| Année: |
1908 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Cousin |
CHAPITRE PREMIER
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GROUPE DES MISSIONS DU JAPON
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I. ― Nagasaki
Population catholique 44.931
Baptêmes d’adultes 522
Baptêmes d’enfants de païens 767
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« D’après les chiffres fournis par les rapports de chaque district, la mission de Nagasaki compte, au 15 août, 1.222 catholiques de plus que l’année dernière : c’est un accroissement assez notablement supérieur à notre moyenne ordinaire, dit Sa Grandeur Mgr Cousin, pour qu’il me soit agréable de le signaler, avant d’aborder les détails de l’administration des différents postes.
« Nous en rapportons toute la gloire à Dieu. Nous devons ce consolant résultat surtout au nombre plus considérable des baptêmes d’enfants de chrétiens. Ces baptêmes, le missionnaire les cueille au passage et sans peine, comme des fleurs trouvées sur sa route, à la portée de sa main. Ils ne sont pas ordinairement ceux qu’il ambitionne en premier lieu et dont il se félicite le plus. Ce sont cependant les seules bases solides sur lesquelles on puisse avec confiance fonder une chrétienté… Aussi, nous ne pouvons nous défendre de mettre au premier rang des bénédictions de l’année la faveur que Dieu nous a faite, dans le courant de cet exercice, d’avoir pu régénérer dans les eaux du baptême 1.656 nouveau-nés, appartenant à des familles chrétiennes.
« Chrétiens dès leur entrée dans la vie, ils le seront encore à l’heure de la mort ; et, malgré les nuages qui pourront passer sur leurs âmes, au cours de leur existence, ils ne perdront jamais la foi et ne cesseront jamais de se dire enfants de Dieu et de l’Église.
« Le nombre des baptêmes d’adultes a aussi dépassé celui de l’an dernière, et il en a été de même pour les enfants de païens, régénéres à l’article de la mort. En résumé, nous avons un total de 2.945 baptêmes pour l’exercice 1907-1908.
« La plus belle gerbe a été cueillie dans le lointain district des îles de Ryukyu, par le P. Hamabata, prêtre japonais chargé du poste de Chinazé. Ces nouveaux chrétiens sont des habitants de plusieurs centres populeux, situés à quelques lieues au sud de sa résidence habituelle. Il y a loué une maison pour se mettre en relations plus suivies avec les hommes de bonne volonté, organiser des réunions et des conférences, et Dieu a béni son travail. Ses efforts ont été récompensés par le beau chiffre de 104 baptêmes.
« Cette nouvelle chrétienté est encore une plante délicate, à peine sortie de terre Dieu veuille qu’elle ait des racines assez robustes et assez profondes pour grandir et arriver à son plein développement, malgré les influences délétères d’un climat tout païen !
« Dans les autres postes d’Oshima, si les missionnaires ont donné leurs premiers soins à la conservation et à l’amélioration de leurs néophytes, ils n’ont pas négligé l’évangélisation de l’élément païen. Il y a eu 25 baptêmes d’adultes à Nazé, 20 à Kado, 19 à Akakina et 14 à Kasari.
« Nazé est le chef-lieu et le centre de toutes les administrations de cet arrondissement. Les chrétiens attendent avec impatience le retour de M.Ferrié, retenu en France par la maladie, pour voir enfin achever la belle église qu’il a mise en chantier.
« M. Fressenon fait l’intérim, et il a eu la joie de régénérer 25 adultes « Les catéchumènes, « écrit-il à son évêque, se sont présentés nombreux en cette année du cinquantenaire glorieux « des apparitions de la Vierge Immaculée… Parmi eux, j’ai eu l’heureuse surprise de compter « une famille de protestants appartenant à la secte des méthodistes. Originaire du département « de Nagasaki, elle s’est établie à Oshima où le père fait sur une grande échelle le commerce « de charbon et de bois.
