainsi chaque jour te parler de religion et voudrais-tu devenir un vrai « disciple de Jésus-Christ ? lui demandai-je, après quelque temps. — Oh ! oui, répondit-il ; « aussitôt que je serai guéri, je m’empresserai d’aller à l’église vous demander le baptême. — « Mais, je puis te baptiser dans ton lit. —Dans mon lit, malade comme je suis ! Ce ne « serait pas convenable. Quand je serai guéri, frais et dispos, je me présenterai à l’église bien « lavé, proprement habillé, en bonne tenue. — Mais, tu es dans la meilleure tenue possible : tu « es étendu sur ton lit, comme Jésus l’était sur la croix, et tu offres à Dieu tes souffrances en « union avec les siennes.— Alors, vous pensez que je puis recevoir le baptême ? — « Certainement. — Eh bien ! je vous en prie, baptisez-moi. — Rappelle-toi, autant que « possible, toute ta vie passée. Demande pardon à Dieu de la peine que tu as pu lui causer, et « ce soir je viendrai avec ton professeur de géographie du lycée, qui te servira de parrain. » « Ainsi dit, ainsi fait. Je revins le soir. Je le baptisai et lui donnai le sacrement de « confirmation. Huit jours plus tard, sans grande secousse, son âme se détachait de son corps, « comme le fruit mûr se détache de la branche. Deux mois après, le juge qui m’avait appelé à « son chevet, et qui était déjà fort au courant du catéchisme, était baptisé à son tour. »
Dans le Bungo, M. Raoult, dont la résidence principale est à Oita, avec succursale à Usuki, n’étant en charge que depuis dix mois, est encore dans la période des tâtonnements. Après avoir rendu justice à l’esprit de docilité et d’exactitude à assister aux offices, qu’il a reconnu dans sa petite chrétienté, il ajoute : « Mes rapports avec les autorités ont été empreints de « courtoisie. Je puis même dire qu’on a des égards et des prévenances pour ma pauvre « personne, autant de bonnes choses que je n’ai pas gardées pour moi, mais que j’ai renvoyées « au petit représentant de la sainte Église. »
« Au nord de la mission, sur la mer intérieure, Nakatsu a reçu un nouveau titulaire. Malheureusement, M. Gracy, qui est venu récemment mettre fin à un provisoire qui durait depuis deux ans, a été obligé de s’éloigner de son district dès le mois de mai, pour aller ailleurs chercher les soins que réclame sa santé. M. Cotrel, qui faisait l’intérim, a enregistré 6 baptêmes d’adultes. Kokura, située dans le détroit de Shimonoseki, est une grande ville de 150.000 âmes. Trois autres villes, Moji, Wakamatsu et Yawata, se sont fondées autour de Kokura, dans les vingt dernières années. Leur population, composée de gens venus de toutes parts, dans l’espérance de faire une rapide fortune, est peu apte à suivre les lois de l’Évangile. M. Bertrand, chargé de ce district, se sent impuissant devant la grandeur de sa tâche. Il voudrait s’implanter dans chacun de ces centres populeux, et souffre de n’avoir pas les ressources suffisantes pour s’y procurer même un pied à terre.
« A Saga, le P. Yamaguchi a baptisé 17 adultes, et M. Sauret 6 à Kurumé.
« A Fukuoka, M. Boehrer prêche, dans la patience, à des auditeurs disposés à écouter les enseignements chrétiens et à les mettre en pratique. »
Comme nous l’avons fait remarquer au commencement de ce compte rendu, si nous passons actuellement dans les districts chrétiens, nous trouverons les missionnaires et leurs auxiliaires surchargés de travail. Ils sont absorbés par un ministère paroissial bien consolant, « bien que l’esprit du jour, dont l’atmosphère est saturée, ait trouvé des fissures pour se glisser « jusque dans les âmes, où il affaiblit la ferveur naïve des premiers temps ».
« M. Matrat, qui exprime ainsi ses angoisses pastorales, fait remonter les causes de cet affaiblissement : 1º à l’école primaire obligatoire pour tous ; bien qu’elle ne soit pas en général sectaire ni anti-catholique, elle habitue les enfants à ignorer pratiquement qu’il y a un Dieu, une vie future et que l’homme a d’autres devoirs à remplir que celui de bien servir son prince et son pays ; 2º à la caserne, d’où les jeunes gens reviennent avec une foi plus raisonneuse et moins vive et des mœurs moins chrétiennes ; 3º à la misère, qui oblige beaucoup de parents à envoyer leurs enfants chercher du travail à l’extérieur, soit comme domestiques chez des païens, soit dans les mines ou les chantiers...
