| Année: |
1907 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Chatron |
III. — Osaka
Population catholique 3.603
Baptêmes d’adultes 138
Conversions d’hérétiques 5
Baptêmes d’enfants de païens 278
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« Dans le courant de cette année, écrit Mgr Chatron, la mission a éprouvé une grande perte. Notre bon P. Barthélemy Shimomura, qui avait été ordonné l’année dernière, nous a quittés pour le ciel. Il a été le premier enfant admis à la Sainte-Enfance, lors de son organisation il y a trente ans. Son heureux naturel, sa sincère piété, sa vive intelligence n’avaient donné que des consolations soit à Kôbé, soit au séminaire de Nagasaki, où ses condisciples ne l’appelaient que le Seijin (saint). De fait, comme un saint Louis de Gonzague, il paraissait exempt des misères humaines. Hélas ! trop tôt mûr pour le ciel, il nous a quittés au moment où il pouvait nous rendre les plus grands services. »
« Durant les trois mois, qu’il a passés à Tamatsukuri, et qui furent les derniers de sa vie, « ajoute M. Angles, témoin de ses vertus, il fut pour nous un sujet de profonde édification, par « sa piété exemplaire, sa fidélité à ses exercices religieux, sa douceur, sa patience inaltérable « au milieu des plus grandes souffrances. Il était d’une soumission admirable à la volonté de « Dieu. Aussi, à l’exemple de son divin Maître, porta-t-il jusqu’au bout sa lourde croix, sans « murmure, toujours content et résigné. Dans les derniers temps surtout, la pensée de la mort « lui était devenue familière, et il s’y préparait avec une piété angélique... Tant que ses « pauvres jambes purent le porter, il voulut célébrer la sainte messe, malgré la grande fatigue « qu’il en éprouvait, à l’église d’abord, et plus tard sur un autel installé dans une chambre « voisine de la sienne. Il la célébrait avec un esprit de foi extraordinaire. C’était, certes, un « spectacle bien touchant que celui de ce jeune prêtre, à la face amaigrie, sur laquelle passait « un pâle reflet de la mort, s’unissant à l’Auguste Victime du Calvaire, victime lui-même d’un « mal qui ne pardonne pas. Mais un jour ses forces trahirent son courage et l’énergie de son « âme. Il dut s’aliter pour ne plus se relever. Il vécut encore quinze jours durant lesquels, le « plus souvent possible, je lui administrai la sainte communion. Comme il aimait à nous avoir « à son chevet, M. Marmonier et moi, et écouter les pieuses pensées que nous lui suggérions ! « D’une nature très sensible, il se montrait profondément reconnaissant des visites des « confrères et des amis.
« La mort se hâtait d’accomplir son œuvre, sans surprendre le cher malade, qui depuis « longtemps s’était procuré une tête de mort qu’il avait placée près de son lit, et à côté d’une « petite boîte qui lui représentait son cercueil.
« C’est dans les plus saintes dispositions, qu’il reçut les derniers sacrements. Enfin, le 11 « décembre, dans la soirée, après une longue agonie, pendant que nous récitions les prières « des agonisants auprès de lui, il s’endormit dans le Seigneur. Le lendemain, ses funérailles « eurent lieu au milieu d’un grand concours de missionnaires et de chrétiens, heureux de lui « donner ce dernier témoignage de sympathie. »
« Dans une mission comme celle d’Osaka, où le mouvement commercial transporte la population d’une province à une autre, dans un flux et reflux continuel, il est très difficile d’établir, chaque année, un tableau exact de notre population catholique. Combien de nos baptisés, restant d’ailleurs fidèles à Dieu, demeurent des mois et même parfois des années, dans des lieux où ils ne rencontrent pas de missionnaires ! Ils ne donnent aucun signe de vie, jusqu’à ce que les intérêts matériels, qui les avaient isolés, les ramènent dans un poste où ils reprennent contact avec nous ! Aussi est-il vrai de dire que nous avons un nombre de chrétiens réellement supérieur à nos chiffres officiels.
« D’après le recensement fait cette année, nous aurions tout particulièrement souffert de l’émigration, qui se fait surtout vers la Corée et l’Amérique. Nous aurions perdu 155 chrétiens, sur le nombre total que mes confrères me donnaient l’an passé.