« A peine installé à Nazé, Matsunaga, c’est son nom, vient me voir et me fait sa profession « de foi, en me demandant s’il pourrait avec sa femme et ses enfants assister à nos réunions du « dimanche. Je le lui permets volontiers, tout en lui faisant remarquer la différence essentielle « du catholicisme et de sa secte. Il est enchanté de cette autorisation de prendre part à nos « offices, et il n’y en a pas de plus assidu à les fréquenter et même à venir au grand « catéchisme du Vendredi. Néanmoins, je n’avais pas grande espérance d’amener cette « famille à une complète conversion. Or, le soir de l’Assomption, le père vient me demander « de perfectionner son instruction, et de lui donner, à lui et aux siens, le baptême sous « condition et de les recevoir dans le sein de l’Église catholique. »
Pour apprendre le chemin de l’église aux premiers baptisés de Nazé, et les grouper, M.Fressenon a enrôlé une dizaine de zélés jeunes gens sous la bannière du Sacré-Cœur, et leur a partagé les familles de ces néophytes. Ils doivent les visiter, et les instruire de tous les devoirs pratiques de la vie chrétienne et les habituer à la fréquentation des sacrements. Le missionnaire se félicite des heureux fruits déjà obtenus.
A Kado, M.Bonnet escompte pour l’an prochain un grand nombre de baptêmes « dans le « gros bourgs encore tout païen d’Agina, point central entre ses deux postes de Kado et « d’Ashikebu. Là, écrit-il, se sont passés, cette année, des faits vraiment extraordinaires et « tous en faveur de notre sainte religion : ils sont le point de départ de mes espérances. Daigne « la divine miséricorde me donner de les voir se réaliser, du moins en partie !
« La situation générale de mes deux chrétientés est assez consolante. Ce sont les plus « jeunes d’Oshima. Aussi, j’ai consacré tout spécialement mes soins à développer chez mes « néophytes l’esprit chrétien. Je dois le dire à leur louange : ils font leur possible pour « répondre à mes exhortations ; cependant l’observation de la loi dominicale laisse parfois à « désirer. »
« Les jeunes gens ont une tendance malheureuse. Ils n’hésitent pas à quitter l’île pour s’en aller vers l’inconnu chercher fortune. Mais, hélas ! trop peu instruits encore, ils sont exposés à perdre la santé et la foi au milieu des privations et de l’inconduite.
« Le P. Nakamura nous dit en quelques mots sa méthode d’évangélisation : « A Akakina, « j’ai une école du soir où trois fois la semaine les jeunes gens viennent étudier la grammaire « japonaise et le catéchisme. Les autres jours, 70 jeunes filles prennent leur place. A l’une et « l’autre réunion , il y a parmi les auditeurs un assez bon nombre de païens et de païennes.
« Chaque dimanche, il y a sermon ou catéchisme. Tous les soirs, jusqu’à minuit, mes « auxiliaires et moi nous allons un à un dans les maisons des fidèles ou des infidèles, pour les « instruire et les exhorter : mais souvent nous revenons les yeux bien lourds et les pieds « engourdis, sans avoir obtenu tous les résultats désirés. »
Après avoir salué encore une fois les belles chrétientés d’Oshima et leurs vaillants missionnaires, hâtons-nous d’arriver à Kagoshima, où nous appelle le souvenir de saint François-Xavier. « C’est là même que l’apôtre du Japon a abordé et résidé plus d’un an. C’est là qu’il a pris contact avec le peuple japonais et inauguré la propagande chrétienne. « Tandis « que ses historiens, fait remarquer M. Raguet, se plaisent à raconter les miracles qu’il y a « opérés, ses lettres disent ses impressions, ses souffrances, sa peine de ne pouvoir encore « parler, et les persécutions suscitées par ses premiers succès.
« Rien ne rappelait ces grands souvenirs, et il tardait au missionnaire de remplacer la « pauvre boutique, transformée en sanctuaire, par une chapelle commémorative du séjour et « de l’apostolat de saint François-Xavier. Grâce à Dieu et à des bienfaiteurs généreux, une « gracieuse chapelle, bâtie en pierre, s’élève enfin sur la route nationale suivie par le saint « apôtre. Elle est de style roman. Deux inscriptions en japonais rappelle sa destination, avec le « nom et la date du séjour du saint.
« A l’intérieur, saint François-Xavier est représenté dans l’attitude de la prédication, « montrant le grand calvaire qui surmonte l’autel. En face, se dresse la statue de l’Immaculée, « sous les traits de Notre-Dame de Lourdes.