« Malgré ses craintes trop justifiées pour l’avenir, M. Matrat a la consolation de constater, pour le présent, que l’administration des 16 chrétientés de son district, qui compte actuellement 5.271 catholiques, ne s’est pas faite sans fruit pour les âmes : 3.805 confessions annuelles, 3.215 communions pascales et 8.200 de dévotion, ce sont de beaux chiffres, dont le missionnaire et ses auxiliaires ont le droit de se réjouir devant Dieu. Ils ont eu, en outre, 17 baptêmes d’adultes, 15 d’enfants de païens et 206 d’enfants de chrétiens.
« C’est à peu près la même note dans le compte rendu du grand district des Goto, où sept prêtres, dont quatre japonais, ont à pourvoir aux besoins spirituels de plus de 13.000 catholiques, sous la direction de M. Pelu. Partout la masse reste profondément chrétienne, comme le prouvent les 6.897 communions pascales et les 13.588 de dévotion, inscrites au tableau d’administration. Il n’en est pas moins vrai que, dans certaines localités, il y a une tendance à se mettre moins en peine que par le passé de remplir rigoureusement les devoirs religieux. Les absents, au moment du passage du missionnaire, au temps de l’administration périodique des sacrements dans chaque village, semblent trop peu se préoccuper de l’occasion perdue. Le mal, qui, grâce à Dieu, n’est encore ni bien étendu, ni bien profond, a pourtant un côté inquiétant. C’est qu’il paraît être accepté assez facilement par ceux-là mêmes qu’il n’atteint pas, et n’éveille plus autour de lui la même réprobation que dans le passé.
« M. Pelu attribue cet état de choses aux charges énormes qui pèsent sur ces pauvres populations. Elles sont écrasées par les impôts qui croissent d’année en année. Il faut à tout prix se procurer de l’argent pour satisfaire le fisc, et l’on arrive à n’avoir plus d’autre souci. Le luxe pénètre aussi jusqu’au fond des campagnes. Des besoins nouveaux se font sentir. Pour les satisfaire, il faut plus d’argent qu’autrefois. Pour se le procurer, il faut travailler davantage. En un mot, il faudra donner beaucoup plus de temps aux choses de ce monde, et il en restera d’autant moins à donner aux intérêts de l’âme.
« Au tableau d’administration de ce grand district, nous lisons un total de 632 baptêmes, dont 25 d’adultes, 100 d’enfants de païens et 507 d’enfants de chrétiens.
« C’est également le souci de préserver la foi et les mœurs de leur troupeau, contre la contagion du mal, qui préoccupe M. Fraineau et ses collaborateurs. Le voisinage de la ville de Nagasaki offre à la population d’Urakami l’avantage de mettre à la portée de tous un travail rémunérateur, qui ne les oblige pas de s’éloigner de la famille, ni de l’église et de leur pasteur... La foi est vivace parmi eux. Ils sont fidèles au repos et à la sanctification du dimanche. Ils portent ostensiblement leur scapulaire sur les habits de travail, et s’arrêtent pour réciter l’Angelus, au son de la cloche. Ils ne craignent pas de riposter aux observations railleuses des esprits-forts. Néanmoins ce contact journalier avec des païens, dans les travaux du port, dans les maisons de commerce, dans les usines, dans les arsenaux, ne manque pas de danger. Pour prémunir les chrétiens et les fortifier pour la lutte, M. Fraineau a institué les deux pieuses associations qui sont sous le vocable du Sacré-Cœur, pour les jeunes gens, et sous celui de la sainte Vierge, pour les jeunes personnes. Le jour de la confirmation, tous sont enrôlés dans l’une ou dans l’autre. A leur intention il y a chaque dimanche, après le salut, une instruction ou conférence spéciale, dans laquelle sont traitées, non seulement les questions religieuses, mais encore tout ce qui peut les intéresser, ou leur être utile dans leur position...
« Le chiffre des baptêmes administrés dans le district s’élève à 424, soit 16 d’adultes, 206 d’enfants de païens et 203 d’enfants de chrétiens.
« Aussi bien à Urakami que dans les autres districts, où domine l’élément chrétien, ce n’est pas le nombre des baptêmes qui donne une idée exacte du travail accompli. Pour s’en rendre compte, il faudrait avoir sous les yeux la liste des malades visités et administrés, des confessions entendues pour le devoir annuel ou pour satisfaire la dévotion des âmes pieuses, la préparation des enfants à la première communion, qui parfois se répète successivement dans les différents groupes du même district, et enfin, de temps en temps, celle des jeunes gens à la confirmation. Ce sont des occupations qui ne finissent que pour recommencer, et qui exigent de celui qui veut faire en conscience, tout son devoir un courage et un zèle que rien ne rebute ni ne lasse.