« Nous avons eu 663 baptêmes, récompense d’une somme de travail, d’abnégation et de souffrances, que seul le missionnaire vivant au Japon et habitué au ministère propre à ce pays connaît d’une manière parfaite. Que de voyages entrepris, que de visites à domicile, que d’entretiens au kyokwai (salle des catéchismes), que de prédications, que de conférences publiques poursuivies bien avant dans la nuit, que de leçons privées et publiques, il a fallu pour arriver à ce résultat, dont la réalité complète reste cachée dans le sein de Dieu ! Les missionnaires ont donné cette somme de travail, avec des moyens bien précaires. Ils peuvent bien le dire avec saint Paul : « Comme des ministres de Dieu, dans une grande patience, dans « les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses... dans les veilles, dans les jeûnes.., « par la longanimité, par la mansuétude..., dans la mauvaise et la bonne réputation..., comme « tristes, mais toujours dans la joie ; comme pauvres, mais enrichissant beaucoup d’autres. » (II ad Cor., VI.)
« Voici une revue rapide des différents districts de la mission. Dans la plupart, c’est la même méthode de travail, du moins dans ses grandes lignes, le même zèle apporté par les confrères à bien instruire les anciens chrétiens, à les grouper, à les exhorter à faire de l’apostolat, à se créer de nouvelles relations par les moyens mis à leur disposition, afin d’arriver à leur but : éclairer les esprits, toucher les cœurs et les amener au vrai Dieu.
Kyoto (est). — « L’immense ville de Kyoto vient d’être divisée en deux districts. M. Aurientis est chargé de la partie est, où se trouve notre belle église Saint-François-Xavier. La direction du district nord-est est confiée à M. Planès, qui relève à peine d’une grave maladie. Nous ne doutons pas que, par sa foi et son savoir-faire, il n’arrive à établir ce nouveau poste sur de bonnes bases.
« M. Aurientis emploie le temps que le ministère des âmes lui laisse libre, à donner des leçons de français à l’Université impériale et dans des réunions de gros commerçants de la ville. Il a pris ce moyen pour se créer de nombreuses connaissances dans la haute société, où il trouve une vraie sympathie. Aussi, à la célébration de la fameuse entente cordiale « franco-japonaise », il a eu une charmante manifestation, dont nous ne pouvons nous empêcher de donner le récit tel qu’il nous le communique :
« Ici à Kyoto, nous avons fêté dans l’allégresse cet heureux événement,.. les tramways « étaient transformés en corbeilles de fleurs, sur lesquelles flamboyaient, entrelacés, les « drapeaux des deux nations. A la réunion officielle, les discours ont roulé sur la joie, les « félicitations et la prospérité commerciale que la convention allait inaugurer. J’y assistais le « cœur triste, hélas ! car dans tous ces toasts enthousiastes, il n’y a pas eu un seul mot pour « Dieu, ni pour la religion qui a fait la gloire de la France. Français et Japonais ont rivalisé de « paganisme. Je me trompe: les païens ont pensé à Dieu. Mon cœur de missionnaire a été bien « touché de la petite manifestation, que le quartier a voulu faire à la rnission.
« Dans la matinée, l’inspecteur primaire est venu me demander la permission de faire une « visite à l’église, avec l’école enfantine. Vers 10 heures, une centaine de petits enfants, sur « deux rangs, sont arrivés portant chacun un drapeau français ou japonais. Ils étaient conduits « par les maîtresses et l’inspecteur. Je les reçois à la grande porte et les introduis dans l’église. « Arrivés au haut du sanctuaire, tous font l’adoration ; et Jésus, dans le tabernacle, a « certainement répété cette parole : Laissez venir à moi les petits enfants. Qui sait si des « germes de conversion, de salut, n’ont pas été déposés par la divine miséricorde dans ces « cœurs encore neufs ! La charmante procession se déroule ensuite gracieusement dans le « jardin de la mission. Quelle jolie photographie m’aurait donnée cette longue file d’enfants, « parcourant les allées tortueuses et animant, la scène par les mille mouvements de leurs « drapeaux !
« Avant le départ, ralliement général sur l’esplanade de l’église. Là une maîtresse a « demandé à ces tout petits quelle était la fête du jour. Et un petit bonhomme, haut comme « une botte, a répondu : L’alliance de la France et du Japon. Un vieux diplomate n’aurait pas « employé le mot alliance, mais nous n’en étions pas aux finesses protocolaires. A la fin, « voilà que tous les drapeaux s’élèvent, s’agitent, et toutes ces petites poitrines lancent deux « vigoureux cris : « Vive la France ! vive l’empereur du Japon ! »
Au milieu de cette ville, aux temples innombrables et de toutes les sectes bouddhiques du Japon, appelée la Rome du Japon, le noyau chrétien déjà formé devient de plus en plus solide et se développe malgré les obstacles de tout genre. Le missionnaire déplore la longue maladie de la catéchiste, masseuse de profession et, à ce titre, reçue facilement dans un grand nombre de familles païennes, où elle pouvait baptiser les petits moribonds. Cette année, sa gerbe s’est grandement ressentie de cette pénible épreuve.