« Ce fut un beau jour pour le missionnaire et la chrétienté de Kagoshima, que celui où Mgr « Cousin vint bénir leur chapelle. Il y eut des baptêmes et des confirmations , des instructions « pour les païens. L’impression fut profonde. Les fidèles sont assez fervents. Puisse leur « église parler au cœur des infidèles, plus encore qu’à leurs yeux et perpétuer, à sa manière, « l’apostolat de saint François-Xavier ! »
M.Raguet, fait remarquer Mgr Cousin, s’oublie lui-même et laisse ce récit incomplet : « Dès son arrivée à Kagoshima, il avait conçu le projet d’élever un monument commémoratif, une église, en l’honneur du grand apôtre dont il reprenait les travaux. Le matin du 15 août 1899, 350e anniversaire de saint François-Xavier à Kagoshima, un typhon ayant renversé la pauvre bicoque qui lui servait de chapelle, M.Raguet prend cet événement comme une sommation de la Providence de se mettre à l’œuvre sans retard. Il obéit et rédige aussitôt des suppliques à ses compatriotes de Belgique pour les intéresser à son œuvre, et commence un gros dictionnaire français-japonais, dont le prix de vente, ajouté aux offrandes des bienfaiteurs, lui permet de bâtir la belle chapelle que ne sauront éclipser de longtemps les constructions des schismatiques russes et des protestants établis à Kagoshima. »
A Sendai, dans le même district, M. Cavaignac, auxiliaire de M. Raguet, grâce à son zèle entreprenant et aidé par quelques âmes généreuses, a construit, lui aussi, une chapelle, une résidence pour le missionnaire, et un lieu de réunion pour les chrétiens.
« La chapelle, dédiée à Notre-Dame de Lourdes, a été achevée le jour même du cinquantième anniversaire de la première apparition, et le Père compte comme un des plus beaux jours de sa vie la solennité pascale où il lui fut donné d’en faire la bénédiction, avec un concours inespéré de plusieurs centaines de personnes… Quelques semaines plus tard, la présence de l’évêque et la cérémonie de la confirmation ont mis le comble à la joie de cette petite chrétienté. Elle a été comme renouvelée. La ferveur s’y est accrue, et ces braves gens aideront leur missionnaire à travailler à la conversion des païens. »
La ville d’Oita, dans le Bungo, est restée célèbre sous son ancien nom (Funaï), dans les annales de l’Église du Japon. Nous y retrouvons le souvenir de saint François-Xavier. L’apôtre, appelé par le Daimio pour y exposer devant sa cour la doctrine évangélique, réduit à un honteux silence les bonzes accourus de tout le pays pour le confondre. De ce jour, il reçoit l’autorisation de prêcher en publie, et jette les fondements de la chrétienté la plus prospère du Japon.
Mais, hélas ! il ne reste rien de ce glorieux passé, dans le souvenir du peuple. Le missionnaire, M. Raoult, habite une pauvre vieille maison qui lui sert d’oratoire et de lieu de réunion pour les fidèles. Lui aussi veut construire là une église.
A Kokura, M.F. Bertrand, tout en se livrant avec zèle à la conversion des païens, n’épargne ni son temps ni sa peine pour découvrir les familles chrétiennes, venues d’ailleurs chercher du travail dans les mines ou au port de Moji. Il y a parmi ces pauvres gens bien des misères de tout genre. C’est une joie pour le missionnaire de régulariser leur situation et de leur rappeler leurs devoirs, de les aider par ses conseils et ses encouragements à les observer avec plus de fidélité. Il se félicite des succès déjà obtenus et il a le cœur à l’espérance pour l’avenir.
« A Moji, qui augmente tous les jours et va devenir la ville la plus importante du Kiushiu, « écrit-il, il faudrait se hâter de se procurer un terrain et de bâtir une résidence et une chapelle. « Plus on attendra, plus ce sera difficile… Je fais mon possible pour trouver des « ressources…mais seul, je suis dans l’impuissance d’atteindre mon but. Levavi oculos meos « in montes unde veniet auxilium mihi.»
A Kurumé, il y a eu 19 baptêmes d’adultes et 149 d’enfants de païens. Ce chiffre élevé est dû en grande partie à une femme catéchiste qui est reçue dans beaucoup de maisons, en sa qualité de diplomée pour la préparation du thé, et pour son habileté dans les petits travaux d’aiguille. Les œuvres des Religieuses Franciscaines sont établies solidement et concourent, pour une large part, à étendre l’influence religieuse dans le pays.
Non loin de Kurumé, est la chrétienté d’Imamura, perdue au milieu d’une contrée toute païenne, comme une île au milieu de l’Océan. Le P.Honda attend de pouvoir réaliser son pieux rêve : élever là une église en l’honneur de saint Michel.