« C’est bien dans cet esprit que se fait partout le ministère au milieu des chrétiens. Je me plais à le reconnaître à la gloire de Dieu, et j’en remercie tous ceux qui en sont chargés. »
Sa Grandeur Mgr Cousin voudrait pouvoir donner plus de développement aux œuvres générales de la mission. Le manque de ressources nécessaires paralyse tous ses désirs.
« La Sainte-Enfance a donné 72I baptêmes d’enfants moribonds. Dieu seul saura tout ce que ce chiffre représente de zèle industrieux, de dévouement et de sacrifices chez ceux qui ont pris la peine de cueillir une à une les fleurs dont se compose une si précieuse corbeille. Les religieuses étrangères et indigènes ont rivalisé de zèle avec les missionnaires, dans cette œuvre si agréable à Dieu.
« Le séminaire doit se borner à un petit nombre d’élèves, en attendant que les ressources permettent de les multiplier. L’un d’eux vient de mourir dans les plus grands sentiments de foi et de piété. C’est un intercesseur au ciel pour ses frères et ses bienfaiteurs. Un autre arrive de Tien-tsin, où il a achevé son service militaire. La prochaine rentrée ramènera trois minorés, qui avaient été envoyés, dans différents districts, faire, en qualité de catéchistes, l’année d’épreuve qui doit précéder le sous-diaconat. Trois autres sont à la veille de tirer au sort, et ils seront très probablement pris pour le service.
« Les Frères de Marie voient d’année en année croître le renom de leur collège de Nagasaki et, partant, le nombre de leurs élèves. Les autorités leur témoignent, en toute circonstance, la plus grande sympathie et les plus grands égards. Nos excellents religieux sont heureux de ces encouragements, qu’ils méritent d’ailleurs à tous les points de vue, et ne négligent rien pour rendre à la cause catholique tous les services qui sont en leur pouvoir, en donnant à leurs œuvres tous les développements qu’elles comportent.
« Pendant l’exercice précédent, le Kaiseigakkô (école de l’Étoile du Matin) a compté 425 élèves, dont 57 internes, et répartis ainsi qu’il suit : 1º école de commerce, 358 ; 2º école primaire supérieure japonaise, 49 ; 3º école enfantine pour les étrangers, 18.
« L’école apostolique est toujours en projet, et le terrain préparé pour la recevoir, dans la chrétienté d’Urakami, attend les constructions dont les plans sont dressés. Que la pluie bienfaisante de la charité catholique vienne bien vite faire sortir de terre une œuvre dont les résultats doivent avoir une très haute importance !
« A Kumamoto, les Marianistes sont encore dans le provisoire. Ils se sont bornés, jusqu’à présent, à ouvrir une école supérieure du soir, dans laquelle pendant le cours de l’année 130 élèves ont pris des leçons.
« Dans les écoles tenues par les Sœurs du Saint-Enfant Jésus, à Nagasaki, Urakami et Kumamoto, aucun changement notable n’a été signalé. Le pensionnat a compté 81 élèves ; les deux écoles primaires réunies, 325, et l’école professionnelle de Kumamoto, 103.
« Nos bonnes religieuses se demandent avec anxiété si leur école d’Urakami ne va pas leur échapper au mois d’avril prochain. Toutes les écoles primaires privées doivent être supprimées dans un laps de temps déterminé ; c’est la loi. Or, il paraît que l’autorisation donnée aux religieuses pour leur école d’Urakami expire à la fin du mois de mars 1908. Ce sera un vrai désastre pour ce village, dont la population est presque toute chrétienne. Nous nous demandons quelle œuvre nouvelle il faudra entreprendre, et quel nom lui donner, pour obtenir que les religieuses ne soient pas obligées de quitter la place.
« C’est également à nos dévouées religieuses que sont confiées les œuvres de bienfaisance, et l’expérience a déjà prouvé qu’elles ne sauraient être en de meilleures mains. Les Franciscaines Missionnaires de Marie, dans la léproserie de Biwasaki ; les Sœurs de Saint-Paul de Chartres dans leur hôpital de Yatsushiro : les unes et les autres dans les dispensaires qu’elles ont ouverts dans les localités où elles sont établies comme les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus à Kumamoto, ont soulagé bien des misères corporelles, procuré le baptême à de nombreux adultes ou enfants moribonds, et partout fait grand honneur à la religion. Je suis trop heureux de leur en témoigner en toute occasion ma reconnaissance, et d’appeler sur elles, et sur leurs œuvres les meilleures bénédictions de notre Père qui est au ciel. »




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