Kyoto (nord-ouest). — « L’installation de M. Planès est encore toute provisoire. Les maisons assez vastes pour une petite chapelle, une salle de conférences et logement du missionnaire, sont assez rares, et, si on en trouve qui conviennent, le prix de location est toujours très élevé et supérieur à nos ressources. Malgré ces difficultés, M. Planès a chaque dimanche une bonne assistance à la messe, et les chrétiens, heureux d’avoir un missionnaire à leur portée, cherchent à lui donner consolations et concours pour attirer de nouveaux catéchumènes.
Tsu. — « M. Birraux a tout particulièrement souffert de l’émigration. Son poste a perdu plusieurs familles excellentes, dont le remplacement est difficile. Le missionnaire se dépense en visites à domicile ; il répand les livres de religion dans toutes les classes de la société. Il jette la semence à pleines mains, « sûr, dit-il, qu’elle germera un jour et produira ses fruits ». Déjà ils apparaissent, car il ajoute : « Un certain nombre de païens, de la classe aisée, sont en « relation avec moi, ils envoient même leurs enfants à la messe le dimanche, et au catéchisme. « Je ne désespère pas de voir les parents faire de même. Car s’ils reconnaissent notre sainte « religion bonne pour leurs enfants, ils finiront par l’estimer bonne pour eux-mêmes. »
Otsu. — « Nous avons ouvert un nouveau poste à Otsu, sur les bords du fameux lac Biwa. « Si pénibles que soient les débuts d’évangélisation à Otsu, ville de petits boutiquiers « campagnards, population vulgaire et d’idées arriérées, j’espère, avec la grâce de Dieu et du « travail, arriver à fonder ici un groupe de familles chrétiennes. » C’est par ces paroles de confiance que M. Grinand annonce à son évêque la prise de possession de son poste. Sans retard il s’est mis à l’œuvre. Quelques catéchumènes étudient sérieusement le catéchisme.
Maizuru. — M. Castanier continue à se multiplier et à employer tous les genres d’évangélisation, dans ce fameux port de guerre. Il a pu recueillir 11 baptêmes. Au nombre de ses nouveaux convertis, il a « la joie de compter un professeur du lycée, sorti de l’École « normale supérieure, qui, après avoir été longtemps rebelle aux sollicitations de la grâce, « s’est avoué tout à coup vaincu et à bout d’objections. Subitement transformé, il a appris son « catéchisme avec une docilité d’enfant, et s’est préparé au baptême avec un zèle et une « application extraordinaires. Sa récompense immédiate en ce monde a été une joie et une « tranquillité parfaites après le baptême. Aussi, se moquant du respect humain, il se fait « hautement gloire d’être chrétien, devant ses confrères plutôt indifférents, sinon hostiles à « toute idée religieuse. » Les anciens chrétiens font des progrès sensibles dans la ferveur et la réception des sacrements. Malheureusement, Maizuru a perdu aussi plusieurs excellentes familles, qui ont été entraînées par les nécessités de la vie à s’expatrier. La mort a fait des vides, qui se réparent difficilement. Une enfant de quinze ans, pendant une longue et douloureuse maladie, supportée sans une plainte, a donné à toute la chrétienté l’exemple d’une patience angélique et d’une piété ardente jusqu’à sa mort, qui vraiment fut celle d’une prédestinée.
Myazu. — « Dans le courant de l’année, écrit M. Relave, chargé de ce poste, nous avons « continué à donner quelques grandes conférences publiques, sans compter les réunions « privées, sur notre sainte religion. Elles ont attiré beaucoup d’auditeurs. J’ai aussi saisi « l’occasion des grandes fêtes religieuses, particulièrement Noël et l’Assomption, pour inviter « des païens à nos belles cérémonies, et semer le bon grain parmi eux, par la prédication et la « distribution de tracts et de livres de religion. Que Dieu daigne bénir mes efforts et « m’envoyer les moyens nécessaires pour aller de l’avant ! Je lui demande de me permettre de « fonder un ouvroir, sur lequel je compte beaucoup, pour me mettre en relation avec un plus « grand nombre de familles.