« A l’opposé d’Imamura, c’est-à-dire à l’ouest de Kurumé, le P.Yamaguchi, dans son vaste district, dont la ville de Saga est le centre, n’a cessé de visiter tour à tour les différentes localités où il y a quelques fidèles : Saga, Ogi, Karatsu, organisant des réunions et des conférences de jour et de nuit, semant partout la bonne parole. Son zèle a été récompensé par 18 baptêmes d’adultes. Ce sont des épis cueillis un à un, au milieu des ronces et des épines.
Dans le district de Higo, M. Corre et ses auxiliaires ont eu 279 baptêmes , dont 98 d’adultes. Les enfants de païens baptisés à l’article de la mort à Kumamoto, Biwasaki et Yatsushiro sont au nombre de 176.
« Les Religieuses du Saint-Enfant-Jésus ont élevé un hôpital à Kumamoto. Lors de l’inauguration officielle, faite en présence du maire et de plusieurs notabilités, après un discours du P. Fukahori, le magistrat municipal, prenant la parole, fait l’éloge des Sœurs et de leurs œuvres, et des vœux pour le succès de leur entreprise et le progrès de la religion catholique qui l’a insprirée.
« A Biwasaki, les Religieuses Franciscaines, grâce à la générosité de leur aumônier, ont pu donner à leur Sainte-Enfance le bienfait d’une modeste installation, séparée de la Communauté.
« Dans nos anciennes chrétientés, parce qu’il y a beaucoup plus de travail quotidien et urgent que dans les postes perdus au milieu des païens, à première vue il y a moins à dire. Le ministère y suit une marche régulière. Chaque jour apporte au missionnaire les mêmes occupations.
« Il n’y a aucun imprévu, aucun fait, semble-t-il, digne d’être noté ; c’est du moins l’avis des missionnaires intéressés. Ils finissent par ne plus apprécier et même par ne plus apercevoir ce qu’ils ont constamment sous les yeux, tandis que ceux qui sont placés à distance ne peuvent taire leur admiration. La gloire de Dieu, l’édification du prochain, la reconnaissance due aux bienfaiteurs, le bien des âmes demandent cependant de surmonter l’ennui qu’il peut y avoir à raconter chaque année le bien qui se fait dans ces chrétientés, car il est considérable : M. Pelu n’est pas tombé dans ce regrettable défaut. »
« Envoyé aux îles Goto il y a vingt ans, écrit-il, j’avais pour mission de travailler de « concert avec mes auxiliaires : 1o à entretenir et fortifier la foi de nos chrétiens ; 2o à ramener « au bercail du bon Pasteur de nombreux séparés1 , dont l’aveuglement reste inexplicable ; 3o « enfin, à convertir les païens.
1. Séparés ― descendants des chrétiens du seizième siècle qui n’ont pas encore voulu se ranger sous la houlette des missionnaires.
« Je crois pouvoir affirmer que la première partie de cette tâche a été remplie d’une « manière satisfaisante. Les chiffres d’administration, présentés chaque année, suffisent à « attester et le travail des prêtres et la fidélité des chrétiens à répondre à leurs exhortations. « Dans le courant du dernier exercice, nous avons enregistrés 9.452 confessions annuelles et « 8.392 de dévotion, 7.534 communions pascales et 13.300 répétées.
« La seconde partie du programme, c’est-à-dire le retour des séparés, n’a pas donné toutes « les consolations désirées et parfois escomptées à l’avance. Chaque année a fourni son « modeste appoint, et il y a des localités où il ne reste plus personne en dehors de la vraie foi. « Ailleurs, on rencontre des groupes compacts, restés isolés et tels qu’aux premiers jours de la « découverte des chrétiens. Des circonstances favorables ou des intérêts personnels en ont « détaché à différentes reprises quelques unités. Mais pratiquement le bloc reste entier. Pour « briser cette obstination persistante, il faudra un coup de grâce bien puissant, que la « miséricorde infinie de Dieu nous permet d’espérer. Quant à la troisième partie de notre « programme, si nous ne la perdons jamais de vue, elle est loin d’être encore remplie. « L’administration de nos chrétiens absorbe et au delà tous nos instants. Puissions-nous « néanmoins bientôt pouvoir réaliser le souhait que nous faisait Sa Grandeur le 10 mai « dernier, à la bénédiction de l’église de Dôzaki : je vous souhaite de baptiser autant « d’adultes que vous avez mis de briques dans les murs de cette belle église, c’est-à-dire de « faire autant pour l’Église spirituelle que vous avez fait pour l’église matérielle, ce dont je « vous félicite en vous remerciant. »
La première difficulté, que les missionnaires rencontrent dans l’accomplissement de cette œuvre vient du défaut de catéchistes suffisamment instruits. Dans un pays où toute la jeunesse fréquente les écoles et en sort avec la suffisance et l’habitude de discuter sur tout, il est nécessaire de donner aux catéchistes une instruction de beaucoup supérieure à celle qu’ils recevaient autrefois. Les districts doivent donc avoir leurs écoles, où ils puissent être formés. Dans plusieurs endroits on a mis la main à l’œuvre, et les résultats ont été satisfaisants. Puissent-ils se généraliser au plus tôt ! La question pécuniaire est toujours le grand obstacle.
C’est le même cri de détresse dans le district voisin, celui de Hirado. « Nous n’avons pas « de catéchiste homme, capable de nous assister dans notre travail auprès des païens, écrit M. « Matrat. Presque chaque chrétienté, il est vrai, a un ou deux catéchistes hommes et autant de « femmes, mais leur rôle se borne à instruire les fidèles, chaque dimanche, et au moment des « confessions annuelles. Leur nombre tend d’ailleurs à diminuer. Ces fonctions prennent du « temps et ne sont pas rétribuées. Il faut à ces auxiliaires une science beaucoup plus étendue « qu’autrefois. Le recrutement devient donc difficile.
« C’est pourquoi, je rêve d’établir un jour aux portes de la ville de Hirado, une petite école « de catéchistes hommes. Pour arriver à ce but, il faudrait un prêtre en résidence fixe, une « chapelle, un presbytère et une maison pour les élèves, qui seraient choisis parmi les enfants « des familles les plus ferventes des différents centres chrétiens du district.
« C’est en vue de cette école à fonder, que dans ce courant de l’année j’ai acheté un « nouveau terrain occupé par une vieille maison qui pourra servir d’habitation au prêtre, en « attendant que la divine Providence m’envoie les ressources pour y élever les constructions « nécessaires. »
Le district de Hirado compte seize chrétientés administrées par cinq prêtres. La population catholique est de 5.785 âmes. Il y a eu 4.250 confessions annuelles, 3.767 communions pascales et 10.100 communions de dévotion. Le total des baptêmes est de 251, dont 21 d’adultes, 26 d’enfants de païens à l’article de la mort, et 202 d’enfants de chrétiens.
M.Fraineau constate que sa magnifique chrétienté de Urakami, composée de 6.596 fidèles, se montre toujours dans son ensemble digne de sa réputation. La ferveur s’y maintient. Presque dans chaque famille, on fait en commun les prières du matin et du soir. Souvent, celle-ci est précédée de la récitation du chapelet. La Confrérie du Sacré-Cœur pour les jeunes gens, celle de la sainte Vierge pour les jeunes filles sont florissantes. Elles sont le meilleur préservatif, pour la jeunesse des deux sexes, contre les séductions de tout genre dont elle est l’objet.
« Les catéchistes hommes et femmes, nommés pour chaque village, écrit le missionnaire, « nous aident dans cette œuvre si difficile de la direction de la jeunesse. La communauté « indigène de Motobari surtout est l’âme de la vie chrétienne de toute la partie féminine de la « paroisse. Une dizaine de ses membres se chargent des villages qui n’ont pas de catéchistes « en titre, y instruisent les femmes, veillent sur les malades, et les préparent à bien mourir « lorsque le dernier moment est venu »
« L’événement le plus important et le plus regrettable de l’année est la fermeture de l’école libre de filles, tenue par les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus. Ses 180 à 200 élèves ont été obligées d’aller à l’école communale, où l’on n’a ni local pour les recevoir, ni personnel pour les enseigner. Ce n’est pas une mesure prise spécialement contre nous. On s’est borné à nous appliquer la loi qui n’autorise plus, dans tout l’empire, aucune école primaire libre. Le terme de l’autorisation obtenue était arrivé ; on s’est refusé à la renouveler, malgré les démarches faites et l’embarras causé à l’école communale par ce surcroît d’élèves, pour lesquelles rien n’était préparé.