« Vu les émigrations toujours nombreuses à Myazu, mon troupeau n’a pas augmenté. Mais « j’ai lieu d’être satisfait de mes chrétiens. Si tous ne sont pas des modèles de perfection, tous, « ou à peu près, fréquentent volontiers la mission. De mes deux catéchistes, l’un est encore « bien novice, et l’autre a une faible santé. Ils ne me secondent donc pas autant que je le « désirerais. »
Osaka (ouest). — M. Luneau a recueilli 19 baptêmes dans son poste de Kawaguchi, bien éprouvé cette année par la mort et l’émigration. Le nouveau poste de Kitano lui a aussi enlevé quelques paroissiens. Il se console au souvenir de la mort édifiante de ses chrétiens, qui l’ont quitté pour un monde meilleur, et en constatant une admirable manifestation de la communion des saints. « S’il est triste d’enregistrer de si nombreux décès parmi nos anciens fidèles, il est « du moins consolant de penser qu’ils étaient bien préparés et seront admis dans l’Église du « ciel. Après tout, le but final de notre ministère n’est-il pas de conduire tous nos chrétiens en « paradis ? En vertu de la communion des saints, ils n’oublieront pas leur paroisse. Nous « recueillerons le fruit de leurs prières. J’en puis prendre à témoin cette jeune personne « décédée après quelques mois de mariage avec un païen. Son mari, immédiatement après les « funérailles, est venu me demander à s’instruire. Il s’est remarié plus tard, avec une fervente « chrétienne. L’entremetteur du premier mariage, un de mes paroissiens un peu négligent, se « remet à la pratique de ses devoirs, aussitôt après la mort de cette jeune femme, et donne « actuellement l’exemple de la vie la plus fervente. Sa femme et sa fille, qui l’avaient suivi « dans son relâchement, l’ont aussi imité dans son retour. La défunte avait une sœur, étrangère « à toute idée religieuse. Elle s’est mise ardemment à l’étude de notre sainte religion et elle a « reçu le baptême dans de rares sentiments de foi et de piété. »
M Luneau signale aussi la mort d’une femme de bien et d’un grand mérite, Madeleine Yokota, épouse du charpentier qui a construit les belles églises d’Osaka et de Kyoto. Tous les chrétiens se sont fait un devoir d’assister à ses funérailles ; elle a eu les honneurs de l’absoute solennelle, donnée par Sa Grandeur Mgr Chatron.
Osaka-Tamatsukuri. — M. Angles a eu, cette année, la joie d’enregistrer 124 baptêmes. C’est une consolante récompense pour son zèle et son dévouement. Parmi les conversions, il signale celle d’une excellente famille, due à une circonstance curieuse, à une conférence du fameux général Booth, de l’armée du Salut, qui, l’année dernière, a parcouru le Japon. « Son « titre pompeux de général, une audience de l’empereur, une réclame insensée faite par les « journaux soutenus, disent les mauvaises langues, par la cavalerie de saint Georges, des « conférences annoncées à grand renfort de tambour et de trompettes, ont fait accourir les « habitants d’Osaka sur son passage, et c’est par milliers qu’il a fallu compter ses auditeurs. « Quelques-uns étaient de bons israélites. De ce nombre était le chef de la famille, dont j’ai « parlé plus haut. Un dimanche soir, je le vis arriver à la mission, avec ses deux enfants. « Je « viens, dit-il, entendre parler de religion. Y a-t-il sermon ce soir ? — Oui, lui répondis-je, « mais, pas ici ; c’est en ville, chez un chrétien, très éloigné, où tes enfants ne pourraient « t’accompagner. Cependant, qu’à cela ne tienne, il y a encore du temps avant le sermon, nous « allons causer à nous deux. Mais auparavant dis-moi qui t’a amené ? Es-tu en relation avec « les catéchistes ? As-tu des connaissances parmi les chrétiens ? « — Non, me répond-il ; « mais, voici : tout dernièrement, je suis allé assister au prêche du général Booth, qui a parlé, « ce jour-là, sur la nécessité de la religion pour l’éducation des enfants, et il a donné des « raisons assez convaincantes. Comme vous le voyez, je suis père de famille. J’ai deux « enfants. Je tiens à bien les élever. Or, je me suis fait ce raisonnement : Si un grand homme « comme le général Booth, affirme que, sans religion, il n’y a pas d’éducation possible, cela « doit être l’exacte vérité. J’ai donc pris la résolution d’étudier le christianisme et de « l’enseigner à mes enfants. C’est là le motif qui m’a amené ce soir. » Ce brave homme était « sincère, comme la suite l’a prouvé. Je lui ai donné un catéchisme qu’il s’est mis à étudier « très sérieusement. Dès le dimanche suivant, il a commencé à pratiquer ses devoirs religieux « comme un vieux chrétien. Le jour de l’Assomption il a reçu le baptême avec sa femme et « ses deux enfants, dans les meilleures dispositions.
« Une conclusion s’impose. Il faut reconnaître l’utilité de ces grandes conférences « publiques. Puissions-nous aussi avoir assez de ressources pour pouvoir les multiplier ! On « finirait par secouer nos bons Japonais de leur indifférence et de leur torpeur en matière « religieuse. »
Osaka (est), Osaka (ouest). — Le district d’Osaka-est a été divisé. Le cher P. Matsumoto en avait la charge. Il s’en acquittait avec un rare dévouement. Mais son zèle ne pouvait atteindre une si grande population. Il partagera désormais ce fardeau avec M. Bousquet, qui a pris sur lui la moitié du district, et s’est vaillamment installé dans la maison d’un bonze, bâtie avec l’argent des fidèles bouddhistes, pour y exposer une idole, appelée Fudo. Doué du pouvoir spécial de déjouer les embûches du démon, le dieu est représenté entouré de flammes et sous des traits terrifiants, tenant de la main droite une épée pour frapper les démons, et de la main gauche une corde pour les garrotter.
Après avoir purifié ce repaire du diable, le missionnaire y célébra la sainte messe la première fois le jour de la Toussaint. Il se mit aussitôt à l’œuvre ; il groupa ses chrétiens et commença les sermons aux païens. Une cinquantaine de catéchumènes s’instruisent. Quinze ont déjà reçu le baptême, et parmi eux, deux vieillards de quatre-vingts ans, dont la conversion est on ne peut plus touchante.
Nara. — M. Wagner s’excuse de n’avoir que 13 baptêmes. Il a travaillé avec un grand courage à engendrer dans ses chrétiens l’esprit de prosélytisme, et à chercher les âmes de bonne volonté. C’est là toute l’œuvre de l’homme. Que les baptêmes soient plus ou moins nombreux, c’est l’œuvre de Dieu, qui récompense le travail et non le succès apparent.
A Nara, il y a un catéchisme régulier deux fois la semaine, pour les chrétiens. Tous doivent étudier leur leçon et la réciter, aussi bien les vieillards que les enfants. Ces réunions se tiennent le soir, après les travaux du jour. Le missionnaire se félicite de l’assiduité des fidèles, et du véritable intérêt qu’ils prennent à cette étude méthodique des vérités de notre sainte religion.
Kishiwada. — M. Puissant a dirigé tout spécialement, cette année, vers les pauvres malades, les efforts de son zèle. Ils lui ont donné de douces consolations. Son compte rendu porIe 110 baptêmes. Il a ouvert le paradis à 32 moribonds, dont la plupart sont de pauvres ouvrières de la filature de coton. Elles sont presque toutes victimes de la phtisie. Quelques fidèles se sont mis résolument à la recherche de ces malades, trop souvent abandonnées par leurs proches mêmes, qui ont une grande répugnance pour cette maladie, et reléguées dans un coin de la maison, où elles meurent d’inanition. La charité chrétienne, qui sait leur apporter une parole de réconfort et un sourire d’affection, leur ouvre facilement le ciel. Parmi elles, 25 sont entrées dans leur éternité, après avoir reçu le baptême.
Wakayama. — « Cette année, écrit M. Geley, j’ai constaté un progrès sensible dans la « fidélité à l’observation du dimanche et dans la fréquentation des sacrements, dans mon petit « troupeau. La population païenne semble se blaser de plus en plus sur les questions « religieuses. Les victoires du Japon l’ont grisée. Cependant les grandes conférences sur la « religion attirent encore un bon auditoire. Il faudrait des ressources pour les multiplier. »
Kôbé (paroisse européenne). — La majorité des catholiques, qui font partie de la population cosmopolite de Kôbé, demeurent fidèles à leurs devoirs religieux. Ils sont confiés à la sollicitude de M. Fage, le procureur de la mission. Cette année, ils ont eu une retraite, qui a produit d’heureux résultats. Plusieurs vieux endurcis ont retrouvé le chemin du confessionnal. Une communion générale a clôturé ces pieux exercices.