« Nos religieuses ont transformé leur école en salle d’asile, où elles reçoivent les enfants au-dessous de six ans. Elles ont également l’intention d’utiliser le reste du local pour une école de couture, qui leur permettra d’avoir sous la main un certain nombre de jeunes personnes de quinze à dix-huit ans. Elles les formeront non seulement aux travaux d’aiguille et de crochet, mais aussi à la pratique de la solide vertu.
Au tableau d’administration, sont inscrits 227 baptêmes d’enfants de chrétiens, 229 d’enfants de païens et 24 d’adultes. Il y a eu 3.341 confessions et 3.296 communions pour le devoir pascal. Les communions de dévotion ont atteint le chiffre de 9.132.
« Ainsi, dans tous les districts chrétiens, le ministère s’est fait dans les conditions ordinaires, au prix d’un labeur continu et souvent pénible pour les ouvriers apostoliques, mais presque toujours payé par de multiples consolations. A ces consolations se mêle cependant des inquiétudes générales. On s’aperçoit que nos populations chrétiennes vont avoir bientôt à subir la « crise de la foi ». L’école obligatoire laïque et athée en sera la cause, et l’esprit nouveau, qui en est la suite et s’infiltre partout, fera le reste. Il y a donc une grave et pressante obligation pour les missionnaires, de donner à la jeune génération une instruction religieuse plus solide que par le passé, s’ils ne veulent pas être plus tard des témoins impuissants de triste ruines.
« Quand aux œuvres générales de la mission, elles n’ont subi aucune modification notable. Le manque absolu de ressources ne nous permet pas de les développer. Nous pouvons à grand’ peine soutenir ce qui existe.
« Notre séminaire est réduit à sa plus simple expression. Dieu sait quels sacrifices nous nous sommes imposés, depuis trente ans, pour soutenir cette œuvre capitale. Chaque prêtre qui en est sorti est devenu une nouvelle charge pour notre pauvre budget. Car la mission ne reçoit pas de viatique pour le clergé indigène, et elle ne sait comment l’entretenir. De telle sorte que la multiplicité des prêtres, qui est notre joie, devient en même temps la source d’amères tristesses.
« Si nous ne voulons pas voir tomber notre séminaire, nous devrons prendre de nouvelles recrues cette année. Elles ne manquent pas. Les vocations sont nombreuses. Mais ce que nous ignorons, c’est le moyen dont la Providence se servira pour nous permettre de faire face aux nouvelles charges qui en résulteront. Notre espérance repose tout entière sur sa puissante intervention.
« L’œuvre des Frères de Marie est toujours en progrès et contribue puissamment à faire tomber les préjugés, répandus un peu partout, contre le catholicisme. Les services rendus par nos bons religieux sont de plus en plus connus et appréciés, et les mettent en excellents rapports avec toutes les administrations. »
Le collège de Nagasaki, cruellement éprouvé par la mort imprévue de son jeune directeur, M. l’abbé Perrin, a compté pendant l’année 448 élèves.
A Kumamoto, où MM. les Marianistes n’ont pas encore pu voir la fin de leur installation provisoire, l’école supérieure du soir a réuni un ensemble de 152 élèves, pour les deux cours d’anglais et de français. Afin de pourvoir à son recrutement, la sociétié entretient au collège de Nagasaki 34 postulants.
Les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus, toujours si dévouées aux œuvres d’éducation qui leur ont été confiées, ont eu 72 élèves au pensionnat de Nagasaki, 66 dans l’école professionnelle de Kumamoto, et 311 dans leurs deux écoles primaires de Nagasaki et d’Urakami.
L’Œuvre de la Sainte-Enfance, grâce à nos communautés religieuses étrangères et indigènes, sous la direction des missionnaires, a recueilli 767 baptêmes de petits enfants païens moribonds.
« Les autres œuvres de bienfaisance sont concentrées surtout dans sept dispensaires, l’hôpital de Yatsushiro et la léproserie de Biwasaki. Nos bonnes religieuses en sont l’âme. Leur inlassable dévouement supplée à tout ce qui manque. Leur invincible amour de Dieu et des âmes leur donne le courage de surmonter les révoltes de la nature, devant les plaies rebutantes qu’elles ont à soigner, et aussi parfois l’ingratitude qui les blesse jusqu’au fond de l’âme. Elles n’attendent ni nos remerciements ni nos éloges. Nous laissons à Dieu le soin de les récompenser au centuple en cette vie et surtout dans la bienheureuse éternité. »
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