Kôbé (paroisse japonaise). — Le bon vieux catéchiste, dont la réputation de grande sainteté s’étend au delà de Kôbé, est tombé paralysé. Quand pourra-t-il reprendre ses visites et courses journalières pour soutenir les chrétiens et catéchiser les païens ? M. Perrin continue avec zèle les réunions hebdomadaires pour les fidèles. Le vendredi soir, ceux-ci se rendent à la mission. Ils récitent d’abord le chapelet à la chapelle, et assistent ensuite à un véritable cours d’apologétique, où le missionnaire, secondé par le P. Urakami, jeune prêtre japonais, confirme leur foi et leur donne les arguments nécessaires pour convaincre les païens, dont le niveau intellectuel s’élève toujours, et qui se présentent l’esprit rempli de toutes les objections qui courent notre société moderne.
Animés du désir de rendre leur chrétienté prospère, les fidèles s’ingénient par tous les moyens à nourrir leur foi. A la Pentecôte dernière, ils ont représenté le mystère de la fête en tableaux vivants, très bien réussis. L’impression a été profonde, au dire de tous, aussi bien sur les simples spectateurs que sur les acteurs eux-mêmes.
M. Perrin, malgré tout le travail du ministère, trouve quelques heures, chaque semaine, pour donner des leçons de français, à la grande École de commerce de Kôbé. Il se ménage ainsi de nombreuses relations dans la haute société ; il se procure des occasions de glisser quelques mots de religion, dans un milieu qu’il saurait difficilement atteindre par d’autres moyens, et quelques honoraires, qu’il laisse grossir, pour les transformer en belles pierres pour son église à construire et dont la pensée ne le quitte point depuis dix ans ; telles sont les premières raisons, qui lui ont fait accepter ces fonctions de professeur. Puisse-t-il bientôt avoir des ressources suffisantes pour commencer les premiers travaux !
Himéji. — Le district de Himéji est de création toute récente. M. Charron, qui en est chargé, s’est mis au premier travail d’organisation, toujours bien pénible, dans ces missions japonaises, où tout est si cher ! Il lui a fallu en outre expérimenter trois catéchistes, qui lui ont pris beaucoup de temps, sans grands résultats. Le premier est tombé malade : le deuxième s’est expatrié avec sa famille ; le troisième commence à se créer des relations dans le monde païen.
Okayama. — Okayama est un des plus anciens postes de la mission. Les chrétiens se sont toujours signalés par leur foi et leur bon esprit. Les conférences publiques données régulièrement ont été bien suivies. Mais ceux qui répondent : Volo (je le veux), à la question : Vis sanari ? (veux-tu guérir ?) ne sont pas aussi nombreux que le désire M. Duthu. Un professeur d’anglais au lycée, pendant de longues années interprète chez des ministres protestants américains, s’est converti au catholicisme, après de longues discussions avec le missionnaire. « J’ai été bien coupable, disait-il au jour de son baptême, donné sous condition, de préférer jusqu’ici mon sens particulier à l’enseignement de l’Église. J’espère que le bon Dieu me pardonnera mes péchés. »
Fukuyama. — Les zélés catéchistes de M. Roland font entendre la parole de Dieu à une soixantaine de familles. Ils jettent la semence, et attendent dans la patience que la grâce la fasse lever et produire ses fruits. Que de mauvaises herbes, que de préjugés il faut enlever des esprits, avant de les convaincre de la vérité de notre sainte religion ! Voici une objection bien japonaise, lancée au missionnaire, comme la flèche du Parthe : « Le catholicisme n’est pas la religion qui convient au Japon, parce que le catholique manque de patriotisme. — Et la preuve ? — La preuve ? mais pourquoi Clémenceau fait-il la guerre à l’Église de France ? c’est parce que les catholiques français ne sont pas patriotes... »
Fait assez rare au Japon, M. Roland a pu baptiser deux vieillards, mariés depuis cinquante ans, et, après le baptême, solenniser leurs noces d’or. Ce fut une joyeuse fête dans la petite chrétienté, si fervente, de Fukuyama.
Tamashima. — Tamashima a des filatures très importantes. Les patrons, convaincus qu’ils ne peuvent avoir confiance dans des ouvriers privés de principes de morale solides ont invité le missionnaire à leur faire des conférences régulières. M. Hébert a été heureux d’accepter et de profiter de cette favorable circonstance pour faire connaître Notre-Seigneur aux uns et aux autres. Il exerce avec le même zèle son ministère parmi les étudiants de la ville. Ses chrétiens, par ailleurs, lui donnent toute satisfaction.
Hiroshima. — L’émigration a fait perdre à M. Marie un certain nombre de bons catéchumènes. Mais ils ne sont pas perdus pour l’Église. Ailleurs, ils continueront à se préparer au saint baptême. En dehors des conférences, le missionnaire s’est ingénié à trouver des moyens de prosélytisme. Il a fondé un ouvroir, où il réunit quelques personnes charitables, chrétiennes ou païennes, pour confectionner des habits pour les pauvres. L’œuvre se soutient avec des cotisations versées par les membres eux-mêmes, hommes ou femmes, sans distinction de religion.
Pour lutter contre une puissante école protestante, M. Marie groupe à la mission un grand nombre d’enfants, soit païens, soit chrétiens, à la grande satisfaction des parents. Une de ses petites catéchumènes s’est montrée courageuse et fidèle dans une circonstance qui mérite d’être notée. Celle enfant, âgée de treize ans, fréquentait une école qui compte plusieurs centaines d’élèves. Un jour, une maîtresse trouva une petite croix dans la poussière. Ayant en vain invité la propriétaire à venir la réclamer, elle dit : « Alors, je vais la rejeter aux ordures. » Mais aussitôt, notre enfant s’écria : « Madame, cette croix est à moi. » La maîtresse la lui donna. Tout n’était pas fini. Un groupe de jeunes filles se mit à reprocher à la vaillante enfant sa qualité de chrétienne, lui criant : Yaso, Yaso (qui signifie Jésus, et devient une expression injurieuse dans la pensée des païens). Parmi elles, une douzaine de huguenotes, qui s’étaient bien gardées de se faire connaître à l’école commes telles, criaient plus fort que les autres. C’était plus que la petite catéchumène n’en pouvait supporter. S’adressant à la maîtresse, elle lui dit : « Madame, j’ai menti parce que je ne voulais pas vous voir jeter cette croix aux ordures. Mais, elle n’est pas à moi. Elle est à une de ces protestantes qui m’insulte, et qui n’a pas osé la réclamer ». La maîtresse la félicita de son courage et lui laissa la croix.
Yamaguchi. — « Le petit troupeau, confié à ma garde, écrit M. Cettour, me donne « beaucoup de consolation, et aussi d’espoir. L’union la plus intime règne entre eux ; et leur « désir est que cette fraternité, cette union se perfectionne et s’accentue encore, car chacun « sent trop bien que là est la force. Ils aiment à venir le plus souvent possible se purifier au « saint tribunal, et se réconforter à la table des anges. Ils aiment à se réunir très nombreux, « non seulement le dimanche pour les offices, mais encore le jeudi soir, pour l’étude du « catéchisme, les chants, la récitation du chapelet et la prière du soir... Ils ont l’esprit de « prosélytisme, et plusieurs travaillent, avec un dévouement digne de tout éloge, à gagner des « âmes à Notre-Seigneur. »
M. Cettour est parvenu à grouper autour de lui 80 élèves de l’école normale, auxquels il fait, chaque mois, une grande conférence sur les principes de la morale chrétienne et de l’éducation de l’enfance. Son influence sur ces jeunes gens, à peu près tous païens, est telle qu’avant de partir en vacances, ils sont tous venus lui demander un catéchisme, afin de pouvoir étudier tout à leur aise, pendant ces deux mois de repos, la doctrine catholique.
Shimonoseki. — M. Trintignac a ouvert le poste de Shimonoseki, à l’entrée ouest de la mer intérieure. Il rencontre de grosses difficultés pour entamer le scepticisme de cette population de viveurs, de marchands, qui ont l’honnêteté, telle que le catholicisme l’enseigne, en grand honneur, mais restent trop dans la théorie. Une maison assez convenable a été bâtie par le missionnaire. Il se met de tout cœur à la recherche des âmes de bonne volonté.
Hagi. — A Hagi, travaille, avec un courage admiré de tous, le vénérable doyen de la mission, M. Villion, qui, malgré ses trente ans de vie apostolique et ses infirmités, est toujours par les chemins, cherchant partout les brebis perdues. Il a, cette année, dépensé une grande partie de son temps et de ses forces à prêcher dans la vallée de Shibuki, peuplée, au dix-septième siècle, de généreux chrétiens. Il a semé sans compter la bonne parole. Son cœur de missionnaire est plein de douces espérances, qui ont déjà commencé à se réaliser. La confiance qu’il inspire à la population est telle, que les païens mêmes viennent le consulter dans leurs difficultés intérieures.
M. Villion se félicite du bon esprit de ses fidèles, mais il se plaint d’avoir été arrêté lui-même pendant un mois par la maladie, et retardé dans ses plans par celle de son catéchiste, qui a dû finalement le quitter. Les réunions, les conférences publiques ont été suivies par un grand nombre d’auditeurs, surtout quand elles se trouvaient favorisées par le beau temps. Les gens de Hagi, depuis longtemps et par principe, hostiles à l’ « étranger », s’en rapprochent d’une manière très sensible.
Matsuye. — Le missionnaire de Matsuye a désormais une résidence fixe, où les fidèles seront chez eux. M Laisné remercie Mgr Chatron de l’achat d’un immeuble, qui a toutes les conditions requises pour les réunions des chrétiens.
Une conversion extraordinaire, dont parle le missionnaire, vient prouver, une fois de plus, l’utilité des conférences publiques, et encourager les ouvriers apostoliques à prêcher toujours, quand même ils ne voient pas les résultats de leurs yeux. Six ans auparavant, un homme de Matsuye avait assisté à un sermon. Depuis, il avait voyagé de tous les côtés. Trois fois, il était rentré au pays. La même idée le poursuivait : il fallait embrasser le christianisme. Cette année la grâce a parlé si haut qu’il s’est rendu. Il veut, dit-il, mourir à l’ombre du kyokwai (la mission).
Plusieurs catéchumènes sérieux se préparent au baptême. Il y a bonne apparence que l’année qui commence sera fructueuse.
Tottori. — L’installation de Tottori laisse encore bien à désirer. La résidence du missionnaire est bien pauvre. La salle des conférences est étroite et basse. M. Daridon a ressenti vivement tous les défauts de ce provisoire, dans plusieurs circonstances importantes, en particulier pour Noël. Le préfet s’était fait annoncer comme devant assister à la réunion. Ce fut difficile de lui trouver une place convenable.
Ce district a perdu quelques familles passées en Corée. Leur absence se fait douloureusement sentir, car elles étaient des meilleures. Celles qui restent sont bonnes. Elles sont fidèles à assister aux réunions du dimanche. La grande préoccupation de M. Daridon est de multiplier les conférences. Pour y attirer un plus grand nombre de païens, il voudrait les accompagner de projections, avec tableaux représentant les faits principaux et les mystères de notre sainte religion. Par ce moyen, il serait sûr de multiplier les 10 baptêmes de cette année.
Collège d’Osaka. — Mgr Chatron se félicite des excellents auxiliaires que la divine Providence a donnés à sa mission dans les bons Frères de Marie. Leur collège s’élève dans la partie haute de la ville. Il est entouré de cours splendides. Chaque année sa population scolaire s’est accrue. Elle a atteint le chiffre de 600. Et cependant il n’y a là qu’une simple école de commerce, et le taux de l’écolage est élevé. Grâce à leur expérience, leur dévouement, leur savoir-faire, les chers Frères ont su conquérir l’estime et la confiance des familles. Leurs élèves sont tous externes et appartiennent à la meilleure société d’Osaka.
Un tiers du collège reste à bâtir, et l’opinion générale (y compris les autorités de la ville) les engage à ouvrir un lycée, où les élèves seraient gardés plus longtemps, au grand avantage de leur formation morale.
Au point de vue des baptêmes, fait remarquer Sa Grandeur, ce serait très imprudent de trop se presser. Il faut d’abord semer avant de récolter, et nos Frères le font avec beaucoup de tact et de zèle. Les cours de morale qui sont donnés à l’école ne sont autre chose que le catéchisme catholique. Déjà de nombreux enfants manifestent le désir de devenir chrétiens. Il faut auparavant s’assurer le consentement des parents et examiner quelles sont les garanties de persévérance. Ces germes jetés en bonne terre produiront certainement des fruits un jour.
Établissements des Sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles. — Les religieuses du Saint-Enfant-Jésus ont cinq maisons dans la mission d’Osaka. Elles ont 540 élèves dans leurs écoles. Les ouvroirs en comptent 253. Les petits orphelins recueillis dans les asiles sont au nombre de 424.
Le dévouement, l’abnégation de ces saintes femmes ne sont plus à redire. Mais ce que le monde ignorera toujours, ce sont les sacrifices quotidiens qu’il faut accomplir, les préoccupations douloureuses qui ne cessent d’assiéger l’esprit de celles qui, avec de si modiques ressources, doivent pourvoir aux besoins les plus pressants de tout ce petit monde abandonné, dont l’appui seul est la charité des catholiques étrangers. La hausse de toutes les denrées à un prix exorbitant est devenue, pour nos bonnes Sœurs , un cauchemar effrayant, qui est encore entretenu, sinon surexcité, par la diminution des aumônes de la Propagation de la Foi.
Le souvenir des 131 baptêmes, dont Dieu a récompensé leur zèle, est une douce consolation pour leurs âmes apostoliques.
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